Valenciennes et l'aviation Suivant : 1916

 

     Le 22 mars 1915, à onze heures et demie, des aviateurs français viennent jeter des bombes, visant le champ d'aviation et le dépôt de munitions.
A l'usine des wagons-lits, il y eut de grands dégâts. Les Allemands, postés à la Pyramide Dampierre, tiraient sur eux, sans les atteindre. L'une des bombes françaises tomba sur la Place Cardon, sans éclater. Les pionniers allemands la firent aussitôt sauter.
 

     Le 19 Avril 1915, un dirigeable français étant venu nous rendre une visite nocturne, et ayant jeté des bombes sur l'usine des wagons-lits à Marly, devenue centre d'aviation pour l'armée allemande, le génie voulut faire installer une plate-forme sur l'ancienne poudrière de la Citadelle, afin d'y placer une batterie contre aéronefs et aéroplanes.

[au lieu dit : "Le pas de cheval", n°122 sur l'extrait de plan des fortifications dressé par Mariage en 1871. La batterie y fut  installée, comme le montre cette photo de Maurice Bauchond (source:MBAV)]

Front sud-ouest de la Citadelle-Ouvrage en terre n° 122 - Pas de Cheval

122 pas de cheval b

Après un examen juridique de la question, examen spécial et bien précis, la Municipalité refusa les équipes qui devaient être chargées d'établir socles et plate-formes. Elle fit valoir qu'il y aurait en cela participation directe de nos concitoyens à des actes indubitables d'hostilité contre leur patrie, et que leur devoir nettement défini par la Convention de La Haye, était de s'abstenir.
La Commandature s'inclina, et l'ordre de réquisitions fut retiré.

     Le 5 juin 1915, nous avons assisté à un combat d'avions vraiment impressionnant. Les Français survolaient la ville, les canons tirant sur les avions de tête, tandis que les avions allemands attaquaient les derniers avec leurs mitrailleuses, afin de les séparer du groupe.


     Mardi 14 septembre 1915 : les avions viennent de plus en plus souvent survoler la ville. Alors que nous sortions à cinq heures de la Chambre de Commerce, M. Turbot et moi, le canon nous annonça la présence d'un avion français. Il n'était qu'à 1.500 mètres environ, semblant se moquer des projectiles qui éclataient autour de lui. Au lieu de s'éloigner, il scruta l'horizon, faisant le tour complet de la ville. Nous le voyons par deux fois lâcher des pigeons qui devaient rendre compte de sa mission dans le cas où il aurait été mis hors de combat. Après avoir essuyé plus de cent coups de canon, il s'éloigna pendant que tous, nous poussions un soupir de soulagement et d'admiration.

Extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

 Ici se place chronologiquement le Jeudi 23 septembre 1915 l'épisode dit "de l'avion 56"

 

Réné Delame poursuit son récit :

     Le dimanche 26 septembre 1915 : A une heure et demie de l'après-midi, les canons nous annoncèrent la présence d'aviateurs français. Je me trouvais à ce moment, chez M. Charles Dubois, à Saint-Saulve, lorsque nous voyons sortir des nuages à 5 ou 600 mètres de hauteur, un avion qui laissa tomber une première bombe, puis une seconde, qui fut suivie de détonations se faisant d'instant en instant plus fortes et plus fréquentes. L'aviateur, en dépit des obus, revint prendre une photographie pour faire constater qu'il avait atteint son but, un train de munitions faisait explosion. Une colonne de fumée épaisse s'éleva vers le ciel, et les projectiles éclataient en sifflant au-dessus de nos têtes, ce qui nous obligea à chercher un abri.
Trente cinq wagons de munitions firent explosion, aussi les soldats allemands, étaient-ils exaspérés et maltraitèrent-ils ceux de nos compatriotes, hommes et femmes, qui ne circulaient pas assez vite. Un électricien de la rue des Récollets, qui se trouvait sur le toit du Café Français, ayant été aperçu, immédiatement l'immeuble fut cerné, et les Allemands se précipitèrent sur le toit afin de se rendre compte si l'on pouvait faire des signaux, et mettant en prison les personnes qui s 'y trouvaient.
Naturellement, les Valenciennois félicitèrent, dans leur cœur, ce courageux aviateur, qui était venu nous montrer que l'on ne nous oubliait pas de l'autre côté des lignes. Par contre, le général allemand fit des reproches à ses hommes pour n'avoir pas continué la poursuite.
Les Allemands firent ensuite venir une nouvelle escadrille et demandèrent au Maire d'envoyer les maçons de la ville afin de construire un abri pour leurs mitrailleuses, au champ d'aviation. Le Maire, naturellement s'y refusa, ne voulant pas donner ses ouvriers pour des travaux de guerre. L'officier chargé du travail, lui répondit que c'était pour nous protéger. " Cela n'a pas d'importance ", ajouta-t-il, mais il renonça cependant aux travaux.

