La Ville de Dijon a publié en 4 tomes le Mémorial Administratif de la Guerre, rendant compte de l'activité de l'administration municipale tout au long des 4 années de guerre. Dès le début apparaissent des articles relatifs aux évacués, émigrés, prisonniers civils, déportés et rapatriés, qui traversent la ville. Les soldats prisonniers ne sont pas oubliés, et même si c'est plus particulièrement aux civils et notamment ceux de ma région que ce blog est dédié, il n'est décemment pas possible d'omettre aucun de ces convois, d'autant que les conditions de vie, de déportation et de détention sont les mêmes.

     Il faut également apprécier dès le début de la guerre une situation commune à tous les lieux accueillant dans l'urgence un surplus de population, l'exemple de Dijon se trouvant malheureusement être encore d'actualité.

     Je ne fais que rapporter les convois signalés, et non les œuvres de secours à ceux-ci, actives du début à la fin.

Les premières personnes déplacées apparaissent dès le mois d'août 1914 :

Émigrés et évacués. — Au début même de la guerre, la ville devint naturellement, par sa position géographique, le premier refuge des populations évacuées des villes frontières par autorité militaire ou administrative, auxquelles s'ajoutaient quelques émigrés volontaires provenant des régions plus ou moins directement menacées par l'ennemi. Ce mouvement prit immédiatement une importance qui devait attirer l'attention de l'administration municipale à la fois pour éviter l'encombrement de la ville et pour procurer à ces victimes de la guerre les premiers secours indispensables, sans obérer trop gravement les finances communales.

     Aussi, le 4 août, le maire demande-t-il instamment au gouverneur de faire acheminer par la gare au-delà de Dijon les évacués, sans les autoriser à séjourner en ville : ayant à nourrir une population nécessiteuse considérable, il ne peut se charger d'une population flottante de plusieurs milliers d'individus. Mais ces malheureux passagers ne furent pas cependant abandonnés, et peu à peu des instructions de l'autorité supérieure réglèrent, théoriquement, leur sort et leur condition. C'est ainsi que, sur une demande du 21 août, le préfet avisait le maire que le logement et la nourriture des évacués étaient à la charge de l'Etat, qui y pourvoyait par voie de réquisition, si toutefois il s'agissait d'individus ayant un titre régulier, et qu'il existait à la préfecture une commission spéciale destinée à assurer ce service.

      N'oublions pas que les villes de l'arrière voient arriver rapidement un flux important de blessés, notamment Dijon - place forte dans la zone des armées- qui était un important centre d'évacuation, les grands immeubles (lycées, séminaire) étaient déjà réquisitionnés.

En septembre la situation empire, d'autant que l'avance allemande ne parait pas contenue :

Émigrés et évacués. — Le mouvement qui avait attiré à Dijon de nombreux émigrés volontaires ou amené des évacués des régions, occupées ou menacées par l'ennemi ne se ralentissait pas et il ne tarda pas à causer au Gouverneur de la Place et au Maire, responsables de l'approvisionnement et par conséquent de la résistance éventuelle du camp retranché, les plus vives préoccupations. La marche des Allemands semblait se précipiter vers le sud-est et Dijon pouvait être l'un des objectifs de leur état-major. Le Général Gouverneur se plaignit donc vivement de l'hospitalisation à domicile d'évacués et d'émigrés, qui réussissaient ainsi à se soustraire à l'obligation de suivre les convois qui les devaient, à heures fixes, acheminer vers d'autres destinations. Mais la Mairie dut décliner toute responsabilité dans ces pratiques qui, s'inspirant d'un sentiment légitime de compassion, étaient pour ce motif recommandées par la Commission départementale d'évacuation des places fortes.

Les émigrés et les évacués continuèrent donc à affluer, remplissant les hôtels, les garnis et les appartements inoccupés, épuisant les approvisionnements difficiles à renouveler en raison de la pénurie des transports, constituant une menace très sérieuse pour le maintien de l'hygiène publique dans une ville surpeuplée et par ailleurs encombrée de blessés ; le Maire, inquiet, obligé d'ailleurs de suivre les instructions précises et formelles de son Journal de ravitaillement, et le Général Gouverneur, non moins persuadé de la nécessité de mettre un frein à cette immigration excessive, tombèrent d'accord (lettres du 6 septembre) pour faire paraître, du 10 au 12 septembre, un avis invitant les émigrés à quitter la ville :

Depuis quelque temps, la ville de Dijon a reçu un nombre considérable d'évacués et d'émigrés des villes frontières. Beaucoup de ces évacués et émigrés se sont fixés dans notre ville.

Notre population s'est ainsi accrue dans des proportions inquiétantes au point de vue de l'hygiène et de la santé publiques. On peut craindre aussi, en ce moment où les transports sont arrêtés ou du moins très irréguliers, de graves difficultés pour le ravitaillement de la population sédentaire pour laquelle il paraît prudent de réserver nos approvisionnements.
     Cet avis fit grand bruit, et le Maire se justifia par des chiffres, arguant qu'en sa qualité de place forte Dijon (78.000 ha) n'aurait jamais dû recevoir d'élément étranger :
...depuis la déclaration de guerre, plus de 100.000 hommes de troupe sont passés à Dijon ; que nous avons en ce moment une garnison de près de 15.000 hommes cantonnés à Dijon et dans la banlieue ; que nous allons en recevoir d'autres ;

[Que] nous avons reçu et recevons encore tous les évacués de l'Est par mesure administrative ; que nous avons eu jusqu'à 3.000 blessés à demeure, et 1.000 à 2.000 passant journellement, qu'on panse, ravitaille et dirige vers l'intérieur ;

[Que] nous avons reçu également, à un certain moment, jusqu'à 30.000 émigrés venant de tous pays, même de ceux non menacés ;

     Enfin, peu à peu, un grand nombre d'étrangers quittèrent la ville. Tous d'ailleurs n'avaient pas des ressources personnelles leur assurant une certaine indépendance. Pour ceux des évacués qui étaient plus ou moins réduits à la misère, on sait qu'il était pourvu à leur logement et à leur nourriture par voie de réquisition.

 

En octobre 1914 l'afflux exige des mesures, et notamment des précautions :

Émigres et évacués. — La question des émigrés et des évacués, qui avait motivé en août et en septembre de justes alarmes de la part du Gouverneur et du Maire, responsables du ravitaillement de la Place, reçut au cours du mois d'octobre, une solution catégorique et d'ailleurs conforme aux mesures déjà prises par l'Administration municipale.

« Prière prendre mesures et notamment donner instructions aux commissaires militaires des gares, pour que les réfugiés et évacués ne soient pas acheminés sur les places fortes d'où ils seraient expulsés. »

« Il m'est signalé que des réfugiés sont actuellement dans des régions où leur présence constitue une difficulté sérieuse au point de vue ravitaillement et un danger au point de vue de la sécurité de l'armée. En vous plaçant à ce double point de vue, examinez de concert avec autorités militaires locales opportunité évacuation de ces réfugiés sur zone intérieure et adressez-moi, s'il y a lieu, proposition d'urgence. Indiquez-moi nombre et signalez spécialement suspects, vous ferai connaître points sur lesquels ils doivent être dirigés. »

réfugiés belges
Réfugiés Belges à Dijon. Aquarelle Lt. Cel Guillaume Cullard.
(Bib. Mun. Dijon)



Janvier 1915
LES RÉFUGIÉS BELGES ET FRANÇAIS

Le gouvernement vient de prendre les décisions suivantes relatives aux allocations de secours aux réfugiés.

Il a été établi que certains de ceux-ci, jouissant de ces allocations, repoussaient systématiquement toutes les offres d'emploi rémunéré qui leur étaient présentées, préférant vivre médiocrement, mais ne rien faire. Ceux qui seront signalés dans ce cas à
l'Administration se verront incontinent supprimer toute espèce d'allocation officielle.

D'autre part, les jeunes Belges de 18 à 30 ans sont invités à s'engager dans leur armée nationale. Toute allocation sera également supprimée aux hommes de cette catégorie qui refuseront de s'engager.

Seuls continueront à toucher l'allocation ceux qui, tout en ayant égard aux observations du premier paragraphe, s'étant présentés pour contracter un engagement, seront déclarés inaptes au service. Une pièce du bureau de recrutement sera donc désormais nécessaire pour toucher l'allocation.

     La situation finit par s'éclaircir et devenir quasi-"normale", probablement avec la stabilisation du front. C'est alors que vont arriver les réfugiés, d'abord de ceux que l'occupant a préalablement déportés. Ainsi en mars 1915 :
Émigrés, évacués et réfugiés. — On sait comment, par un abus de force s'ajoutant à tous les autres, les Allemands avaient imaginé de déporter nombre d'otages et de malheureux, qu'ils avaient arraché de leur pays envahi pour les envoyer en Allemagne comme prisonniers civils, à qui un traitement barbare était réservé. Peu à peu cependant, ils se décidèrent à relâcher quelques-uns de ces malheureux et à les renvoyer dans leur patrie.
Le 12 mars, on put lire bien en vue dans les journaux de la ville l'appel suivant :

APPEL URGENT

       Un convoi de mille prisonniers civils retour de captivité dans les camps de concentration allemands doit arriver incessamment à Dijon.
Il faut, lorsqu'ils arriveront dans notre ville, que nous puissions parer autant que possible à leur pitoyable dénuement. Il faut qu'après avoir tant souffert de la faim, du froid et des mauvais traitements, ils trouvent ici réconfort moral et matériel.
(......)
De toute urgence, il faut être prêt à donner à nos compatriotes libérés des camps de concentration : vêtements, nourriture et aussi quelques espèces.

