Journal Officiel de la République Française du Mardi 12/11/1918, p 9817.

 

   Le Président de la République, parti de Paris vendredi soir, [8 Novembre] s'est rendu en Belgique.

   Il est arrivé à Bruges samedi matin par voie ferrée et a été reçu, sur le quai de la -gare, par sa majesté le roi Albert, S. A. le prince royal et le général Degoutte. Il est monté en auto découverte avec le roi et, par les rues pavoisées, s'est rendu à l'hôtel de ville. Sur tout le passage, la foule n'a cessé d'acclamer le roi et le Président et de trier : « Vive la France ! Vive la Belgique ! » Le bourgmestre a adressé au Président une allocution très chaleureuse, à laquelle M. Poincaré a répondu en exprimant son admiration au roi Albert et à la Belgique, ainsi que ses remerciements à la population de Bruges.

   Les membres de la colonie française sont venus se présenter au Président, puis il a visité avec le roi le palais provincial, les halles, la chapelle du Saint-Sang et a pu revoir, heureusement intacts, les trésors artistiques de Bruges. Partout les habitants de la vieille ville flamande ont fait au représentant de la France un accueil enthousiaste. Il en à été de même à Ostende où le roi a ensuite conduit le Président et où ils sont allés visiter les batteries allemandes de la côte. Les officiers des bateaux français se trouvant dans le port ont été présentés au Président. Le président de la colonie française lui a adressé une allocution émouvante.

   M. Poincaré a remis un certain nombre de décorations à des officiers belges, qui avaient été l'objet de citations ; il a décerné notamment la plaque de grand officier de la Légion d'honneur au général Giloin, chef d'état-major général de l'armée belge.

    Après avoir déjeuné chez le roi et la reine, avec le général Degoutte, le général de Boissoudy, le général Giloin, etc., le Président s'est rendu avec le roi à Thourout et de là à la grosse pièce allemande de Langenboom [sic, en réalité Leugenboom] qui tirait sur Dunkerque et qui a été abandonnée intacte par ses servants, avec ses munitions.

    Le roi et le Président ont terminé leur journée à Roulers où a eu lieu une cérémonie militaire des plus impressionnantes. Sur la grande place, encadrée de maisons en partie détruites par la récente bataille, étaient rangées des troupes françaises. Derrière elles, des soldats au repos, français et belges, mêlés à la population, se pressaient en grand nombre. Aux fenêtres en ruines, sur les pignons délabrés, sur les toits crevés, partout pendaient des grappes humaines. Quand le roi et le Président passèrent à pied devant les troupes, ce furent dans cet immense et pittoresque amphithéâtre, des applaudissements sans fin. Le Président remit la cravate de la Légion d'honneur au général de Boissoudy, commandant, sous le commandement en chef du roi, l'armée française de Belgique, et d'autres croix et médailles militaires à des officiers et à des soldats, puis les troupes défilèrent devant les deux chefs d'Etat et le roi reconduisit le Président à la gare, où un bataillon de chasseurs à pied rendait les honneurs.

    En prenant congé du roi, le Président lui a renouvelé ses vives félicitations pour les grands succès de l'armée belge. Le roi a, de son côté, répété au Président combien il était heureux et fier de commander à des troupes françaises.

    Hier dimanche [10 Novembre], à huit heures du matin, le Président est arrivé à Douai, où il a été reçu par MM. Goniaux et Guislain, députés, et par la commission qui remplace la municipalité non encore réinstallée et dont un membre lui a adressé un éloquent discours de bienvenue. La ville n'est plus tout à fait aussi déserte qu'à la récente visite que lui avait faite le Président après la libération. Un petit nombre des habitants y est rentré, mais la plupart sont encore en Belgique ou en Hollande.

    De Douai, le Président, accompagné du préfet du Nord, de M. Guislain, député, et du général anglais Hunter Westen, commandant le 8e corps, s'est rendu à Orchies, puis à Saint-Amand. La première commune fut incendiée par les Allemands dès 1914; la seconde a été systématiquement bombardée par eux ces jours derniers, après qu'ils y avaient amassé des vieillards, des enfants et des infirmes, évacués de force des villes voisines. Le long de la route, les habitants, dispersés par ce bombardement, revenaient en traînant des charrettes ou des brouettes, chargées d'objets de literie ; les Anglais recueillaient sur leurs camions de vieilles femmes fatiguées et de petits enfants ; tous ces pauvres gens avaient la joie de la délivrance peinte sur leur visage et, reconnaissant le Président au passage, le saluaient aux cris répétés de : « Vive la France ». M. Davenne, maire de Saint-Amand, a prononcé un discours émouvant, auquel le Président a répondu, comme à Douai et à Orchies, par des paroles cordiales.

