Le 20 avril 1916, vers huit heures du matin, quatre enfants du Chemin-Vert ont trouvé un petit obus perdu et se sont amusés à vouloir le défoncer avec un marteau.
Tout à coup cet engin fit explosion et les quatre enfants furent tués.
Aussitôt les officiers et les soldats qui logent dans la commune se sont rendus sur le lieu de l'accident, et c'est les larmes aux yeux qu'ils constatèrent la fin tragique de ces pauvres innocents.
Les obsèques eurent lieu le 21 à trois heures du soir, au milieu d'une nombreuse assistance.
Dans le cortège et en tête on a remarqué la présence d'un très grand nombre d'officiers et de soldats porteurs de gerbes et de couronnes.
La municipalité d'Aulnoy y assistait également.
Pendant l'office, M. le Curé a remercié les autorités militaires et civiles des marques de condoléances qu'elles témoignaient aux familles de ces malheureuse victimes.
A la sortie du cimetière, MM. les officiers se sont rendus chez Mme NEUS, mère de deux victimes, et en termes émus ils adressèrent à cette pauvre femme affolée de douces paroles de consolation et la part de douleur qu'ils prenaient pour la perte cruelle qu'elle venait d'éprouver.
La présence et l'esprit humanitaire des officiers et des soldats furent très commentés dans la commune.

     Cet article parait le 15 mai 1916 dans la rubrique "LA GAZETTE RÉGIONALE" du numéro 191 de la Gazette des Ardennes. Le ton de certains passages de l'article est très largement dû au fait que cette publication est éditée par l'occupant.

    Il n'en reste pas moins que le fait est avéré, il s'agit de :

  • DOOM Estelle Diane Sidonie, 6 ans, née à Hamme (Flandre-Orintale, Belgique) le 17/03/1910.
  • DOOM Maurice Camille, 7 ans et demi, né à Hamme (Flandre-Orintale, Belgique) le 06/08/1908.
  • NEUS Henri, 10 ans et demi, né à Hamme (Flandre-Orintale, Belgique) le 24/12/1905.
  • NEUS Pierre César, 2 ans et demi, né à Aulnoy le 30/09/1913. (Son acte de décès le fait naitre à Hamme, mais son acte de naissance a été rédigé à Aulnoy)

dont les noms figurent au monument aux morts d'Aulnoy :

noms

MaM

 

(A noter que le nom de Jean JAURES est également inscrit sur le monument)

       Le journaliste - qui insiste beaucoup sur la présence des militaires allemands - ne donne aucun détail sur ce "petit obus perdu". Gageons que s'il s'était agit d'un obus français ou anglais, voire une bombe d'avion, il n'aurait pas manqué de le signaler, ajoutant ainsi des noms à la longue liste des "Victimes de leurs compatriotes" qui paraissait dans presque toutes les Gazette des Ardennes.

      Le plus petit calibre d'obus utilisé (des deux cotés) était 37mm, et le calibre allemand le plus courant 7,7cm. Que faisait-il là où les enfants l'ont trouvé ... ?????? Peut-être l'obus était-il sur sa douille en laiton et ont-ils voulu récupérer celle-ci, ou la ceinture de cuivre.....

 


 

     On trouve quelque temps après la relation d'un accident du même type à Berseaucout (hameau de Pertain, Somme). Ce sont les enfants de la famille Alliot qui en ont été les victimes le 3 août 1916 :

Berseaucourt-Pertain 80

deux noms figurent parmi les victimes civiles du monument aux morts de Pertain : André et Fernand ALLIOT

80 Pertain mam
Photo :Stéphane Protois

 

Puis à Bruxelles, décidément malgré la guerre qui les entourait, l'attrait du danger est le plus fort :

Brux

 

En juin 1917, c'est à Montmédy que le drame, toujours relaté par la Gazette des Ardennes, arrive :

Montmedy 1917-364

 

 L'Est Républicain du 24/12/1918 signale de pareils accidents à Famars, Curgies, Saint-Amand-les-Eaux, Marly et Vieux-Condé :

Victimes

 

Le 7 juin c'est à Lille qu'un accident semblable se produit :

1918-484 Lille
Gazette des Ardennes du 4 aout 1918

Une fois de plus la Gazette des Ardennes, du 21 juillet 1918, relate :

1918-473 Valenciennes

     FERTIN Gaston Léon Emile était né à Valenciennes le 30 octobre 1908, de FERTIN Léon Joseph Jules et de DELATTRE Louise Léonie Agnès.

 
Il y en eut certainement bien d'autres  !

100 ans après ce genre d'accident arrive hélas encore dans nos régions ; n'oublions pas la règle :


"La munition n'a ni amis ni ennemis, elle ne connaît que des victimes"

 

Ces imprudences ne s'arrêtaient pas aux zones de front ou occupées :

1918-316 grenade à Toulon
Mai 1918

 

1918-384 obus à Pte-Synthe
Juin 1918

 

GdA 1918-599
Gazette des Ardennes du 25 septembre 1918

 

    La fin des hostilités va augmenter les risques, l'occupant  n'assurant pas le déminage ni le nettoyage, qui va incomber aux alliés :

Lille