Des femmes et des enfants font partie du groupe qui est attendu. Donc, vêtements d'hommes, vêtements de femmes, vêtements d'enfants, linge de corps, chaussures, espèces, etc., etc., seront reçus dans ce but déterminé et avec reconnaissance.

 Apparait également en mars dans le mémorial dijonnais le terme de prisonnier civil :

POUR LES PRISONNIERS CIVILS L'appel des comités réunis de nos œuvres dijonnaises a été entendu. Nos compatriotes ont été profondément émus à la lecture du rapport officiel des atrocités qu'ont subies nos malheureux compatriotes dans les camps de concentration.

Avec un empressement qui n'a d'égal que la profonde pitié qu'ils ont ressentie, ils sont venus en foule apporter aux sièges des différents comités des offrandes de toute sorte.

Tout sera mis en œuvre pour bien accueillir ces malheureux rapatriés, les gâter si possible, les réconforter et leur donner la douce impression qu'ils sont enfin, après tant de vicissitudes, rentrés dans leur patrie, notre France bien-aimée, et qu'ils passent en Bourgogne
(.....)
Parmi ces malheureux, le dénuement est grand, et la ville de Dijon se prépare à leur faire oublier leurs longues souffrances par son bon accueil et l'offre de tout ce qui leur sera nécessaire et même d'un peu de superflu.
Un premier convoi arriva le jeudi 8 avril ; les journaux du lendemain en firent le récit :

LES ÉVACUÉS DU NORD A DIJON

     Un premier convoi de réfugiés civils, retour d'Allemagne, est arrivé hier matin, à 9 h. 20, en notre gare. Sur le quai, une nombreuse assistance attendait le train spécial annoncé de Thonon.
(......)
     Ce fut une vision émouvante que celle du train entrant en gare ; car, de toutes les portières, partaient des cris de: « Vive la France ! » cependant que des mains enfantines agitaient tout le long du convoi de petits drapeaux tricolores. Avec l'aide empressée des personnes présentes, le débarquement eut lieu en quelques minutes : très peu d'hommes — une quarantaine environ — dans ce contingent de cinq cents évacués ; des femmes de tout âge, et surtout des enfants, parmi lesquels beaucoup de bébés portés par leurs mères. Des dames charitables se firent aussitôt un devoir de soulager les mamans un peu trop chargées, et le long cortège, enfin formé, se dirigea, par la rue Mariotte, vers les locaux du grand séminaire. Cortège bien fait pour inspirer de la pitié aux curieux qui se pressaient en grand nombre sur les trottoirs.

     Toutes ces victimes de la guerre sont des gens du peuple, des femmes dont les maris ont été mobilisés, de vieux ouvriers sans travail, — et nous en dirons tout à l'heure la raison, — bref des familles entières de « nécessiteux » pour employer le style administratif. Ils sont originaires de la région de Valenciennes et de Douai, et ils y étaient encore il y a quatre semaines. Raismes, Saint-Amand, Hasnon, Evin-Malmaison, Montigny-en-Ostrevent, Lens, Hénin-Liétard, telles sont les localités dont les noms reviennent le plus souvent dans les réponses que nous font les «évacués». Car ce ne sont point des « prisonniers civils » de la catégorie de ceux dont il fut question récemment dans les rapports officiels. Pour n'avoir pas, connu l'horreur des camps de concentration, ces infortunés n'en sont pas moins dignes de notre profonde sympathie. Ils ont été arrachés à leurs tristes foyers, et si les Allemands nous les renvoient, par la Belgique et la Suisse, c'est qu'ils ont décidé de ne plus pourvoir à leur existence.

On le voit, il s'agissait bien de civils rapatriés, via la Belgique et la Suisse, ceux de la longue liste des bouches inutiles désignées par l'occupant.
     Une brave lemme d'Evin-Malmaison nous renseigne sur ce point avec une particulière précision. Les Allemands, quelques jours à peine après leur installation dans ce pays, ont voulu imposer la consommation de leur affreux pain noir. Comme les enfants tombaient malades, les ménagères voulurent mettre à profit quelques réserves de blé ignorées de l'ennemi. Le soir, en cachette, ce blé était moulu... dans les moulins à café. Malheureusement, la fraude est trop vite découverte, et, un matin, les patrouilles font une rafle générale des précieux ustensiles. Le pain noir indigeste, si cruel à l'estomac des pauvres gosses, devient la seule ressource de nos gens. Ajoutons que le lait se fait de plus en plus rare : en février, il n'y a plus que vaches dans tout le pays, alors qu'il y en avait 300 à la veille de la guerre. Et bientôt commence le rationnement du pain noir : de 250 grammes par jour et par personne, on tombe à 200, puis à 150.
     Le 11 mars, à 9 heures du soir, les « familles nécessiteuses », c'est-à-dire celles où il y a le plus d'enfants, sont avisées qu'elles auront à se tenir prêtes pour un départ qui aura lieu le lendemain matin. A l'heure dite, les malheureux se réunissent devant la mairie, ayant fait un paquet de leurs pauvres liardes. Il y a là des vieillards, hommes et femmes de ans, qui ne veulent pas se séparer de leur fille. aux jupes de laquelle s'accroche la marmaille, et qui porte le dernier né, un poupon de dix mois. Quatre sœurs, dont les maris sont sur le front, emmènent à elles seules dix-huit petiots et n'ont qu'une angoisse au cœur, celle d'être un jour séparées. A la gare prochaine, le convoi s'entasse dans des wagons à bestiaux, et le train part pour Peruwelz, en Belgique, où doit se faire la concentration des évacués. Après un séjour de trois semaines dans cette ville. où la population elle-même si éprouvée fait de son mieux pour venir en aide à nos compatriotes, ceux-ci sont retirés du local où on les a casernés, et les voilà de nouveau embarqués pour un voyage à travers l'Allemagne, jusqu'au lac de Constance, — Aix-la-Chapelle, Cologne, Lindau. Il arrive à nos « voyageurs » de rester 36 heures sans recevoir aucune nourriture, et le stationnement dans les gares, avec défense d'en sortir, dure parfois une journée.
On comprend la joie immense que les évacués devaient éprouver quelques heures plus tard, à Schaffouse, puis à Zurich, lorsqu'ils purent apprécier le chaleureux accueil de la Suisse hospitalière et charitable.

Vals-Dijon
De Valenciennes à Dijon : près de 1500km.
(Rappelons que la ligne de front était infranchissable)

 
    Nous n'avons pu recueillir que fort peu de renseignements sur la situation militaire dans les pays d'origine de nos évacués. Les Allemands, comme bien on pense, veillent à ce qu'aucun de leurs secrets ne vienne à la connaissance de la population civile. En tout cas, ils se montrent beaucoup moins arrogants, nous a-t-on dit, qu'aux premiers jours de l'occupation. En ce qui concerne leurs déprédations, quelques ouvriers de Raismes nous ont raconté que les machines-outils des usines de construction avaient été toutes enlevées et envoyées en Allemagne. Le chômage est complet. Ajoutons que nos compatriotes, malgré les dures privations qui leur furent infligées, n'ont jamais perdu leur foi dans une délivrance prochaine. Les grondements ininterrompus de la canonnade voisine ranimaient leur courage.
     Quelques mots, pour finir, sur la réception et les bons soins dont les évacués du Nord ont été l'objet au grand séminaire. D'abord, visite médicale, ensuite fut servi un repas dont nos lecteurs apprécieront le menu confortable : potage, bouchées à la reine, — lesquelles avaient été généreusement offertes par M. Emile Parizot, du buffet de la gare, — navarin aux pommes, entrecôtes rôties, fromage et dessert, le tout arrosé d'un «ordinaire » excellent suivi d'un verre de bon vin.
Dans l'après-midi eut lieu la répartition des convois à diriger sur les arrondissements de Beaune, de Semur et de Châtillon. Nul doute que les victimes civiles de la guerre ne soient accueillies par nos compatriotes et voisins comme elles le furent à Dijon.

Le mardi 13 avril, nouveau convoi, dont parlent les journaux du 14 :
LES ÉVACUÉS
Hier matin, un nouveau convoi d'évacués est arrivé à Dijon, venant d'Evian. Quatre cents personnes environ, en grande majorité des femmes et des enfants, originaires des régions de Longwy, Etain, Fresnes-en-Woevre, Mars-la-Tour. Des familles nécessiteuses constituaient le principal contingent. Mais on y voyait aussi, à la différence du précédent convoi, quelques personnes d'une condition aisée et qui auraient bien voulu ne pas quitter leur pays, ayant encore le moyen de payer leur subsistance, y compris le pain réglementaire et obligatoire des Allemands. Pourquoi cette impitoyable expulsion ? Les personnes interrogées l'attribuent au manque d'approvisionnements en farine et en viande. Obligation leur avait été faite depuis longtemps déjà de changer leur or pour des billets. Cet ordre leur fut renouvelé, la veille du départ, lequel eut lieu vendredi dernier.
     Les évacués quittèrent donc leurs villages des pays de Meuse et de Moselle, se demandant ce qu'il adviendrait, non pas de leurs maisons, — car le sort des habitations ne laisse aucun doute en ces régions où la canonnade fait rage, — mais surtout des objets de valeur, literie, linge, meubles, fatalement abandonnés aux convoitises de l'ennemi.
C'est à Metz que la concentration s'opéra, et, le surlendemain, les évacués arrivaient à Schaffhouse.
Le Comité dijonnais des réfugiés a donné, une fois de plus, la preuve d'un dévouement qui mérite les plus grands éloges. Le jour où l'on établira le bilan des initiatives généreuses dont notre ville a donné l'exemple, pendant la guerre, une mention toute spéciale sera due aux bons citoyens qui ont accepté cette tâche particulièrement laborieuse et délicate.
Après quelques heures de repos dans les locaux du grand séminaire, où les attendait un dîner confortable, les évacués, au nombre de 250, ont repris le chemin de la gare, pour être dirigés sur l'arrondissement de Semur. Les autres partiront ce matin pour Châtillon-sur-Seine.
Enfin, le vendredi 23 avril arrivait un dernier convoi ; les journaux du lendemain donnèrent brièvement le récit de sa réception :
LES PRISONNIERS CIVILS
Hier vendredi, dans l'après-midi, 240 prisonniers sont arrivés en gare de Dijon, venant d'Allemagne. Le train, qui devait arriver à Dijon à 11 h. 21, est arrivé à Dijon à 2 h. 15, c'est-à-dire avec trois heures de retard.

