GdA 1918-211
Gazette des Ardennes du 6 avril 1918

 

     Lorsque la municipalité de Valenciennes - obéissant à la loi de 1791 interdisant tout inhumation en ville (entendez par là autour des églises situées en ville) - fait la même année l'acquisition d'un terrain au hameau de St Roch pour y créer le cimetière du même nom, elle n'imaginait certainement pas l'ampleur que celui-ci allait prendre, car devant les besoins, la Ville acquiert en plusieurs fois jusque 1900 les terrains sur la rive droite du vieil Escaut jusqu'à la limite de St-Saulve pour donner l'emplacement tel que nous le connaissons actuellement et qui s'est agrandi dans les années 70 du terrain disponible sur la rive gauche, portant la superficie à près de 10 hectares.

Vue IGN
source : IGN

 Plan

     En 1915, l'ensemble des tombes n'occupait pas tout le terrain disponible, ainsi les Allemands entreprirent de créer "tout au bout" (carrés M & N actuels et peut-être D) le cimetière militaire, non seulement pour leurs soldats, mais également pour les alliés décédés sur le territoire de la commune durant les 4 années d'occupation ; ainsi que le dit l'article de la Gazette, les tombes des premiers soldats inhumés se situaient dans la partie existante du cimetière ; l'inauguration a eu lieu le 12 décembre 1915.

     Les premiers travaux ont révélé la présence à cet endroit d'une nécropole antique. Les recherches ont été reprises en 1918 par Maurice Hénault, (une grande partie des objets recueillis fut perdue lors de l'incendie de de 1940) puis une nouvelle fois en 1947, révélant une centaine de sépultures et des objets permettant de dater celles-ci de l'époque Franque et Gallo-Romaine.

Cimetière mérovingien

    Plus que l'implantation des tombes anciennes, c'est celle du cimetière militaire qui nous intéresse ici sur le plan ci-dessus provenant d'un article de 1983 de Philippe Beaussart en ligne sur Persée : "Sur le cimetière mérovingien de Saint-Roch à Valenciennes".

51aNE St Roch
Sur cette carte britannique de 1917 (dont disposaient les soldats Canadiens en 1918) :
en bleu le terrain du cimetière,                                
le rectangle rouge situe le cimetière militaire allemand, 
le vert l'actuel cimetière militaire britannique.             

    Après la guerre, le cimetière militaire est dispersé : les soldats allemands seront ré-inhumés au cimetière (Deutschen Soldatenfriedhof) de Frasnoy, notamment, ceux du Commonwealth sont rassemblés dans un carré spécifique "St.Roch Communal Cemetery", Français et Russes également dans des carrés attenants ; les voici repérés sur cette vue aérienne (mission IGN 1932). Les carrés nationaux ont été créés, le cimetière originel a disparu, restent les rangées d'arbres. Cette partie ne sera réutilisée que dans les années 1970.

cimetière St Roch 1932
A)llemagne-déplacé-, C)ommonwealth, R)ussie, F)rance

 

  • Commonwealth, entretenu par le CWGC (882 identifiés).
  • Russe (et Roumain, Serbe et Hongrois) que je traite ICI  (212 tombes).
  • Français (105 noms), traités ICI

      Avec l'aide du fonds Maurice BAUCHOND (Musée des Beaux-Arts de Valenciennes), de la collection numérisée de la Bibliothèque Municipale de Valenciennes et celui de la bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) ainsi que de ma collection personnelle, il est possible de faire une promenade dans le cimetière :

Après lancement du diaporama, cliquer sur l'icône PE pour voir celui-ci en plein écran (Echap pour revenir au blog)

 

     Il n'est malheureusement pas possible de déchiffrer les noms inscrits sur le monument de pierre bleue décrit dans l'article de la Gazette des Ardennes, mais on peut lire sur une des tombes le nom de Marcel DORIZON, prisonnier mort le 27/04/1915 dont j'ai traité le cas particulier sur ce même blog.

