C'est dans le livre "Les belles évasions" de P.Ginesty et M.Gagneur édité en 1919, que l'on trouve ce récit - plausible mais probablement enjolivé pour les besoin d'un immédiat après-guerre - d'un long trajet passant par Valenciennes et menant à la liberté. Malheureusement on ne sait rien du héros après qu'il ait recouvré cette liberté, et on ne pourra que constater que la fuite depuis Bruxelles et le passage en Hollande sont plus que sobrement décrits.

    Il n'empêche : il est passé par Valenciennes.....

      Août 1914, la Ve Armée du Général Lanrezac ayant reçu l’ordre de rompre et de se replier vers le sud pour ne pas risquer de se faire envelopper par les armées allemandes, le 205e RI se dirige depuis Guise vers Soissons par la Fère. Le récit fait de ces journées part l'Historique du Régiment donne un aperçu des difficultés rencontrées  lors de cette manoeuvre de repli :

Historique du 205e régiment d'infanterie. 1914-1918
Historique du 205e régiment d'infanterie. 1914-1918
Source: gallica.bnf.fr

 


    Le caporal-brancardier Joseph Cormégan, du 205e régiment d'infanterie, se trouva cerné, le 1er septembre 1914, à Bruyères-Montbérault, dans l'Aisne. Conduit à Laon, il fut employé à soigner des blessés. Le 25, il fut brusquement retiré des ambulances et mêlé à des prisonniers contraints à charger des obus dans des wagons. Cormégan protesta, puisqu'il appartenait au service sanitaire. Il fut éconduit rudement. Quelques jours plus tard, les circonstances firent, cependant, qu'on eut besoin de lui. Il fut envoyé à Bruyères pour y aller chercher des blessés français.


     Il avait vu le cas que faisait l'ennemi des conventions internationales. Il douta de son rapatriement et il estima qu'il valait mieux qu'il tentât par lui-même de recouvrer sa liberté. Il trouva le moyen de fausser compagnie aux soldats qui l'escortaient, et il se cacha dans les bois, où il resta deux jours. Il se dirigea enfin vers un village dont il a gardé un mauvais et un bon souvenir.

— Tout le long de mon dur voyage, dit-il, il en a été de même. Je n'ai pas toujours été bien reçu par ceux à qui je demandais quelques secours. Par contre, d'autres se sont courageusement exposés pour moi. Pour certains, en ma qualité d'évadé, j'étais quelque chose comme un pestiféré... Les règlements militaires allemands, en pays envahi, sont implacables... On n'a pas affaire qu'à des héros... Tout compte fait, cependant, ce sont des braves gens qui dominent. Le mauvais souvenir, ce fut le refus du premier habitant auquel il s'adressa de lui procurer des vêtements civils. L'homme ne tenait pas à se compromettre éventuellement. Mais une femme, dont le mari était soldat, n'hésita pas, elle, à venir en aide à ce compatriote en danger. Elle l'assista de tout son pouvoir. Elle lui fit don d'un costume en velours à côtes, et elle s'employa elle-même à détruire l'uniforme et à en cacher les lambeaux.

Après l'avoir réconforté, elle lui indiqua les chemins qui avaient chance d'être les plus sûrs. Gormégan gagna Marle. Là, il reçut l'hospitalité dans une ferme, chez de bons Français. A la vérité, il s'était sauvé sans avoir un plan arrêté. Il fallait maintenant étudier les possibilités de salut. Un examen attentif de sa situation lui montra les obstacles auxquels il allait se heurter. Si longue que fût la distance et si téméraire que fût ce projet, il n'y avait pas d'autre moyen de revenir en France que d'atteindre d'abord la Hollande. Mais passer à travers les Allemands, occupant notre Nord et la Belgique, était une entreprise qui ressemblait à un défi. Il était certain de rencontres périlleuses. Mais que faire, à présent, sinon tenter l'aventure ? De Marle, il alla, avec mille précautions, à La Capelle, où il fut encore hébergé. Cependant, les mesures prises par les envahisseurs se manifestaient de plus en plus rigoureuses. Cormégan ne voulut pas que son hôte expiât sa générosité. Bien qu'on cherchât à le retenir, ce fut de lui-même qu'il partit. Il se rendit à La Bouteille, à six kilomètres de Vervins. Mais il n'y put rester longtemps; sa présence n'était pas passée inaperçue. Le maire de ce bourg vint le trouver, et non sans quelque embarras, avec quelques circonlocutions d'abord, lui représenta que si les Allemands apprenaient qu'on le cachait, ils ne manqueraient pas de punir durement la commune... C'était sans doute une chose bien triste que de ne pouvoir lui offrir un abri.... Cormégan devait comprendre, toutefois, que l'intérêt général devait primer un intérêt particulier.

— C'est-à-dire, fit Cormégan, que vous aimez mieux que j'aille me faire pendre ailleurs, et sans désagrément pour vous... C'est bien, je ne prétends pas m'imposer. Ce refuge provisoire qui ne lui avait pas été accordé à La Capelle, il le chercha au Nouvion.

— Les bonnes surprises suivaient les autres, conte-t-il, en évoquant son odyssée. Au Nouvion, il trouva assistance, bien qu'il eût révélé son identité véritable. Une autre étape le mena au Cateau. Il espérait se perdre plus facilement au milieu de cette ville d'une dizaine de mille d'habitants, mais l'autorité militaire allemande y était particulièrement vigilante. Un méticuleux espionnage y était exercé. Cormégan jugea prudent, ayant constaté qu'il avait déjà été remarqué, de battre en retraite sur Le Nouvion. Il y put demeurer vingt-cinq jours, s'employant à des travaux, réunissant quelques ressources pour continuer sa marche hasardeuse.

