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Les civils du Valenciennois dans la Grande Guerre 1914-1918
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30 septembre 2014

VALENCIENNES 1914 – HOPITAUX MILITAIRES

 

Le texte ci-dessous a été publié le 6 Avril 2013 par François OLIER dans son blog :

hopitauxmilitairesguerre1418.overblog.com
Histoire des hôpitaux militaires et du service de santé durant la Grande Guerre

ob_b2c5b6_valenciennes-hopital-militaire[1]

 

  •                C'est une page de ce blog que je vous propose de lire,  elle concerne les hôpitaux militaires (ou militairement utilisés) : Lycées Wallon et Watteau, Collège Notre-Dame, Hôpital Général, d'abord par l'armée française et la Croix-Rouge, puis les Allemands durant les 1530 jours d'occupation.
     
  •                On pourra lire une partie du témoignage de l'une des infirmières parisiennes, Marguerite GIBLAT, dont l'histoire est évoquée sur cette autre page de mon blog.

 

 

      De nombreuses occurrences apparaissent au fil de mon blog sur les hôpitaux de Valenciennes durant l'occupation (VOIR), plus particulièrement dans les transcriptions des actes de décès.

 

 

 

 

 

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13 octobre 2017

2 Novembre 1918 dans le New York Times du surlendemain.

 

 NYT bandeau

 

 

 

Dans son édition du 4 Novembre 1918, parait, sous la signature de Philip GIBBS, un article relatant les impressions de l'auteur recueillies le 2, jour de la libération de Valenciennes, et transmises le lendemain par câble spécial au New York Times. On admirera au passage le très court délai entre l'évènement et la publication outre-Atlantique.

L'auteur, Sir Philip Armand Hamilton GIBBS (1877-1962), n'est pas un inconnu : il a été le plus célèbre, et sans doute le plus important, des reporters de guerre officiels britanniques rattachés par leurs journaux au Quartier Général britannique sur le front occidental de 1915 à 1918. C'était aussi un romancier et un écrivain accompli.

Au début de la Première Guerre mondiale, le gouvernement britannique a imposé un système de censure aux journaux londoniens. Il était inattendu que des journalistes se soient vu interdire d'accompagner le Corps expéditionnaire britannique (BEF) en France.

Gibbs s'est rendu en France avec d'autres journalistes et a rejoint des éléments des forces britanniques en Belgique mais a finalement été forcé de quitter la zone de guerre. L'armée britannique a ensuite tenté une brève expérience d'exclusion de tous les journalistes du front occidental, en s'appuyant plutôt sur la publication de communiqués. Cette expérience s'avéra peu pratique, en grande partie à cause de l'opposition des journaux londoniens, et en mai 1915, Gibbs devint l'un des cinq correspondants de guerre officiellement accrédités pour rejoindre le quartier général du BEF. En accord avec leurs journaux, les journalistes ont été strictement contrôlés et leurs reportages censurés ; informés quotidiennement après du Quartier Général, on leur a parfois permis de se rendre sur le front pour mener des entrevues. Le nombre de correspondants officiels varient légèrement durant la guerre, mais Gibbs y reste jusqu'à l'armistice.

GIBBS iwm
Philip GIBBS est à droite sur la photo
(Bataille de la somme, Juillet-Novembre 1916© IWM Q 1062)

Il faut comprendre le "Triste accueil" de l'intitulé de l'article par le fait que Gibbs entre pour la première fois dans une ville qui n'est pas encore totalement libérée, comme ce fut le cas à Lille, et dont les occupants tentent encore de se protéger du bombardement. Voici la traduction de ce récit. J'y ai ajouté des notes (repérées en rouge) dont le contenu se dévoile en immobilisant le curseur sur leur numéro. Le style est parfois "journalistique" pour ne pas dire plus, j'ai donc tenté de rester "au plus près".

 

Après des combats acharnés de la part des troupes anglaises et canadiennes, la vieille cité de Valenciennes, sur le canal de l'Escaut, a été investie hier matin. À 7 h 50, le général[1] commandant les troupes canadiennes qui ont encerclé la ville a envoyé ce message historique :
«J'ai l'honneur de vous informer que Valenciennes est entièrement entre nos mains».

 

C’est une belle réussite que les troupes britanniques partagent avec les Canadiens. Les territoriaux et les régiments d’active du Yorkshire[2] ont fait l’objet de contre-attaques désespérées de l'ennemi vendredi après notre avance matinale dans les villages d'Aulnoy et Préseau, fortement tenus par un grand nombre de troupes allemandes avec pour ordre de défendre ces positions jusqu’à la mort.

Depuis le nord, toute avance a été rendu impossible par l'ouverture des vannes de l'Escaut qui a inondé ce côté de la ville[3] .
L’ennemi ne pouvait s’échapper que par le sud-est[4], de sorte qu'il y avait concentré tous ses hommes disponibles. Ils se sont battus avec beaucoup de courage et d'obstination, mais ce fut inefficace contre les Canadiens et les Anglais, soutenus par une immense concentration d'artillerie

Beaucoup d'Allemands morts gisent dans la petite rivière Rhonelle et 4.000 prisonniers ont été faits par les forces combinées. Les contre-attaques de l’ennemi appuyées par des chars[5] se sont complètement effondrées, de sorte que les Britanniques ont capturé les tanks et fait encore plus de prisonniers.

Je suis allé à Valenciennes hier matin[6] peu de temps après sa capture, quand il y avait encore de durs combats du côté sud-est, de sorte que tous les canons britanniques étaient en action avec un bruit énorme alors que je les côtoyais à la périphérie de la ville, le vol des obus passant au-dessus des maisons où chez de nombreux civils se mêlaient joie de savoir qu'ils étaient libres de nouveau, et peur de cette fureur des armes autour d'eux.

Des villages périphériques abandonnés

Le chemin de Douai à Valenciennes était plein d'obsédantes images de la guerre, parce que les troupes canadiennes et anglaises se sont battues à travers de nombreux villages le long de ces routes et que ces lieux n’en sont pas sortis indemnes.

Leurs habitants ont fui les plus proches de Valenciennes car les obus allemands ont fracassés leurs toits et leurs murs et ont fait des ruines de nombreuses maisons. Certaines ont été coupées en deux, de sorte que l'on regarde dans des pièces où des pianos de salon, les machines à coudre des femmes et les berceaux des enfants restent contre les murs les plus éloignés parmi les poutres brisées et le plâtre.

