Raismes : Décembre 1915

 

              Le mercredi 15 décembre 1915, à huit heures et demie du matin, nous assistons à un triste spectacle, un combat d'avions ayant lieu à 200 mètres d'altitude. Un avion allemand, nouveau modèle, armé de mitrailleuses, poursuivait un appareil français qui venait d'être offert à l'armée par la ville de Beauvais; il était monté par un sous-officier et un officier anglais. La lutte engagée à Douai, eut son dénouement à Raismes, car l'avion allemand, très puissant, gagna facilement de vitesse l'avion français et le sous-officier [l'observateur] vint s'abattre, [dans un arbre] la tête percée de plusieurs balles, sur le boulevard près du passage à niveau de la gare de Raismes.
                L'avion, après avoir tourbillonné, tomba entre les propriétés de MM. Gavrois et Wauters, à peu de distance de la place. Pendant leur chute, M. le Curé, qui assistait à ce combat aérien, donna l'absolution à ces braves; le Sous-Officier, qui respirait encore, ayant reçu une balle dans le cou, mourut quelques minutes après. Il s'appelait Jones, était âgé de 26 ans, et avait sur lui la photographie de sa fiancée. L'officier, [pilote] nommé Hobbs, âgé de trente et un ans, avait dans son portefeuille, le portrait de sa femme et de son bébé! Dans sa dernière lettre, elle suppliait son mari d'abandonner son poste périlleux, semblant avoir eu, hélas, le pressentiment du malheur qui allait la frapper.


Au dire de M. Lepez, Maire de Raismes, l'aviateur allemand aurait maquillé son appareil, ce qui lui avait permis d'approcher son adversaire, et de le mitrailler. D'autres affirmèrent que l'appareil était un avion français, grand modèle, récemment capturé par les Allemands.


                Le capitaine Simon, commandant de Raismes, se fit photographier aussitôt la chute, à côté de l'appareil. Six personnes, dont le Curé, M. Paul Piérard, et cinq Conseillers municipaux furent autorisés à suivre le corbillard. Les Allemands avaient mis leurs victimes dans de beaux cercueils, et ils furent ensuite placés par les soins du Maire, dans de beaux coffres en chêne, afin, qu'après les hostilités, les corps de ces braves fussent rendus à leurs familles.

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  • Le narrateur ne s'en doute pas, mais il a assisté à la 7° victoire de l'As Allemand Max Immelmann dit aussi "l'Aigle de Lille" sur Fokker Eindekker III armé d'une mitrailleuse synchronisée ; il avait en 1915, reçu des pilotes alliés le surnom de "fléau Eindekker".

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Fok EIII

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  • Une fois inhumés à Raismes, les aviateurs y sont restés pour toujours, comme tous les soldats décédés sur le continent, non loin de leur lieu de décès, en l'occurrence le cimetière communal de Raismes, où il reposent toujours côte à côte, ainsi que 4 autres Britanniques et 19 Canadiens décédés en 1918, dont -par exemple- 8 soldats du 44th Btn, tombés lors de la libération de Valenciennes en octobre Novembre 1918

    HOBBS, ALAN VICTOR, 21 ans, fils de Mr. A.E. Hobbs, Tunbridge Wells, Kent.
    Second Lieutenant, Royal Flying Corps, 3rd Sqdn.
    Tombe II. A. 4. Cimetière communal de Raismes

    TUDOR-JONES, CHARLES EDWARD TUDOR
    Second Lieutenant, Royal Flying Corps, 3rd Sqdn.
    Venant de East Lancashire Regiment
    Tombe II. A. 3. Cimetière communal de Raismes (source CWGC)

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  • L'avion "français" est un Morane parasol No 5087
    Mor_parasol
    voir par exemple le site AsOubliés.