Le 31 octobre, les Allemands se faisaient battre par les Anglais, d'une part près d'Audenarde, en Belgique, et dans le secteur Valenciennes-Le Quesnoy.

Le 1er novembre, au sud de Valenciennes, les troupes anglaises et canadiennes franchissaient les passages de la Rhonelle, prenaient les villages de Maresches et d'Aulnoy, et atteignaient la ligne de chemin de fer dans les faubourgs sud de Valenciennes. Parlant des opérations dans la région de Valenciennes, le communiqué britannique disait : "Le 17° corps, sous le commandement du général Ferguson, et le 22°, sous les ordres du général Godley, ont enlevé les hauteurs au sud-est de Valenciennes, et, ce matin, poussant en avant, se sont emparés du village de Préseau. Plus au nord, les troupes canadiennes, commandées par le général Currie, après un dur combat aux lisières de Valenciennes, ont réussi à traverser la ville, qui est entièrement en notre pouvoir. "


Dès l'occupation de Valenciennes par nos alliés britanniques, l'officier supérieur français qui signe Pardiellan(1) pouvait la visiter. ll traduisait ainsi ses premières impressions : " Valenciennes est donc à nous. La ville a été reprise par la 4° division canadienne, a la suite d'une manœuvre très audacieuse que le succès a justifiée. Le cœur même de Valenciennes est intact ; mais on ne saurait en dire autant des faubourgs, ou plutôt des boulevards, car ils ont été assez malmenés. Celui de Famars, en particulier, a beaucoup souffert. Toutefois il faut se garder de porter un jugement définitif sur l'état de la ville, puisque, depuis quarante-huit heures, les Allemands la bombardent avec acharnement, en ayant soin de faire alterner des obus toxiques avec les projectiles incendiaires ; ensuite, il est très probable que l'ennemi a laissé dans certaines maisons des machines infernales. Hier, même, des incendies ont éclaté sur divers points du centre de la ville. L'hôtel de ville n'a pas été détruit ; c'est à peine s'il a été endommagé par un obus qui a brisé un motif décorant la façade. Plus heureux que les magasins de Cambrai et de Douai, ceux de Valenciennes ont leurs devantures intactes ; pas une vitre n'est cassée. Quant aux nombreuses collections qui faisaient la gloire de la ville, notamment ses admirables Watteau, l'ennemi les a mises en sûreté à Bruxelles, dit-il. Le tout est de savoir si on les y retrouvera. Les Allemands se sont montrés là tels qu'ils ont été partout ailleurs. Comme entrée de jeu, ils ont imposé une contribution d'un million. Puis sont venues des amendes sur le pied moyen de 80.000 marks par mois, sans préjudice d'une rafle aussi complète que possible du cuir, des matelas, du cuivre et de la lingerie. Ici, d'ailleurs, ils ont usé d'une manœuvre dont nous n'avions pas eu connaissance jusqu'à présent : dans tous les ménages où le mari et les fils étaient absents à un titre quelconque, ils ont ramassé les vêtements d'hommes et les ont expédiés en Allemagne. Cette opération avait été précédée naturellement d'une réquisition générale des effets et des chaussures existant dans les différents magasins de la ville. Grands amateurs de dentelles, les officiers allemands avaient trouvé le moyen de s'en procurer à des prix avantageux ; ils les réquisitionnaient et les payaient au poids, a raison de trois francs le kilo ! A une époque où ils ne savaient pas encore le moyen d'utiliser le papier, ils avaient pratiqué la saisie en masse des linons, batistes et fils à la main et s'en étaient servis pour fabriquer des sacs à terre. Dans ces derniers temps, ils recherchaient la lingerie commune et en donnaient le prix qu'on leur demandait. Tous ces articles partaient immédiatement à destination de l'Allemagne."


Le 3 novembre, sur le front de Valenciennes, la sévère défaite infligée aux Allemands pendant les deux journées précédentes les contraignait a abandonner leurs positions à l'est et au sud-est de cette ville. Les avant-gardes britanniques pénétraient dans les villages de Villers-Pol, Jenlain, Curgies, Estreux et Onnaing.


Le 4, une violente bataille se livrait entre la région à l'est de Valenciennes et les environs de Guise. Les Britanniques atteignaient, Sebourg et Sebourquiaux, la frontière belge. Au nord-est du Quesnoy, ils s'emparaient de Wargnies-le-Grand et de Wargnies-le-Petit. Plus au sud, ils marquaient dans la forêt de Mormal une avance de cinq kilomètres, jusqu'au village de Locquignol et au hameau des Grandes-Pâtures. Sur la lisière méridionale de la forêt, ils reconquéraient Landrecies. Nos alliés, après avoir traversé la forêt de Mormal, atteignaient Barzy-en-Thiérache, Grand-Fayt, Berlaimont, l'ouest de Bavay, Roisin et Fresnes.

le 4

Le 6 novembre, les Britanniques approchaient de Mons, de Maubeuge et d'Avesnes

in "Le panorama de la guerre"

(1) Il s'agit fort probablement de P. de PARDIELLAN, pseudonyme de Pierre Guillaume-Auguste VELING (1865-1929) Lt-Cel d'infanterie, auteur, outre ses interventions dans la presse, de livres à sujet militaire : "La vie militaire en Russie", "Aide-mémoire de l'officier français en Allemagne", "Guillaume II, son peuple et son armée à la fin de 1891" etc.

 

   Dans cette avancée britannique, les 4 divisions canadiennes forment, dans la première armée du général Horne, un "coin" qui s'enfonce dans la 17e armée allemande d'Otto von Below qui recule en protégeant sa retraite vers Mons ; Valenciennes est sur le chemin de la 4e division (en vert). Lorsque l'armistice fige les lignes de front la situation de nos libérateurs est la suivante.

douai_mons

     Les 5 armées de l'empire britannique (du Nord au Sud : 2e du Général Plummer, 5e du Général Birdwood, 1ère du Général Horne, 3e du Général Byng, 4e du Général Rawlinson), incluant les colonies, soient 64 divisions, se répartissent ainsi face à l'ennemi le 11/11/1918 à 11h :

Source: Externe

   Si la victoire est l'œuvre commune des alliés, la région allant pour le département du Nord de Cassel à Avesnes (130 km à vol d'oiseau) l'a été par les Britanniques, dont l'armée (dite Armée W) comprenait des soldats venus de fort loin : Canada et Terre-Neuve, Afrique du Sud, Kenya, Nigeria, Inde, Australie, Nouvelle Zélande. On peut se poser la question : en pareil cas, serions-nous allés à l'autre bout du monde  ???