La plupart des évacués sont originaires des Ardennes, de la Meuse, de l'Aisne et principalement de la Marne.
Sous la surveillance vigilante des commissaires des divers comités, les voyageurs se rendirent dans les locaux aménagés à leur intention au grand séminaire, rue Docteur-Maret, où un copieux déjeuner leur fut servi, et des vètements furent mis à leur disposition, grâce à de généreux donateurs.
Pendant le trajet d'Annemasse à Dijon, les réfugiés se sont arrêtés 21 heures à Thonon, et 251 sont descendus à Beaune, où la meilleure hospitalité leur a été offerte.
Dans la soirée, 125 prisonniers [civils] sont partis pour Semur, et 115 partiront demain pour Châtillon.
 

 

Emigrés, évacués et réfugiés. — Plus heureux a certains égards que les militaires prisonniers, les « prisonniers civils » étaient partiellement et peu à peu rapatriés d'Allemagne.[Ce fut hélas un voeu pieu, les déportations continuèrent, et les rapatriement -partiels- aussi] Nous avons compté en avril plusieurs de ces convois. Ils continuèrent en mai. Le 8 mai, le Maire était avisé par le Préfet qu'un train d'environ 260 rapatriés d'Allemagne devait partir de Thonon le dimanche 9 et arriver à Dijon le lundi 10 mai, a 11 heures 20. Effectivement, le 11 mai, on put lire dans les journaux le récit de cette arrivée :
LES ÉVACUÉS
Encore un convoi, qui n'est sans doute pas le dernier.... Il se composait de 315 personnes, vieillards, femmes et enfants, originaires de Lille.
(......)
C'est le 21 avril que ces braves gens ont quitté Lille sur l'ordre des Allemands. Après un internement qui ne dura pas moins de quinze jours à Saint-Amand-les-Eaux, ils furent dirigés sur Schaffhouse.
Un déjeuner réconfortant attendait les évacués dans la vaste galerie du grand séminaire. Rendons un sincère hommage à l'excellent personnel chargé de ce service. Il est admirable de voir la sollicitude, la gentillesse et l'empressement dont font preuve. en cette circonstance, tels serveurs professionnels, auxiliaires attitrés de nos banquets les plus somptueux, et qui, pour ces convives infortunés, se montrent doublement attentifs et prévenants.
Les évacués s'installent ensuite par petits groupes amicaux dans la grande cour ombragée, et bientôt les cris joyeux des enfants complètent cette poignante impression de paix reposante et de tranquillité familiale. Impression troublante, en effet, si l'on songe à toutes les misères qui se sont abattues sur tous ces malheureux et que subissent encore ceux qui restèrent là-bas. Mais voici que des enfants font le cercle autour d'un petit garçon d'une dizaine d'années qui leur montre des cartes postales. Ce sont des souvenirs de Lausanne, distribués aux « internés qui passent par cette ville. Au bas d'une belle image, — en vue du lac de Genève, — nous lisons cette légende : « Le foyer est détruit, la famille dispersée pour un peu de temps, mais la grande famille française est là pour vous accueillir. Patience et courage ! Relevez la tête et que votre force d'âme continue à soutenir ceux qui préparent la victoire ! Vive la France ! »
Le 17 mai, nouveau convoi, dont firent mention les journaux du lendemain :
LES ÉVACUÉS
Hier matin, à 11 h. 20, est arrivé en gare Dijon-Ville un convoi d'environ 250 évacués, composé de vieillards, de femmes et d'enfants originaires de Meurthe-et-Moselle, principalement de Longwy et Longuyon.
(......)
Ce fut vendredi dernier qu'ils furent obligés de quitter leur pays et envoyés à Metz, puis à Strasbourg, et enfin en Suisse, où un accueil touchant les attendait.
Dans les locaux du Grand Séminaire, un déjeuner réconfortant leur fut servi. Voulez-vous voir le menu? Le voici :
Potage paysanne, bœuf nature, haricot de mouton, fromage et biscuits variés, café. Et cela fait par M. Lanier, ce qui veut tout dire.
Les évacués passeront la nuit au Grand Séminaire. Demain, ils seront dirigés sur Châtillon et Semur.
Entre les deux, un appel pressant avait été adressé aux donateurs le 13 mai, afin de pouvoir munir ces malheureux des vêtements les plus indispensables :
En raison du nombre considérable de femmes et d'enfants qui faisaient partie des derniers convois, alors que les hommes étaient quelques-uns à peine, la distribution de vêtements de femmes a été particulièrement active ainsi que celle des layettes et des chaussures (930 objets).
La provision réunie, grâce à la générosité de nos concitoyens, se trouve donc grandement diminuée en ce qui concerne les chaussures pour femmes et enfants de toute pointure, coiffures pour enfants, fillettes et garçonnets.
Les tabliers courants en cotonnade pour femmes et fillettes sont très demandés et il en a manqué lundi dernier.
Nous faisons donc un appel spécial pour ces différents objets, car il arrivera d'autres convois, et ces articles font particulièrement défaut à ces malheureuses rapatriées et aux nombreux enfants qui les accompagnent.
Merci d'avance à nos généreuses compatriotes qui voudront bien, une fois de plus, faire un choix dans leurs chaussures usagées et ne pas oublier d'envoyer des tabliers de cotonnade pour ménagères.

 

 Août 1915

Émigrés, évacués et réfugiés. - Au premier rang des victimes civiles de la guerre figuraient les réfugiés qui avaient fui l'invasion ou qui avaient été évacués de zones dangereuses. A eux, il est vrai, allait l'assistance officielle, qui se préoccupait d'adoucir leur triste sort. Le Ministre de l'Intérieur prescrivait ainsi, le 11 août, d'obvier aux exigences abusives de certains propriétaires inhumains à l'endroit des réfugiés; il ordonnait de lui signaler tous les cas connus d'une exploitation aussi condamnable de la misère du temps, et de lui proposer les remèdes appropriés pour y mettre fin. A l'honneur de la ville, on ne recueillit, après enquête, aucune plainte d'aucun réfugié sur les abus dont il aurait pu être victime ; il n'y avait plus d'ailleurs à Dijon qu'un nombre relativement restreint de ces pauvres déracinés Comme précédemment, la presse continuait à annoncer la mise en vente des listes de rapatriés français, rassemblés par le bureau des recherches à l'Hôtel de Ville de Lyon, pour permettre aux familles dispersées de se reconstituer (2 août).

 

 Septembre 1915


Émigrés, évacués et réfugiés. — Bien que n'ayant pas subi directement les maux de la guerre, les Dijonnais ne pouvaient, en effet, se désintéresser du sort de ses victimes. Ils avaient vu dans leurs murs des évacués et des réfugiés dont la misère suffisait à exciter la charité. Ces tristes convois ne cessaient guère, à intervalles plus ou moins longs : le 24 septembre, le Préfet avisait le Maire qu'un train de 300 évacués de la Marne était parti de Fismes le matin à destination de Dijon et devait vraisemblablement arriver le lendemain vers midi, la durée prévue pour le voyage étant de 29 heures. Le comité préfectoral des évacués était, il est vrai, spécialement chargé de leur réception ; mais le Maire ne pouvait ni ne devait ignorer ce qui se passait dans la ville. Dès le 19 septembre, en vue de besoins éventuels, ce Comité sollicitait une contribution en nature de la population :

POUR LES ÉVACUÉS

Le Comité des évacués, 10, rue du Chapeau-Rouge, serait très reconnaissant aux personnes qui pourraient lui procurer des assiettes creuses et des bols usagés, même quelque peu ébréchés, ce genre de matériel étant insuffisant au siège du Comité.

Quant aux rapatriés et à leurs familles, ils étaient informés par les journaux de la publication de la dernière liste les concernant, le 15 septembre :

INTERNÉS ET RAPATRIÉS CIVILS FRANÇAIS

La septième et dernière liste des internés et rapatriés civils français vient de paraître. Elle concerne les civils internés en Allemagne au début de la guerre et rentrés en France par Genève, du 24 octobre 1914 au 5 mars 1910. au nombre de 10.845. Elle concerne aussi les civils rapatriés du 1er juillet au 31 août 1910, dont les noms sont inscrits sur une feuille volante qui constitue un supplément à la sixième liste de rapatriés.

La série des listes d'internés et de rapatriés est désormais complète. Les six listes de rapatriés parues à ce jour comprennent 65.000 noms, ce qui, avec la liste présente des internés, donne un total de plus de 76.000 personnes.

Toutes ces listes (sauf la première qui est épuisée) sont en vente, au bénéfice du vestiaire genevois des rapatriés civils, au prix de 1 fr. 10 chaque, à Lyon. Hôtel de Ville, bureau de recherches des réfugiés.

