Suivant : 1915

 

La ville de Valenciennes terminait l'installation de son champ d'aviation à la "Briquette" et la Société aéronautique venait de se constituer, lorsque la guerre éclata; de sorte que les Allemands trouvèrent des abris et un terrain prêts à les recevoir.

Les officiers aviateurs réquisitionnèrent les maisons de M. Henri Dupont et de Mme Denis attenantes au champ d'aviation, et firent de grands travaux pour les raccorder à la gare de Marly.
Par la suite, ce camp devint trop petit; aussi en installèrent-ils deux autres, l'un à Famars, l'autre à Saultain, organisant des abris recouverts d'arbres superposés les uns sur les autres, pour leur magasin d'essence. Ils creusèrent également une grande galerie sous le Mont-Houy, à proximité de Famars.

Les Allemands qui n'avaient pas encore organisé leurs moyens de défense contre avion, tiraient simplement avec leur fusil, stupéfaits de l'audace des aviateurs français et anglais.
Puis ils reçurent des canons contre avions, qui furent placés aux quatre coins de la ville, et furent munis de grands réflecteurs. Un de ces postes fut établi derrière mon jardin, de sorte que j'étais aux premières loges pour assister à des batailles aériennes, des plus émouvantes.

Dès qu'un avion était signalé, la sirène se faisait entendre pour avertir les habitants de descendre dans leur cave. Dans les rues il y avait des écriteaux, indiquant le nombre de personnes pouvant être admises dans un certain nombre de caves très spacieuses qui devaient rester ouvertes jour et nuit. Ajoutons que, surtout au début, les obus en retombant, tuaient plus de civils que d'aviateurs.
Je dois avouer que rarement je profitai de cet abri, car je tenais à assister à ces combats tout ensemble tragiques et palpitants d'intérêt.

Les escadrilles se composaient généralement de sept avions marchant en triangle, comme un vol de canards; souvent, un huitième fermait la marche.
Immédiatement, les aviateurs allemands prenaient leur vol, et la bataille s'engageait, s'efforçant d'abord de diviser la bande à coups de mitrailleuses, puis essayaient de descendre celui des avions qui pouvait être encerclé.

Parfois, au contraire, l'artillerie seule donnait. Dans un de ces combats, j'eus la tristesse de voir descendre six avions sur sept, tombant, soit en feuille morte, soit en piquant le nez.
L'impression était pénible, et cependant, chaque fois qu'une escadrille était signalée, je montais sur le toit, ou je regardais à la fenêtre, afin d'assister à ce spectacle angoissant, pendant que les officiers allemands, qui avaient une terreur folle des avions, se précipitaient à la cave.

Au début de décembre 1914, les aviateurs français jetaient des fléchettes en acier, qui faisaient des blessures terribles, la plupart mortelles. Ces fléchettes, longues de 12 centimètres, pesaient 22 grammes; lancées à mille mètres, elles avaient la force de 140 kgr., traversant même un cheval. Contenues dans une boîte dont on tirait le fond, les fléchettes tombaient en pivotant, ce qui leur donnait plus de force encore, mais elles furent bientôt supprimées pour épargner les non-combattants.

Extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

       L'auteur termine avec les fameuses fléchettes en acier, cédant à la légende quant à leur force de pénétration, on n'est pas loin de Durandal, épée merveilleuse de Roland, avec laquelle il pourfendait un Sarrasin et son cheval. Doutant personnellement de l'humanité des combattants, on peut plutôt croire que leur efficacité était faible comparé à une bombe et son explosion au sol. Il est vrai cependant que l'image de la blessure à l'arme blanche semble toujours plus prompte à faire frissonner le lecteur que celle de l'arme à feu.

Les Cahiers de la Guerre publiés en 1914, disponibles sur Gallica, les présentent dans "Pourquoi nous serons vainqueurs",

Cahiersdelaguerre1914    Cahiersdelaguerre1914b

 

On pourra lire au sujet des fléchettes, une étude concernant Metz sur le site de Woippy

     Bien entendu la presse s'empare de situations tournant l'adversaire en dérision, comme dans Le Petit Journal Illustré du 15/08/1915, disponible sur Gallica

 

le petit journal 19150815 b

     On remarquera - pour peu que la pluie de fléchettes soit aussi dense, et qu'elles arrivent bien toutes "dans le bon sens" - que le pouvoir de perforation est plus modéré et réaliste.

 


 

 

     J'ai rassemblé dans différents sujets de ce blog les témoignages concernant actions aériennes et bombardements dont je dispose, les complétant au fur et à mesure.