Seuls quelques soldats se déplacent parmi ces villages abandonnés, et hier, qui a été un jour exécrable, avec la brume humide traversant leurs murs crevés par les obus qui tremblaient comme des caisses de résonnance à l'arrière des canonnades, ils ressentaient la tragédie. En traversant Oisy et Aubry[7] vers La Sentinelle - banlieue de Valenciennes de ce côté de l'Escaut - il n'y avait guère d'âme vivante, à l'exception de silhouettes, étranges comme des ombres dans le brouillard humide, se glissant sous les murs : des soldats britanniques, comme on pouvait le deviner à la forme de leurs chapeaux d’acier.

Tout au long de la voie ferrée de Douai, les ponts ont été détruits par l'ennemi et forment des épaves monstrueuses au travers la ligne. Au-delà, dans ce voile épais de brume, les montagnes des noirs crassiers, comme des pyramides égyptiennes, apparaissaient vaguement. Les cheminées des usines faiblement dessinées au-dessus de celles-ci, comme si c'était une guerre au Lancashire.

Des gens sont arrivées traînant une voiture où s’empilaient des meubles, et je leur ai demandé : « Êtes-vous de Valenciennes ? »

« Non, monsieur ! » a dit un homme accroché aux cordes et il a nommé un autre village à proximité, en regardant en arrière d'une manière effrayée comme s'il était obsédé par un danger qui se situait là-bas.

Des chevaux morts, horriblement mutilés, gisent sur le bord de la route. La guerre est passée sur cette route peu de temps auparavant. C’était toujours très proche de Valenciennes, et cette ville était entre deux feux dont la majorité venait de notre part. Les canons étaient rassemblés dans ce brouillard que leurs éclairs poignardaient de soudaines rafales de flammes.

Les monstres ont soulevé leurs museaux et ont grondé depuis les champs boueux à proximité, secouant la terre et le ciel. Les batteries de campagne, installées en plein air, tiraient sans cesse et, en passant à quelques mètres d'eux, leurs coups aigus me frappaient les tympans comme des coups de marteaux.

Ensuite, nous sommes arrivés au canal de l'Escaut et nous avons vu Valenciennes s'étendre devant nous de l'autre côté - une ville longue et étroite, construite le long de la ligne de l'Escaut, de sorte qu'on la voit de bout en bout, avec ses églises, ses usines et ses tours au-dessus de ses toits surpeuplés.

Première vision de la cité de Froissart

Valenciennes, la vieille ville des dentellières[8], célèbre depuis mille ans à cause de l'histoire de ses habitants, des nobles hommes et femmes nés dans ses murs et de nombreux sièges, captures et conflits jusqu’à ce qu’il devienne la convoitise de princes voleurs et d’empires belliqueux !

Je pensais à Jehan Froissart[9], ce chevalier très vaillant et correspondant de la guerre médiévale, qui est né ici il y a 500 ans et est monté par ce pont quand il y avait un spectacle de chevalerie dans ses murs, et que les troubadours chantaient pour les dames de Valenciennes, avec leur propre dentelle autour de leur long cou blanc.

Le fantôme de Jehan Froissart m’accompagnait en traversant le pont[10] et j’ai vu pour la première fois sur cette belle ville des flammes s'élever de ses anciennes maisons du côté sud-est, j’ai entendu le vol de tous ces obus hurlant au-dessus de leurs toits, et le pilonnage des nombreux canons avait une résonance profonde comme les notes graves de tuyaux d'orgue extrêmement longs. Ce noble chroniqueur aurait eu le cœur triste de voir sa ville en péril, mais non sans jubilation en raison de sa libération après quatre ans passés sous une domination de fer.

Il y avait toujours des tirs de mitrailleuses quelque part sur droite – longues rafales en staccato - et j'avais entendu un colonel canadien dire que l'ennemi tenait encore un poste de mitrailleuse dans la banlieue de Marly. Nous avons gardé nos sens en alerte de tout impact de balle trop proche. Un Allemand prêt à mourir pouvait tirer à coup sûr de n'importe quelle fenêtre ou cave avant d’en payer le prix.

Mais où étaient les Valenciennois ? La solitude commençait à être oppressante. Ce n'était pas comme l'entrée à Lille. Il n'y avait aucune manifestation de joie dans cette ville libérée. La fureur des armes avait tenu les gens terrés dans leurs maisons.

Bientôt, ici et là, j'ai vu des visages apparaitre, puis une porte s'ouvrit, et un homme et une femme et des enfants maigres apparurent. La femme poussa une main décharnée dans la mienne et se mit à pleurer. Puis elle a parlé avec passion, avec un mélange étrange de colère et de chagrin.

« Ces démons sont enfin partis »

« Ô mon Dieu ! » disait-elle. « Ces démons sont enfin partis. Que ne nous ont-ils pas fait endurer ! »

Son mari me parla par-dessus l’épaule de son épouse.
« Monsieur, » dit-il « ils ont tout volé, tout cassé, nous ont brisés durant quatre ans. Ce sont des bandits et des brigands »

« Nous avons faim, » a dit une fille mince et un garçon plus petit à ses côtés, au visage blanc pincé, a dit : « Nous avons mangé tout notre pain, et j'ai faim. »

Ils avaient du café et m'ont proposé d’entrer boire avec eux, mais je ne pouvais pas attendre.

La joie d’être sauvé.

La femme tenait mes poignets serrés dans ses mains maigres en disant : « Nous sommes reconnaissants aux soldats anglais. Ce sont eux qui nous ont sauvés. »

Plus tard, à Valenciennes, deux dames passèrent, bien habillées et tout en noir[11]. Elles se pressaient vivement, comme si elles avaient peur de ces coups de feu au-dessus de leurs têtes, mais elles se sont retournés et ont souri en disant : « Nous sommes remplies de joie. Bravo les Anglais ! »


L'une d'elles a porté la main à son cœur de façon émue et a déclaré : « Depuis quatre ans, nous avons souffert. Il faudrait quatre ans pour vous raconter ce que nous avons souffert. Mon Dieu ! Mon Dieu ! »

Ces deux dames passèrent rapidement leur chemin. Ce sont les dernières personnes que nous avons rencontrées jusqu'à ce que nous arrivions place d'Armes, la Grand-Place de Valenciennes, où d'un côté se trouve l'Hôtel de Ville, magnifique avec une long façade de la Renaissance richement sculptée, et autour d’anciennes maisons construites pour beaucoup d'entre elles lors de la domination espagnole des Pays-Bas. Comme pour la pauvre ville d’Arras, si marquée, je constatais que le fronton de l’Hôtel de Ville avait été légèrement abimé par un obus[12] et que quelques maisons étaient percées de trous d’obus bien qu’elles ne soient pas en ruines.