Décembre 1915

Le 8 décembre, le Préfet annonçait l'arrivée prochaine, le 12 décembre, d'un convoi de rapatriés d'Allemagne ; des circonstances particulières retardèrent un peu la mise en route du train, qui n'entra en gare de Dijon que le samedi 18. La veille, un avis avait paru à ce sujet dans les journaux :

LES PRISONNIERS CIVILS

Demain samedi, dans la matinée, arriveront, par train spécial, à Dijon, cinq cents prisonniers civils, de retour d 'Allemagne.
Nos malheureux compatriotes seront reçus, à bras et à cœur ouverts, par le Comité des évacués, qui, depuis le commencement de cette horrible guerre, ne cesse de prodiguer son dévouement aux victimes de l'invasion teutonne.
Après un repos de quelques jours, les ex-prisonniers seront répartis ainsi : deux cents dans l'arrondissement de Semur ; cent cinquante dans chacun des arrondissements de Beaune et de Châtillon,

Puis vint, le 19 décembre, le compte rendu habituel :

UN NOUVEAU CONVOI D'ÉVACUÉS

Hier, vers midi et demie, un train spécial venant d'Annemasse amenait à Dijon un important convoi d'évacués du Nord : plus de trois cents personnes, femmes et enfants, en presque totalité originaires de Lille.

A la différence des précédents, ce convoi ne comprenait que des évacués volontaires. La kommandantur avait fait placarder des affiches avisant la population qu'elle organisait un service de départ et que les habitants désireux de regagner la France avaient deux jours pour se faire inscrire. Un premier train quitta Lille le mardi 14, à 1 heure 1/2. Il emmenait 180 voyageurs, divisés en deux catégories, les indigents et les personnes capables de payer le prix de leur billet : soit 46 fr. 40 en 3e classe pour le trajet de Lille à Schaffouse.

Avant de monter dans le train, les évacués furent fouillés et durent remettre tout l'or qu'ils pouvaient détenir, recevant en échange de la monnaie allemande. Les Allemands exigèrent également que les billets de banque leur fussent remis contre des marks avec un change de 27 %.

A Schaffouse, où ils arrivèrent via Hirson, Charleville, Metz, Strasbourg, les évacués furent admirablement reçus par le Comité de la Croix-Rouge helvétique. Leur passage en gare de Genève fut également marqué par de touchantes manifestations en l'honneur de la France.

Dans la grande salle de l'ancien évêché, où un repas chaud leur fut servi comme d'habitude, nous avons causé quelques instants avec nos compatriotes du-Nord. Des renseignements qu'ils nous ont fournis, il résulte notamment que le prix de la vie a terriblement augmenté à Lille en ces derniers temps. Le lait — de très mauvaise qualité — se paie 60 centimes le litre quand on peut en trouver. Des boîtes de lait concentré pouvant donner trois litres se vendent 1 fr. 25. Le bœuf est à 5 fr. la livre ; le beurre atteint 10 fr. le kilo ; les pommes de terre de 0 fr. 75 à 1 fr. le kilo ; les oignons 1 fr. le kilo; la rareté des œufs a donné lieu à une hausse extraordinaire : on les paie 0 fr. 75 pièce.
[1 franc 1915 équivaut à quasiment 3 euros actuels] Le pain fourni par le Comité de ravitaillement américain se délivre pour un prix à peu près normal à raison de 750 grammes par personne pour deux jours ; le riz, les haricots, le lard, les lentilles provenant de la même source sont à des prix raisonnables.

     Nos braves Lilloises nous ont parlé des mesures de rigueur dont la population est constamment l'objet de la part des autorités allemandes. On peut dire qu'elle fut mise en pénitence pendant presque tout l'été. Du 1er juillet au 14, la circulation des rues fut interdite aux habitants à partir de cinq heures du soir. Motif : des femmes avaient salué un cortège de prisonniers français aux cris de Vive la France. Même interdiction du 28 juillet au 17 août.
Cette fois, les Allemands punissaient la population en raison de l'attitude patriotique des ouvrières lilloises qui refusaient de travailler à la confection des sacs à terre pour les tranchées allemandes. Nous avons en son temps relaté cet incident. C'est au sujet de cette affaire que des notables lillois furent emmenés comme otages en Allemagne cependant que la ville était frappée d'une lourde indemnité.

     Comme bien on pense, les habitants de Lille étaient privés de toute communication avec l'intérieur. Les nouvelles de France leur étaient fournies — on devine dans quelles conditions — par des journaux allemands imprimés dans une langue soi-disant française : le Bruxellois, la Gazette des Ardennes, le Bulletin de Lille, recueil des actes administratifs de l'autorité boche. Fort heureusement que de temps à autre, quelques paquets de journaux jetés sur la ville par un aéroplane ami apportaient aux Lillois des paroles de réconfort et d'espoir.

     Un drame affreux a mis en deuil cette vaillante population, il y a deux mois de cela : quatre citoyens des plus honorables ont été condamnés et fusillés sous l'inculpation d'avoir favorisé l'évasion d'un aviateur anglais.
 [George Maertens, commerçant ; Ernest Deconynck, lieutenant ; Sylvère Verhulst, ouvrier ; Eugène Jacquet, marchand de vins : fusillés le 22 septembre 1915]
Puis ce fut la mort tragique d 'un jeune homme de 17 ans qui tut passé par les armes pour avoir, parait-il, fourni des renseignements aux troupes alliées [Léon Trullin, fusillé le 8 novembre 1915].[Tous les 5 sont représentés sur le monument "des Fusillés", œuvre du Valenciennois Félix Desruelles ; dynamité en 1940, il est reconstruit en 1960. Léon Trullin - représenté couché- a également son propre monument.]

Monument aux fusillés 1930


    Les évacués ont témoigné devant nous d'un moral excellent. Rien de plus touchant que le courage tranquille de ces femmes qui ont conservé leur confiance dans l'issue heureuse de la guerre. La plupart ont des parents qui les attendent et chez qui elles vont retrouver les joies de la famille. Les autres seront dirigées aujourd'hui même sur Semur et Châtillon-sur-Seine.

Le 12 janvier 1916 était publiée la relation accoutumée :
UN NOUVEAU CONVOI D'ÉVACUÉS
Un convoi important de réfugiés des pays envahis est arrivé, vers midi, à Dijon ; il comprenait plus de 400 de nos compatriotes provenant principalement des Ardennes et notamment de Sedan et des environs de Rethel et de Vouziers.
(.....)
Ce convoi était composé principalement de femmes, d'enfants et de vieillards, les jeunes gens, à partir de 15 ans, étant gardés par les Allemands. Plusieurs petits orphelins avaient été confiés aux bons soins d'une dame de la Croix-Rouge ; à leur descente du train, ils ont été emmenés aussitôt à l'hôpital.
A leur arrivée, nos infortunés compatriotes ont été conduits à l'ancien évêché, où leur fut servi un repas chaud dont voici le menu : pot-au-feu, rôti de veau, purée de pommes, fromage de gruyère, biscuits, pain d'épices, fruits et café.
Nous avons pu nous entretenir avec quelques évacués de Sedan. Réunis vendredi matin, à 9 heures, dans une grange, ils ne furent embarqués qu'à 4 heures de l'après-midi. Leur voyage fut très fatigant : quatre jours et quatre nuits en chemin de fer. Ils ne tarissent pas d'éloges sur la réception qui leur fut faite en Suisse et sur les bons soins qui leur furent donnés.

     Ils nous ont fourni quelques renseignements sur la vie de Sedan, car ce qui se passait en dehors de la ville était complètement ignoré d'eux, défense étant faite de se rendre d'une localité à une autre. La vie était très chère, et généralement les objets de première nécessité manquaient. Ainsi on ne pouvait avoir ni pétrole, ni charbon, ni beurre. Le lait écrémé — le seul que l'on pouvait trouver — était vendu à raison de 3 centimes le litre. La viande, du bœuf seulement, coûtait. 2 fr. 75 la livre ; les œufs, 0 fr. 75 les deux; le café, 3 fr. 25 la livre; la chicorée, 2 francs la livre; l'huile, 7 fr. 5 à 8 francs le litre ; la graisse, 1 fr. 5 la livre. L'on ne pouvait s'éclairer qu'avec de petites bougies vendues 0 fr.75 alors que leur prix habituel est de 0 fr. 05. Le gaz était au prix de 0 fr. 30 le mètre cube. Quant à la boisson, il fallait se contenter d'eau, le vin et la bière servant exclusivement aux Allemands.

     Tous les quinze jours, le ravitaillement, fourni par le Comité américain, se faisait à la mairie. Chaque personne recevait trois livres de pommes de terre et une certaine quantité de riz, de haricots et de lard. Les évacués se plaignent de la qualité de ces denrées et surtout du prix un peu élevé auquel ils les achetaient. Pour le pain, qui était généralement assez bon, chacun en recevait une demi-livre par jour.
Quant à la vie industrielle, elle est complètement arrêtée. Toutes les usines sont fermées et complètement vides, les Allemands ayant eu soin de mettre la main sur toutes les matières premières et sur toutes les machines qu'ils ont expédiées dans leur pays.
Malgré les souffrances subies, on entend peu de plaintes sortir de la bouche de nos infortunés compatriotes. Et, cependant, ce n'est pas sans quelques larmes dans les yeux qu'ils évoquent devant nous les durs moments passés, n'ayant aucune nouvelle de leurs parents et amis, ne connaissant des événements que ce que leur racontaient les journaux allemands. Ils nous arrivent pleins de courage et de confiance dans l'avenir, heureux de se retrouver loin de l'Allemand abhorré.

