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     D'août 1914 à novembre 1918, l'armée allemande occupe 10 départements du Nord et de l'Est de la France, partiellement ou totalement dans le cas des Ardennes. Le ravitaillement des 2,2 millions de civils présents sur ces territoires devient difficile au cours de l'hiver 1915 en raison du manque de main d’œuvre pour l’agriculture, des destructions et du fait du blocus naval imposé à l’Allemagne.

Pour résoudre ce problème, les autorités allemandes décident de « rapatrier » les indigents et les personnes volontaires vers la France non occupée à partir de mars 1915.

Ces déplacements sont d'abord vécus comme une sanction, les rapatriés étant désignés de manière autoritaire. À partir de 1916, parce que la pénurie est de plus en plus cruellement ressentie, les demandes de rapatriement sont bien plus nombreuses que les places disponibles.

Au total, près de 500 000 personnes sont concernées entre mars 1915 et la fin de la guerre. Les rapatriés font un long voyage en train, avec parfois une mise en quarantaine en Belgique. Ils passent ensuite en Allemagne avant d'arriver en Suisse et d'être transférés à Annemasse jusqu'en 1917, puis à Évian. (voir ce site)

 

Prescriptions
(Roubaix, 1917)

La première évacuation de Valenciennes. (Mars 1915)


     Les bruits vagues d'évacuation qui couraient à Valenciennes ne semblaient avoir aucune consistance, lorsqu'à la séance du Conseil municipal du 8 mars 1915, le Maire, M. Tauchon, nous fit part d'un ordre d'évacuation, d'une gravité particulière, qu'il venait de recevoir de la Commandature ; nous en respectons la teneur. 

Etappen-Kommandatur de Valenciennes.
      « Monsieur le Maire de Valenciennes,
« La liste sur qui nous avons parlé doit tenir :
« Tous les gens qui n'ont pas de ressource ;
« Tous les hommes qui ne servent pas à travailler ;
« Tous les enfants de ces gens ;
« Toutes les femmes qui sont superflues ;
« Tous ensemble, toutes les bouches qui sont inutiles.»

«  A. L. KORNEMAN,
« Lieutenant. »

 
     La Municipalité rédigea aussitôt une affiche sur le texte de laquelle elle s'était mise d'accord avec la Commandanture, dans l'espoir d'apporter un peu plus de précision :

« Le Maire de Valenciennes reçoit de la Commandanture  l'ordre suivant:
« Tous les gens qui n'ont pas de ressources, tous les hommes et toutes les femmes inaptes au travail et leurs enfants, les femmes et les enfants des prisonniers civils et militaires, en un mot : toutes les bouches inutiles, doivent être évacuées par la Suisse en territoire français non occupé.
« Les habitants qui rentrent dans ces diverses catégories sont invités à se faire inscrire dans les bureaux de la Mairie. »

Valenciennes 19150307 a

    
En sortant de la réunion du Conseil. je me rendis chez l'Intendant, le baron Von Velzer, pour l'entretenir du ravitaillement. Il me parla de cette évacuation, dont l'objet avait été mal interprété par la population; le gouvernement allemand ayant l'intention d'évacuer 3.000 personnes en plusieurs convois. Nous nous demandions le motif de cet ordre venu de Berlin. Etait-ce :

  1.  Montrer à la population que nous craignions la famine et qu'elle ne devait pas se plaindre ;
  2.  Pour éviter une révolte provoquée par la famine ;
  3.  Pour que nous ne puissions réclamer dans le cas où il y aurait disette de pain pour la population.

     Pour terminer cet entretien, l'intendant Von Velzer me dit.« Soyez tranquille, nos soldats ne mourront de faim qu'après la population », ce dont nous n'avons jamais douté.

(... ...)

Le 23 mars, la Commandature ayant fait demander la liste des chômeurs et des indigents, c'est à qui se ferait rayer, préférant les privations à l'évacuation. La population s'en prit même à la Municipalité, qui, cependant, ne pouvait se soustraire à cet ordre formel de la Commandature, laquelle demandait à nouveau l'expulsion supplémentaire de cinq cents personnes. Avis fut également donné que la ville aurait à subvenir à la nourriture de deux mille cinq cents expulsés de passage.