     Le lundi 4 octobre 1915 : Il semble qu'une grande bataille est en préparation car nous recevons très fréquemment la visite des avions français. En lançant des bombes sur Cambrai, ils blessent ou tuent trente allemands. A Douai, le chef de gare allemand est tué, ainsi que sept soldats. A Aniche, dix-huit bombes sont lancées. Aussi, pour intimider la population, la Commandanture fit-elle placarder une grande affiche rouge. nous apprenant que plusieurs personnes avaient été fusillées à Lille, le 22 septembre dernier pour avoir, six mois plus tôt (le 11 mars) reçu des aviateurs anglais, et les avoir aidés à regagner les lignes françaises.
Ces bons patriotes étaient MM. Camille Jacquet, Ernest de Conninck, Sylvestre Verhulst.

     Le dimanche 14 novembre 1915, à huit heures et demie du matin, trois avions anglais survolaient la ville, et l'artillerie tirait sans les atteindre. A un certain moment, avant de s'éloigner, ils se groupèrent si près les uns des autres, que nous éprouvons une grande émotion en voyant les projectiles menacer de très près leurs appareils.

Des soldats allemands, qui attendaient devant l'église Saint. Nicolas, la fin de la messe pour assister ensuite à l'office protestant, se mirent d'abord à l'abri contre les maisons, mais les shrapnells retombant autour d'eux, l'officier ordonna à ses hommes d'entrer dans l'église. Ils y firent irruption au moment de la communion, sans se préoccuper des fidèles qui s'approchaient de la Sainte Table ; aussi pour éviter le scandale, le doyen fit-il sortir ses fidèles par la sacristie.
Ajoutons que chaque dimanche, les troupes devaient assister à l'office, soit catholique, soit protestant. Les catholiques se rendaient à l'église Notre-Dame, et à Saint-Géry, et les protestants à Saint-Nicolas.


     Le mercredi 15 décembre 1915, à huit heures et demie du matin, nous assistons à un triste spectacle, un combat d'avions ayant lieu à 200 mètres d'altitude. Un gros biplan allemand, nouveau modèle, armé de mitrailleuses, poursuivait un appareil français qui venait d'être offert à l'armée par la ville de Beauvais; il était monté par un sous-officier et un officier anglais. La lutte engagée à Douai, eut son dénouement à Raismes, car l'avion allemand, très puissant, gagna facilement de vitesse l'avion français et le sous-officier vint s'abattre, la tête percée de plusieurs balles, sur le boulevard près du passage à niveau de la gare de Raismes.
L'avion, après avoir tourbillonné, tomba entre les propriétés de MM. Gavrois et Wauters, à peu de distance de la place. Pendant leur chute, M. le Curé, qui assistait à ce combat aérien, donna l'absolution à ces braves ; le Sous-Officier, qui respirait encore, ayant reçu une balle dans le cou, mourut quelques minutes après. Il s'appelait Jackson [sic], était âgé de 26 ans, et avait sur lui la photographie de sa fiancée. L'officier, nommé Hobbes, âgé de trente et un ans, avait dans son portefeuille, le portrait de sa femme et de son bébé! Dans sa dernière lettre, elle suppliait son mari d'abandonner son poste périlleux, semblant avoir eu, hélas, le pressentiment du malheur qui allait la frapper.


Au dire de M. Lepez, Maire de Raismes, l'aviateur allemand aurait maquillé son appareil, ce qui lui avait permis d'approcher son adversaire, et de le mitrailler. D'autres affirmèrent que l'appareil était un avion français, grand modèle, récemment capturé par les Allemands.
Le capitaine Simon, commandant de Raismes, se fit photographier aussitôt la chute, à côté de l'appareil. Six personnes, dont le Curé, M. Paul Piérard, et cinq Conseillers municipaux furent autorisés à suivre le corbillard. Les Allemands avaient mis leurs victimes dans de beaux cercueils, et ils furent ensuite placés par les soins du Maire, dans de beaux coffres en chêne, afin, qu'après les hostilités, les corps de ces braves fussent rendus à leurs familles.

J'arrivai justement à Raismes au moment de ce combat, et fus très impressionné de ce triste spectacle.

     Voir à propos de ce dernier ce sujet :  L'affaire de Décembre 1915  pour plus de détails sur l'accident et sur les deux aviateurs anglais ( en réalité HOBBS, ALAN VICTOR et TUDOR-JONES, CHARLES EDWARD TUDOR ).

 

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