ORTIES 



Les Allemands manquant de ficelles obligèrent la population à récolter les orties.

Avis concernant la récolte des Orties 

« 1° L'Administration de l'armée Allemande engage les populations indigènes à la récolte des orties qu'elles auront à lui livrer contre paiement.
« 2° On ne recueillera que les orties piquantes à tige élancée (urtica doïsa) il est inutile de recueillir le genre ressemblant à l'herbe, partagé en plusieurs branches de basse taille.
« 3° Les tiges récoltées doivent avoir une longueur d'au moins 50 centimètres, les moins longues n'ont aucune valeur.
« 4° Les tiges ne devront pas être déracinées, on aura soin de les couper au collet au ras du sol, la coupe Se fait le plus facilement au moyen d'un couteau, d'une faucille ou d'une faulx quand il s'agit de quantités plus importantes.
« 5° Pour se garantir contre les piqûres, on pourra mettre des gants d'une étoffe quelconque.
« Les plantes cessent de piquer peu de temps après avoir été coupées.
« 6° Lorsque les orties coupées ne peuvent être laissées sur place, on les liera en bottes pour les étendre par la suite en couches minces à des endroits convenables afin de les sécher.
« 7° On évitera surtout de broyer ou de casser les tiges, on y fera particulièrement attention lorsqu'on les liera en bottes ou en gerbes.
« 8° Le séchage est complet lorsque les feuilles s'enlèvent facilement.
« Le bon séchage des tiges est d'une grande importance, les tiges pourries n'ont aucune valeur.
« 9° Le séchage terminé, on enlèvera les feuilles, les branches que l'on aurait trouvées et les têtes des plantes, en faisant passer une poignée de tiges à travers des clous que l'on aura enfoncés dans une latte, de manière à former un peigne, il est utile de placer ces clous à une distance de 1 cm. 1/2 les uns des autres.
« La latte qui aura une longueur d'environ un demi-mètree, s'appliquera à une caisse ou à une poutre.
« 10° Les tiges effeuillées devront être soigneusement liées en bottes, ou en gerbes et livrées à la Mairie; dès qu'une certaine quantité s 'y trouvera (un chariot environ) les orties devront être transportées dans les magasins de la Commandanture de Valenciennes, où l'on procèdera à la constatation des poids.
« 11° Il sera payé pour les tiges effeuillées et soigneusement bottelées, par la caisse de la Commandanture, 6 cent. le kilo.
« 12° Les feuilles et têtes de plantes qui restent, constituent un excellent fourrage, et représentent la même valeur que le foin de bonne qualité.

« Etappen Inspektion, E.R.O., le 28 juillet 1916.»


Le Commandant de Place rappela à l'ordre les communes qui ne récoltaient pas les orties et leur adressa la lettre suivante 

« Valenciennes, le 17 août 1916,
« Monsieur le Maire de Valenciennes, 

« La Commune n'a pas encore livré ses orties, conformément ù l'ordre du 28 juillet 1916. On vous fait remarquer qu'on se sert des orties pour faire de la ficelle et de la corde à lier.
« Etant donné que la Commandanture ne dispose que de petites provisions de ficelle à lier, à l'avenir seulement, les communes recevront de la ficelle qui auront livré des orties.
« Des orties pourront être très facilement ramassées par les enfants, femmes, et par les personnes sans travail.

« Signé : PRIESS ».

 



A la réunion des Maires du 30 juin 1917, le lieutenant Rott distribua une nouvelle ordonnance relative à la récolte des orties qui devaient commencer dans une dizaine de jours, lorsque la tige aurait au moins 0 m. 60.

« Directions pour la récolte des orties 

« 1° Seulement l'ortie brûlante à longue tige (urtion dicica) est à récolter. L'ortie basse, herbacée et 'branchue n'est pas à récolter.
« 2° Les tiges cueillies des orties doivent avoir une longueur d'au moins 50 centimètres. Des tiges plus courtes ne sont pas à cueillir.
« 3° Le moment le plus favorable pour la récolte des orties est le temps après la floraison, c'est·à·dire à partir de la fin de juin. Des orties cueillies même plus tard sont utilisables.
« 4° Les tiges ne doivent pas être arrachées, mais sont à couper directement au-dessus du sol. On les coupe mieux avec un couteau ou une faucille, ou même avec une faux, s'il s'agit de grandes quantités.
« 5° Pour ne pas être brûlés, on recommande l'emploi de gants de n'importe quelle espèce. Peu de temps après la récolte, les plantes ne brûlent plus.
« 6° Il est, en tout cas, à éviter de déchirer ou de casser les tiges, surtout au moment où les tiges sont engerbées et mises en bottes.
«.7° Les orties coupées doivent être mises en bottes et étendues peu serrées à des places propres à sécher, si on ne peut pas les laisser sur le lieu où la récolte s'est faite.
« 8° Les tiges doivent être bien séchées; elles le sont aussitôt qu'elles se laissent effeuiller facilement.
« 9° Les feuilles des branches - s'il y en a - et les têtes sont à enlever quand les tiges sont sèches. Ce travail se fait le mieux en passant les tiges par poignées à travers des clous fixés en forme de râteau avec des écarts de 1 cm. 1/2 dans une petite planche d'environ 50 centimètres de long. Cette planche est à fixer préférablement sur une caisse ou une poutre.
« 10° Les tiges effeuillées sont à engerber ou à mettre en bottes après avoir été soigneusement rangées.
« 11° Les Commandantures de Place ou les Commandantures d'Etape, paieront 12 fr 50 pour 100 kilos de tiges effeuillées, soigneusement séchées et mises en bottes ou engerbées. Les tiges peuvent être remises contre reçu au Magasin de la Commandanture.
« Les reçus seront honorés par la Caisse de la Commandanture.
« 12° Les feuilles et les têtes d'orties qui restent, sont du fourrage précieux et ont la même valeur que du bon foin ».