    Il s'est ensuite arrêté à Raismes, où une musique canadienne jouait la Marseillaise et où toutes les maisons étaient, comme celles des autres communes, joyeusement pavoisées. Le maire a, comme ses collègues des municipalités voisines, chaleureusement remercié le Président et demandé que les Allemands fussent obligés de réparer, non seulement en argent, mais en nature, les immenses dommages causés dans la région.

    Le Président est arrivé à Valenciennes vers midi, et y a été reçu avec un enthousiasme indescriptible. Sur la grande place de l'hôtel de ville, admirablement décorée, étaient rangés, sous le commandement du général Horne, commandant la première armée, des soldats canadiens que le Président a passés en revue. Le maire ayant été emmené comme otage par les Allemands, c'est un des adjoints qui a souhaité la bienvenue à M. Poincaré qui s'est, à son tour, adressé à la foule pour lui exprimer les sentiments de la France et qui a fait un vif éloge de l'armée britannique et des troupes canadiennes.

    Le Président, qui avait fait apporter un déjeuner froid à Valenciennes, a invité à sa table, les généraux anglais, les représentants de la municipalité, M. Mélin, député de Valenciennes, le préfet du Nord, le général de Laguiche, etc..

    Il est ensuite parti pour le Quesnoy, où il a été reçu par MM. Daniel Vincent et Pasqual, députés, par la municipalité, et où la population, libérée depuis quatre jours seulement, après capitulation du millier d'Allemands qui formaient sa garnison était toute frémissante de joie patriotique. Des troupes néo-zélandaises avaient tenu à rendre les honneurs au Président et des soldats étaient, en outre, massés sur les trottoirs, groupés aux fenêtres et juchés jusque sur les toits.

    Puis, le Président, accompagné de MM. Daniel Vincent et Pasqual, s'est rendu à Landrecies, où il a rencontré le général Rawlinson et où il a reçu de la population délivrée le même accueil émouvant. M. Daniel Vincent et le maire l'ont remercié de sa visite en termes chaleureux et il leur a répondu en flétrissant les procédés de l'ennemi qui, en quittant la ville, l'a en grande partie détruite par obus incendiaires.

    De Landrecies, le Président est revenu, par Valenciennes, à Denain, où il a été reçu par M. Lefebvre, député et maire. La nuit était tombée, et, comme les Allemands avaient coupé les conduites de gaz et détruit tout l'outillage électrique, la mairie était très pittoresquement éclairée par des torches. Après avoir répondu à l'allocution de M. Lefebvre, remercié la municipalité et félicité la population, le Président a appris aux habitants de cette cité ouvrière l'abdication de l'empereur Guillaume, qu'ils ignoraient encore. La nouvelle a été accueillie par des applaudissements frénétiques.

    Le président, accompagné du maire, a alors traversé toute la ville à pied pour aller reprendre son train à la gare, car le génie anglais avait déjà poussé la voie jusqu’à Denain. Dans les rues obscures, à peine éclairées par un rayon de lune, une foule immense a entouré le président, en se pressant pour lui serrer les mains et en poussant de vivats. Puis, elle a entonné la Marseillaise et ce cortège nocturne est allé grossissant jusqu’à la gare, où une compagnie anglaise rendait les honneurs et où les scènes les plus touchantes se sont produites jusqu’au départ du train présidentiel.

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Itinéraire présidentiel décrit par le JO

 

  On trouve deux photos de cette visite sur le site de l'ECPAD.

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Ce mouchoir de fine batiste à la gloire des Américains est dans ma famille depuis la libération :

 

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     Voici maintenant le récit de la journée du 10 Novembre à Valenciennes, les Canadiens ont largement participés aux manifestations, même si l'on devine bien qu'ils auraient voulu "en faire un peu plus", notamment pour affirmer leur Nation auprès du Président.

    Devant l'afflux des évacués qui regagnaient Douai et Cambrai, la Municipalité décida de rétablir les marchés. Les Canadiens, de leur côté, avaient installé une cantine dans les magasins du Gagne-Petit, pour ravitailler les enfants.

A midi, [le vendredi 8 Novembre] arrivait l'agent de liaison, le lieutenant Malleterre, fils du général Malleterre, venant nous annoncer la visite du Président de la République pour le dimanche 10, à midi. Il nous annonça que le Président descendrait à Douai, s'arrêterait à Saint-Amand, puis à Valenciennes, où il déjeunerait, pour repartir à une heure vers Le Quesnoy, Landrecies, et regagner Paris.