     Quelques-uns d'entre eux sont partis, dès hier, retrouver leurs familles. Un grand nombre, 250 environ, sont partis, dans l'après-midi, pour le Châtillonnais, dans un train mis à leur disposition par la Compagnie des Tramways départementaux. D'autres enfin ont été hospitalisés à Dijon, soit dans des familles de la ville, soit dans des hôtels, par les soins de la Municipalité. A tous ces Français grandis par l'adversité, Dijon a fait le plus chaleureux accueil.

1er février 1916 : ORPHELINS DE THANN DE PASSAGE A DIJON

     M. le Colonel gouverneur de la place a informé le Maire que 30 orphelins venant de Thann et conduits à Roanne passeraient cette nuit à Dijon, et l'a prié de vouloir bien prendre les dispositions nécessaires pour les héberger.
Le Maire s'est mis immédiatement en rapport avec l'administration de l'hôpital pour qu'il soit donné à ces petites victimes de la guerre une bonne hospitalité aux frais de la Ville. L'administration des hospices a bien voulu se charger de les restaurer et de les coucher. Ces enfants, qui arriveront à 22 heures 09, seront conduits à l'hôpital où un bon souper et de bons lits les attendront ; ils repartiront demain à midi après avoir déjeuné.
     En fait, le convoi fut retardé, et l'hospitalité de la Ville réduite à fort peu de chose. Du moins voulut-on donner aux enfants quelques friandises, dont les marchands firent hommage de plein gré et ne voulurent pas recevoir le paiement. C'est seulement le 1er février vers 14 heures que les petits émigrés traversèrent la gare. Les journaux du 2 février en donnent une brève relation :
LES ORPHELINS DE THANN
Les trente orphelins de Thann, dont on nous avait annoncé l'arrivée pour hier soir et qui devaient être reçus et hébergés aux frais de la Ville par l'hôpital général, on leur avait préparé un dortoir et la nourriture, sont arrives hier vers treize heures cinquante. Ils ont été reçus en gare par M. le Maire, qui avait été heureusement prévenu à temps.
M. Dumont leur a fait distribuer une ample provision de gâteaux et d'oranges, ainsi qu'un gros paquet de bonbons envoyés par la maison Perrier,  et les trente gamins, heureux, se sont ré-embarqués à destination de Roanne, où ils ont dû arriver hier soir à neuf heures.

Dijon n'oublie pas les soldats prisonniers, d'autant que pour les blessés que l'Allemagne libère, la ville est un point de passage :

     La condition des prisonniers  est si dure, leurs charges sont si lourdes, leur situation pécuniaire est si critique ! Il est nécessaire que tout le monde comprenne qu'il s'agit, non d'adoucir le sort de quelques prisonniers particulièrement malheureux, mais de faire vivre des centaines et des centaines de soldats français réduits par le régime allemand à la famine.
     Les témoignages de nombreux prisonniers évacués d'Allemagne comme grands blessés ou comme appartenant aux services sanitaires, nous ont renseignés sur le sort misérable de nos compatriotes dans les camps allemands, et aussi, il faut le dire, sur la « très fidèle remise aux prisonniers, français des paquets qui leur sont adressés ».
Le régime alimentaire des camps est le suivant : par jour, 180 grammes de pain K, au réveil, du café d'orge ; au déjeuner, une soupe de farine d'orge ou d'avoine, ou de riz, avec quelques raclures de bas morceaux de viande, un peu de pommes de terre, ou de riz, ou des pâtes ; quelquefois un peu de charcuterie ou un morceau à peine mangeable de viande ; le soir, un hareng en saumure, qu'on laisse sécher quelques jours pour lui enlever son mauvais goût, ou un morceau de fromage, voilà ce que les Allemands donnent à nos hommes.
La Croix Rouge de Genève, qui visite les camps, parle constamment, dans ses rapports, do « l'angoissante question de l'alimentation des prisonniers en Allemagne ». Les Russes qui ne reçoivent pas de colis meurent de faim, ils cherchent de la nourriture jusque dans les ordures ; ils mangent les têtes de harengs que nos hommes jettent.
Les prisonniers secourus de retour en France nous ont dit qu'ils ne devaient la vie qu'à nos envois.

      Jusqu'en mars 1917,  plus aucun convoi n'apparait dans le mémorial,  avaient-ils été redirigés ailleurs, le rédacteur du mémorial considérait-il ces passages comme habituels ??

Émigrés évacués, réfugiés. — Les convois de rapatriés des régions envahies continuaient à être acheminés à travers la Suisse sur la gare d'Evian-les-Bains. d'où ils étaient répartis dans les diverses régions de l'intérieur ; les journaux, du 15 mars rendaient compte du passage d'un de ces convois en gare de Dijon, où un petit nombre de nos malheureux compatriotes allaient se séparer de leurs compagnons de route pour être ensuite dirigés sur des localités voisines.

Un convoi de rapatriés est arrivé, nuitamment, à Dijon, venant d'Evian, gare de concentration.
(......)
     500 de nos malheureux compatriotes ont pris place dans 10 trains. Deux chefs de convoi d'une amabilité sans  égale les accompagnent. Chacun d'eux porte une petite pancarte avec un numéro d'ordre et de plus une cocarde tricolore, que tous, hommes, femmes et enfants ont tenu à se procurer lorsqu'il leur a été donné de fouler le sol de la Patrie. A peine le train a-t-il stoppé, que de la cantine des permissionnaires sont apportées des marmites remplies les unes d'un excellent potage, les autres de lait destiné aux enfants, car ils sont nombreux. Et grâce à l'organisation ainsi prévue par le Comité des évacués, chaque rapatrié peut ainsi se restaurer dans le train, il leur est ensuite fait une distribution de produits dijonnais, gracieusement envoyés par la Manufacture dijonnaise des Biscuits Pernot.
Environ 40 rapatriés qui doivent être dirigés sur Sombernon et Meursault, descendent en gare de Dijon. Ils sont conduits au Comité des évacués où un excellent repas leur est servi par de charmantes réfugiées et, où, jusqu'à l'heure du départ, ils peuvent se reposer dans un bon lit.
Pendant que nos amis, se restauraient, nous avons pu nous entretenir avec quelques-uns d'entre eux. Le plus grand nombre venaient de Bapaume, de Cambrai, de l'Aisne. Il y en avait également quelques-uns de la Marne (Loivre, Courey, Brimont).
Il ne nous est pas possible, malheureusement de donner ici tout le détail des souffrances qu'ils ont eu à endurer. Dirons seulement que certains avaient été arrachés de leurs domiciles depuis 1914 et transportés ensuite dans d'autres localités où ils avaient été contraints de travailler.
Puis que dire des exactions, des tourments qui leur furent infligés quand les Allemands les autorisèrent à rentrer en France. Visites minutieuses, rien ne leur fut épargné. Ajoutons que pendant dix-huit jours ils furent enfermés dans un village d'Allemagne entièrement cerné par la troupe et où ils ne pouvaient être ravitaillés.

 

     Cependant le front bouge, notamment avec le recul des l'ennemi ver la ligne Hindenburg (ou Siegfried pour les Allemands, et dont les secteurs, de Bapaume à Noyon, se nomment Wotan, Siegfried, Alberich, Brunhilde, Kriemhilde), 800km² de régions occupées sont "libérées", mais .... les villes et villages sont détruits, et si l'occupant n'a pas évacué les populations vers l'arrière (puis transférés via la Suisse), ils constituent un nouveau flux de réfugiés venant du front. Le ministre de l'Intérieur (Théodore STEEG) s'adresse aux maires via les préfets :

     A la date du 1er décembre 1914, après qu'un grand nombre de nos compatriotes avaient dû se replier devant l'ennemi, et alors que nous revenaient les premiers rapatriés des pays envahis, je me suis directement adressé aux Maires pour les associer étroitement aux efforts du Gouvernement, en vue d'assurer a tous nos réfugiés un accueil empressé les aidant à supporter leur détresse passagère.
Mon appel a été entendu, et, en France libre, les victimes de l'invasion ont retrouvé la place qui leur était due.
La longue durée de la guerre et le nombre croissant des rapatriés, sans lasser les bonnes volontés et la générosité première, ont cependant atténué leur élan.
Or, actuellement une nouvelle catégorie de nos compatriotes vient s'ajouter à celles que nous avons l'impérieux devoir de secourir. Il s'agit des évacués de la zone récupérée dont le maintien a été reconnu impossible dans des régions entièrement dévastées. Leur situation n'est pas moins malheureuse que celle des rapatriés dont de nouvelles arrivées sont imminentes, et il y a là un ensemble de misères qui motive un redoublement d'efforts dont les populations trouveront le stimulant dans le fait même que les évacuations de la zone récupérée témoigne du succès de nos armes. Je ne saurais donc douter du dévouement, de la générosité et du cœur de tous ceux à qui je m'adresse encore en toute confiance.
(......)
      On notera le terme (administratif ?) de "zones récupérées", que je rapprocherais du cas des jeunes gens "Non recensés en temps utile par suite d'un cas de force majeure" (sic. Un coup de tampon, vu le nombre) et dont l'état des services commence par : "resté en pays envahi, retrouvé en pays reconquis" (sic).
On parlera d'ailleurs à propos de ces zones de "contrées envahies et dernièrement reconquises".
Le 31 mars, la Mairie fait publier l'avis suivant :
PROCHAINE ARRIVÉE DE RÉFUGIÉS
La Préfecture de la Côte-d'Or vient d'être informée de l'arrivée très prochaine, à Dijon, de deux convois successifs de réfugiés venant des régions nouvellement reconquises dans nos départements encore envahis.
Afin que nos infortunés compatriotes conservent un souvenir réconfortant de l'accueil qui leur est réservé en notre ville, un chaleureux appel est fait, au nom de la Municipalité et des Pouvoirs publics, aux personnes qui pourraient tenir des lits à leur disposition.
Prière à ces personnes de vouloir bien en donner avis, rue Michelet, 1 (ancien évêché), au siège de la Commission des évacués, soit le matin, entre 9 et 11 heures, soit le soir, entre 14 et 18 heures.

