Valenciennes et l'aviation (1)


Samedi 25 septembre 1915 : Nouvelle émotion qui dans l'histoire de notre aviation mérite une page spéciale.


Par un temps gris et pluvieux, avec des nuages qui couraient très bas, nous vîmes sortir tout-à-coup parmi les obus, au dessus de la fosse à charbon de la Bleuse-Borne, un avion monté par trois officiers français. Il portait le numéro 56, numéro qui est demeuré gravé dans notre mémoire, et que l'on pouvait lire car il volait très bas, à 30 ou 40 mètres à peine et l'on entendait parfaitement les aviateurs criant aux personnes qui agitaient leur mouchoir: " Mais cachez-vous donc! "
Une bombe manqua le pont du chemin de fer et tomba dans le canal. Continuant son vol, l'aviateur en lança une seconde sur le dépôt des machines. Malheureusement, un mécanicien qui était rentré la veille de permission, reçut en se sauvant la bombe en pleine poitrine, il fut tué net, mais le projectile en tombant sur le côté n'éclata pas, sans quoi les dégâts eussent été considérables.
 
L'avion passant au-dessus de la gare, reçut une véritable salve ; les soldats tirant avec leurs fusils, et les officiers avec leurs revolvers, mais les aviateurs ripostèrent avec leur mitrailleuse, lancèrent une quatrième bombe sur l'usine des fers-à-cheval, où se trouvait un dépôt de munitions. Hélas, cette fois encore le but fut manqué.
Des jeunes recrues [allemandes] qui faisaient l'exercice dans le marais de l'Epaix, croyant que cet avion était allemand criaient et dansaient. Mais en entendant l'explosion, tous se sauvèrent, sans même penser à tirer. Avant de nous quitter l'avion passa sur la ville, frôlant les toits avec une audacieuse ironie, et disparut dans les nuages. Un tel courage nous rendit rêveurs, et tous nous souhaitions qu'une telle prouesse fut récompensée.


Aussi, répétons-nous encore aux pouvoirs publics: " N'oubliez pas l'avion 56 ".


Naturellement, ces exploits de nos aviateurs attirèrent sur la population de nombreuses représailles : nombre de fois après les visites, tous les permis de circulation étaient retirés, et nous étions obhgés de rentrer chez nous avant la tombée du jour.

Extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

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