Le commandant Priess fit afficher l'avis suivant :
 

« Les quatre cents partants du 27 mars devront être réunis à six heures, à la caserne Vincent. A huit heures et demie, un appel sera fait. Les manquants seront recherchés à leur domicile par un gendarme allemand qui sera guidé par un agent de la police française.
« Les partants devront se munir d'une assiette, d'une cuillère et d'un verre. Ils seront dès ce soir nourris à la caserne.

« PRIESS, Commandant de Place. »

 

Le 25 mars, l'émotion en ville est indescriptible : mille six cents personnes devant partir en France sur l'ordre de l'autorité allemande. Si elles avaient su ce qui devait se passer par la suite, elles ne se seraient pas fait prier ainsi, mais il faut tenir compte de l'époque à laquelle se firent ces évacuations forcées : en tous cas, il n'y eut plus ni chômeurs, ni indigents. La municipalité décida alors de remettre à chaque personne nécessiteuse la somme de 5 francs au moment du départ.

Le samedi 27 mars fut une journée mémorable pour les personnes qui assistèrent à ce triste exode. C'est avec les larmes dans les yeux que, de cinq heures et demie à sept heures et demie, j'assistai, à la caserne Vincent, à l'arrivée de ces pauvres gens, portant sur leur dos quelques-unes de leurs défroques. Les enfants étaient en grande majorité. Je vis un père, qui, empêché de partir à cause de son âge, embrassait sa femme et ses enfants, et s'éloignait en sanglotant. Un autre père de famille portait dans ses bras un enfant scrofuleux que l'on venait d'opérer de la hanche : cet enfant malade devait être certainement incapable de supporter le voyage. Plus loin, c'est un autre père portant un bébé nouveau-né, et traînant ses autres mioches en bas âge : c'est à peine si l'aînée avait la force de porter sa petite sœur. Je vis encore la famille, en pleurs, d'un de nos ouvriers, Antoine, qui partait avec ses enfants, sauf sa fille aînée, âgée de vingt ans, que les Allemands retinrent : je leur promis de prendre soin d'elle, et ils partirent un peu tranquillisés.
     A l'entrée de la caserne, chaque évacué retirait sa carte. Immédiatement, les soldats entraînaient femmes et enfants dans le fond de la cour, et les faisaient monter dans de grandes chambres préparées pour les recevoir ; il y avait seulement de la paille souillée sur le plancher, en guise de lit. Les dévouées infirmières de la Croix-Rouge étaient à leur poste. Mme de Morcourt m'accompagna pour distribuer des chemises et différents objets à chaque famille, ce qui fit diversion, pendant que la Municipalité, de son côté, distribuait les 5 francs par personne. Nul ne pouvait sortir de la chambrée, à la porte de laquelle se tenait une sentinelle montant la garde.
La Commission de ravitaillement donna ensuite à chaque évacué une couverture pour passer la nuit.

    Parmi tant d'enfants, deux avaient la coqueluche, qu'ils devaient certainement passer à leurs petits compagnons. J'en vis d'autres de trois, quatre et cinq mois, couchés sur la paille en guise de berceaux : ils dormaient quand même les pauvres petits!

     Nous étions tous surmenés, car venaient d'arriver de Seclin, six cents évacués qui furent conduits à la salle Carpeaux. Nous nous demandions ce que nous réservait le lendemain, car nous devions préparer l'évacuation de mille autres de nos concitoyens, qui formeraient un second envoi.

Le dimanche 28 mars : jour de tristesse, les évacués partent vers cinq heures. A onze heures, mille autres de nos concitoyens étaient convoqués à la caserne Vincent; plusieurs d'entre eux n'avaient été prévenus que le matin même. Le Maire et plusieurs Conseillers s'y trouvaient, afin de réconforter ces braves gens.

