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René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

  • Le Mardi 16 octobre 1917 fut pour nous une jounée de deuil, car la ville recevait de la Commandanture l'avis suivant:
    " Les trois civils dénommés ci-dessous, fusillés ce matin, à 7 heures, suivant la loi martiale, ont été enterrés au cimetière civil de St-Roch.
    " Les numéros des tombes sont les suivants:
    Canonne Alfred, tombe 360;
    Cotteau Edouard, tombe 361;
    Herbaux Victor, tombe 362. "
    Les murs de la ville furent immédiatement recouverts d'affiches rouges destinées à impressionner la population, en annonçant l'exécution de ces trois braves Français, morts pour la Patrie.

    Nous n'eûmes à leur sujet que de très vagues renseignements deux de ces prisonniers étaient domiciliés à Honnechy, le troisième seulement habitait Valenciennes. Cannone et Cotteau ayant trouvé un pigeon voyageur porteur d'un message questionnaire, étaient accusés d 'y avoir répondu.
    Herbaux aurait été déposé, paraît-il, en territoire occupé, par un aéroplane, pour y accomplir un service de renseignements. Je rencontrai l'employé des pompes funèbres Dautel, qui, ayant assisté à l'exécution me dit que les condamnés étaient arrivés à sept heures du matin en camion automobile au champ de tir. Une corde avait été tendue le long de la butte, devant laquelle ils furent alignés à deux mètres les uns des autres, le dos tourné au peloton qui devait les fusiller.
    Ils se rendirent à leur place très courageusement, les yeux non bandés et sans être ligotés.
    Tous trois après la salve, tombèrent à la renverse, puis leurs cadavres furent déposés dans des cercueils et conduits par Dautel au cimetière Saint-Roch, pour y être inhumés.
    On ne saura jamais rendre suffisamment hommage à ces braves Français qui tombèrent victimes de leur patriotisme.
    A cette époque, les prisons regorgeaient de monde, et les Allemands durent préparer d'autres locaux. A la prison de St.Jean, où je devais être enfermé le mois suivant, se trouvaient un colonel et une douzaine d'officiers qui avaient tenté de s'évader, c'est pourquoi les patrouilles circulaient jour et nuit, et arrêtaient les passants pour leur demander leurs papiers. La Commandanture voyait partout des espions.
    C'est ainsi qu'au cimetière Saint-Roch ils arrêtèrent un pauvre évadé, qui, depuis deux mois y était caché, des personnes charitables allaient lui porter à manger.

  • Les actes de décès des 3 hommes figurent dans le registre des décès de la Ville de Valenciennes de 1917, en ligne sur le site des Archives départementales du Nord, Cote 3E 5783 actes N°s 1117, 1118, 1119 pages 278 & 279.
    Ils portent la même mention :

    "Décédé au lieu-dit le Rôleur, Canton Est. Dressé le 23/10/1917 sur l'ordre de la Commandanture.
     Signé: Sellschopp, Lieutenant et Adjudant.
    "


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    Rien à la lecture de ces actes ne laisse deviner qu'il s'agit d'une exécution. Cependant, ils donnent ou confirment les renseignements suivants :

HERBAUX Victor Edmond

  • Meunier, né à Lille le 07/01/1882, domicilié à Valenciennes, faubourg de Paris, Chemin Latéral, Canton Nord, époux de Maxelende Morchin, il est fusillé à Valenciennes le 16 octobre  1917.
    Déclaré "Mort pour la France".

  • "A été fusillé pour avoir atterri par moyen d'un ballon libre derrière nos lignes, dans l'intention de faire de l'espionnage."
    (Der Oberbefehlshaber)

  • Fait Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume par décret du 21 septembre 1923.