Un groupe d'hommes se tenait dans une rue latérale à l'hôtel de ville : au premier coup d'œil, je devinai qu’ils appartenaient à la municipalité, il s’agissait de dignitaires de la cité, vêtus de noir, qui s'inclinèrent et nous serrèrent la main très chaleureusement, chacun voulant raconter l'histoire de Valenciennes sous la domination allemande et les derniers jours de terreur ; tous parlaient en même temps, de sorte qu'il était difficile de comprendre, d'autant plus que la canonnade redoublait de violence.

Mais je compris qu’un vieux monsieur venait de voir l’intérieur de sa maison détruit par un obus allemand. Il pointa du doigt une petite demeure aux pignons pointus de l’autre coté de la place en disant : « J’ai eu de la chance d’en réchapper ».

Je compris également que le drapeau allemand de l’hôtel de ville avait été décroché à 10h10, qu’un jeune officier canadien avait grimpé pour attacher le drapeau tricolore à sa place, et qu’ensuite 2 interprètes français de la première brigade à être entrée dans la ville avaient hissé le drapeau britannique sur Valenciennes.

Homme sauvé de la déportation

J’ai demandé après le maire de la ville, et un homme qui était resté à l’abri d’un mur a dit : « Je vous emmène si vous voulez bien attendre une minute. »

J’ai eu moins d’une minute à attendre avant qu’il ne réapparaisse en grand uniforme en disant :

« Je suis le pompier de Valenciennes, il y a eu dans la ville la nuit dernière de nombreux incendies qui brûlent encore, mais on ne peut rien faire parce que les Allemands ont vidé toute l'eau des canalisations, ainsi les caves sont inondées et les pauvres les gens ne peuvent pas se réfugier contre le bombardement. »

J’ai vu la misère à Valenciennes, je pataugeais jusqu’aux chevilles dans les rues inondées[13], et regardais dans les caves par les portes ouvertes au bas des maisons : elles étaient pleines d’eau. Des jeunes hommes s'approchèrent de moi, me serrant la main avec émotion, les larmes aux yeux.

« Nous sommes de ceux qui y ont échappé » dit l'un d’eux.

« Echappé de quoi ? » demandai-je : ils montrèrent une affiche sur le mur. L’ayant lue j'ai vu que c'était un ordre de mobilisation de tous les hommes âgés de 15 à 35 ans qui devaient se présenter au commandement allemand sous de sévères peines en cas de refus, pour être évacués à travers les lignes allemandes.

Cet ordre était daté du 31 octobre et la mobilisation devait avoir lieu le 1er novembre, la veille de notre capture de la ville. Vingt mille personnes avaient été expulsées de force le 3 octobre en direction de Mons, ne laissant que 5.000 personnes employées par l'ennemi au service municipal, entretenant les feux et l'approvisionnement en eau, le nettoyage et d'autres travaux.

Parmi ceux qui restaient, il y en avait beaucoup qui, après l'expulsion du 3 octobre, avaient été autorisés à rentrer, car ils étaient trop faibles pour continuer la marche, ou abandonnèrent, encombrant la ligne de la retraite allemande. Il y en avait aussi d'autres qui s'étaient échappés. Beaucoup de jeunes hommes s’étaient cachés. Un de ceux qui se tenaient près de moi était resté dans une armoire pendant plusieurs jours et lorsque les Allemands sont venus et ont fouillé la pièce, il s'est tapi derrière les vêtements, tremblant de peur d’être découvert.

Ils ont réclamé des nouvelles du monde extérieur « Quel est notre front ? » ont-ils demandé. «Quelles villes avons-nous capturées ? » Et quand je leur ai dit, ils ont soulevé leurs chapeaux et applaudi, car l’un était de Laon, un autre de Guise et un autre de Courtrai, dont ils n'avaient aucune nouvelle.

«Pendant quatre ans, dit un jeune homme, nous n'avons eu que les mensonges allemands. Connaître la vérité, c'est comme s’évader d’une sombre prison. »

Le pompier m'a touché le bras en disant : « Ne nous attardons pas ici. Ils recommencent à bombarder et trois civils ont été tués il y a une heure environ. Ce serait dommage de mourir si près de la paix. »

Il est parti d’un grand rire chaleureux et m'a conduit le long d'une route étroite vers un passage menant à un bâtiment où il y avait une longue salle voûtée meublée de tables et de lits. Le maire et ses assistants vivaient ici depuis quinze jours lorsque la bataille se rapprochait. La pièce était faiblement éclairée et il y avait là une rencontre internationale : des interprètes français qui hissé le drapeau britannique, des soldats canadiens, des officiers municipaux de Valenciennes et un ou deux officiers anglais.

Le secrétaire de mairie m'a raconté certains faits de l'occupation allemande. C'est une histoire similaire à celle de Courtrai, Cambrai, Lille et d'autres villes libérées. La domination allemande avait été sévère, il y avait continument des réquisitions, des amendes et des emprisonnements. La sévérité des amendes s'est accrue à mesure que l'Allemagne avait besoin de plus d’argent, et alors que dans les premiers temps les particuliers étaient condamnés à une centaine de marks[14] pour des délits insignifiants contre les règles militaires allemandes, ils ont dû payer jusqu' à 2.000 marks au cours des derniers jours.

Un homme a été ainsi condamné à une amende pour ne pas avoir mis les prix des marchandises dans sa vitrine.

Les réquisitions concernaient tout le cuivre, les matelas, la laine et le vin, il y a moins d'un mois, les soldats allemands complétèrent le sac de la ville en se rendant dans chaque magasin et en remplissant des sacs de dentelle de Valenciennes - un sac contenait pour 50.000 francs de dentelle - des mouchoirs de linon et des vêtements. C'était un vol officiel. Le pillage personnel par des soldats a été sévèrement puni et deux d’entre eux ont été fusillés pour cette raison.

Au cours de la dernière semaine de leur occupation, un seul régiment, le 9e[15], fut autorisé dans la ville, et ce principalement pour prévenir le pillage, car les troupes défendant Valenciennes prenaient position à l'extérieur. Mais malgré tout des maisons ont été pillées, surtout la nuit d'avant-hier, quand les Allemands se sont déchaînés et ont fait beaucoup de dégâts. De précieuses peintures ont été découpées dans leurs cadres par des officiers allemands à la recherche de souvenirs.

Pendant ces quatre années, les gens ont été mal nourris et seuls ceux qui avaient de l'argent pouvaient obtenir des choses qui dépassaient les nécessités les plus élémentaires de la vie. Le beurre valait 40 francs le kilo, le café 60 francs, le sucre 25 francs et le chocolat 80 francs.[16]

La population a été encouragée à travailler dans les jardins maraîchers et à cultiver des pommes de terre, des choux-fleurs, etc. les autorités allemandes ont alors réquisitionné tous leurs produits.

