Précédent : 1915 Valenciennes et l'aviation Suivant : 1917

 

     Voulant agrandir, nous l'avons dit, le champ d'aviation, le mercredi 5 janvier 1916, l'un des propriétaires voisins, M. Henri Dupont, reçut l'ordre péremptoire de mettre, dans les vingt-quatre heures, sa maison de la Briquette à la disposition du parc d'aviation. Il ne pouvait emporter aucun meuble, aussi fut-il forcé d'accepter l'hospitalité de l'un de ses amis.
Il obtint cependant de laisser sa vieille cuisinière pour garder la maison.

     Le mardi 11 janvier 1916, à trois heures et demie du matin, une formidable explosion nous réveilla en sursaut, faisant trembler les maisons. Je pensais même qu'un dirigeable venait de laisser tomber une bombe sur le Musée tout proche, en entendant le fracas des vitres.
Le matin nous apprîmes que cette explosion avait eu lieu à Saint-Sauveur près de Lille, où les Anglais avaient fait sauter un dépôt de munitions.
Le lieutenant Kollmann, qui logeait chez moi, me dit que les Allemands étaient persuadés que les Anglais avaient creusé un souterrain. Il ajouta que le trou causé par l'explosion était grand comme notre place d'Armes, et que les usines qui se trouvaient à proximité étaient complètement détruites.
L'abbé Eberlé, que je rencontrai chez ma sœur, Mme Delcourt me dit qu'il y avait cent deux tués français, et vingt-huit allemands.
Le plus extraordinaire, c'est que nous ayons ressenti une telle secousse, Lille étant à 54 kilomètres de Valenciennes.
[il s'agit de l'explosion dite "des dix-huit ponts"

 

18ponts13

 

pour plus de voir par exemple ce site ]


Le jeudi 13 janvier 1916, un dirigeable français passant au-dessus de Saint-Saulve, abattit un avion allemand qui le poursuivait; celui-ci alla tomber à Quarouble. Malheureusement, à Wallers, un avion anglais était abattu, et les deux aviateurs tués.
De grands combats aériens devaient se préparer, car les Allemands activaient les travaux de l'aérodrome.


Le 10 mars 1916, les avions français venant plus souvent nous rendre visite, les Allemands se mirent sur leur garde, et plongèrent tous les soirs la ville dans l'obscurité.
Le Commandant Priess adressa au Maire la lettre suivante :

" Je vous prie de donner tout de suite, des ordres aux habitants de toutes les maisons, ayant des façades non garnies de volets  pour qu'ils abaissent les stores des fenêtres aux façades, dès la tombée de la nuit.
" Ceux qui n'en ont pas, devront s'en munir, les plus opaques que possibles.
" Les étalages des magasins ne devront plus être éclairés, ou avoir des stores épais.

Les Allemands, de leur côté, réquisitionnèrent des étoffes pour doubler les stores du Lycée de jeunes filles, afin qu'aucune lumière ne perçât. D'ailleurs, leurs avions faisaient des rondes le soir, et dès qu'ils apercevaient une lumière, les gendarmes se rendaient à l'immeuble indiqué pour faire un procès.

Le 12 août 1916, par une chaleur tropicale, nous reçûmes, à trois heures de l'après-midi, la visite de cinq avions français se dirigeant vers la Belgique. L'un d'eux, avec une hardiesse émotionnante, descendit à 300 mètres environ, au milieu des obus. Les soldats tiraient de leur côté sans atteindre ce vaillant aviateur, que nous suivions des yeux avec anxiété. Après avoir agité un drapeau rouge, il laissa tomber quelques bombes sur les voies de chemin de fer, qui furent endommagées. Malheureusement, quatre civils furent tués, dont un chef cantonnier; un autre ouvrier, transporté à l'hôpital militaire, subit l'amputation d'un bras. Ce ne furent pas les dernières victimes civiles de l'aviation. Il faut dire que beaucoup de Français, à mon exemple, je dois le dire, au lieu de se réfugier dans les caves, suivaient passionnément les péripéties poignantes de ces combats aériens.

Le dimanche 14 août 1916, la canonnade redoublant, la Commandature, qui s'attendait à recevoir la visite d'une quarantaine d'avions français et anglais, était très inquiète. Aussi, dans toutes les maisons, les officiers demandaient-ils à voir les caves pour s'y réfugier en cas de danger.


Les alertes d'avions furent très nombreuses depuis cette époque jusqu'en avril 1917, mais je ne les ai pas mentionnées, la population civile n'ayant pas eu à en souffrir.

Extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

Précédent : 1915 Valenciennes et l'aviation Suivant : 1917