     L'arrivée à la caserne fut, cette fois encore, navrante. Dans nos quartiers pauvres, les familles sont nombreuses, et jusqu'ici personne ne se plaignait, car tous recevaient des secours de la Ville et ne manquaient de rien, malgré sept mois d'occupation. C'est alors que je vis entrer une femme Prévost, que je visitais à la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul, avec ses dix enfants, dont le dernier avait trois semaines. Puis, Adam Eugène, de la rue des Godets, avec ses douze enfants, le dernier n'ayant qu'un mois.
Je vis encore passer Lucien Bigaillon, avec ses sept enfants, le dernier n'ayant qu'un mois, l'aînée treize ans. Enfin, la famille de François Delattre, avec ses douze enfants. Nouvelles crises de larmes! Le père, en s'éloignant, jure de se venger. Chaque mère présente sa carte au contrôle allemand, pendant qu'une autre veille sur la marmaille qui sanglote. Tous attendent dans la cour de la caserne, sur des bancs, par un vent glacial, qu'on les conduise dans une chambrée, en attendant l'heure du départ, qui aura lieu à cinq heures du soir. Les soldats viennent enfin à leur aide, prenant les enfants dans leurs bras, d'autres s'emparant des paquets, et les conduisant à l'intérieur de la caserne.

     Parmi tant d'enfants, de pénibles incidents devaient fatalement se produire. Apercevant un petit, faible et malade, dans les bras de sa mère, je vais chercher le médecin allemand, le croyant mort. Ce dernier l'entraîna dans une pièce voisine, et la retint à Valenciennes avec son enfant.

Plus loin, c'est une vieille femme qui se trouve mal, ou des orphelins qui, n'étant pas inscrits, ne peuvent partir. Je fais une démarche auprès de l'officier afin qu'ils puissent accompagner leurs tuteurs.

     Une femme ayant au sein un enfant, a perdu son lait de frayeur; plus loin, c'en est une autre qui va accoucher. A chaque pas, ce sont des scènes navrantes, aussi a-t-on le cœur de plus en plus serré.
A midi, le service est bien organisé : chaque adulte reçoit une assiette de soupe, mais comme il n'y a rien pour les petits, je vais chercher la provision de lait Lepelletier que j'avais chez moi ; de son côté, le ravitaillement va chercher quelques boîtes de lait condensé.
Le matin, Mme. Maurice Delame et Billiet avaient pris l'initiative de distribuer des vêtements aux évacués inscrits au Bureau de bienfaisance, qui se trouvaient à la Salle Watteau.
Après une légère collation, revenant à la caserne à deux heures avec Mmes Besnard et Maurice Delame, je suis soulagé en rencontrant les sœurs de la Croix-Rouge allemande qui devaient accompagner le convoi jusqu'à la frontière suisse. Avec elles, je parcourus les salles, leur recommandant les enfants chétifs et les plus nombreuses familles.

     A cinq heures du soir, le rassemblement commence dans la cour de la caserne, les sacs sont chargés sur les chariots; les soldats, baïonnette au canon, encadrent les évacués, d'autres forment la haie. Ce lamentable cortège se met en route vers la gare, au milieu des sanglots et des cris. Les parents qui veulent adresser un dernier adieu aux leurs sont refoulés impitoyablement dans les maisons.
Jamais je n'oublierai ce trajet de la caserne Vincent à la gare de la Petite Vitesse. La tête de ce long cortège était déjà au pont Jacob, alors que les derniers évacués sortaient à peine de la caserne. Beaucoup de soldats allemands qui formaient la haie ne cachaient pas leur émotion à la vue de ce triste spectacle.

     Après avoir traversé le pont, les évacués arrivent sur le quai d'embarquement aménagé par les Allemands, et tout ce monde prend place, avec ordre, dans les wagons. Les pleurs se sèchent quelque peu, pendant que ma belle-soeur cherche la mère de l'enfant qu'elle portait dans les bras.
Avant le départ, les Allemands donnent à chaque évacué une assiette de soupe et un morceau de pain. Le Comité de ravitaillement, qui n'avait pas oublié les enfants, distribue du lait condensé.
    
Le général arrive avec le commandant Priess, qui donne un dernier coup d 'œil ; je fais une recommandation aux sœurs de la Croix-Rouge allemande qui accompagnent le convoi, puis le signal du départ est donné.
Après leur avoir adressé un dernier adieu de la main, tous, bien tristement, nous rentrons chez nous, nous demandant où vont par ce temps glacial ces malheureux, et quand ils arriveront.

Le lendemain, lundi 29 mars, un autre convoi partait dans les mêmes conditions.

