Nous donnons en entier l'ordonnance que fit paraître le Commandant en Chef, Von Der Marwitz, le 13 juin 1917, concernant la réquisition d'objets en cuivre :

 

 

 

 § 1. -Les objets d'installation et de ménage en cuivre et d'alliages de cuivre mentionnés ci-dessous sont saisis et seront enlevés prochainement.

 
    1°  Les pompes à l'eau et les conduites qui ne servent plus dans les maisons.  
    2°  Les barres de rampe avec leurs poteaux et soutiens dans les bureaux et magasins, aux devantures, etc.  
    3°  Les lettres et caractères pour l'indication des noms et maisons de commerce.  
    4°  Les patères.  
    5°  Les rosettes et les crochets de rideaux, ainsi que les glands de cordons à rideaux.  
    6°  Les tringles et les anneaux des portières et des rideaux.  
    7°  Les balustrades et les grilles aux fenêtres et aux portes de toute sorte, aussi celles des chemins de fer souterrains, des voitures de tramway, des automobiles, des yachts, des bateaux, des devantures, des portes de magasins, des tourniquets, des portes d'ascenseurs, etc.  
    8°  Les garnitures en fer blanc aux portes de toute sorte, .aux comptoirs, aux bureaux, aux tables de débits et aux piliers.  
    9°  Les baguettes des tapis d'escaliers, avec leurs rosettes et pitons.  
    10°  Les balustrades aussi bien que les rampes fixées aux murs et leurs soutiens.  
    11°  Les chauffe-lits.  
    12°  Les boutons d'ornement fixés (vissés ou goupillés) aux grilles, aux balustrades, aux porte-manteaux en fer ou en bois, aux porte-parapluies, et aux lits.  
    13°  Les bougeoirs des pianos.  
    14°  Les enseignes des coiffeurs.  
    15°  Les tendoirs, les engrenages et les toits des marquises.  
    16°  Le blindage des appareils de chauffage.  
    17°  Les enseignes des boites à lettres qui ne sont pas maçonnées dans les murs.  
    18°  Les panneaux et les liteaux des rampes et des balustrades de balcon.  
    19°  Les porte-manteaux et les porte-parapluies à barres pleines ou creuses.  
    20°  Les rampes et poignées aux baignoires et aux bassins de natation.  
    21°  Les poids au-dessus de 100 grammes.  
    22°  Les poignées et les tiges servant au fonctionnement des vasistas et des coulisses à ventilation, etc.  
    23°  Les garnitures intérieures et extérieures (pas de gonds) des portes de toute sorte, des encadrements de portes, etc., etc.  
    24°  Les garnitures intérieures et extérieures (pas de charnières) des fenêtres des vitrages et des vitrines.  
    25°  Les garnitures intérieures et extérieures (ni gonds ni charnières) des fenêtres, des vitrages et des vitrines, des guichets, des cabines d'ascenseurs, des rampes d'ascenseurs et des cabines téléphoniques.  
    26°  Les enseignes de noms et de maisons commerciales (aussi celles de chemins de fer, de bateaux, de machines, etc. mais non les plaques indiquant la force motrice ou la capacité des machines).
 
    27°  Les garnitures de piliers aux façades, n'étant pas maçonnées.  
    28°  Les marteaux de portes.  
    29°  Les boutons et les poignées des portes de toute sorte avec leurs garnitures, s'ils ne sont pas mobiles, c'est-à-dire s'ils ne servent pas comme loquets au fonctionnement direct d'une serrure.  
    30°  Les vasistas et les grillages.  
    31°  Les porte-serviettes, les porte-éponges, les savonniers, les crochets à linge et les paniers à linge.  
    32°  Les garnitures de piliers, etc. aux comptoirs, aux tables de débits, aux buffets, etc.  
    33°  Les égouttoirs et les autres ustensiles des tables de débits ct des buffets.  
    34°  Les appareils de décoration des étalages et des magasins, les appareils de chauffage transportables, les cendriers, les étagères en n'importe quel métal et pour n'importe quel usage, les porte-bras pour l'essayage des gants, les bras à chapeaux, les crochets, tourniquets à cartes. Les encadrements métalliques, les plaques en laiton aux bureaux de (misse, les supports pour étagères, les attaches parapluies, les supports d'étagères dans les étalages et devantures avec leurs garnitures de récipients, pour café, thé, cacao et chocolat et les distributeurs. Les entonnoirs des moulins à café, les écuelles d'ornement et de pâtisserie, les boîtes et les corbeilles de pâtisserie, les couvercles de timbales, les cadres et les vases de décoration, les plateaux de balances.  
         
