Les civils du Valenciennois dans la Grande Guerre 1914-1918

26 juillet 2014

La libération : La gare

 

 

GARE DE VALENCIENNES

     La destruction de notre gare mérite d'être mentionnée, car elle prouve la rage que mirent les Allemands à la faire sauter avant leur départ.

La gare de Valenciennes, la plus ancienne du réseau du Nord, avait été construite en 1848. Elle servait comme impasse pour relier Paris à Bruxelles ; puis en 1872, elle était devenue gare de passage.

     Jusqu'en 1907, un modeste bâtiment en bois suffisait pour assurer le service, les exigences militaires ayant fait écarter la construction en pierre.

En 1890, cette place forte ayant été déclassée, la compagnie envisagea la construction d'une gare monumentale, dans le style de notre hôtel-de-ville.

     Grande fut notre émotion, quant à l'approche de l'ennemi nous vîmes partir le dernier train. Comme il fallait donner à chaque voyageur un laissez-passer, je m'étais installé au bureau de police pour les délivrer : beaucoup de jeunes gens en âge de devancer l'appel s'y précipitèrent pour aller s'engager.

Quel contraste, quand le 26 août 1914, le commandant alle­mand Kintzel me fit appeler pour me remettre la première proclamation afin de la faire traduire et afficher en ville.

Il s'était installé sur une table du buffet pour la rédiger. L'officier d'ordonnance me fit alors cette réflexion très juste, que si le même fait s'était présenté en Allemagne, les voies auraient été détruites, rendant impossible tout trafic. Il ajoutait que leurs troupes allaient pouvoir arriver par chemin de fer, ce qui leur ferait gagner beaucoup de temps dans leur marche sur Paris. ­

     En effet, quelques jours plus tard, nous vîmes entrer en gare la première machine qui n’avait pu être évacuée, conduite par un ingénieur de l'usine «Franco-Belge ».

Pendant les premiers jours d'occupation, ce fut un véritable pillage dans la gare des marchandises.

Que de nuits nous passâmes dans cette gare avec les dames de la Croix-Rouge, attendant les trains des évacués, sous ce hall mesurant 105 mètres de longueur, sur 24 de portée.

     Je me rendais au début d'octobre 1918, dans les magasins de la C.R.B [The Commission for Relief in Belgium] au faubourg de Paris, lorsque j'entendis des explosions terribles : c'était les pionniers qui faisaient sauter la gare et les ponts.

Les photos prouveront avec quelle rage ils détruisirent les voies, comme nous aurions dû le faire avant leur arrivée.

     Dès l'armistice la Compagnie du Nord se mit à l'œuvre, mais elle ne reconstruisit plus le hall, qu'elle remplaçât par des passages souterrains et des abris sur les quais.

Les Allemands ayant enlevé toutes les conduites de cuivre servant au transport de la force hydraulique, la compagnie en profita pour réaliser une installation moderne de type électrique Mors.


(in Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933)

 

     Les photos sont effectivement nombreuses, tant aux Archives du Canada, qu'en provenance du musée de la guerre de Londres ; elles ont souvent servi à l'émission de cartes postales anciennes. Rebâtie à l'identique, moins l'imposante marquise métallique qui protégeait quais et voies, elle n'a extérieurement pas changé.

 

1900
Une vue de l'ancienne gare en bois, datée de 1915 et envoyée par un soldat Allemand de la 6e Armée

1912
La gare en 1912

 


 

Différentes vues de la gare détruite en 1918

3544 a003475-v8

3549 a003452-v8

 

gare 09 IWM

gare 11 IWM

 

1919

191905
en mai 1919


 

 

1967
La gare dans les années 1960 ...

 

2010
... et de nos jours

 

 

Posté par alain dubois à 23:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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