Le premier convoi de « libérés » arriva le samedi 7 avril à Dijon; ils ne firent d'ailleurs qu'un séjour très court en notre ville, juste le temps d'y prendre un repas réconfortant; l'événement ne devait cependant pas passer inaperçu, et les feuilles du 8 avril publiaient à son sujet les lignes reproduites ci-après :
ARRIVÉE EN COTE D'OR D'UN PREMIER CONVOI DE LIBÉRÉS
Hier matin samedi, par train spécial, est arrivé en Côte-d'Or un premier convoi de réfugiés originaires des régions récemment libérées par la vaillance de nos soldats et de leurs alliés.
Un grand nombre était déjà descendu à Nuits-sous-Ravières, se rendant dans la région du Châtillonnais, et aux Laumes, se rendant dans le Semurois. Cent cinquante environ sont venus jusqu'à Dijon.

Pendant le trajet, nous pouvons nous entretenir avec quelques-uns d'entre eux. Il y a là des femmes, des vieillards, des enfants. Tous portent encore sur les traits la marque des souffrances endurées sous le joug de l'envahisseur, mais dans leurs yeux une flamme luit, la flamme joyeuse de la libération, la flamme de la victoire certaine, joie à laquelle, par malheur, se mêle la vision d'horreur des pays détruits.
Comme ils ont été heureux, nous disent-ils, quand ils virent arriver les premiers soldats français ! C'était un tel bonheur qu'ils n'osaient y croire, et il fallut quelque temps pour comprendre que ce n'était pas un rêve, mais bien une réalité.
Nous arrivons à l'évêché. La salle à manger est ornée de drapeaux. Sur les tables il y a des fleurs. Il y a du lait pour les enfants; pour les adultes, un excellent potage avec le bœuf, un succulent navarin de mouton aux pommes, du gruyère, du pain d'épices offert par la maison Philbée, des biscuits offerts par la maison Pernot, du vin, du café. Le service est fait par de gracieuses et dévouées femmes et jeunes filles. Réfugiées à Dijon, elles ont pour chacun des libérés, une parole aimable et une caresse pour les enfants. Pendant le repas, une de ces dames vint présenter les souhaits de bienvenue de la part de Mgr Landrieux, évêque de Dijon, qui, empêché de se rendre au milieu des libérés, avait tenu néanmoins à leur faire parvenir un premier secours de 50 francs.
Un autre secours de 30 francs est également remis par M. Dupin, au nom de l'Union des comités de réfugiés en Côte-d'Or.
Le soir, sous la conduite de M. Muel, représentant des réfugiés de Meurthe-et-Moselle, le convoi est parti par tramway spécial pour les villages dans la direction de Saint-Seine et Lamargelle.
      D'autres convois vont arriver. De nouveaux libérés vont être répartis dans les villages de la Côte-d'Or. Dès maintenant, nous souhaitons à nos frères attendus une cordiale et sincère bienvenue. Nous savons que tous vont recevoir de nos si bonnes et si hospitalières populations côte-d'oriennes un accueil chaleureux.
Et là, dans l'atmosphère de chaude sympathie qui va les entourer, ils pourront, sinon oublier, du moins voir s'estomper comme un mauvais songe les souffrances endurées.

     Ce premier convoi ne tardait pas à être suivi d'un second qui, se dirigeant sur Beaune, ne fit que traverser la gare de Dijon dans la matinée du  11 avril :

Un nouveau convoi d'environ 250 libérés est arrivé en gare de Dijon hier matin, vers 11 heures.
(......)
Le convoi se dirigeant sur Beaune, les voyageurs ne sont pas sortis de la gare et c'est dans le train même qu'une distribution de  lait, bouillon, thé, pain, fromage, leur a été faite afin de leur permettre de pouvoir attendre l'heure d'arrivée à Beaune, où un copieux repas les attendait.

     Enfin, dans la matinée du 13 avril, arrivait, en gare un convoi d'évacués de Reims, la ville martyre que l'ennemi bombardait avec acharnement :

CONVOI D'ÉVACUÉS RÉMOIS
Hier matin, vers 11 heures, un convoi d'environ 165 évacués de Reims est passé en gare de Dijon, venant d'Epernay et se dirigeant sur Mâcon.
(......)
Composés en majeure partie de vieillards, de femmes, d'enfants, les voyageurs ont été conduits pendant le court arrêt de leur train à la cantine des permissionnaires, où un repas avait été préparé à leur intention. Alors qu'ils se restauraient, nous nous sommes entretenus avec eux, et les détails qu'ils nous ont donnés sur l'état dans lequel ils ont laissé leur infortunée cité qu'ils ont dû quitter il y a quatre jours, nous ont arraché les larmes des yeux. Tout est saccagé, tout est détruit. Bombardement par avions, obus incendiaires, gaz asphyxiants, rien n'est épargné. Certains quartiers que nous avons connus riches et florissants ne sont plus qu'un monceau de cendres.

      En présence de ces malheureux, qui ont vécu depuis tantôt trente mois dans cet enfer du bombardement, et qui n'ont quitté leur pays qu'à la dernière extrémité, nous ne pouvons nous empêcher de penser combien peu de choses sont les restrictions auxquelles nous pouvons être soumis ; et devant tant de souffrances, tant de courage, nous nous inclinons. Que cet hommage, rendu au nom de la population dijonnaise à ceux qui ont été longtemps martyrisés, soit le prélude de l'œuvre de réparation à laquelle participera la nation entière, payant ainsi la dette sacrée qu'elle a contractée envers ces braves gens.

     On cessait momentanément de voir passer à Dijon les grands convois de rapatriés ou de libérés; on signalait cependant le 31 mai le passage d'une centaine d'enfants belges qu'on dirigeait sur la Suisse.
UNE COLONIE D'ENFANTS BELGES
     Durant que les Allemands cherchent à gagner, à voler plutôt un prochain salut dans une paix fragile, les convois de leurs victimes continuent au travers de la France, y cherchant un refuge ou un passage pour ceux dont les barbares ont détruit les foyers et mis le pays en servage. Hier matin le train de Paris via Fribourg emportait 97 tout jeunes enfants, de nationalité belge, presque tous orphelins, recueillis par l'Œuvre de la reine des Belges, bénéficiaires du quotidien, très charitable et si efficace secours américain. C'était tout ensemble un spectacle amer de tristesse et un modèle d'ordre et de discipline. Quelques dames de notre ville leur apportèrent, à l'arrêt, le secours d'une aide compatissante et quelques caresses. Au buffet de la gare, une collation et des gâteries leur avaient été préparées, dont la générosité de M. Parizot s'est plu, d'un geste très délicat, à faire remise aux petits déshérités et à leurs protecteurs.

    Après l'exode des populations que la guerre avait chassées de leurs foyers, on assistait parfois au mouvement inverse ; c'est ainsi que les journaux du 31 octobre relataient le passage à Dijon de 140 petits Alsaciens qui regagnaient leur pays natal : 

RETOUR EN ALSACE
Dijon a eu hier, pendant quelques heures, la visite de cent quarante petits Alsaciens des deux sexes. Arrivés à midi trente de Saint-Etienne, où ils résidaient depuis de longs mois, ils retournaient en Alsace, leur pays natal, sous la surveillance d'un directeur, d'un docteur et de deux dames.
Reçus à la gare par le Comité des évacués, ils ont été aussitôt conduits à la cantine des permissionnaires, où un déjeuner les attendait. Nos jeunes hôtes, il est inutile de le dire, ont fait honneur au repas copieux qui avait été préparé à leur intention et qui leur fut servi, avec leur dévouement habituel, par les dames de la Croix-Rouge et le personnel de la cantine. Le déjeuner allait prendre fin, quand, sur un signe de leur directeur, tous ces enfants se levèrent, et, au milieu de l'émotion générale, entonnèrent la Marseillaise, ce chant devenu pour eux l'hymne de la délivrance.
A 2 heures, les petits Alsaciens, souriant, quittaient la cantine, où ils avaient été entourés des meilleurs soins, et se rendaient à la gare où, dans le train de Belfort, des compartiments leur avaient été réservés. A 2 h. 15, le train se mettait en marche, et nos jeunes  frères d'Alsace prenaient la route de Thann, où ils retrouveront, dans cette partie de l'Alsace redevenue française, les joies du pays natal et du foyer familial.

Le 16 décembre 1917 le maire faisait publier l'appel suivant :
ARRIVÉE D'ÉVACUÉS DES RÉGIONS ENVAHIES
Le Maire de Dijon est informé par M. le Préfet de la Côte-d'Or qu'un nouveau convoi d'environ 500 rapatriés, venant d'Evian, sera dirigé sur le département de la Côte-d'Or et que, probablement, nos malheureux compatriotes devront séjourner à Dijon le 21 ou le 22 décembre courant. On sera avisé, en temps utile, du jour et de l'heure de leur arrivée.
Il peut se faire que ces malheureuses victimes de la guerre soient obligées de passer une nuit à Dijon. C'est en présence de cette
éventualité que le maire prie instamment les familles qui pourraient disposer, pendant une nuit, d'un ou plusieurs lits, soit à leur propre domicile, soit à leurs frais, chez un logeur, de vouloir bien se faire inscrire, à partir de demain lundi, à l'hôtel de ville, bureau des logements militaires, rue des Forges.
Les hôteliers et logeurs qui désirent contribuer à cet acte de solidarité sont également priés d'indiquer au même bureau à quel prix, le moins élevé, ils pourraient assurer le coucher de ces rapatriés et combien ils pourraient en recevoir.
Le maire espère que ces éprouvés, qui ont droit à tous les égards et à toutes les sollicitudes, recevront à Dijon la généreuse hospitalité qu ils ont trouvée en Suisse. C'est à l'initiative privée des Français, qui, plus heureux, n'ont pas eu à souffrir des brutalités et des exactions des barbares, qu'il appartient d'assurer à nos frères rapatriés la cordiale réception qu'ils méritent.