 

C'est ainsi que la Municipalité reçut, le 28 juillet 1917, l'ordre d'envoyer 50 à 60 jeunes gens de plus de 14 ans, munis chacun d'une paire de gants et d'une faucille pour faire la récolte des orties. Conformément aux prescriptions contenues dans cet ordre, des professeurs ou jeunes gens (parmi lesquels dix élèves du Collège Notre·Dame) devaient répondre à cet appel.
Ils furent dirigés vers la Mairie de Saint-Saulve.
A la même heure, une autre colonne de réquisitionnés prenait le chemin de la fosse Dutemple pour le glanage d'un champ de seigle.
Ces travaux étaient surveillés par un sous-officier qui, placé sur un monticule et muni d'une jumelle, s'assurait que l'équipe sous ses ordres accomplissait un effort productif.
Les Allemands avaient également donné les ordres suivants, au sujet de la récolte: 

«Orties 
« Dès maintenant, il faut commencer à les couper, d'abord tout autour du Champ de Manoeuvres et sur la route de Marly à Saint-Saulve, car c'est de ce côté que vont les officiers de l'Inspection.
« L'usage de la faulx n'est pas recommandé, mais plutôt celui de la faucille, car il ne faut pas que les tiges soient cassées.
« Il faut désigner de suite un magasin où on les fera sécher, et que le lieutenant Rott ou le Commandant iront voir (peut-être une ou deux salles ou préaux d'écoles peuvent-ils convenir?) Il Y aurait donc lieu aussi de faire accompagner chaque colonne de vingt ouvriers ou grands élèves par une poussette qui rapporterait de suite les orties au magasin, car il est à craindre que les tiges ne soient cassées en les faisant sécher sur place. » 

 

Les Allemands ont trouvé que cela n'allait pas assez vite.
Une plainte a été déposée au Conseil du Guerre, par le Service de l'Agriculture sans doute, d'où un appel devant le juge au Conseil de Guerre.

Les explications de la Municipalité ont été résumées dans une note écrite ainsi libellée: 

« L'Administration Municipale au reçu de l'ordre qui lui a été donné relativement à la récolte des orties, a organisé immédiatement une équipe de huit ouvriers qui s'est mise au travail et a commencé à transporter les orties coupées.
« Lorsque les écoles furent fermées, nous avions engagé les enfants pour leur faire commencer ce travail, mais nous avons reçu le même jour l'ordre d'envoyer les enfants à d'autres travaux.
« Nous avons dû prendre d'autres mesures et nous avons formé une autre équipe de 15 à 20 jeunes gens et jeunes filles qui suspendent pendant quelques jours un autre travail moins pressé.
« Déjà à ce jour, dix à douze voitures à bras ont été transportées dans le local à ce destiné.
« Pour ne pas laisser traîner les orties, on les avait portées en bottes au hangar; depuis, les ouvriers ont commencé à exécuter l'ordre d'avoir à les étendre pour les faire sécher, ordre qui d'abord avait été mal compris ».

 

Enfin, pour donner satisfaction à l'autorité allemande, M. Billiet fit couper 300 kilos d'orties, qui coûtèrent à la ville 300 à 400 francs, mais qui évitèrent aux enfants cette fatigue par une chaleur tropicale.
Ainsi se termina momentanément la récolte des orties.
Mais les Allemands revinrent à la charge en 1918, obligeant M. Billiet à signer l'affiche suivante : 

E.H.O. le 14 mai 1918, 
« Ci-joint, vous recevrez une instruction pour la récolte des orties avec prière de la publier.


Signé: PLATT, 
« Oberstleutnant. »

 

« Les tiges d'orties doivent être livrées, séchées au plus tard pour le 1er septembre 1918 au Wirtschafts Inspecktor compétent, et chaque famille doit en livrer au moins un kilo.
« Si les quantités demandées ne sont pas exactement livrées, une punition de 5 francs par kilo manquant sera, infligée.


« Signé : Von WITZENDORFF ».

 

Extraits du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933