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      Afin qu'il n'y ait aucune relation avec la population, les Allemands les faisaient partir la nuit pour la Suisse, en passant par Aulnoye, Hirson, Shaffouse : le trajet ne devait durer que quatre jours......

   (in Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933)  


    En réalité, il y aura une quarantaine de trois semaines en Belgique. Rien de sanitaire dans ce délai, juste de quoi rendre dépassées des informations sur les troupes allemandes que les réfugiés auraient pu mémoriser. Suit un voyage de 3 jours et trois nuits jusque Shaffhouse en Suisse.

         Dans la "Revue des deux Mondes" de mai-juin 1915 parait un article de Léonie Chaptal qui relate "Une semaine avec les évacués", du 4 au 12 avril 1915. Cet article, issu de la collection Gallica de la Bibliothèque Nationale de France est disponible ICI. Cet article est tiré d"un livret de 160 pages disponible sur archives.org



Léonie Chaptal de Chanteloup (1876-1937), petite-fille du chimiste et savant Chaptal,
elle fut le précurseur de l'infirmière moderne et l'apôtre de l'assistance sociale en France

     

     Je n'ai pas trouvé de relation détaillée du voyage, mais on peut citer celui fait par une prisonnière civile anonyme qui revenait du camp d'Holzminden, à 1000km au Nord, transcrit par une directrice d'école de Carvin et qui est disponible à la BDIC, ainsi que celui de la femme de M. Georges Desson, qui relate sa captivité à Rastatt puis Celle dans le livre "Souvenirs d'un otage", il termine par la relation du parcours de son épouse;

  

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Singen ! La dernière étape en Bochie ! Nous y passons plus de 6 heures pendant lesquelles se font les formalités de remise aux autorités suisses, l'échange de notre argent, la restitution de nos papiers. Nous montons dans un train qui n'est plus à eux, nous sommes entourés de soldats sympathiques qui sont polis, qui s'intéressentn à nous, qui nous témoignent de la bienveillance et nous poussons un soupir de soulagement lorsque au moment où notre train s'ébranle nous voyons le "leur" se mettre en route en sens inverse.

La traversée de la Suisse, nous ne l'oublierons jamais et ces réceptions à Zurich et Berne, et ces soins et ces témoignages de sympathie !
Nous étions couverts de fleurs à notre arrivée à Evian où de nouvelles émotions nous attendaient. Mais la plus forte, la plus poignante fut celles que nous éprouvâmes à la première gare française, à Meillerie lorsque à l'aube, une sonnerie de clairon, française cette fois, nous appela à la portière et qu'un vieux brave nous présenta le drapeau au seuil de la Patrie enfin retrouvée.

A Guffroy
Directrice d'école à Carvin
PDC

 


 

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     Ce voyage de rapatriement, en une telle compagnie, dans d'ignobles wagons, plein de débris innombrables, dura cinq jours. Par Mézières, Charleville, Longwy, Sedan, Thionville, Metz, le grand-duché de Bade, le convoi de douleur, de misère et d'infamie conduisit, de Vervins à Schaffouse, ma femme et Mme D...

Ce que furent ces cinq jours et ces cinq nuits, on le devine. L'angoisse et l'humiliation déchiraient le cœur des deux rapatriées. A intervalle, des fonctionnaires allemands apparaissaient dans le train et distribuaient, avec arrogance, au lamentable troupeau, de mauvaise soupe, un café inbuvable et des sortes de sandwichs fabriqués avec du pain K. K. et des bouts de saucisses. L'accablement de ma femme et de Mme D... était tel qu'elles refusaient toute espèce d'aliments...
Elles ne se sentirent revivre qu'en Suisse, à Schaffouse, où, pour la première fois, depuis leur départ, à la sympathie, à la bonté, aux soins touchants qu'on leur prodiguait, à l'air même qui venait à leurs lèvres, elles devinèrent qu'elles s'évadaient de l'Enfer.

DESSON Georges
"Souvenirs d'un otage"
Bloud & Gay, ed. 1916

 

 

     Au casino d’Évian, lieu d'hébergement temporaire, une plaque de marbre portant l’inscription suivante : « Pendant la guerre de 1914-1918, 493 362 français et alliés ont été rapatriés des pays envahis et 375 304 furent reçus au casino d’Évian », et un monument leur est dédié :

Monument_Evian
C'est ici que ce sont posées
Les hirondelles épuisées
C'est d'ici, l'orage fini
Qu'elles ont regagné leur nid
M. ZAMACOÏS

     On trouvera sur Gallica, le site de la Bibliotèque Nationale, une série de photos de l'Agence ROL sur les rapatriés, dont "un p'tit quinquin" réfugié du Nord.