     Le convoi annoncé arriva à Dijon le 22 décembre ; les journaux du lendemain publièrent à ce propos les lignes suivantes :
LES RAPATRIÉS
Hier matin, à 5 heures 44, 633 rapatriés, venant d'Evian-les-Bains, sont arrivés à Dijon.
Ces malheureux, originaires de l'Aisne, du Nord et du Pas-de-Calais, avaient été emmenés par les Allemands en Belgique, où ils se trouvaient depuis huit mois. Malgré les souffrances qu'ils ont endurées, leur moral est excellent, et c'est avec joie qu'ils nous ont dit leur courage et leur espoir.
Ils ont été conduits à la cantine de la gare et à l'ancien évêché, où des repas chauds et copieux leur ont été servis. Après avoir été restaurés,ils ont été répartis, savoir 126 dans l'arrondissement de Dijon (région d'Is-sur-Tille); 167 dans l'arrondissement de Beaune, 177 dans l'arrondissement de Chàtillon-sur-Seine et 163 dans l'arrondissement de Semur-en-Auxois.
Tous sont repartis dans la journée, mais, avant de quitter Dijon, ils ont manifesté leur satisfaction de la réception qui leur avait été faite et adressé leurs remerciements aux autorités et aux organisateurs.
On n'avait donc pas eu à s'occuper du logement ; à ce sujet cependant la population n'avait pas manqué de répondre à l'appel que le maire lui avait adressé, puisque  celui-ci la remerciait publiquement dans les termes suivants :
Le maire de Dijon adresse ses très sincères remerciements à toutes les personnes qui avaient bien voulu, à sa demande, réserver des lits à nos malheureux compatriotes rapatriés des régions envahies ; 215 lits avaient été généreusement mis à sa disposition indépendamment de dortoirs collectifs.
Les rapatriés ayant été dans la journée d'hier dirigés sur leurs nouvelles résidences du département, n'ont pu profiter de la cordiale hospitalité qui leur était réservée.
Le maire espère qu'il retrouvera les mêmes offres lorsqu'un nouveau convoi devra séjourner à Dijon.
Quant aux sommes qui ont été versées et dont le montant s'élevait à 440 francs, elles ont servi en partie à, améliorer le repas de nos hôtes d'un moment; le surplus sera employé aux mêmes besoins des premiers rapatriés qui seront dirigés sur notre ville.
     L'année 1918 verra son lot de convois, sous la menace des bombes de gothas, les évacuations n'avaient pas tardé à commencer : le 1er février, c'était à 75 ouvrières de la manufacture des tabacs de Nancy et à leurs enfants, dirigés sur Dijon, qu'il fallait assurer le logement ; le 13, on signalait le passage en gare de réfugiés en provenance de la même ville :
LES RÉFUGIÉS
Avec le train de Nancy sont arrivés, hier, en notre gare, deux groupes de réfugiés : l'un de 105 vieillards et l'autre d'enfants assistés. Ces malheureux devaient, peu après, prendre le train de Chalon afin d'être dirigés sur Bois-Sainte-Marie et Semur-en-Brionnais, près de Charolles (Saône-et-Loire), où ils seront hospitalisés jusqu'à la fin des hostilités.
Pendant leur arrêt à Dijon, vieillards et enfants ont été conduits à la cantine militaire, où ils trouvèrent le meilleur réconfort : bouillon, boissons chaudes, ainsi que tout ce qui pouvait leur être agréable.
Ce cordial accueil a fait grand plaisir aux voyageurs, lesquels, bientôt, prenaient place dans le train qui devait les emmener dans une région charmante, où ils retrouveront le calme et la tranquillité.
Le 6 mars, c'étaient des garçonnets de santé débile, évacués des départements du nord et dirigés sur Cannes, qui recevaient l'hospitalité à la cantine des permissionnaires.

A peine l'offensive ennemie était-elle déclenchée qu'on assistait au passage des grands convois :
LES RÉFUGIÉS
Hier matin 25 mars, à 8 h. 45, est arrivé en gare de Dijon un train de 900 réfugiés, venant de Beauvais, à destination de Màcon.  
(......)
Après avoir été ravitaillés par les membres du comité, ces malheureux ont continué leur route. Ajoutons qu'un service d'ordre avait été organisé par M. Flury, commissaire central, qui était également présent.
La formidable bataille d'où dépendait le salut de la France se poursuivait âprement.

Nouveaux convois les 27 et 28 mars : 

L'EXODE
Dans la nuit de mercredi à jeudi, onze évacués des pays envahis sont arrivés en gare de Dijon. Ils ont été conduits à la cantine de la gare pour y être restaurés. Au matin, ils ont pu se rendre au siège des réfugiés, rue Michelet.
Hier, à 7 h. 1/2 du matin, un millier environ d'évacués des environs de Montdidier sont arrivés à leur tour en notre gare, où ils devaient séjourner une heure avant d'être dirigés sur Grenoble.
Conduits à la cantine militaire, il leur y a été servi un substantiel repas, dont ils se sont montrés très satisfaits.
Ils ont pu ainsi, bien réconfortés, continuer leur route sur le beau pays où ils trouveront, sinon l'oubli de leurs peines, du moins le calme repos d'une vie paisible.

Le 3 mars, on annonçait le passage de deux trains d'évacués contenant chacun 1.200 personnes : l'un venant de Senlis et l'autre de Rouen ; puis c'étaient des groupes de moindre importance : 130, 40, 300, comportant plus spécialement des vieillards et des malades, dont partie couchés, en provenance de Châlons-sur-Marne et à destination de Cannes, dont il fallait assurer le ravitaillement et parfois l'hospitalisation.

 

LES ÉVACUÉS
La nuit dernière, à minuit 30, environ 150 évacués de Compiègne et des environs sont arrivés en gare de Dijon-Ville. Après avoir été ravitaillés par les soins de la cantine, ils ont été conduits à l'ancien séminaire pour y passer la nuit.
Dans l'après midi, deux autres trains d'évacués sont passés à Dijon : le premier à 2 heures, à destination de Beaune : le second. transportant environ 350 vieillards, à 3 heures 1/2. Quatre de ces derniers, très àgés, ont dû être hospitalisés dans notre ville. Les autres ont été dirigés sur Nice.
Les évacués de ces deux trains ont été ravitaillés par les soins du comité intermunicipal.  C'était tout le lamentable cortège des pauvres gens fuyant, devant l'invasion, la ruine de leurs foyers dévastés, misérables troupeaux humains apeurés et tremblants, avec encore, dans les yeux, des visions d'épouvante.

L'organisation adoptée à Dijon permettait de faire face à toutes les nécessités de la situation ; dès la fin de mars, et en prévision des grands mouvements stratégiques qui devaient avoir pour effet de multiplier les évacuations des populations, le comité municipal décidait d'organiser à la gare une permanence de 8 heures du matin à minuit, afin d'assurer d'une façon irréprochable l'assistance qui était due aux réfugiés de passage. Tous les efforts convergeaient d'ailleurs vers ce but ; les heureuses dispositions arrêtées par les administrateurs de la cantine des permissionnaires en vue du ravitaillement de nos hôtes de quelques heures, les puissants moyens matériels dont ils disposaient, les installations et aménagements apportés aux locaux de la rue Michelet pour l'hébergement des fugitifs qui devaient trouver un asile dans le département; le dévouement, des membres du comité et de leurs divers collaborateurs, l'empressement que les Dijonnais mettaient à répondre à l'appel que le Maire leur avait adressé en apportant des dons en espèces ou en nature, tout ne concourait-il pas à atténuer la détresse de nos malheureux compatriotes, pitoyables victimes de la guerre.

La municipalité participe à l'effort de la ville d'Evian dans l'accueil des rapatriés :

   Les misères dont les Dijonnais étaient les témoins attristés ne devaient pas leur faire oublier qu'il en était d'autres qui, par leur similitude, réclamaient impérieusement des secours ; depuis que la famine régnait chez eux, nos ennemis évacuaient des départements envahis toutes les personnes qu'ils considéraient comme des bouches inutiles : femmes faibles, enfants, vieillards, infirmes; ces évacuations se faisaient par la Suisse, et nos compatriotes rejoignaient la terre française à Evian, où une œuvre admirable, l'Œuvre eviannaise d'assistance aux rapatriés, les recevait en attendant qu'ils fussent dirigés sur les régions que leur assignait le Gouvernement. Il y avait en grand nombre parmi eux des malades victimes des privations, des peines morales, des travaux forcés infligés par la cruauté de l'envahisseur; il y avait aussi  et surtout ceux qui avaient tout perdu, au sens littéral du mot: des mères, avec trois, six, huit enfants, qui n'avaient dans leurs poches que quelques sous et souvent même rien du tout. L'Œuvre éviannaise distribuait journellement à ces pauvres épaves de la tempête qui, depuis plus de trois ans, bouleversait le monde, un premier secours en espèces : 5 francs, 10 francs, 20 francs, 30 francs et plus, suivant les besoins et les charges de chaque famille nécessiteuse ; ne vivant que des dons généreux de ceux qui s'intéressaient au sort des rapatriés, elle adressait à la Municipalité de Dijon une demande de subvention. Pouvait-on rester sourd à cet appel ?
     Le Conseil municipal ne le pensait pas, et, dans sa séance du 22 février, il votait, à l'unanimité de ses membres présents, une subvention de 1.000 francs à l'Œuvre éviannaise ; ce vote constituait non pas un acte de charité, mais un geste de solidarité, de justice et de patriotisme.