Les maisons intactes étaient rares. Deux maisons furent de suite en vue, celle de M. Verdavaine, rue d'Oultremann, et celle de mon frère Maurice, Rue des Foulons.

Naturellement, la visite du Président de la République obligea le clergé à remettre au lundi midi la cérémonie du Te Deum [qui devait être chanté le dimanche à Saint-Gery, en actions de grâce, auquel les autorités canadiennes devaient assister.].

Le samedi 9 novembre, les invitations suivantes étaient envoyées aux autorités civiles et militaires en ce sens :

« Monsieur,
« Nous avons l'honneur de vous inviter à la cérémonie d'actions de grâce qui sera célébrée en l'Eglise Saint-Géry, le 11 novembre à midi.
« Veuillez agréer l'assurance de notre respectueux dévouement.

« Le Vicaire Général : DUBAR. »

 De son côté, la Ville faisait afficher l'avis suivant, annonçant la visite du Président de la République:

« Visite de M. le Président de la République Française.

« M. Poincaré, Président de la République française visitera Valenciennes le 10 novembre. Il arrivera par les Rues Ferrand et de Paris sur la Place d’Armes à midi et quittera la Ville à 13 heures 30. « Les habitants sont priés de pavoiser leurs demeures, et de saluer sur son passage le Premier Magistrat de la République. Les fonctionnaires et membres des différentes administrations présents à Valenciennes sont invités à monter sur l'estrade élevée devant l'Hôtel-de-Ville.

« Il n’y aura pas de réception.

« Valenciennes, le 9 novembre 1918
« L'Administration Municipale:
F . DAMIEN et J . BILLIET, Adjoints »

 

     Puis, dans l'après-midi, un officier du Quartier général, vint en régler les détails, accompagné de la Mission Française. Le Président ne voulait pas de réception. Il ne devait y avoir qu'un piquet d’honneur composé de cent hommes et trois officiers. Les Canadiens auraient bien voulu faire les honneurs, mais ils devaient obéissance au général commandant le corps d'Armée. Une seule musique se tiendrait sur le côté.
M. Damien, premier adjoint, étant malade, M. Jules Billiet fut chargé de prononcer le discours adressé au Président sur l'estrade.

    Dans la soirée, arriva le premier courrier de France, l’Inspecteur, M. Droulers, venant de Lille avec dix sacs de dépêches. Jules Billiet lui offrit naturellement l'hospitalité. L'inspecteur nous raconta que sur la route, il avait dû deviner les villages qu'il traversa, tels qu'Aubigny-au-Bac, où il ne restait qu'une simple couche de poussière rougeâtre.

    La population augmentait d'heure en heure avec le retour des évacués qui prenaient possession de la première maison venue, la leur étant détruite. Ce fut la cause de bien des discussions, car le véritable propriétaire rentrant également, trouvant sa maison occupée, mettait difficilement le nouvel occupant à la porte.

    Mais la question ravitaillement fut notre principale préoccupation, heureusement la première voiture de viande frigorifiée nous arriva, et nous pûmes faire une distribution générale, le chemin de fer était déjà rétabli jusqu'à Raismes et nous l'attendions à Valenciennes d'un moment à l’autre.

    Au point de vue militaire, nous assistions au passage des troupes canadiennes et écossaises, musique en tête, se dirigeant vers le front pour la relève. Hommes et matériel imposaient, et l'on avait le sentiment que rien ne pouvait leur résister, surtout après avoir assisté à la retraite allemande.

    Nous apprenions avec joie, que les Alliés marchaient de victoire en victoire, Mons était repris [par le Corps expéditionnaire Canadien] ainsi que Maubeuge et Fourmies.

     Le dimanche 10 novembre, fut une journée glorieuse pour la ville de Valenciennes, le Président de la République étant venu fêter la délivrance, et féliciter ses concitoyens de leur vaillante endurance.

    Il était exactement dix heures trois-quarts, quand je dus aller voir chez Mme Verdavaine si tout était prêt pour le lunch. Je me trouvai alors en présence des officiers britanniques du Grand-Quartier, qui, déchargeant leurs bagages, me dirent qu’ils regrettaient vivement de ne pouvoir mettre à ma disposition que la salle à manger, mais elle était trop petite pour recevoir le Président et sa suite. Je leur répondis que je n'avais pas le temps de discuter. C'est alors que j'allai chez mon frère Maurice, 17, rue des Foulons, à quelques pas delà. M. Dugardin, faisant fonctions de sous-préfet vint me rejoindre, et trouva que c'était la meilleure solution.