Le regard des femmes et des enfants qui, ici et là, bravant le tumulte des tirs qui les entouraient, s'approchaient des portes en criant « Bonjour Monsieur, bon jour (sic) et merci.» à tout soldat britannique qui passait, montrait qu'ils avaient vécu des jours de détresse. Les femmes avaient les traits tirés et les enfants avaient les joues creuses, bien que leurs yeux fussent merveilleusement brillants à cause de la joie qui avait succédé à leur peur.

À une fenêtre était assis un vieil homme entouré de jeunes femmes. La fenêtre s'ouvrit pendant que je passais, et le vieil homme tendit les deux mains vers les miennes. Alors qu'il les serrait contre lui, les larmes coulaient sur ses joues et il ne pouvait rien dire, bien que ses lèvres remuassent. C'était un bon vieillard, avec une petite barbe à l’impériale blanche comme un soldat de la Vieille Garde de Napoléon[17] ; l’une des dames que j'ai prise pour sa petite-fille m’a dit qu'il était capitaine d'artillerie pendant la guerre de 1870. En retournant dans la pièce, elle a ramené le portrait d'un jeune soldat où j'ai vu le fantôme de ce vieil homme enfant.

 

 


 

Les inondations :


Clic : Voir l'image dans son contexte

Un soldat canadien des transmissions répare un fil [téléphonique] dans une rue que l'ennemi avait inondée avant de quitter Valenciennes ; devant le soldat un panneau indique un abri où réfugier 15 personnes en cas de bombardement aérien (abri qui se trouve de fait sous les eaux !)

De nombreuses autres photos de cette journée sont visibles sur ce même blog, outre la page accessible en cliquant sur la photo ci-dessus, ainsi que ce sujet sur le 38th Canadian Battalion sur mon autre blog.

Ce n'est évidemment pas le seul article de journal relatif à la libération de Valenciennes, dernière grande ville sur la route de Mons (et renommée outre-Atlantique par sa dentelle). J'en ajouterai d'autres au fur et à mesure.

 

 

 

12 avril 2015

De l'Aisne à la Hollande

 

      C'est dans le livre "Les belles évasions" de P.Ginesty et M.Gagneur édité en 1919, que l'on trouve ce récit - plausible mais probablement enjolivé pour les besoin d'un immédiat après-guerre - d'un long trajet passant par Valenciennes et menant à la liberté. Malheureusement on ne sait rien du héros après qu'il ait recouvré cette liberté, et on ne pourra que constater que la fuite depuis Bruxelles et le passage en Hollande sont plus que sobrement décrits.

    Il n'empêche : il est passé par Valenciennes.....

      Août 1914, la Ve Armée du Général Lanrezac ayant reçu l’ordre de rompre et de se replier vers le sud pour ne pas risquer de se faire envelopper par les armées allemandes, le 205e RI se dirige depuis Guise vers Soissons par la Fère. Le récit fait de ces journées part l'Historique du Régiment donne un aperçu des difficultés rencontrées  lors de cette manoeuvre de repli :

Historique du 205e régiment d'infanterie. 1914-1918
Historique du 205e régiment d'infanterie. 1914-1918
Source: gallica.bnf.fr

 


    Le caporal-brancardier Joseph Cormégan, du 205e régiment d'infanterie, se trouva cerné, le 1er septembre 1914, à Bruyères-Montbérault, dans l'Aisne. Conduit à Laon, il fut employé à soigner des blessés. Le 25, il fut brusquement retiré des ambulances et mêlé à des prisonniers contraints à charger des obus dans des wagons. Cormégan protesta, puisqu'il appartenait au service sanitaire. Il fut éconduit rudement. Quelques jours plus tard, les circonstances firent, cependant, qu'on eut besoin de lui. Il fut envoyé à Bruyères pour y aller chercher des blessés français.


     Il avait vu le cas que faisait l'ennemi des conventions internationales. Il douta de son rapatriement et il estima qu'il valait mieux qu'il tentât par lui-même de recouvrer sa liberté. Il trouva le moyen de fausser compagnie aux soldats qui l'escortaient, et il se cacha dans les bois, où il resta deux jours. Il se dirigea enfin vers un village dont il a gardé un mauvais et un bon souvenir.

— Tout le long de mon dur voyage, dit-il, il en a été de même. Je n'ai pas toujours été bien reçu par ceux à qui je demandais quelques secours. Par contre, d'autres se sont courageusement exposés pour moi. Pour certains, en ma qualité d'évadé, j'étais quelque chose comme un pestiféré... Les règlements militaires allemands, en pays envahi, sont implacables... On n'a pas affaire qu'à des héros... Tout compte fait, cependant, ce sont des braves gens qui dominent. Le mauvais souvenir, ce fut le refus du premier habitant auquel il s'adressa de lui procurer des vêtements civils. L'homme ne tenait pas à se compromettre éventuellement. Mais une femme, dont le mari était soldat, n'hésita pas, elle, à venir en aide à ce compatriote en danger. Elle l'assista de tout son pouvoir. Elle lui fit don d'un costume en velours à côtes, et elle s'employa elle-même à détruire l'uniforme et à en cacher les lambeaux.

Après l'avoir réconforté, elle lui indiqua les chemins qui avaient chance d'être les plus sûrs. Gormégan gagna Marle. Là, il reçut l'hospitalité dans une ferme, chez de bons Français. A la vérité, il s'était sauvé sans avoir un plan arrêté. Il fallait maintenant étudier les possibilités de salut. Un examen attentif de sa situation lui montra les obstacles auxquels il allait se heurter. Si longue que fût la distance et si téméraire que fût ce projet, il n'y avait pas d'autre moyen de revenir en France que d'atteindre d'abord la Hollande. Mais passer à travers les Allemands, occupant notre Nord et la Belgique, était une entreprise qui ressemblait à un défi. Il était certain de rencontres périlleuses. Mais que faire, à présent, sinon tenter l'aventure ? De Marle, il alla, avec mille précautions, à La Capelle, où il fut encore hébergé. Cependant, les mesures prises par les envahisseurs se manifestaient de plus en plus rigoureuses. Cormégan ne voulut pas que son hôte expiât sa générosité. Bien qu'on cherchât à le retenir, ce fut de lui-même qu'il partit. Il se rendit à La Bouteille, à six kilomètres de Vervins. Mais il n'y put rester longtemps; sa présence n'était pas passée inaperçue. Le maire de ce bourg vint le trouver, et non sans quelque embarras, avec quelques circonlocutions d'abord, lui représenta que si les Allemands apprenaient qu'on le cachait, ils ne manqueraient pas de punir durement la commune... C'était sans doute une chose bien triste que de ne pouvoir lui offrir un abri.... Cormégan devait comprendre, toutefois, que l'intérêt général devait primer un intérêt particulier.