— Ça allait trop bien, dit-il... Je ne veux pas savoir par qui... à quoi bon?... le fait est que je fus dénoncé à la mairie... Que voulez-vous ! Le joug boche est terrible à subir... Il faut comprendre l'état d'esprit de quelques-uns de ceux qui vivent sous un régime de terreur. Comme le maire de La Bouteille, celui du Nouvion m'admonesta, parlant des représailles qui pouvaient menacer ses administrés. Bref, il m'invita nettement à quitter au plus vite le pays... Soit ! Mais où aller?... C'est encore une femme, plus brave que d'autres, qui me tira d'embarras, trouvant, par son exemple, d'heureuses complicités... Quand je vous assure qu'il y a toujours de bonnes gens partout !... « On ne peut pourtant pas le laisser prendre,» fit-elle... Et elle s'entendit avec un habitant, réquisitionné pour conduire cinq voitures à Valenciennes... Je fus désigné comme le convoyeur de l'une d'elles, muni, par les soins de mon « patron », d'un laissez-passer allemand... Ça, par exemple, c'était plus que je n'eusse osé espérer ! Je pouvais marcher la tête haute... Je n'avais plus besoin de me terrer à la moindre alerte... Il fallut bien subir, en chemin, la grossièreté des Allemands qui vérifiaient nos papiers, mais nous étions en règle, et j'avais fait provision de patience. On arrive à Valenciennes. Cormégan en attendant qu'il puisse aller plus avant, trouve un gîte chez un serrurier, ayant deviné à qui il a affaire. Il se confie peu à peu à lui, et quand il lui révèle sa situation, le serrurier lui répond simplement :

— Je me doutais bien de quelque chose comme cela... Restez ici aussi longtemps que vous voudrez... Mais la kommandantur ordonne, sous le prétexte d'une visite médicale, le rassemblement de tous les habitants, quartier par quartier, à des heures déterminées pour chacun de ces groupements. C'est à la cathédrale qu'ils doivent se rendre. Des précautions sont prises pour que personne n'échappe à ce contrôle. Cormégan doit donc se présenter, lui aussi. Il prend le nom de Léon Gossard et se donne comme employé de chemin de fer, expliquant la perte de ses papiers par les circonstances. Il conte avec assurance l'histoire qu'il a forgée ; il donne des détails, qui ont un semblant de précision, sur les raisons prétendues de sa présence à Valenciennes. Il va passer, quand ses réponses aux dernières questions qui lui sont posées (il ignore, naturellement, tout ce qui se déroule dans les régions dont il dit être venu) le rendent suspect au commissaire allemand. Il est arrêté, sous le prétexte de la nécessité de vérifier ses déclarations et envoyé, entre deux gendarmes, à Bruxelles, où il est emprisonné. Ce à quoi il pense, malgré tout, c'est que les Allemands, par deux fois (bien que pour la seconde, les conditions aient été assez désagréables) l'ont rapproché de son but. Il aurait difficilement atteint Bruxelles, et l'y voici. Il est vrai qu'il y est entre quatre murs, et que, présentement, il ne parait pas beaucoup plus avancé. Mais ne faut-il pas compter sur un heureux hasard ?

     Cet heureux hasard se produit au bout de deux mois. Un ordre arrive, un jour : le soi-disant Léon Gossard, doit être reconduit à Valenciennes. Au moment où, ayant feint la plus grande docilité, il arrive à la gare, il parvient à détourner l'attention de ses gardiens et profite de cet instant pour s'échapper. C'est un acte d'audace qui a peu de chances de le mener loin. Cormégan réussit pourtant, son sang-froid aidant, à se tirer d'affaire. En prison, il a recueilli certaines indications précieuses sur l'assistance donnée à des prisonniers français évadés par des Belges particulièrement courageux. Jouant le tout pour le tout (car il se peut, depuis le temps que cet espoir lui a été donné, que la police allemande ait été prévenue et ait sévi) il se dirige vers la maison où il attend du secours. Des preuves de ce qu'il confie, il n'en peut pas offrir, mais sa véracité, dans le récit qu'il fait de ses aventures, paraît certaine. On le cache, d'abord ; on facilite son passage dans la province du Limbourg, où on le met en rapport avec des guides sûrs.

     Cette dernière partie du voyage comporte de nombreux incidents, des heures dramatiques, où il semble que la partie soit perdue. Dix fois, il est sur le point d'être repris. Pourtant, il échappe à tous les pièges. En mars 1915, il atteint enfin le sol hollandais. Il est libre.

       

     Il est vrai que les nombreux ordres, consignes, ordonnances que l'occupant affichait dans les communes des régions occupaient  atteignaient leur but : inspirer la peur aux habitants. Souvent énoncés dans les deux langues, fréquemment réitérés, menaçant les contrevenants des pires représailles, ils atteignaient le but escompté : faire régner l'ordre et la soumission. A la lecture des nombreuses affiches placardées à Valenciennes (plus d'une par jour, voir la page), on comprend que l'occupant aurait aimé que personne ne sorte, ne bouge de chez soi, s'il n'avait fallu travailler, semer, récolter (là encore les consignes étaient draconiennes) pour nourrir l'armée d'occupation.

En voici quelques exemples :

 

A la recherche des nouveaux venus : la menace de déportation n'était pas un vain mot

Valenciennes 19141027 c
Les Belges sont tout particulièrement visés, car dès 1915, ceux qui ne résident pas en Belgique
- et donc n'y payent pas d'impots, vont être spécialement (et considérablement) taxés,
bien qu'ayant le statut de réfugiés.

 

La chasse, entre autres, aux militaires ennemis (de l'Allemagne) :

Valenciennes 19141107 b

 

Affiche du contrôle qui avait lieu chaque mois !

Valenciennes 19150317 a