     Au même instant, arrivait de Paris l’auto qui apportait le lunch. Avec le maître d’hôtel, j’allai examiner les pièces qui étaient bondées de meubles. Je me précipitai chez le Commandant de Place pour lui demander dix hommes. Le commandant Walkens lui-même y mit la main, et à midi, la table était mise et les appartements garnis de plantes vertes.

    Au même moment, le Président de la République faisait son entrée sur la Grand'Place, ornée de drapeaux, le piquet de cent Ecossais et leur musique entonnant la «Marseillaise», pendant que les autorités et les fonctionnaires attendaient sur l'estrade. L'Etat-major canadien se tenait aux côtés de la Garde d’Honneur.

     Après avoir salué Jules Billiet et le général Horne, le Président Poincaré passa devant le détachement, et monta sur l'estrade aux applaudissements de la foule, pendant que notre cloche [Jeanne] de Flandres [la bancloque] sonnait à toute volée.

C'est alors que Jules Billiet lui adressa l'allocution suivante :

 « Monsieur le Président,

« En l'absence si regrettée de notre Maire, M.Tauchon, que sa vaillance, son énergie, sa droiture, ont désigné à la vindicte de nos envahisseurs, mais, aussi à l’admiration de tous ses concitoyens, et de M. Damien, premier adjoint, que ses fonctions ont appelé à soulager tant d’infortunes, à relever tant de courage et que la maladie retient chez lui en ce jour, je suis heureux et fier, de saluer, au nom de la ville de Valenciennes, le premier Magistrat de la République Française.

« Nous avons accueilli avec des transports de joie les chefs illustres et les admirables troupes qui ont délivré notre cité du joug de l’étranger ; mais nos généreux alliés comprendront que notre cœur déborde d'allégresse au jour où la France, que vous incarnez, Monsieur le Président, vient reprendre possession elle-même de ses enfants, après une victoire définitive.

« Cette joie, et ici, je parle également au nom de tous mes concitoyens qu'une évacuation forcée a jetés loin de leurs foyers, cette joie, à laquelle nous aspirions depuis de longues années, nous n’aurions pas voulu qu'elle fut diminuée par le moindre regret.

« Nous l'avons souvent affirmé : nous voulions tout supporter plutôt que de devoir notre délivrance à la conclusion d’une paix boiteuse.

« Car nous avions confiance dans le Gouvernement qui a fait l’Union de la Patrie, comme nous l'avons faite ici pour notre chère Cité.

« Nous avions confiance dans la valeur de nos généraux et de nos soldats, confiance dans l'aide puissante apportée par les valeureuses armées de nos alliés, confiance en la providence, qui n’abandonne jamais ceux qui luttent pour le droit et la justice.

« Je m’en voudrais de ne pas signaler à la reconnaissance du pays tant de nos concitoyens et de nos concitoyennes, qui ont sacrifié pour toute la région, leur temps, leur fortune, et parfois leur santé, se donnant à la cause commune avec un dévouement inlassable.

« Mais aux félicitations que publiquement nous adressons à ceux qui, chez nous, se sont dévoués pour le bien public, permettez-moi Monsieur le Président, d’ajouter le témoignage de notre sympathie et de notre admiration aux familles de ces fils héroïques de la France, qui ont si vaillamment combattu, et dont un si grand nombre a versé si généreusement son sang pour le salut de notre chère Patrie ;

 « Nous avons eu l'occasion d'exprimer à M. le général commandant en chef de la première armée britannique les sentiments de vive gratitude que nous éprouvions pour les troupes merveilleuses qui nous ont libérées du joug de l'ennemi et qui, avec un empressement admirable, viennent porter remède à tous les maux qui nous accablent. Nous voulons vous dire ici aujourd'hui, Monsieur le Président, combien cette heure-ci nous paye largement de toutes les souffrances endurées, et combien votre présence nous réconforte.

« Nous saluons en vous la France qui a été, qui est, et qui restera le terme de nos affections.