— C'est-à-dire, fit Cormégan, que vous aimez mieux que j'aille me faire pendre ailleurs, et sans désagrément pour vous... C'est bien, je ne prétends pas m'imposer. Ce refuge provisoire qui ne lui avait pas été accordé à La Capelle, il le chercha au Nouvion.

— Les bonnes surprises suivaient les autres, conte-t-il, en évoquant son odyssée. Au Nouvion, il trouva assistance, bien qu'il eût révélé son identité véritable. Une autre étape le mena au Cateau. Il espérait se perdre plus facilement au milieu de cette ville d'une dizaine de mille d'habitants, mais l'autorité militaire allemande y était particulièrement vigilante. Un méticuleux espionnage y était exercé. Cormégan jugea prudent, ayant constaté qu'il avait déjà été remarqué, de battre en retraite sur Le Nouvion. Il y put demeurer vingt-cinq jours, s'employant à des travaux, réunissant quelques ressources pour continuer sa marche hasardeuse.

— Ça allait trop bien, dit-il... Je ne veux pas savoir par qui... à quoi bon?... le fait est que je fus dénoncé à la mairie... Que voulez-vous ! Le joug boche est terrible à subir... Il faut comprendre l'état d'esprit de quelques-uns de ceux qui vivent sous un régime de terreur. Comme le maire de La Bouteille, celui du Nouvion m'admonesta, parlant des représailles qui pouvaient menacer ses administrés. Bref, il m'invita nettement à quitter au plus vite le pays... Soit ! Mais où aller?... C'est encore une femme, plus brave que d'autres, qui me tira d'embarras, trouvant, par son exemple, d'heureuses complicités... Quand je vous assure qu'il y a toujours de bonnes gens partout !... « On ne peut pourtant pas le laisser prendre,» fit-elle... Et elle s'entendit avec un habitant, réquisitionné pour conduire cinq voitures à Valenciennes... Je fus désigné comme le convoyeur de l'une d'elles, muni, par les soins de mon « patron », d'un laissez-passer allemand... Ça, par exemple, c'était plus que je n'eusse osé espérer ! Je pouvais marcher la tête haute... Je n'avais plus besoin de me terrer à la moindre alerte... Il fallut bien subir, en chemin, la grossièreté des Allemands qui vérifiaient nos papiers, mais nous étions en règle, et j'avais fait provision de patience. On arrive à Valenciennes. Cormégan en attendant qu'il puisse aller plus avant, trouve un gîte chez un serrurier, ayant deviné à qui il a affaire. Il se confie peu à peu à lui, et quand il lui révèle sa situation, le serrurier lui répond simplement :

— Je me doutais bien de quelque chose comme cela... Restez ici aussi longtemps que vous voudrez... Mais la kommandantur ordonne, sous le prétexte d'une visite médicale, le rassemblement de tous les habitants, quartier par quartier, à des heures déterminées pour chacun de ces groupements. C'est à la cathédrale qu'ils doivent se rendre. Des précautions sont prises pour que personne n'échappe à ce contrôle. Cormégan doit donc se présenter, lui aussi. Il prend le nom de Léon Gossard et se donne comme employé de chemin de fer, expliquant la perte de ses papiers par les circonstances. Il conte avec assurance l'histoire qu'il a forgée ; il donne des détails, qui ont un semblant de précision, sur les raisons prétendues de sa présence à Valenciennes. Il va passer, quand ses réponses aux dernières questions qui lui sont posées (il ignore, naturellement, tout ce qui se déroule dans les régions dont il dit être venu) le rendent suspect au commissaire allemand. Il est arrêté, sous le prétexte de la nécessité de vérifier ses déclarations et envoyé, entre deux gendarmes, à Bruxelles, où il est emprisonné. Ce à quoi il pense, malgré tout, c'est que les Allemands, par deux fois (bien que pour la seconde, les conditions aient été assez désagréables) l'ont rapproché de son but. Il aurait difficilement atteint Bruxelles, et l'y voici. Il est vrai qu'il y est entre quatre murs, et que, présentement, il ne parait pas beaucoup plus avancé. Mais ne faut-il pas compter sur un heureux hasard ?

     Cet heureux hasard se produit au bout de deux mois. Un ordre arrive, un jour : le soi-disant Léon Gossard, doit être reconduit à Valenciennes. Au moment où, ayant feint la plus grande docilité, il arrive à la gare, il parvient à détourner l'attention de ses gardiens et profite de cet instant pour s'échapper. C'est un acte d'audace qui a peu de chances de le mener loin. Cormégan réussit pourtant, son sang-froid aidant, à se tirer d'affaire. En prison, il a recueilli certaines indications précieuses sur l'assistance donnée à des prisonniers français évadés par des Belges particulièrement courageux. Jouant le tout pour le tout (car il se peut, depuis le temps que cet espoir lui a été donné, que la police allemande ait été prévenue et ait sévi) il se dirige vers la maison où il attend du secours. Des preuves de ce qu'il confie, il n'en peut pas offrir, mais sa véracité, dans le récit qu'il fait de ses aventures, paraît certaine. On le cache, d'abord ; on facilite son passage dans la province du Limbourg, où on le met en rapport avec des guides sûrs.

     Cette dernière partie du voyage comporte de nombreux incidents, des heures dramatiques, où il semble que la partie soit perdue. Dix fois, il est sur le point d'être repris. Pourtant, il échappe à tous les pièges. En mars 1915, il atteint enfin le sol hollandais. Il est libre.

       

     Il est vrai que les nombreux ordres, consignes, ordonnances que l'occupant affichait dans les communes des régions occupaient  atteignaient leur but : inspirer la peur aux habitants. Souvent énoncés dans les deux langues, fréquemment réitérés, menaçant les contrevenants des pires représailles, ils atteignaient le but escompté : faire régner l'ordre et la soumission. A la lecture des nombreuses affiches placardées à Valenciennes (plus d'une par jour, voir la page), on comprend que l'occupant aurait aimé que personne ne sorte, ne bouge de chez soi, s'il n'avait fallu travailler, semer, récolter (là encore les consignes étaient draconiennes) pour nourrir l'armée d'occupation.

En voici quelques exemples :

 

A la recherche des nouveaux venus : la menace de déportation n'était pas un vain mot

Valenciennes 19141027 c
Les Belges sont tout particulièrement visés, car dès 1915, ceux qui ne résident pas en Belgique
- et donc n'y payent pas d'impots, vont être spécialement (et considérablement) taxés,
bien qu'ayant le statut de réfugiés.