 


 

     Les deux derniers monuments portent des plaques assez lisibles, l'une aux alliés, l'autre aux soldats allemands décédés en 1914. Les voici retranscrites, aux fins de comparaisons avec les informations disponibles, notamment celles de l'état-civil de Valenciennes dont j'ai effectué les relevés ICI ce qui permettra ensuite de recouper les informations, au moins pour 1914. En cas d'erreur de lien aux AD59 (ils ne sont pas encore tous pérennes) utiliser la cote du document avec le n° d'acte, toujours correct.

P laqueD

Hier Ruhen tapfere deutsche Krieger
Ici reposent de braves soldats allemands
tombés en sept et oct 1914

  FISCHER Ch.
3 B.F.A.R 43
(05/10/1914)
MARKLE Karl
13 A.K.3 San K.
(21/10/1914)
 
  FRANK H. Feldwebel
J.R. 27
(20/09/1914)
MARTENS W.
6.K. J.R.81
(22/09/1914)
 
BAARS Willy
2.K. GardeJag.Bat
(01/10/1914)
FRANZ F. Sergant
J.R. 28
MEINHARDT E.
3.K. R.J.R. 116
(20/10/1914)
ROHWEDER W.
1.K. R.J.R. 76
(28/09/1914)
BADEN Karl
1.K. J.R. 121
FRIEDRICH W.
10.K. R.J.R. 35
(17/09/1914)
MERKE Ernst
4.ESK. 2 Leib Hus. R.
(08/10/1914)
SPECHTMANN Unterof
6.K. J.R. 31
(28/09/1914)
BÄDER Johann
Füs. R. 35
(24/10/1914)
GÜNSCH A.
1.K Füs R. 36
(01/10/1914)
MUCH Friedr.
2.K J.R. 26
(12/10/1914)
STEINBRECHER L.
21.Mun.Kol. F.A.R. 18
(27/09/1914)
BECKS Heinr.
2.K J.R. 153
(03/10/1914)
GUSTER A.
2.K.1. J.R. 35
(25/09/1914)
MÜLLER Feldwebel
12.K. R.J.R. 66
STEINER Aug.
8.K.1. J.R. 13
(25/09/1914)
BERGMANN W.
3.K. 1 Garde R.z.F
(11/10/1914)
GUTZMANN G. Unterof
12.K J.R. 118
(01/10/1914)
MURSCHEL W.
13 A.K. 3.San.K.
(25/10/1914)
URBANSKI Joh.
8.K R.J.R. 27
(26/09/1914)
BESECKE Rob.
1.K J.R. 9
(16/10/1914)
HENNING Otto
2.K. L.J.R. 35
(24/09/1914)
NETTELNBRECHER W.
2.K. J.R. 15
(28/09/1914)
VOGT Peter Unterof.
9.K. J.R. 81
(01/10/1914)
BUHLER K. Unteroff
8.K. J.R. 121
(14/10/1914)
HONTSCH G.
2.Esk. 5 Leib Hus. R.
(25/09/1914)
NEUMANN P.
10.K. J.R. 8
(01/10/1914)
VOLMER Herm.
5.B. F.A.R. 22
(30/09/1914)
BUSCH Franz
12.K. J.R. 17
(18/10/1914)
JUNGE Ernst
9.K. 1.Garde R.z.F
(11/10/1914)
OPPERMANN G.
Jäg. z. Pf. 7
(22/10/1914)
WEBER Rud.
2.K. Leib Gren.R. 100
(03/10/1914)
BUSCH O. Unteroff.
7.K. L.J.R. 55
(25/09/1914)
KNAPP Heinr.
1.K J.R. 79
(25/09/1914)
PROPP Rud.
5.K. J.R. 49
(07/09/1914)
SLUTE Franz
(vermutlich)
DATER
2.K. R.J.R. 27
KÖSSNER
4.B.1.garde R.A.R
(12/10/1914)
PRUFER
7.K. L.J.R. 66
? Erk. Marke 148
Fus. R. 90
ECKERT Heinr.
F.A.R. 13
(25/10/1914)
KOVALESKI Joh.
8.K. Fus. R.A.R
(14/10/1914)
REISSE K. Radf. F.K.
bayr. Jäg. Bat. 1
(01/10/1914)
PAPLEMAN Jul.
Gefang. franz. Sold.
FIERMANN V.
3.K. J.R. 56
LUND Jabok
1.K R.J.R 86
(28/09/1914)
RESENBERGER
7.K. Bayr. R.J.R. 3
(17/10/1917)
Geb. im Dep. Bernay
Gebürtig aus Bernay