« Pendant les jours heureux qui suivront la conclusion de la paix, comme pendant les années terribles que la guerre nous a fait supporter, nous aurons à cœur de justifier la fière devise que nos aïeux ont eu la gloire d’inscrire sur notre drapeau :

« Valenciennes a bien mérité de la Patrie. »

 

     Le Président répondit à cette allocution, faisant l'éloge des Canadiens qui avaient délivré la ville. Faisant d'abord allusion au télégramme de la municipalité de Valenciennes, lui annonçant la libération de la ville, télégramme qui l'avait profondément touché, il dit qu'il n'avait pas voulu tarder à apporter le témoignage de la reconnaissance du Gouvernement à ceux qui restaient, regrettant de ne pas voir à leur tête, le Docteur Tauchon, leur vaillant Maire, enlevé comme otage à cause de son courage. Le Gouvernement de la République et les Gouvernements Alliés feront, dit-il, tout leur possible pour hâter sa délivrance.

    Le Président remit à Jules Billiet une somme de 10.000 frs qu'il venait de recevoir de la Croix-Rouge de Toronto, qu'il s'était empressé de remercier. Mais nous fûmes un peu déçus qu’il ne remit pas à notre ami Billiet faisant fonctions de Maire, la juste récompense de son dévouement, qu'il avait d'autant plus méritée, que ses deux fils étaient tombés au Champ d’Honneur. Plus tard, cette omission fut réparée, mais ses concitoyens en éprouvèrent une déception. Puis, le président se rendit à pied par la place d’Armes au 17 de la rue des Foulons, chez mon frère Maurice, qui était évacué sur Bruxelles, où il fut très satisfait de la réception. C’est alors que le colonel vint m’inviter à déjeuner, et me présenta au Président. Le déjeuner, simplement servi, fut très cordial, le Président parlant surtout de l’Armistice, et la Paix, qui devait être signée le soir même, sinon ce serait la guerre à outrance.

     « Déjà, nous disait-il, à Berlin, éclate la révolution, le Kaiser et son fils viennent d’abdiquer, la Bavière veut la république, et l'empereur d'Autriche, aspire à prendre le trône de Pologne laissant son pays se débrouiller. C’est enfin, la dislocation et la disparition de l'empire germanique, qui voulait nous écraser. Jusqu’au 14 juillet 1918, le Gouvernement français n’était pas certain de la victoire, elle ne faisait plus aucun doute dès le 15.» Puis, à l'heure indiquée, le Président nous quitta, se dirigeant sur Le Quesnoy et Landrecies.

    Le général Watson, commandant la division canadienne voulant continuer la réception, avait invité à un thé pour treize heures trente, le Conseil municipal, les fonctionnaires et quelques personnalités, en tout : quarante personnes.
Il avait pris son quartier chez M. Louis Piérard, place Saint-Géry, derrière le square Froissart...[etat-major de la 4° Division Canadienne, voir]

     Un piquet se tenait devant la porte d’entrée, et quand nous arrivâmes avec M. Jules Billiet en tête, la musique entonna la Marseillaise, ce qui nous causa une grande impression. Cette réception fut charmante, un orchestre symphonique se faisant entendre en sourdine derrière les plantes vertes, et les officiers nous dirent quelques vieilles poésies et chansons françaises, encore d'actualité au Canada.

     Puis à six heures, le général Watson nous pria de nous rendre au théâtre, où eut lieu une représentation de comédies anglaises, à laquelle assista le Prince de Galles,

Cette journée du 10 novembre 1918, fut pour Valenciennes une journée de gloire.

(in Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933)

    On retrouve sur le site canadien "images d'une guerre oubliée", un court film de 3 minutes montrant le président sur la Grand'Place de Valenciennes, durant le discours de M.Billiet et la réponse de M. Poincaré, ainsi que l'arrivée à la réception canadienne place St-Géry, derrière le monument Froissart dont on devine les arcades. (Au delà de 1'58, la musique que l'on voit jouer se produit non pas à Valenciennes, mais sur la grand'place d'Arras.)

 

 

3602 a003558-v8
Le président répond à l'allocution de M. BILLIET
Le dernier civil à droite est René DELAME.
(remarquer le chien au pied de l'estrade,
certainement pas un chien errant ... ???)

3603 a003513-v8
L'estrade officielle pendant que parle le Président.

 

3605 a003515-v8
Le Président, M. Billiet à droite et des officiels.

3604 a003514-v8
Le Président et M. Billiet et les officiels se rendent à pied
de la mairie au domicile de Maurice DELAME,
17 rue des Foulons.

La rue des Foulons a eu la chance d'être préservée, l'ensemble des maisons y est encore à l'identique permettant de revivre l'instant.

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17RdF
Le 17 Rue des Foulons

 

 

3669 a003586-v8
On retrouve M. BILLIET sur la Grand'Place de Mons,
merci à durieu1 d'avoir localisé cette entrevue.

Mons