 

La chasse, entre autres, aux militaires ennemis (de l'Allemagne) :

Valenciennes 19141107 b

 

Affiche du contrôle qui avait lieu chaque mois !

Valenciennes 19150317 a

 

 


 

 

10 mars 2020

Dr Albert SCHWEITZER, prisonnier civil ... dans un camp français !

 

 Le fait peut paraître étonnant, mais c'est pourtant la triste réalité, et s'il fallait une dernière preuve, elle est dans les archives de la Croix-Rouge :

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 La biographie du prix Nobel de la paix en 1952 est suffisamment présente sur le web pour ne pas la retracer ici (voir par exemple ce site), mais la détention de civils alsaciens, et les conditions de celle-ci, n'ont pas été sans effet sur les civils des territoires occupés dont un millier ont été emmenés comme otages de représailles : 396 femmes qui seront détenues au camp d'Holzminden et 596 hommes qui subiront les rigueurs de l'hiver lithuanien notamment au camp de Milejgany, dans des conditions inimaginables à cette époque (mais qui ne sont pas sans rappeler les conditions de détentions des soldats de 1870 prisonniers, par exemple à Minden - Le camp de 7000 prisonniers de Minden a pour commandant "un espèce de brute" qui met [les délégués de la croix-rouge de Valenciennes] carrément à la porte. Par bonheur, ils trouvent un aumônier qui leur fait visiter l'hôpital. Près de 300 marins de l'armée de la Loire viennent d'arriver avec les pieds gelés. Leurs jambes sont noirâtres, un certain nombre devront être amputés. ........in G.Piérard : "La Croix-Rouge Française dans l'arrondissement de Valenciennes de 1870 à nos jours" (1963))

Ces représailles étaient notamment destinées à forcer le gouvernement français à adoucir les conditions de détentions des civils allemands.

 Né le 14 janvier 1875 Kaysersberg dans l'actuel Haut-Rhin, Albert Schweitzer est de nationalité allemande, l'Alsace et la Lorraine ayant été annexées par l'Allemagne après la défaite de la guerre de 1870 déclarée - et vite perdue- par Napoléon III.
Pour une fois, la neutralité de la Belgique ayant été respectée, le Nord-Pas-de-Calais sera épargné.

carte-guerre-1870


C'est pourtant en Afrique Équatoriale Française qu' Albert Schweitzer choisit de s'installer en 1913 avec son épouse, près de Lambaréné, dans ce qui est alors la Colonie du Gabon, à 250 km de Libreville et à moins d'un degré de latitude sous l'équateur. Il y tient un dispensaire vite devenu hôpital de brousse.

gabon


 Lorsqu'éclate la guerre le 2 Août 1914, tout Allemand résidant sur le territoire français - métropole ou colonie- est considéré comme ennemi : 3 jours après le couple Schweitzer est mis aux arrêts avec interdiction d'exercer. Ce n'est qu'en novembre qu'ils pourront recommencer, difficilement, leur œuvre humanitaire.
En septembre 1917 ils sont pourtant arrêtés, emmenés par bateau jusque Bordeaux où les attend la dure réalité d'un camp de transit : 3 semaines de cellule avant de gagner le camp d'internement de Garaison (Hautes-Pyrénées) : un ancien collège religieux, fermé en 1903, où sont regroupées de nombreuses familles austro-allemandes et ottomanes. On pourra découvrir sur cette page  un aperçu de la vie dans ce camp.

A Garaison
Le Dr Schweitzer en détention à Garaison

 Devant les conditions de détention qu'il constate, le Docteur demande diplomatiquement à reprendre ses activités médicales dans le camp, les archives des Hautes-Pyrénées ont conservé copie de sa lettre.

Le 27 mars 1918 les époux Schweitzer seront transférés à St-Rémy de Provence, dans un camp d'internement réservé aux Alsaciens qu'ils quittent le 13 juillet 1918, pour être rapatriés -en Alsace toujours occupée- via la Suisse (accord de Berne du 24/04/1918 sur l'échange de prisonniers) ; c'est à la même époque que reviennent en France occupée les otages de représailles partis en Janvier.

 A noter que l'argent détenu par les prisonniers est mis sous séquestre à leur libération, une ordonnance du tribunal civil de Tarascon sera nécessaire en ce qui concerne l'argent détenu par le Docteur, dont les archives des Bouches-du-Rhône conservent le décompte : 568,85 marks. (Début 1919 1 Mk valait 0,67 franc, et déjà moins en octobre. 1 franc 1919 correspond à 1.3€ de 2018).

Il faudra cependant que le Dr Schweiter réclame (le 4/8/1919 depuis Strasbourg où il habite 5 quai St Nicolas) ces sommes (ainsi que 2 paquets de livres) par courrier auprès du Directeur du "Dépot des internés civils de St Rémy", avec lequel il semble avoir entretenu de bonnes relations, et qui obtiendra la levée du séquestre. 567 Mk finiront par lui être adressés par lettre chargée, en date du 14 octobre 1919. Il récupérera le reliquat en passant par St Rémy.

 

 

 

12 décembre 2020

66e RI allemand au sud de Valenciennes : octobre 1918

  Le 3e régiment d'infanterie de Magdebourg portant le n° 66 (3. Magdeburgisches Infanterie-Regiment) se retire peu à peu, en menant des combats sporadiques pour une retraite "honorable", qui le conduira comme les autres à se considérer invaincu le jour de l'armistice (il est alors déjà en Belgique).
Je transcris après traduction (en bleu ci-dessous) la période qui suit les combats de septembre à Marcoing, au sud de Cambrai, et qui va du 1/10/1918 jusqu'à son arrivée - pour Noël - à Magdebourg.

 

Gesamtlage

 

Combats de retraite jusqu'à l'Armistice.
(du 1er octobre au 10 novembre 1918.)

Situation générale : Au cours du mois d'octobre, de terribles combats ont eu lieu sur tout le front. De grands succès partiels de l'ennemi obligent à des retraites répétées, qui doivent aboutir à l'occupation de la position Anvers-Meuse.

1er octobre : au matin, les restes du régiment sont relevés par le 7e R.I. bavarois. Ils marchent vers Carnières (à l'est de Cambrai), déjà sous le feu de l'artillerie lourde, où ils se retranchent pour défendre la ville. Le commandement est assuré par le capitaine Rieger, qui remplace le commandant en chef du régiment, congédié..
2 octobre : Marche vers le nord jusqu'à Douchy (sud-ouest de Valenciennes), où sont pris les logements. Un petit transport de remplacement en provenance de Magdebourg arrive dans l'après-midi.
3 octobre : poursuite de la marche vers Wavrechain [-sous-Faulx] (à l'ouest de Bouchain), où le repos est pris. Le soir, le régiment prend position au sud de Masnières, sur le fond marécageux du canal, envahi de nombreux petits bassins et mares.
4 octobre : Assez calme le jour, la nuit, incendies inquiétants, surtout sur les ponts du canal.
5 octobre : le matin, relevés par un détachement de tireurs d'élite armés de mitrailleuses, ils marchent vers Hornaing (nord-ouest de Denain), où ils sont logés. Des parties du ler bataillon et de la compagnie de mitrailleuses sont à Helesmes.