 

Une date (il n'y en a pas sur le monument) figure sur la transcription lorsque j'ai retrouvé le soldat dans la base de données allemande au cimetière de Frasnoy, en limitant les recherches par analogie aux plus probantes, compte tenu des données de l'état-civil.  (En cours .................)

 

  • Un soldat Français figure en fin de liste :
    PAPLEMAN Jul. dont le nom au registre de décès est PAPLENACE Julien.
    Il est cependant né PAPHENUCE Julien Auguste le 6/12/1879 à St-Paul-sur Risle (Eure). Il est originaire (gebürtig) de Bernay (Eure) qui est son centre de recrutement, né (Geburtsort) à Bernay,  d'après la plaque, ce qui n'est pas le cas (à 30km près).
    Il fait partie des Morts pour la France, où il est dit décédé à La Neuville (Marne) le 15/9/1914, son État des Services (Matricule 700) le signalant disparu à cette date. Un jugement du tribunal de Falaise transcrit à Sassy (Calvados) le 15/05/1920 le déclarera décédé à sa date de disparition, ignorant que le blessé a été emmené dans une ambulance allemande jusque Valenciennes où il décède effectivement 14 jours plus tard. Il n'est actuellement pas possible de situer sa sépulture.


  • On trouve comme toujours quelques différences avec ce qui est noté à l'état-civil, sans que je sache qui a raison, par exemple :
    • BACKS Heinrich, gravé Becks
    • LUSTER Albert, gravé Guster A., décédé le 25/09/1914.
    • LUND Jakob, gravé Jabok, écrit LÛND à l'état-civil.

    Les documents transmis à l'état-civil de Valenciennes ne permettaient peut-être pas une lecture correcte (écriture manuscite, fraktur, papiers endommagés....), de plus le monument a peut-être été gravé sur place par un français, ayant le même problème de déchiffrement.

  • Certains noms (18) ne figurent pas dans les registres de l'état-civil, ils ont donc été soit inscrits dans d'autres communes, soit relevaient de l'état-civil militaire.

  • Certains noms ne figurent pasdans les listes du site www.volksbund.de, que ce soit à Frasnoy ou ailleurs (Assevent, Wambrechies notamment) ; peut-être les corps ont-ils été restitués aux familles, mais comme le précise le site :
    • les documents disponibles n'ont pas permis de déterminer un emplacement de tombe. Étant donné qu'au 20ème siècle, les services français s'occupant des sépultures ont réalisé des travaux de déplacement des corps enterrés dans les lieux environnants pour rassembler ceux-ci dans des cimetières communs, il est possible qu'il ait été inhumé dans la fosse commune du cimetière militaire de .................. créé par le Volksbund.

         Voici les noms tels que j'ai pu retrouver au cimetière de Frasnoy, présentés dans la même disposition que sur la plaque :

      FISCHER Christian MÄRKLE Karl  
      FRANK Heinrich MARTENS Wilhelm  
    BAARS Willi  - MEINHARDT Erich ROHWEDER Wilhelm
     - FRÄDRICH Wilhelm MERKE Ernst SPEHTMANN Heinrich
    BAEDER Karl GÜNSCH Abert MUCH Friedrich STEINBRECHER Ludwig
    BACKS Heinrich LUSTER Albert  - STEINER August
    BERGMANN Wilhelm GUTZMANN Georg MURSCHEL Wilhelm URBANSKI Johann
    BESECKE Robert HENNIG Otto NETTELNBRECHER Wilhelm VOGT Peter
    BÜHLER Karl HÖNTSCH Arthur NEUMANN Paul VOLMER Hermann
    BUSCH Franz JUNGE Karl OPPERMANN Gustav WEBER Rudolf
    BUSCH Otto KNAPP Heinrich PROPP Rudolf  -
     - KÖSSNER Karl Hermann Ludwig  -  -
    ECKERT Heinrich KOVALEWSKI Johann REIẞL Konrad  
     - LUND Jakob RESENBERGER Michael  

