M. MOHR, SON ARRESTATION, SON EXÉCUTION

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M. Mohr Jules, inspecteur d'Assurances, né le 6 décembre 1858, était par conséquent âgé de 57 ans, lors de son arrestation par les Boches, le 11 octobre 1915.

Marié et père de sept enfants, dont l'un était décédé en bas âge, il lui restait donc à la déclaration de guerre : trois garçons et trois filles : deux des fils en service actif au 4° Tirailleurs Algériens à Bizerte (Tunisie), l'un comme adjudant et l'autre comme sergent. Le troisième, âgé de 15 ans, donc trop jeune pour être incorporé, est resté en pays occupé.

L'adjudant au 4° Tirailleurs, médaille militaire et croix de Guerre, fut tué en juillet 1916 à Villers-Bretonneux. Celui qui était sergent à la mobilisation est revenu comme adjudant, décoré de la Médaille Militaire, Croix de guerre avec palmes et citations, après avoir été blessé cinq fois.

Depuis longtemps M. Mohr faisait de l'espionnage : renseignements, plans, etc... lorsqu'il fut arrêté. Il transmettait sa correspondance à Flessingue (Hollande) par un courrier, et malgré son âge, traversa une rivière à la nage pour sauver les renseignements qu'il portait.

Peu avant son arrestation, il fut suivi par un Allemand en civil qui se disait belge résolu à rendre service à sa patrie, il demandait à entrer dans la combinaison de M. Mohr comme agent, et se recommandait d'un personnage affilié à Flessingue, tout en citant les noms de quelques personnes faisant déjà partie de ladite combinaison: ceci, bien entendu, pour inspirer confiance à M. Mohr, qui, ayant flairé la supercherie ne se laissa jamais aller à aucune confidence. Il se défendit au contraire de faire quoi que ce soit contre les Allemands, invoquant surtout qu'il était père de six enfants, qu'il ne pouvait dans ces conditions risquer sa vie, et qu'ayant trois fils et un beau-fils à la guerre, il jugeait le sacrifice suffisant.

Plusieurs fois, il fut relancé par le même individu, tant dans la rue que chez lui, ce qu'il cherchait c'était une preuve convaincante et irréfutable.

L'arrestation eut tout de même lieu quelques jours après: sorti l'après-midi en ville, il fut arrêté vers sept heures du soir.

Mme Mohr ne vit plus jamais son mari, et n'eut jamais plus de nouvelles, si ce n'est une lettre écrite in-extremis. Le soir de l'arrestation. on s'inquiétait dans sa famille, quand vers huit heures quarante-cinq, la porte d'entrée de la maison s'ouvrit, les enfants se précipitèrent vers l'entrée, croyant à l'arrivée de leur père, mais ils se trouvèrent en face des agents boches qui avaient ouvert la porte au moyen de la clef prise sur M. Mohr, et qui perquisitionnèrent de la cave au grenier sans rien découvrir.

Il resta dix-sept jours au secret de la caserne Vincent, rue de Lille, et fut dirigé ensuite sur Bruxelles, ou il occupa à la prison Saint-Gilles, la cellule 86. Le flagrant délit n'ayant pas été constaté, l'instruction dura six mois.

La condamnation à mort fut prononcée le 12 avril 1916, et l'exécution eut lieu le 19 du même mois au Tir National de Schaerbeek près Bruxelles, où son nom figure sur la plaque commémorative de tous les suppliciés, plaque inaugurée par le Roi et la Reine, le 10 avril 1921; toutes les familles étaient représentées à cette inauguration.

La lettre d'adieu qu'il écrivit à sa famille pendant la journée qui précéda son exécution était d'une grande élévation d'âme, faisant le sacrifice de sa vie, il disait notamment:

" L'on vient de m'informer que mon recours en grâce a été rejeté. Nous serons donc fusillés demain matin, 19 avril 1916.