01
de Carnières à Hornaing


6 octobre : l'alerte est ordonnée. 260 remplaçants arrivent.
7 octobre : Départ en camion en direction de Douai. Les états-majors des bataillons II et III prennent leurs quartiers à Dorignies (nord de Douai), le Ier à Pont de la Deule. Toujours dans la nuit, les bataillons II et III.sont avancés sur le remblai de la voie ferrée à Quiery la Motte.
8 octobre : dans l'après-midi, les bataillons partent en relève sur la ligne de front. Sur ordre contraire, ils rentrent dans leurs quartiers.
9 octobre : 6 heures. Marche via Somain jusqu'à Hornaing, puis de nouveaux ordres jusqu'à Abscon (ouest du Denain), où nous occupons des quartiers précaires et exigus.
10 octobre : repos.
11 octobre : Dans l'après-midi, marche vers Noyelles [-sur-Selle ](au sud du Denain).
12 octobre : dans la matinée, les Ier et IIIe bataillons occupent la position avancée à l'est du Lieu-Saint-Amand, le bataillon n°II comme bataillon de réserve dans un creux à l'ouest de Noyelles. À l'approche de 9 heures, les pertes sont considérables en raison d'un coup direct.
A 13 heures, l'ennemi réussit à repousser les avant-postes après un feu d'artillerie intense. Vers le soir, l'ennemi est à nouveau repoussé. Un transport de remplacement (237 hommes) transféré au régiment est constitué en compagnies à Prouvy (sud-ouest de Valenciennes).
13 octobre : Une forte attaque est facilement repoussée car la ligne de front n'est pas incluse par le feu préparatoire ennemi. Noyelles est évacuée en raison de lourds bombardements.
14 octobre : les patrouilles constatent que l'ennemi a subi de lourdes pertes lors de l'attaque d'hier et qu'il a reculé sa position. Dans la soirée, le IIIe bataillon est soulagé par IIe. Lourds tirs nocturnes déstabilisants, surtout sur la zone arrière.
15-18 octobre : plusieurs avancées de patrouilles ennemies sont repoussées ; à 18 heures, dans le brouillard, un capitaine anglais est capturé.
19 octobre : à minuit, laissant derrière lui un détachement de protection, la position est évacuée. Le personnel et le IIIe bataillon déménagent à Rouvigny, le II à Prouvy, le I à Hurtebise-Ferme (sud-ouest de Valenciennes). L'ennemi pousse jusqu'à Denain.
20 octobre : à 12 heures, marche nocturne à travers la partie sud de Valenciennes jusqu'à Sebourg (sud-est de Valenciennes), où nous occupons des quartiers très modestes. Les remplacements - dont certains sont assez réduits - sont répartis entre les bataillons.
21-22 octobre : repos.

02
de Hornaing à Bermerain


23 octobre : Tôt le matin, l'alarme est sonnée et la marche vers Jenlain. En quelques heures seulement, ils ont marché jusqu'à Villers-Pol (au nord de Le Quesnoy). À 20 heures, le régiment repart vers un relais à la ferme Mortry (sur la voie ferrée le Quesnoy-Valenciennes). Tard dans la soirée, le régiment reçoit l'ordre de prendre Bermerain, occupé par l'ennemi, avec le 36e régiment de fusiliers. La situation n'étant pas claire et sur un terrain totalement inconnu, l'attaque a complètement échoué, car elle a également coïncidé avec une attaque anglaise. Une grande partie des IIe et IIIe bataillons est envahie et capturée par l'ennemi. Les restes des deux bataillons forment une nouvelle ligne avec le Ier au niveau du talus de la voie ferrée près de la Ferme Mortry.

Mortry Ferme b


24 octobre : le régiment est retiré sur la ligne Villers-Pol–Orsinval. le Ier bataillon et les restes du IIe en première ligne, les restes du IIIe en attente à Orsinval. L'ensemble du régiment dispose encore d'un effectif d'environ 200 fusils.
25 octobre : Généralement calme. A 10h avance jusqu’à à la Ferme de la Folie.

La Folie Ferme


26-30 octobre : activité d'artillerie lourde des deux côtés. Fréquents affrontements de patrouilles.
31 octobre : après avoir été relevé, le régiment s'installe dans la région de Jolimetz (sud-est du Quesnoy) et prend ses quartiers dans le village et les environs. Le régiment était la force d'intervention de la 4e Division d’infanterie. Il reconnaissait les voies d'approche dans un terrain très confus, sillonné de haies.


Du 1er au 3 novembre : calme. Le major Schrader reprend le commandement du régiment. Chefs de bataillons : I :Lieutenant de réserve Baldamus, II : Capitaine Rieger, III : Lieutenant de réserve Kühne.
4 novembre : 6h30. Un brusque tir roulant d’artillerie prépare une nouvelle attaque ennemie majeure. Comme toutes les communications vers le front sont interrompues, les IIe et IIIe bataillons occupent indépendamment l'abri d'artillerie situé à l'ouest de Jolimetz. Au nord du village, cependant, l’ennemi déjà très avancé, coupe complètement les compagnies déployées et trop peu nombreuses, de sorte que la majorité des officiers et des engagés sont faits prisonniers. Le Ier bataillon prend position à l'extrémité ouest du Rond Quesne (est de Jolimetz). L'artillerie ennemie et un grand nombre d'aviateurs bombardent chaque mouvement. Vers midi, le bataillon se retire sur ordre. Plusieurs tentatives de redéploiement sont faites en vain. Après une marche fatigante sous la pluie et dans l'obscurité, une halte est finalement faite à Obies (sud de Bavay). Le régiment entier ne compte plus qu'une soixantaine de soldats complètement épuisés et inaptes au combat. Le lieutenant Menkel remplace le commandant du régiment, qui est de nouveau malade.
5 novembre : grâce à l'arrivée des troupes dispersées, la force de combat atteint à nouveau 150 hommes. Dorénavant le contact est établi avec l'ennemi. Après la tombée de la nuit, la ligne est déplacée vers l'arrière. Le régiment prend ses quartiers comme réserve de brigade à Audiglies les Fermes (sud-ouest de Bavay) [Audignies ? au sud-est].
6 novembre : sous une pluie battante, changement de quartiers à La Longeville (sur la route Bavay-Maubeuge), de là à La Berlière plus tard dans la soirée. Le commandant du régiment est le capitaine von Sternfeld.
7 novembre : 8 heures. Marche vers le nord via Aulnois (Belgique) jusqu'à Blaregnies, où le train du régiment rejoint celui-ci.
Marche vers Quevy le Grand. Logement très pauvre et exigu, bivouac partiel malgré le froid et la pluie.
8 novembre : marche vers La Louverie (sic) [La Louvière] (ligne de chemin de fer de Mons-Vivelles (sic) [Nivelles]), où le régiment restera en tant que réserve de l'armée. Très mauvais endroit pour stationner.
9 novembre : Jour de repos par beau temps.
10 novembre : poursuite de la marche vers l'ouest jusqu'à Gouy-les-Pieton.

