Charles Anthème Joseph Paul VANDERNOTTE naît le 19  juin 1886 rue Verte à ANZIN (Nord), de Paul VANDERNOTTE et Catherine DELATTRE. Son père est horticulteur, et lors du recensement de 1906 il est employé dans l'entreprise paternelle. Engagé volontaire le 22 mars 1906, au titre du 76° Régiment d'Infanterie, son père étant décédé entre-temps, il est - comme "fils unique de veuve"- renvoyé dans la disponibilité en 1907

A la mobilisation générale du 2 Août 1914, il est rappelé et affecté au 127° RI, régiment de Valenciennes. Blessé, il est évacué le 9 septembre à l'hôpital temporaire de Chartres et envoyé en convalescence dans sa famille par ordre du Général commandant la 1ère région militaire.

Son Etat Signalétique et des Services militaires porte ensuite simplement :

"Détaché armée britannique interprète de l'Intelligence Folkestonne (sic) unité mobilisée du 11-3-16. Envoyé en congé illimité le 21-11-19 par le 127° inf. se retire à Anzin"

Il a été blessé avec le 127°RI, probablement au combat d'ESTERNAY (Marne) du 7 Septembre lors de la première bataille de la Marne, ou lors de la poursuite au combat de MARGNY.

 


Agrandir l'itinéraire du 127°RI du 7 au 10 septembre 1914

Libéré, il reprendra ses activités civiles comme Architecte Paysagiste à Anzin, mention que porte l'ESS, et décède dans sa ville le 28 février 1950.

RIEN cependant sur la période où il sert d'interprète, il est simplement indiqué "aux armées" du 11-3-1916 au 11-11-1918.

 

Et pourtant ..............

Citons un extrait du livre de Robert Boucard "La guerre des renseignements".  Si le ton de ce livre paru en 1939 est caractéristique d'une époque qui n'a pas perdu le souvenir de la grande guerre et qui voit poindre la seconde, les informations fournies se recoupent aisément :

"Quel était donc en Hollande le chef direct de tous ces braves ? Quel était le chef d'Alfred Pagnien, le chef de José, le chef de Jean Logiest??

-Un soldat français du 327e régiment d'infanterie.

On l'appelait Liévin-Lahaut, dit "Méphisto", matricule L.L. 7602. On l'avait surnommé "le Napoléon du renseignement". Il régnait, 6 rue Oprit, à Flessingue [Vlissingen, Pays-Bas], sur des escouades d'agents formés à son image.

Un regard direct, une moustache à la Guillaume II, une séduisante barbe blonde, un entrain endiablé, un cran à toute épreuve, "Méphisto" était véritablement le mousquetaire moderne. Adoré de ses hommes, il les conduisait en se jouant de la bataille secrète, avec une sûreté de technique que plus d'un officier d'Etat-Major aurait pu lui envier.

Cent fois il a risqué sa vie. Sa tête était mise à prix. Les Allemands ont essayé, à diverses reprises, de l'empoisonner. Un jour, ils lui firent boire du cognac additionné d'aconit, et "Méphisto" dut s'aliter pendant plusieurs semaines.

Il recevait, négligemment accoudé à son bureau. Derrière la chaise du visiteur se trouvait une grande armoire. Installé dans cette armoire, Terrin, son fidèle collaborateur, un tireur émérite, se tenait aux aguets, l'oeil à la serrure et le doigt sur la gâchette du revolver. Terrin ne perdait pas un mot du colloque et au moindre geste suspect il intervenait....

La vie "militaire" de "Méphisto" pourrait donner naissance à un roman d'aventures aux prodigieuses péripéties. Choyé par les Anglais, nommé officier de l'ordre de l'empire britannique, il fut félicité par tous les états-majors alliés. On lui écrivait de Folkestone : "Ceux qui se dévouent comme vous ne seront pas oubliés, soyez-en certain?"

Et puis la paix est venue.....

Quand il rentra chez lui, dans le nord de la France et récupéra son cabinet d'architecte, les bonnes âmes le regardèrent de coté, lui, le héros, l'entraîneur d'hommes, le collaborateur magnifique et désintéressé de notre état-major général, en murmurant :

-Encore un embusqué, il passa toute la guerre en Hollande ...

La gratitude n'est pas la vertu cardinale des officines de renseignements. Vingt ans après, celui que "l'on ne devait pas oublier" n'a pas reçu la plus infime décoration française. Bien mieux, lorsqu'il demanda à la mairie une carte de combattant, on la lui refusa, sous le prétexte administratif que les agents secrets ne figurent pas sur la liste des unités combattantes, telle qu'elle a été dressée par le ministère de la Guerre.

Amer et désabusé "Méphisto" : M. Charles Paul Vandernotte, architecte paysagiste à Anzin, repense au passé et cherche à s'évader du présent ...."

On peut effectivement chercher en vain son nom dans la base Léonore qui recense les titulaires de la Légion d'Honneur.

 

  • Il est question de lui dans la biographie de Pagnien écrite par la baronne Paulo de Moffarts, dont vous trouverez une transcription sur ce blog
  •  Sous le pseudonyme de LIEVIN-LAHAUT on peut trouver un sauf-conduit belge établi par Léon GOFFART, consul général de Belgique à Flessingues (Pays-Bas) le 24 mai 1916, l'autorisant à se rendre en Angleterre.

    Au faux nom s'ajoute une date et un lieu de naissance "de circonstance" : le 16 juin 1877 à Salzinnes-Namur, domicilié à Gentbrugge.

 

  • Parmi les actions du réseau Mephisto : l'expédition de Zeebrugge du 23 avril 1918, préparée depuis la réception le 5 février d'une note de l'état-major de Folkestone donnant l'ordre de fournir, dans les plus brefs délais toutes les précisions techniques utiles sur les travaux d'art existant le long de la côte belge depuis Nieuport jusqu'à la frontière de Hollande .

    "José", membre du réseau transmettra cette demande à l'un de ses amis, l'ingénieur principal MAQUET de Bruxelles ; en effet celui-ci ingénieur en chef du génie maritime avait dressé un plan de 27m de long, donnant toutes les coupes de la côte qu'il réussira a faire photographier, José adressant 18 clichés à Folkestone.

    Ils recevront, fait rare, les félicitations du Major Cecil Aylmer CAMERON CBE, DSO en poste à Folkestone.

  • Le service local de "Mephisto" à Zeebrugge fournit les informations sur le repaire de submersibles qui fera l'objet d'une action spéciale lors de l'expédition du 23 avril visant à rendre le port impraticable et surnommée "L'embouteillage de Zeebrugge". Le pilote LENNARTS, le pêcheur BAAS et le téléphoniste CASZAUD remettent leur plis à des navires hollandais passant à la limite des eaux territoriales. Eux non plus ne recevront aucune récompense des Etats alliés.