" J'ai demandé à Monsieur l'aumônier que l'on prenne la précaution de ne pas vous annoncer cette malheureuse nouvelle trop durement, et il m'a promis de faire en sorte que vous soyez prévenus avec précaution par Monsieur l'aumônier de Valenciennes.

" Quand il faut dire que depuis plus de six mois que je vous ai quittés, 11 octobre 1915, je ne vous ai plus vus, ni même reçu un mot de vous, et que maintenant je ne peux espérer vous revoir que dans un autre monde, c'est terrible. Seul en cellule depuis si longtemps, c'est horrible! horrible!

" Les paroles ne peuvent pas exprimer ce que l'on ressent, mais nous nous reverrons, et du haut du ciel je ne pourrai que vous aimer davantage.

" 18 avril, minuit. -Dans ma dernière prière, ce jour, après avoir prié pour vous tous, je vous envoie ma dernière bénédiction, et j'espère vous revoir dans un lieu plus clément.

" Adieu! Adieu! Adieu!

" Votre malheureux mari et père.

J. MOHR.

" Un dernier mot qui devra vous consoler, c'est que je meurs en brave et pour la Patrie. "

 

Loin d'annoncer avec ménagement cette terrible nouvelle. à sa famille, la Commandanture fit placarder en face de la maison de M. Mohr, le matin même, une grande affiche rouge annonçant son exécution.

affiche

 

Comme on peut s'en rendre compte par sa lettre, M. Mohr fut énergique jusqu'à la mort. Il le prouva en refusant d'être attaché à la chaise d'exécution et d'avoir les yeux bandés.

Après sa mort, il fut enterré au Tir National, à proximité de Miss Cavell et fut transféré en France, en même temps que M. Gressier de Saint-Amand, en juillet 1919 après une cérémonie aussi grandiose que solennelle à Bruxelles et devant une foule considérable.

Il fut décoré à titre posthume des Croix de Guerre, Croix de la Légion d'Honneur , Croix Anglaise.

Mme Mohr ne se consola jamais de cette si brusque séparation, elle mourut subitement le 10 décembre 1923.

 

 

Ces informations sont extraites du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

  •      Mohr et Gressier appartenaient au service de Renseignements "Hernalsteen" du GQG Français pour la région de Bruxelles, groupe de Valenciennes-St. Amand. les régions de Lille, Douai, Maubeuge, Avesnes, Douai, Cambrai et St Quentin étaient représentées par Dalhuin, Doucedame, Delnatte et Mme VanDamme. (source : archives royales de Belgique)

  •      Fait Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume par décret du 11 janvier 1921.

 

  •      La plaque nominative dans l'Enclos des Fusillés, anciennement "Tir national" à Bruxelles (B)

plaqueEFB(photo ADC)

 

  • Une vue actuelle ( juillet 2010) de l'Enclos des Fusillés à Schaerbeek ; bien que les tombes de la première guerre aient disparu, remplacées par d'autres de la guerre suivante,  la vue de ce ilot de verdure au pied de la tour de radio et télévision n'est pas sans rappeler le cimetière originel où l'on peut voir non loin de la tombe d'Edith CAVELL, celle de Jules MOHR, prénommé EMIL, confusion avec le prénom d' Emile Gressier de St Amand les Eaux fusillé le même jour et qui porte le prénom de Jules ; initialement les croix de bois ne portaient que des numéros.

EdF (photo ADC)

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   voir pour ce cimetière la liste des fusillés des deux guerres sur le site BEL-MEMORIAL

 

  • Son nom figure également sur la stèle de la prison de St Gilles, toujours sur le site BEL-MEMORIAL

 st gilles

Plan de la prison de St-Gilles
où fut également internée Miss Edith Cavell,
fusillée au Tir National le 12 octobre 1915.