     Bien évidemment ces réfugiés-rapatriés font l'objet d'un signalement au ministère de l'intérieur à chaque fois qu'ils changent de villégiature.

 

     Grâce à l'obligeance de l'auteure du site "Histoire de famille" qui a bien voulu partager les données issues de ses recherches aux Archives Nationales, on peut retrouver quelques-un des réfugiés Valenciennois, comme ici à ORNOLAC-USSAT-les-Bains dans l'Ariège, où la liste de 151 noms est précédée d'un résumé de la situation en territoire occupé.
 

Renseignements sur la situation de la commune de 
V A L E N C I E N N E S.- Dépt du NORD
Janvier 1916

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Renseignements fournis par les évacués de VALENCIENNES à ORNOLAC-USSAT-les-BAINS. (Ariège)
      1°/ A VALENCIENNES pas d'immeubles détruits ou incendiés. Ont été pillées les maisons non habitées et les usines. Dans les environs, le village de QUERENA [QUERENAING voir sur ce blog : "La tragédie de Quérénaing"] a été incendié et toute la population fusillée parce que les habitants avaient encombré la route, avec des charrettes et tiré sur les troupes ennemies.
      2°/ Toutes les denrées alimentaires étaient hors de prix et la vie devenait impossible : pain noir immangeable (1Fr les 3 livres) rationné (4 livres et demie par semaine et par personne). Plus tard on a eu du pain blanc fourni disait-on par l'Amérique (1Fr20 le pain de 4 livres et demie). Pommes de erre 0Fr40 le kilo ; sucre 1Fr60 le kilo ; beurre 7Frs le kilo ; savon 4Frs le kilo ; oeufs 0Fr50 l'un ; huile à manger 8 à 9 Frs le litre ; sardine 1Fr25 la petite boite payée avant 0Fr60 ; viande 1Fr50 la quantité payée avant 0Fr60. On ne trouvait pas de vermicelle et du macaroni.
      3°/ A huit heures du soir tous les habitants devaient rentre chez eux, fermer hermétiquement portes et fenêtres jusqu'au lendemain.
            L'ennemi propageait de fausses nouvelles. Paris était pris, les Français étaient en déroute ; les Russes anéantis etc. Des chariots pris aux Russes, à moitié démolis étaient alignés sur la place pur décourager la population. Malgré tout le moral des habitants restait excellent. Ils croyaient nos armées victorieuses la Lorraine et l'Alsace occupées par nos troupes et quand les évacués passèrent à METZ ils furent surpris de voir que la ville était encore en possession des Allemands.
      Tous les hommes de 15 à 55 ans devaient répondre à l'appel tous les mois sous peine de 30Frs d'amende et de 5 à 6 jours de prison.
      Le nettoyage des rues et des places était fait par les habitants commandés par les Allemands et payés par la ville.
      Pour circuler il fallait aux hommes un sauf conduit avec photographie épinglé sur leur poitrine. Cette mesure était aussi appliquée aux femmes qui voulaient se rendre dans les localités voisines peu éloignées. Les saufs-conduits étaient délivrés par le commandement allemand.
      Les voies de communications étaient très bien entretenues? Les Allemands faisaient exécuter les travaux d'entretien et la ville payait.
      Toutes les usines étaient occupées par l'ennemi et adoptés
[sic] à ses besoins. Personne n'avait le droit d'y entrer sauf dans l'usine (Le Fer à Cheval)[de M. Gauthier, située sur le Chemin des Alliés, à proximité de la gare] où des Français pouvaient travailler pour le compte de l'occupant.
      Toutes les machines des usines enlevées, soigneusement emballées et expédiées en Allemagne. Ordre dut donné de porter sur place tous les ustensiles de cuisine en cuivre.
     