   § 2. -Les objets mis à la disposition des personnes faisant partie de l'armée allemande, ou les objets qui se trouvent en dépôt entre les mains de ces personnes, seront aussi saisis et enlevés.  
  De la saisie sont exempts:  
    a)  les ustensiles servant au culte;  
    b)  les objets pour lesquels les Commandantures de Place ou d'Etapes donneront par écrit l'exemption à cause de leur valeur artistique ou historique.  
     
   § 3. -Les personnes ayant en dépôt des objets saisis, répondent de leur conservation et de leur sûreté, leur emploi régulier est permis jusqu'à l'enlèvement, la vente est défendue.  
     
   § 4. -Les personnes ayant en dépôt des objets saisis, sont tenus à les remettre aux jours et lieux indiqués par les Commandantures de Place ou d'Etape. Les objets d'ajustage fixe ou de transport difficile, dont la remise à l'endroit indiqué serait impraticable ou matériellement impossible, devront être annoncés par les possesseurs pour être démontés ou enlevés.  
  Des personnes chargées par la Commandanture de Place ou d'Etape passeront dans les maisons pour constater si tous les objets mentionnés sont rendus.  
     
   § 5. -L'enlèvement des objets saisis qui se trouvent dans des bâtiments ou logements abandonnés, sera réglé par les Commandanture de Place ou d'Etape. Cette disposition s'applique également au cas où des autorités ou des militaires allemands auraient été installés dans les bâtiments ou logements abandonnés.  
     
  § 6. -Les commandants de Place ou d'Etape feront inscrire les objets rendus dans les listes qui porteront le lieu, la rue, le n° de la maison, le propriétaire, le nom du métal et les poids des objets.  
  Les Maires recevront aussitôt que la saisie est faite, ces listes avec des feuilles collectives pour leur commune.  
  Les garnitures en matière non saisie ne seront pas mises en compte lors du pesage  
     
   § 7. -Des objets dont le remplacement est absolument indispensable sont à demander à la Commandanture de Place ou d'Etape. Leur livraison s'effectuera autant que possible contre paiement en bons communaux.  
     
   § 8. -Sera puni d'emprisonnement jusqu'à 5 ans et d'une amende jusqu'à 10.000 marks ou de l'une de ces deux peines:  
    a)  qui, en contravention au § 3, déplacera des objets saisis ou les soustraira d'une autre manière à la saisie.  
    b)  qui, en contravention au § 4, ne remettra ou n'annoncera les objets saisis.  
   Les tentatives seront punissables.  
     
   En sus de la peine, la confiscation des objets de contravention sera prononcée, qu'ils appartiennent ou non au contrevenant.  
     
  Le Général Commandant en Chef  
  Von Der MARWITZ.  
  AH. Qu. le 13 juin 1917.

 

 

 

 

Les Allemands envoyèrent ensuite à la Municipalité l'ordonnance suivante :

Commandanture d'Etapes 158
Valenciennes, le 28 juin 1917,

    Toutes les poignées en cuivre dans le bâtiment de la Commandanture doivent être remplacées par d'autres, de même toutes les pièces métalliques devront être démontées et remises au Sous-officier Bitzer.
Les travaux doivent être entrepris immédiatement.
Signé: FREIMAN.

 

     Naturellement, beaucoup de nos concitoyens, plutôt que de donner leurs cuivres préférèrent les jeter à l'eau, ce qui porta au comble l'irritation de la Commandanture, qui voulut faire supporter par la Municipalité les amendes encourues par les personnes prises en défaut.


     Rien qu'à Anzin, les habitants avaient déjà détruit presque 4.000 kilos. C'est ainsi que je fus étonné de recevoir le 2 juillet 1917 la visite de M. Tauchon: il venait me prier de me rendre à la Mairie, afin de voir ce qui était advenu de nos beaux lustres et de demander au lieutenant Kollmann de nous dicter notre conduite dans cette question des cuivres.
Je me rendis d'abord à la Mairie, et constatai que tous les boutons de portes avaient été changés, et que la nuit précédente les beaux lustres de la salle des mariages avaient été démontés par nos ouvriers et remis dans un coin du garage.

De là, j'allais chez le lieutenant Kollmann qui me répondit qu'en Allemagne la même mesure avait été prise, les cuivres ayant été tous enlevés, mais que la population en revanche, exigeait qu'il en soit de même dans les régions envahies: c'est pourquoi une nouvelle ordonnance avait été édictée.
Quant aux lustres il me promit de faire revenir l'expert allemand qui donnerait son avis et tâcherait de les sauver : mais nous savions parfaitement qu'il ne restait aucun espoir.

in René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

Avis 19170410
source BDIC

 

Le tour des statues et des cloches allait bientôt venir .....