  • Son nom est cité dans la "London Gazette"
  • Sa fiche sur le site Mémoire des Hommes, où il est bien considéré comme soldat du 100e RI (rien cependant dans son Etat Signalétique et des Services ne permet de savoir s'il était en service commandé) :

    MDHerbaux

  •  Les archives royales de Belgique disposent d'une lettre de la mairie de Valenciennes, en réponse semble-t-il à un organisme ( belge ) recensant les victimes de l'invasion :

    archivesB
    A noter que l'acte de décès porte bien la date du 16 octobre 1917

  • Sa tombe au Cimetière St Roch de Valenciennes : il y est qualifié de "prisonnier civil", dommage que la mention fusillé ne figure pas (et que malgré ma demande la plaque ne puisse être rectifiée) ! De même sur le site "Sépultures de Guerre" auprès duquel une demande de rectification a été déposée.

    Tombe St Roch


COTTEAU Edmond Frédéric

  • Menuisier, né à Honnechy le 03/03/1884, de Frédéric Edmond et PROYE Marie Louise, domicilié à Ors (Nord).
  • Classe 1904, Mle 170 au recrutement d'Avesnes - appelé à la 6° section de commis et ouvriers d'Etat à Châlons sur Marne, puis à Verdun, ensuite à la 6° section Mézières-Charleville. Rentré en 1915 en qualité de menuisier aux ateliers de la Compagnie du Nord à Tergnier.
  • Citation à l'ordre de l'armée
    Médaille militaire.
  • "A été fusillé à Valenciennes le 16 Octobre 1917, pour avoir tenté de faire parvenir des nouvelles, par pigeon voyageur, aux troupes françaises."

    Les pigeons étaient lachés depuis des avions, français ou britanniques, dans des boites les protégeant au mieux des chocs. A l'intérieur on demandait à celui qui trouverait l'oiseau de rédiger un message avec un maximum d'informations et de relacher le pigeon qui ne manquerait pas de revenir à son pigeonnier.  Ceux qui prenaient le risque d'informer les alliés essayaient le plus souvent de se démarquer de fausses informations rédigées par l'ennemi en donnant une information qui devait permettre de les reconnaires ; cette information a souvent servi aux allemands pour retrouver l'expéditeur lorsque le pigeon était capturé par eux.


  • Fait Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume par décret du 25 mars 1924.
  • Le 29 juillet 1919, le Journal Officiel publie sa citation à l'ordre de l'armée 

citation COTTEAU

CANONNE Alfred Amédée

  • Cultivateur, né à Honnechy le 15/05/1856, domicilié à Ors, rue de Landrecies.
  • "A été fusillé à Valenciennes le 16 Octobre 1917, pour avoir tenté de faire parvenir des nouvelles, par pigeon voyageur, aux troupes françaises."

  • Fait Chevalier de la légion d'Honneur à titre posthume par décret du 21 septembre 1923.
  • Le 29 juillet 1919, le Journal Officiel publie sa citation à l'ordre de l'armée (ci-dessus)
  • Sa fiche sur le site "Mémoire des Hommes"

    MDH CANONNE

 

 

Le lieu de décès, donc de l'exécution : le champ de tir du Rôleur, est le même que pour Henri LEGRAND et ses compagnons BEAUVOIS Nicolas et THUILLIEZ Pierre-Joseph qui seront fusillés le 23/02/1918.

Voir la page du blog qui leur est dédiée

       C'est au même endroit que le 28 Août 1944 les nazis fusilleront avant de s'enfuir devant l'arrivée de la 30°Division US "Old Hickory" qui pénètre dans Valenciennes le 2 Septembre, 21 civils dont les noms figurent sur le monument à l'entrée de l'ancien champ de tir : Bacquet François, Charon Isisdore, Cuvelier Pierre, Denys Damien, Farineau Arthur, Farineau Léon, Farineau Arthur fils, Farineau-Deker Clémence, Fabry Gilles, Gontier Jean, Kulpa Charles, Kulpa-Krass Madeleine, Krupa Jean, Lecocq Laurent, Lutas Jean, Millot Albert, Perrin Louis, Perrin Denis, Persiaux César, Pichon Albert, Riquoir Louis.

Roleur
(photo de l'auteur)