 


 

    Les liens sous les noms qui suivent renvoient vers les fiches correspondantes de Mémoire des Hommes, ou de la Commonwealth War Graves Commision quand c'est possible, ce qui permet d'accéder à plus d'information : date de décès, date et lieu de naissance. 

 

S 1914

Tués
Sept. Oct. 1914

BOURGES Isaïe  266 26e R.I.T
QUESNE Casimir  231 26e R.I.T.
BOURSIER François Réserviste
RECOURT Eugène  233 7e R.I.T.
FERRAND Eugène  264 16e R.I.T. caporal
SALLARD Eugène 26e R.I.T.
HOCHU Louis  232 84e R.I.
TERREUX E.H. 21e R.I.T.
LEDUC L.F. 1er R.A.T.
TRICHON Eugène 27e R.I.T.
LUNEL Auguste  254 27e R.I.T.
DAVIS Lionel 6e Dragons
MARTIN Auguste  267 27e R.I.T.
HAWE Robert 2e Hussards
MONTRON Ernest  269 26e R.I.T.
HUGHES Denis 79th Brigade R.F.A
PETIT Marcel  265 27e R.I.T.
HULL Harald Wilsh. Reg.
ENGE Albert deutscher Soldat
2° Cie, I.R. 153
  • Parfois l'orthographe des noms propres reste sujet à caution, ainsi
    • BOURCIER et non BOURSIER, François (le lien mène vers la bonne fiche MDH et le nom a été rectifié à l'état-civil)
    • MONTRON Ernest Victrice [Saint Victrice, né probablement dans la région de l'Escaut, embrassa d'abord la carrière des armes, fut évèque de Rouen vers 400 et donc fit le chemin inverse], dont le nom conforme aux actes de naissance et de décès et à la fiche MDH a une tombe au nom de MOUTRON. Une demande de rectification (avec modification de la plaque tombale) est en cours.

 

  • Les numéros qui suivent certains noms sont ceux de la tombe au cimetière actuel, et le lien renvoie vers une photo de celle-ci (collection privée).
  • Je n'ai pas trouvé de fiche mémoire des hommes pour :
    • FERRAND Eugène, décédé le 7/10/1914, et inhumé au cimetière St Roch (figure à l'état-civil).

  • 4 soldats sont britanniques :
    • HUGHES Denis : on trouve sous ce nom un soldat du 2e Bataillon du Royal Dublin Fusiliers, décédé le 05/09/1914, toujours inhumé à Valenciennes.
    • BULL H.A. (et non HULL) soldat du 1er Bataillon du Wiltshire Regiment, décédé le 14/09/1914, toujours inhumé à Valenciennes.
    • DAVIS Lionel du 6th Dragoon Guards (Carabiniers).
    • HAWE Robert du Royal Dublin Fusiliers.

  • Le soldat allemand ENGE Albert du 153e Régiment d'infanterie, n° (matricule ?) 189 est décédé à l'hôpital qui se tenait dans l'actuel Lycée Watteau, le 4/09/1914. Ce nom ne figure pas sur le site Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge, il a probablement été rendu à sa famille.

 

    On voit également au pied du même monument un écusson (aux couleurs nationales ?) mais illisible. Si la photo a bien été prise durant la guerre, cette plaque "Aux morts pour la Patrie", où le mot "France" apparait, n'a pu être apposée que temporairement :

R écusson

 

 

     A noter qu'une photo de 1915 d'origine allemande dans les albums Valois mis en ligne par la BDIC montre une tombe sans localisation :

Hier ruhen 3 tapfere französischer Soldaten
Ici reposent 3 braves soldats français

1915 3 soldats F