<< IVe partie

 

    Après avoir traité des 597 otages masculins envoyé en camp de représailles en Lithuanie (pour les Allemands d'alors, "en Russie occupée"), il me fallait, outre une liste de 396 noms (voir IIe partie), un témoignage concernant les femmes déportées à Holzminden ; je n'en ai pas trouvé de direct, sous le nom de la narratrice, comme MM. Ferré, Abbés Bouxin et Leleu pour les hommes ; aucune femme déportée ne semble avoir écrit ou même simplement raconté : l'époque (et la reconstruction qui passe par la natalité) n'étaient pas favorables à de tels récits de la part de mères, d'épouses, de filles.

    Voici le récit qui figure dans la Revue des Deux-Mondes de novembre 1918 disponible sur Gallica : cliquer sur la page (655) pour avoir accès au site de la BnF, ou faites défiler les 14 pages. Il est signé Henriette Célarié, née Lemoine (1872 – 1958). Historienne, voyageuse -comme on disait alors- essayiste et romancière française qui a déjà publié en juin 1917 dans le même revue : "Emmenée en esclavage pour cultiver la terre - journal d'une déportée".
En janvier 1919 elle publie "Les otages civils dans les camps de représailles" ; entre-temps sort chez Bloud et Gay en septembre 1918 "En esclavage - journal de deux déportées" (340 pages).
Dans chacun des cas, les identités sont cachées "par une discrétion que l'on comprendra" (sic)......

De même l'opuscule qui édité par l'UGAFCPE (union des grandes associations françaises contre la propagande ennemie) sous le titre "Emmenées en esclavage" est assorti d'un avertissement en couverture :

avertissement

 

     Certains passages annoncent - de près- ce que seront les conditions de transport et de détention quelques 20 ans plus tard.

 

   Holzminden est certainement l'un des camps d'internement de civils les plus connus (et sur lequel le web est le plus prolixe). Il ne faut cependant pas confondre ce camp de 120 baraquements en bois implanté spécialement à l'écart de la ville avec l'ancienne caserne de cavalerie en dur, lieu d'internement de prisonniers de guerre (militaires) britanniques et théâtre d'une célèbre "grande évasion".
C'était un camp d'hommes, de femmes et d'enfants, non seulement français, mais également belges, polonais et russes ; de nombreux civils (masculins) du valenciennois ont été internés à travers tout l'Allemagne, voir sur ce blog

Zivilgefangenenlager Holzminden n'a pas servi lors de la guerre suivante, contrairement à d'autres, et l'emplacement a été rendu à la nature mais l'on retrouve la double rangée d'arbres de l'allée principale sur cette vue aérienne moderne :

Holsminden Zivil Lager

 

    Avant une exploitation plus complète des données, je rappelle noms et villes d'origine d'une partie de ces otages, embarquées à Valenciennes le 12 janvier 1918 après y avoir été regroupées, et dont j'ai relaté la situation dans le 1ère partie , en rappelant que l'orthographe des noms propres peut - comme toujours- avoir été altéré :
Mmes :

Devred, Aniche;
d’Haussay, Artres;
Lecompte, Vendegies;
Merlem, Aniche;
Picques, Somain-sur-Ecaillon;
d'Haussay, Monchaux;
Malet, Thiant;
Terifocq, Le Quesnoy;
Henion, Le Quesnoy;
Willot, Bavay;
Darche, Bavay;
Brasseur, Taisnières;
Vilain, Louvignies;
Cabaret, Le Quesnoy;
Moisy, Escarmain;
Hautecœur, Haussy;
Caudron, Haussy;
Filippi, Le Cateau;
Richard, Le Cateau;
Pegin, Le Cateau;
Delporte, Lewarde;
Duflos, Ecourt-Saint-Quentin;
Brogna, Remancourt;
Moriaux, Ecourt-Saint-Quentin;
Osaneaux, Caudry;
Richez, Caudry;
Qivy, Caudry;
Clouet, Denain;
Langaine (Wurth), Denain;
Sacclier, Denain;
Bricourt, Clary;
Boutin, Bertry;
Monsecourd, Oisy-le-Verger;
Conseile, Mastaing;
Boulet, Etrain;
Navet, Preux-au-Bois;
Didier, Pont-sur-Sambre;
Vinoy, Fontaine-au-Preux;
Risbourg-Chassart, Bouchain;
Wiart, Cambrai;
Tribout, Cambrai;
Parent, Cambrai;
Bricourt, Cambrai;
Charlet, Cambrai.
Mlle Noblecourt, Bousy;

 

    C'est -comme pour les hommes- le département du Nord qui compte le plus de femmes déportées : 182 ; viennent ensuite : Ardennes (101), Aisne (55), Meuse (22), Meurthe-et-Moselle (16), Pas-de-Calais (11), Somme (5). A moins d'une erreur de transcription dans les registres du CICR : Vosges, Marne et Haute-Marne, (1 chacun).

222 communes des départements envahis verront partir de 1 à 12 otages féminins.

    Pour le département du Nord, les 4 villes les plus touchées parmi les 94 recensées sont :
Douai (12), Lille (12), Tourcoing (10), Roubaix (6).

 

      A noter dans cette liste de femmes déportées 4 prénoms masculins,une erreur, et 2 utilisations du nom/prénom du mari (Mme. X) mais pour l'un d'eux : VANZEVEREN Alphonse de Tourcoing, si je n'ai trouvé aucune fiche à son nom au CICR, il existait bien un teinturier, rue Belle-Vue, 47, TOURCOING. Un otage de complément ? Pour tenter de faire 400 tout rond ?