  • Jules MOHR est né à Ham (Somme) le 7 décembre 1858 à 9h du matin, de MOHR Hyacinthe et LOMBARD Lucie ; il épouse à Douilly le 17 avril 1883 Marie Valérine BAQUET. Parmi leurs sept enfants (Marie-Pauline 1889-1968, Lucienne, René , Yvette 18976-1966, Raphaël, Paul, André) naît le 6 juillet 1885 MOHR Jules Arthur, (source: Archives Départementales de la Somme) adjudant au 4° Régiment de Marche des Tirailleurs Algériens, qui sera tué le 26 juin 1916 à Villers-Bretonneux (Somme) voir la page du fils sur ce blog :

     
  • Le père, son épouse, une fille et le fils sont enterrés au cimetière St ROCH de Valenciennes, tombe 83, section I1 3° droite.

 

FAMILLE
MOHR - BACQUET
JULES 1858 - 1916
FUSILLE PAR LES ALLEMANDS
VALERIE 1859- 1923
RAPHAEL 1885 - 1916
MORT POUR LA PATRIE
YVETTE 1897 - 1966

StRoch

Le fils Mort pour la France porte le prénom de Raphaël,
comme le précise l'état signalétique "Jules Arthur dit Raphaël",
le prénom de Mme MOHR est devenu Valérie
sur une pierre tombale relativement récente..

 

  • Une rue de Valenciennes raccourcie depuis la création du terrain de sports, porte le nom de Jules MOHR.
  • Le récit de René Delame mentionne plus loin la famille MOHR à l'occasion des bombardements de 1918

Le 23 Août (....)

Les premières bombes étaient tombées à l'entrée de la rue Famars, entre les n°s 6 et 8. Au n° 11, les meubles avaient été déchiquetés.

Au n° 9, chez M. Williams, et au n° 6, chez M. Lesieur, les maisons étaient effondrées. .

Le n° 10 était habité par la famille Mohr, dont le père avait été fusillé pour avoir fait passer des documents. Les trois jeunes filles, pour la première fois étaient descendues dans leur cave, la bombe avait traversé le plafond, et leurs lits; leur mère était encore sous le coup de la première impression.

(....)

Le 29 Août

Un autre [obus] tomba au milieu de l'Esplanade, près de laquelle stationnait un train de la Croix-Rouge. Toutes les vitres du quartier volèrent en éclats.

Cette pauvre famille Mohr qui, quelques jours auparavant avait eu sa maison détruite par une bombe, était venue s'installer rue d'Anzin, où une autre bombe vint casser toutes les vitres de sa nouvelle demeure.

 

  •  Jules MOHR, ainsi que bien d'autres, dont Emile GRESSIER, Edith CAVELL, Gabrielle PETIT ont été jugés dans une salle actuellement celle du Sénat de Belgique (voir sur le site BEL-MEMORIAL) où de chaque coté de la tribune une plaque rappelle dans les deux langues les noms et les jugements de ceux qui ont été :

"Fusillés pour crime de fidélité à leur patrie"

12_S_foto_Plaat F   13_S_foto_Plaat N
(merci à Danny D. du site Bel-Memorial)

  •  Le 29 juillet 1919, le Journal Officiel publie sa citation à l'ordre de l'armée, ainsi que celle d'Emile Gressier :

 citation MOHR

 

citation GRESSIER
Ce dernier sera également cité dans le JO du 14/07/19 dans la rubrique "Le Gouvernement porte à la connaissance du pays la belle conduite de :"

GRESSIER_BC

 Il est fait chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume par décret du 21 septembre 1983.

  •  Par décret présidentiel paru au JO du 5 avril 1930, la médaille de la Reconnaissance française de 1ère classe (vermeil) est attribuée à Jules MOHR :

    MRFJM



  •  Tombe commune primitive au cimetière de Bruxelles :

 

Tombe Commmune

 

  •  "La Presse"  (éditée à Paris) du 29 juillet 1919  lui rend hommage, ainsi qu'à Emile Gressier.

    La Presse 19190729

  •  Photo du Tir National prise en décembre 1918 par l'ECPAD :

    Tombes ECPAD




 


 

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