La (si décriée) Gazette des Ardennes, éditée par l'occupant, et paraissant dans les territoires occupés, ne faisait pas que publier des articles de propagande, glorifiant l'occupant et dénigrant les alliés : elle délivrait des informations qui dans une très large mesure se révèlent authentiques : des articles de journaux français libres, que l'on retrouve dans ceux-ci, même si parfois le texte en est réduit à l'essentiel, et surtout des listes que j'ai détaillées ici :

  • Victimes civiles des bombardements alliés
  • Soldats français inhumés derrière la ligne de front,
  • Ceux décédés en Allemagne, (dans les hôpitaux des camps)
  • Personnes décédées en territoire occupé,
  • La transcription de "Nécrologies Françaises" (tirées de journaux parisiens),
  • Prisonniers Français faits par les Bulgares,
  • Prisonniers en Turquie,
  • Prisonniers en Autriche,
  • Prisonniers ou morts en Macédoine,
  • Infirmiers échangés par convois,
  • Prisonniers transférés en Suisse,
  • ou spéciales, comme celles donnant :
    • des nouvelles de PG Ardennais au camp de Friedrichsfeld,
    • la liste des victimes de la catastrophe des 18-Ponts à Lille le 11/01/1916,
    • les morts de Gallipoli,
    • les noms des évacués vers les Ardennes.

 Il est d'ailleurs dommage qu'elles n'aient pu être lues en zone non occupée, censure oblige la Gazette n'y était pas diffusée, car les renseignements concernant les prisonniers par exemple auraient rendu service aux familles avant que la Croix-Rouge ne puisse visiter les camps et rendre compte.

 Je me suis ici intéressé aux Soldats français inhumés derrière la ligne de front, pour la courte période où le front, quasiment non défendu, émaillé de troupes que rien ne préparait et qui se sont sacrifiées, reculait depuis la frontière belge en direction de Valenciennes.

 L'animation ci-dessous, créée à partir du site carto1418 montre l'arrivée de la 1ère Armée Allemande sur notre frontière après sa traversée de la Belgique : le 21 Août elle atteint Bruxelles, seules 3 divisions territoriales (82e et 84e puis la 88e qui remonte vers Lille) affectées à des travaux de défense vont s'opposer à elle, alors que le Corps expéditionnaire Britannique - en orange- recule depuis Mons vers Le Cateau : Le 25 Août Valenciennes est définitivement envahie jusqu'au 2/11/1918.

 

Source: Externe
 La zone en grisé va de Mons à Cambrai

 L'image suivante, superposition des précédentes, montre clairement l'enfoncement du front face aux 1ère et 2ème armée allemandes qui avancent avec -encore, comme le prévoyait le plan Schlieffen, connu de l'état-major français- l'intention pour la 1ère armée de contourner Paris, devenu camp retranché, par l'ouest.

19140808-31
Du 8 au 30 Août 1914

La 84e division d'infanterie territoriale, qui est la plus proche du Valenciennois, est constituée comme suit en Août 1914 :

Infanterie

  • 167e brigade d'infanterie – général Paul André Marie ROEDERER
    • 25e Régiment d'Infanterie Territoriale
    • 26e Régiment d'Infanterie Territoriale
  • 168e brigade d'infanterie – colonel Victor Amédée d'HARCOURT
    • 8e compagnie du 27e régiment d'infanterie territorial
    • 28e régiment d'infanterie territorial

Cavalerie

  • 2 escadrons du 14e régiment de Hussards

Artillerie

  • 2 groupes de 75 du 44e régiment d'artillerie de campagne

Génie

  • Compagnie 4/1T du 4e régiment du génie

 

 Chaque bataillon est fort d'un peu plus d'un millier de fusils, nombreux sont ceux qui vont perdre la vie dans cette défense de la région qui leur a été assignée.
 L'historique du 27e RIT clame d'ailleurs le besoin de reconnaissance apparemment non respecté, page 2 :

H27RITp2

 

 C'est donc dans la Gazette des Ardennes que j'ai relevé, puis contrôlé les noms, en choisissant les villes suivantes :
Aulnoy, Avesnes-le-sec, Bouchain, Bruay-sur-Escaut, Condé, Crespin, Denain, Douchy, Escaupont, Fresnes, Haspres, Haveluy, Hordain, Marly, Monchaux, Quarouble, Raismes, Sepmeries, St-Aybert, Thiant, Valenciennes, Vicoigne,
qui figurent sur les listes n° 4, 11, 47, 49 et 50 ci-dessous (cliquer sur l'image pour l'agrandir, sur le n° de liste pour accéder à la page de la Gazette sur le site de l'université de Heidelberg.)