Les machines à coudre réquisitionnées servaient pour la confection de sacs pour les tranchées et de plastrons protecteurs pour les soldats. les plus belles toiles de Valenciennes étaient employées pour ces travaux. Poussées par le besoin certaines femmes de Valenciennes auraient consenti à travailler à cette confection.
      On a en outre réquisitionné tous les métaux, les autos, les chevaux, les étoffes le cuir, le vin, les pigeons, les gros chiens.
      Des contributions de guerre étaient imposées. La ville devait payer pour les habitants qui s'y refusaient.
      Les cultivateurs étaient forcés de vendre aux Allemands : blé, paille, foin et autres récoltes, qui en disposaient à leur gré, en expédiaient en Allemagne et en fournissaient à la ville au prix par eux établi.
      Toutes les monnaies étaient retirées de la circulation et remplacées, avec autorisation, par des billets de valeurs diverses (1 sou-2 sous-4 sous etc).
      L'or était particulièrement recherché. Les évacués qui en emportaient (on les fouillait) n'avaient pas l'autorisation de partir. Pour ne pas se la voir refuser un homme donna 4000 Francs en or. On les lui remboursa en argent. D'autres faisaient de même. Mais certains cachaient leur or, l'enterraient plutôt que de le donner.

 

 

L'instituteur d'ORNOLAC USSAT les bains. (Ariège)
     

 

MAI 1916
Renseignements sur les réfugiés de Valenciennes département du Nord
fournis par des Rapatriés ayant quitté la commune à la date du : Décembre 1915