    On pourra lire sur ce sujet l'opuscule du Dr De Monchy sur l'arrivée à Evian le 14/10/1917 du premier train d'enfants Belges rapatriés :


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UN CONVOI DE PRISONNIERS RAPATRIES 
La soirée de vendredi [1er mai 1918] fut, pour la cantine de la gare, une soirée fort animée. Tout d'abord, vers 9h. 1/2, arrivaient près de 400 jeunes recrues de la classe 1919, Parisiens, qui se rendaient à Auxonne.
Nous avons assisté au ravitaillement de tout ce monde et avons pu admirer la rapidité avec laquelle le service est assuré par un personnel dévoué.

A 10 heures, arrivaient à leur tour 360 rapatriés d'Allemagne, prisonniers appartenant aux classes 1887, 1888 et 1889, qui venaient d'être échangés contre un nombre égal de prisonniers allemands.
Du camp de Munster, ils sont venus par Constance, en traversant la Suisse, à Genève et à Lyon. Ils n'oublieront pas, disent-ils, l'accueil qui leur a été fait en Suisse française, de même quBellegarde et à Lyon. Ils conserveront également bon souvenir, croyons-nous, de la cordiale réception qui leur a été faite à Dijon.
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La plupart portent barbe et cheveux blancs. « Nous sommes les vieux de l'an 14 », disent-ils. Déjà ils paraissent avoir oublié les misères qu'ils ont dû connaître, car une douce joie illumine le visage d'un certain nombre d'entre eux ; d'autres (beaucoup sont originaires de pays envahis), songent qu'ils ne pourront encore retrouver la famille, qu'ils n'ont pas vue depuis si longtemps.
Mais la soupe est servie, une bonne soupe à laquelle succède un plat de viande froide, arrosé de bon pinard et de café. Un cigare est en outre distribué à chaque convive, qui, maintenant, peut attendre l'heure du départ.
Il est minuit. Nous quittons tous ces braves, en leur souhaitant un heureux retour.

Nouveau passage le 2 mai : 

PASSAGE DE RAPATRIÉS
Avant-hier soir, à 22 h. 40, un convoi de 434 rapatriés d'Allemagne est arrivé à Dijon, venant de la direction de Lyon.
Ces militaires, qui font tous partie de l'armée territoriale et appartiennent en grande partie aux corps des G. V. C., gendarmes et douaniers, paraissaient extrêmement fatigués.
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Le même menu que pour le précédent convoi fut servi par nos dévouées infirmières, qui ne manquèrent pas d'adresser à chacun un mot aimable et réconfortant.
Après s'être restaurés et avoir pris un peu de repos, ils repartaient hier, à 5 heures du matin, dans la direction de Paris.

Le 17 mai enfin, c'étaient 118 personnes de nationalité italienne, fuyant la Russie inhospitalière pour rejoindre leur patrie. 

ÉVACUÉS DE RUSSIE
Hier, par l'express de Paris, sont arrivées à Dijon plusieurs familles italiennes, qui, établies en Russie et fuyant l'invasion allemande, étaient parties il y a environ trois mois. Passant par Arkhangel et l'Angleterre, elles étaient arrivées à Paris il y a quelques jours.
A leur arrivée en notre gare, ces évacués, au nombre de 118, ont été reçus par les délégués du Comité des évacués et de la cantine de la gare. Pendant qu'un certain nombre d'entre eux se rendaient dans les hôtels de la ville, les autres, moins fortunés, gagnaient la cantine, où un repas leur était offert.
Cet accueil leur fut si sensible qu'ils manifestèrent le désir de marquer cette satisfaction sur un registre. La déclaration fut ensuite signée par plusieurs d'entre eux.
Vers six heures, ils reprenaient le train qui les ramènera sous le beau ciel d'Italie.

Juin 1918

Réfugiés, évacués et rapatriés. — Avec le fléchissement de nos lignes, il fallait de toute urgence procéder à l'évacuation des populations menacées ; et c'était certes un des plus navrants spectacles que celui auquel il était donné aux Dijonnais d'assister quand les convois passaient en gare, emportant vers de lointaines régions ces pitoyables victimes de la guerre. Rien ne dira jamais la morne résignation de ces vieux, de ces femmes, de ces petits, ballottés comme des épaves sur les grandes lignes de France, en route pour des destinations ignorées. Beaucoup parmi eux avaient déjà monté ce douloureux calvaire en 1914; puis, la première grande tourmente passée, ils étaient revenus s'installer au village, réédifier leur foyer et cultiver leur champ ; et voilà qu'à nouveau il fallait s'éloigner. Qui aurait pu s'étonner d'entendre parfois sortir de ces bouches des paroles de doute et de découragement?

 

Au début du mois de juillet, on signalait encore des passages d'évacués;

 Réfugiés, évacués et rapatriés. — le 1er juillet, la préfecture avisait la mairie de l'arrivée à la gare de Dijon-Ville, les 2, 3, 4 et 5 juillet, de quatre détachements d'évacués de 100 personnes chacun, auxquelles on prescrivait de faire assurer un repas.
L'exode des petits parisiens continuait; les journaux du ier juillet publiaient l'entrefilet ci-après:
L'EXODE DES PETITS PARISIENS
Vingt-cinq petits Parisiens, garçons et fillettes, sont arrivés hier après-midi à Dijon, sous la conduite de deux délégués de l'Œuvre des enfants des chemins de fer français. Après un substantiel repas à la « cantine des poilus », ces enfants ont été remis à des familles dijonnaises qui ont eu la générosité de leur ouvrir leur foyer et auprès desquelles ils trouveront le repos et les soins dont leur jeune âge a si grand besoin.

Le 10 août, 80 réfugiés passaient encore à destination de Tarascon et Nîmes.
Par contre, le 22 août on envisageait le retour des groupements d'enfants et des familles nécessiteuses ayant quitté Paris sous la menace des bombardements ; la date de ce retour était fixée au 1er septembre.

Le 31 juillet, nouveau passage : 

PASSAGE DE PRISONNIERS RAPATRIÉS
Mercredi dernier, plus de 300 prisonniers furent ravitaillés à la cantine des permissionnaires. Ils avaient été précédés chaque jour de convois n'excédant pas une centaine.
Comme l'habitude patriotique en a été prise, les dames de la Croix-Rouge ont mis tous leurs soins et leur bonne grâce accoutumée à assurer le service des tables de ce repas modeste, mais chaud et réconfortant.
Les membres du comité de la cantine, dont les conseillers municipaux qui en font partie, les membres du comité des évacués, qu'un coup de téléphone appelle, assuraient l'organisation matérielle de cette réception, comme toujours improvisée.
Nos malheureux compatriotes, rentrant directement des camps allemands, étaient émus jusqu'aux larmes, et ce fut une belle explosion d'enthousiasme patriotique quand M. Lheureux, de l'Opéra-Comique, qui se trouvait de passage à ce moment, entonna de son admirable voix la Marseillaise, dont le refrain fut repris en chœur par les quelques 2.000 poilus présents à minuit dans les grandes salles.
Et c'est aux cris de : « Vive Dijon ! » maintes fois répétés qu'à minuit et quart nos prisonniers rapatriés gagnaient la salle de repos pour y dormir profondément, harassés de fatigue, avant le départ de leurs trains respectifs. Ajoutons que M. Got, si aimé des poilus dans ses imitations de chants d'oiseaux, avait auparavant joyeusement claironné à leur intention une brillante fanfare des airs traditionnels de l'armée française, ce qui fut un plaisir pour ces pauvres gens, qui ne les avaient pas entendus depuis près de quatre ans.
Réconfort indispensable à ceux qui ont tant souffert là-bas et dont la reconnaissance s'exprime de maintes façons variées, mais inoubliables.

Le 7 septembre enfin, le Comité de l'Office central faisait à la presse cette nouvelle communication

LES RAPATRIÉS
Les retours des rapatriés, qui avaient été momentanément suspendus pendant le mois d'août, ont repris.
Deux convois sont de nouveau passés dimanche et lundi et ont été reçus à la cantine par les membres de la commission.
Nos compatriotes, des universitaires arrivant de Genève et de Lausanne, ont été profondément émus de la modeste, mais cordiale réception qui leur était faite ; et, après avoir chaleureusement remercié des attentions délicates dont ils avaient été l'objet, ils ont continué leur route vers Paris et les au-delà à 5 heures du matin.

     Dijon, cependant, ne se bornait point à assister les rapatriés qui traversaient notre gare ; dans la même séance du 28 août, le Conseil municipal décidait d'allouer une subvention de 1.000 francs au Comité de réception des rapatriés civils et militaires de Bellegarde (Ain) ; au 10 juin 1918, ce comité avait déjà reçu et ravitaillé 400.000 rapatriés civils, 15.000 membres du personnel sanitaire et 30.000 grands blessés.
     Toutes les villes traversées par les convois n'avaient pas pris la même initiative que Dijon ; la grande presse avait signalé cette regrettable lacune. C'est pourquoi le Conseil municipal émettait le vœu, dans sa séance du 28 août, « que le Gouvernement organise un service de transport et de ravitaillement en cours de route des rapatriés civils et militaires, de façon que ces derniers soient transportés le plus rapidement et le plus confortablement possible à leur destination, et que, durant le trajet, ils soient convenablement ravitaillés ».
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