liste 04b liste11b liste47b liste49b liste50b
Liste n°4
11/06/1916
Liste n°11
30/07/1916
Liste n°47
26/04/1917
Liste n°49
29/04/1917
Liste n°50
01/05/1917

 

Y figurent 171 informations dont :

  • 3 inconnus (du 26e RIT à Escaupont, du 127e RI à Thiant et un garde-voies à Bouchain),
  • une fosse contenant 4 inconnus (à Vicoigne) et
  • un soldat connu de son seul matricule 8750 (à Crespin) du 26e RIT que je n'ai pas encore identifié. Ce dernier pourrait-être celui de l'état-civil spécial de Crespin. Le n° est trop élevé pour un matricule au recrutement de la Mayenne (par exemple) c'est donc probblement celui "au corps" mais que l'on ne retrouve pas parmi les 211 soldats du 26eRIT, morts dans le Nord en Août 1914 et qui ont une fiche Mémoire des Hommes. (Précisons que ce matricule au corps n'est pas indexé)

Ces inconnus, s'il le sont restés, reposent probablement à la nécropole nationale d'Assevent parmi 57 autres :

Source: Externe

57inconnus


2 ne sont pas décédés :

  • HAMON Romain Pierre, 26e RIT
    Indiqué inhumé à Haspres, mais son Etat Signalétique et des Services (ESS) indique :
    "Rappelé à l'activité au 26eRIT, arrivé au corps le 4 Août 1914, parti aux armées le 7/8, affecté au 330e RI le 30 décembre 1915. Disparu le 28/02/1916 à Champlon. Fait prisonnier le 28/02/1916. Interné à Hamelburg. Rapatrié le 18/12/1918."
  • L'HERMELIN Vital Théodore, 26e RIT
    Indiqué inhumé à Condé-sur-l'Escaut, mais son ESS indique :
    "Rappelé à l'activité au 26eRIT, arrivé au corps le 4 Août 1914, parti aux armées le 12/8. Prisonnier à Crespin le 24/8/1914. Interné à Altengrabow. Rapatrié le 8/01/1919;"

 

6 n'ont pu être formellement identifiés (pas de fiche Mémoire des Hommes, et/ou pas d'ESS connu) :

  • MARCOTTE Julien Joseph, 26e RIT, indiqué "127e RI" sur la Gazette. Différence qui peut s'expliquer par l'intégration d'hommes restés au dépôt de Condé du 127RI et intégré au 26e RIT face à l'urgence.
    Décédé le 24/08/1914 à Condé-sur-l'Escaut.

 

 

  • DEMOR Louis, Garde-voies
    Décédé le 23/11/1914 à Bouchain.
  • DESPINOY Alfred, Garde-voies
    Décédé le ? à Bouchain.
  • GUILLOTIN Louis, Garde-voies
    Décédé le ? à Bouchain.

 


 Les 158 noms qui suivent et qui ont pu être contrôlés (fiche Mémoire des Hommes, ESS) sont cités dans l'ordre chronologique des décès.
Il y avait très peu d'erreur dans les patronymes, eu égard aux circonstances, aux moyens de l'époque et au fait que certaines informations transitaient par l'occupant peu au fait de la prononciation. L'exemple le plus caractéristique et qui mérite d'être signalé figure dans le registre spécial de Crespin, consacré uniquement aux soldats Français tués lors de l'invasion.

AD RENAULT Crespin

Il s'agit en réalité du soldat RENAULT Joseph Michel Florentin René, étudié ci-dessous.

  • Les régiments les plus fréquemment cités sont le 26e RIT (114) le 27e RIT (13) le 2e RIT (7) ainsi que 5 garde-voies.
  • Les lieux d'inhumations sont majoritairement Crespin (49), Haspres (35), Condé-sur-l'Escaut (25).
  • Les dates principales de décès sont le 24 Août 1914 (72) et le 25 Août (57). Les listes de la Gazette prennent en compte les soldats décédés après l'invasion, jusque fin 1914, dans les ambulances françaises devenues ensuite Lazarett de l'occupant.

Lorsqu'elle publiait ses listes, la Gazette des Ardennes n'était donc pas si menteuse (tout l'art de la propagande)


Les liens sous les noms conduisent à la fiche Mémoire des Hommes.

  • WALLERAND Jules, Douanier de la capitainerie de Blanc-Misseron, Corps militaire des Douanes, 2e Btn de Douaniers.
    Décédé le 24/08/1914 à St Aybert.
  • CRINON Louis, 1er Régiment d'artillerie à pied
    Décédé le 08/09/1914 à Quarouble.
  • ROY Léon, 27e RIT
    Décédé le 09/09/1914 à Denain.