NOM PRÉNOMS AGE ADRESSE EN BONNE SANTÉ ?
      Venus de Valenciennes, partis pour des directions diverses on ignore leur adresse actuelle Bonne santé
ALLARD Julia 33 Id Id
ALLARD Denise 7 Id Id
ALLARD Sernine 5 Id Id
BARBARET Larese 25 Id Id
BARBARET Mathilde 22 Id Id
BARBARET Gaston 4 Id Id
BARBARET Robert 2 Id Id
BAVET Angélique 45 Id Id
BAVET Maria 16 Id Id
DARTIÉ Renée 20 Id Id
DANJOU Hélène 50 Id Id
DANJOU Emile 10 Id Id
DUPUY Hélène 22 Id Id
DUPUY Jacques 22 mois Id Id
DUPONT Louise 59 ans Id Id
DUPONT Pierre 59 Id Id
FACK Sidonie 38 Id Id
FACK Louis 13 Id Id
FACK Pierre 6 Id Id
FICHELLE Clermance 30 Id Id
FICHELLE Laurenton 7 Id Id
FLAMAND Elise 44 Id Id
FLAMAND Léontine 17 Id Id
FLAMAND Louis 11 Id Id
FLAMAND Marcel 5 Id Id
GABELLE Gabrielle 24 Id Id
GUILLE Flore 36 Id Id
JEANSON Sidonie 64 Id Id
LEFÈVRE Maria 31 Id Id
LASELNE Marie 28 Id Id
LASELNE Madeleine 5 Id Id
LASELNE Suzanne 7 Id Id
MERIAUX Emma 25 Id Id
MONCHAUX Félicie 25 Id Id
MEMBRÉ Jeanne 48 Id Id
MULQUIX Juliette 25 Id Id
OLGA Etter 13 Id Id
QUENON Adrienne 27 Id Id
QUENON Olga 11 Id Id
QUENON Rogé 3 Id Id
RICHET Maria 29 Id Id
RICHET Gisèle 8 Id Id
SAUVET Charles 58 Id Id
SAUVET Blanche 54 Id Id
SARTIAUX Adèle 37 Id Id
SARTIAUX Léon 11 Id Id
SOURNAIS Emilie 22 Id Id
OLIVIER Marguerite 32 Id Id
OLIVIER Désirée 10 Id Id
OLIVIER Juliette 8 Id Id
OLIVIER Emile 6 Id Id
PRUVOST Maria 37 Id Id
PRUVOST René 10 Id Id
PRUVOST Germaine 8 Id Id
BUNELLE Fernande 10 Id Id
BOURLET Elise 20 Id Id
BONENFANT née PETIT 32 Id Id
BONENFANT Emile 8 Id Id
DEGALLAIX née ZEA 27 Id Id
DEGALLAIX Suzanne 3 Id Id
MANESSIER Angèle 41 Id Id
MILHAU Rosalie 37 Id Id
MILHAU Eugénie 16 Id Id
MILHAU Rosalie 15 Id Id
MILHAU Charles 10 Id Id
MILHAU Angèle 31 Id Id
MILHAU Laurent 7 Id Id
DESHUIS Germaine 23 Id Id
MONTLAUR Léonie 27 Id Id
MONTLAUR Julienne 2 Id Id
BOURGEOIS René 14 Id Id
BATAILLE Maria 32 Id Id
BATAILLE Albertine 39 Id Id
DESHUIS née DUBOIS 47 Id Id
DESHUIS Germaine 4 Id Id
DESHUIS Gabrielle 3 Id Id
DESHUIS Raymond 11 mois Id Id
POIVET Désiré 34 ans Id Id
POIVET Albert 13 Id Id
TETINS Eugénie 36 Id Id
TETINS Elise 11 Id Id
TETINS Eugénie 2 Id Id
TETINS Pauline 7 Id Id
LELY Yvonne 20 Id Id
NICOLAS Estell 27 Id Id
POMMEZ Alice 21 Id Id
KLEYNTJENS Léontine 32 Id Id
KLEYNTJENS Fernande 22 Id Id
CRÉTEUR Clémence 22 Id Id
CRÉTEUR Marcelle 5 Id Id
CRÉTEUR Paul 3 Id Id
FRANESTTI Emilie 22 Id Id
FRANESTTI André 4 Id Id
POUTRAIN Jeanne 21 Id Id
BOURGAIN René 14 Id Id
LEROUX Aimé 31 Id Id
LEROUX Armande 6 Id Id
LEROUX Victor 2 Id Id
BATAILLE Albertine 59 Id Id
BATAILLE Eugénie 33 Id Id
BATAILLE Maria 32 Id Id
FRÉRE Virginie 35 Id Id
GILBERT Marie 33 Id Id
QUARREZ Maria 28 Id Id
QUARREZ Robert 8 Id Id
QUARREZ Alfréda 6 Id Id
QUARREZ Marcel 3 Id Id
DELGRANGE Joséphine 33 Id Id
DELGRANGE Georges 11 Id Id
DELGRANGE Marcelle 9 Id Id
RIVART Clarae 44 Id Id
RIVART Roger 5 Id Id
ROUZEAU Maria 20 Id Id
ROUZEAU Hélène 30 Id Id
ROUZEAU Raymond 9 Id Id
ROUZEAU Léon 10 Id Id
SÉTAN Marie 24 Id Id
SÉTAN Léontine 6 Id Id
SÉTAN René 2 Id Id
MOUART Elisa 23 Id Id
WALERAND Julie 26 Id Id
VILAIN Germaine 26 Id Id
FIÉVET Célestine 43 Id Id
FIÉVET Jeanne 16 Id Id
MAILLARD Aline Marie 24 Id Id
BAILLOU Adèle 33 Id Id
BAILLOU Louise 5 Id Id
BAILLOU Marie Louise 4 Id Id
BAILLOU Madeleine 2 Id Id
BAILLOU Adolphe 10 mois Id Id
BAILLON Veuve 67 Id Id
GATEL Célestine 23 Id Id
GATEL .. 4 Id Id
GATEL .. 2 Id Id
CAYET Blanche 24 Id Id
FLANQUIN Marie 33 Id Id
POULAIN Marie 35 Id Id
POULAIN Jeanne 16 Id Id
DELHAYE Louise 41 Id Id
DELHAYE Edouard 14 Id Id
DELHAYE Laure 10 Id Id
DELHAYE Marcelle 8 Id Id
DELHAYE Louise 7 Id Id
ALANDEAU Eléonore 40 Id Id
ALANDEAU Paul 16 Id Id
ALANDEAU Adolphe 10 Id Id
ALANDEAU Victorin 8 Id Id
ALANDEAU René 7 Id Id
BUREK Louise 29 Id Id
BUREK Georges 10 Id Id
BUREK Victor 3 Id Id

 Certifié conforme aux listes déposées à la mairie
d'Ornolac-Ussat-les-Bains (Ariège)
Ornolac le 26 avril 1916
L'instituteur
Aug. Carbonnel

 


SUITE .......