Bermerain-Armistice
de Bermerain à Gentinnes (Armistice)



Armistice et retour à la maison.
(du 11 novembre au 24 décembre 1918.)


 Situation générale : les négociations d'armistice commencent le 7 novembre, en même temps que des émeutes dans les garnisons navales, à Hambourg et à Munich. Le 9 novembre, la République est proclamée. L'empereur allemand se rend en Hollande. Le 11 novembre, à midi, [heure allemande] l'armistice entre en vigueur, après quoi l'armée occidentale allemande commence la marche derrière le Rhin.

11 novembre : marche vers Gentinnes (à l’ouest ligne ferroviaire Bruxelles-Namur). Le jour où le régiment traverse le site de la bataille de Waterloo, les nouvelles de l'armistice arrivent [NdT : celui-ci est à 20km plus au nord de la route Gouy-Gentinnes !] ! Ce n'est pas la faute du 66e si la guerre a connu une fin aussi ignominieuse !
2 novembre : le major Rebentisch, jusqu'alors commandant du génie de la division, prend le commandement du régiment. Marche supplémentaire vers Éghezée (au nord de Namur sur la voie ferrée vers Tirlemont).
13 au 18 novembre : jours de repos. Le 13, le commandant de la division exprime sa reconnaissance au régiment pour son attitude jusqu'à présent. De vilaines émeutes, comme dans beaucoup d'autres détachements, n'ont pas eu lieu avec le régiment pendant cette période d'excitation générale provoquée par les bouleversements. Conformément à l'ordre du Commandement suprême de l'Armée de terre un conseil de sécurité est élu (entre autres le sergent Lagemann et le sergent adjoint Kläring), qui s'efforce d'effectuer un travail objectif et calme en soutien aux officiers. Le comportement révolutionnaire bruyant des troupes de campagne qui se trouvent au même endroit n'a aucune influence sur les hommes du régiment.

19 novembre : marche sur Bierwart. Les véhicules du régiment sont richement décorés de drapeaux noir-blanc-rouge.
20 novembre : marche via Huy jusqu'à Ampsin sur la Meuse.
21 novembre : marche à travers la montagne jusqu'à St. Severin.
22 novembre : jour de repos.
23 novembre : nouvelle marche vers Sendrogne et Blindef (sud-est de Liège).
24 novembre : poursuite de la marche via Verviers jusqu'à Charneux (sud-est de Verviers).

Armistice-Cologne
de Gentinnes à Cologne


Du 25 novembre au 24 décembre : la frontière allemande est franchie à Michelhütte (sic) [non localisé]. L'espoir d'être bientôt transporté par chemin de fer [probablement depuis Herbesthal] jusqu'à la garnison n'est pas réalisé. Le régiment devra marcher à pied jusqu'à Magdebourg. Après 30 jours, dont 8 jours de repos, les 540 km de distance sont parcourus, bien que l'usure des chaussures compromette la capacité de marche des troupes.
L'itinéraire passe par Cologne, où le régiment est en service de police 24 heures sur 24, le champ de tir de Wahn, Neustadt, Attendorn, Meschede, au nord de Warburg, Einheit, Gandersheim, au nord des montagnes du Harz, via Jerxheim, Seehausen jusqu'à Magdeburg. L'accueil par la population est partout très chaleureux, les quartiers, cependant, sont souvent assez exigus. Au cours de la marche de retour, le licenciement des officiers et des engagés est commencé. 13 décembre : le Lt Eichblatt et 120 hommes (plus tard le 9ème/Landesjägerkorps [corps franc de chasseurs]) se présentent pour la formation d'une unité de volontaires.

24 décembre : de Gross et Klein Ottersleben, le régiment (fort de 6 officiers et 121 hommes) arrive à son ancienne garnison. La marche en musique et au son des cloches ressemble à une procession triomphale. À la sortie sud de Sudenburg, le commandant du bataillon de remplacement, à la Hasselbachplatz, des représentants de la Croix-Rouge, et à la Schroteplatz, les chefs des autorités accueillent les troupes. La participation des habitants à l'accueil est énorme.

___________


 Le lendemain, le démantèlement du régiment de campagne commence. Avec le licenciement des derniers fidèles, le 3e régiment d'infanterie de Magdebourg n° 66 a cessé d'exister en tant que troupe. Un petit nombre d'officiers, de fonctionnaires et de sous-officiers ont eu pour tâche de liquider le régiment, tâche fastidieuse et peu appréciée des fossoyeurs, d'enfermer dans des listes et des dossiers la vie jadis si étincelante d'une fière communauté : les dossiers du régiment reposent aujourd'hui dans la division de Magdebourg des archives du Reich, et même son nom appartient au passé.


Pendant la guerre 1914-1918, de notre régiment sont tombés
104 officiers
2592 sous-officiers et hommes de troupe





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13 mars 2019

Réception des héroïnes françaises à Londres

J'ai traité séparément les histoires de :

En 1927 elles furent reçues à Londres en hommage à leur courage. Le journal "Le Grand Écho du Nord", né en 1890, interrompu durant la grande guerre et dont les presses réquisitionnées par l'occupant serviront à imprimer la "Liller Kriegszeintung" jusqu'en septembre 1918, reprend ses publications après l'armistice :
il rend compte de la réception des 3 héroïnes françaises.

  • La Une du numéro du 6 avril 1927 détaille
    • ce qui est prévu lors du séjour :
      • Mercredi 6 avril au soir : arrivée à la gare de Victoria (Londres) ; diner à l'hôtel.
      • Jeudi 7 : Excursions en auto dans les quartiers pittoresques de Londres.
        Dîner à l'Association France-Grande-Bretagne.
      • Vendredi 8 : A midi, à Mansion House, lunch offert par le Lord-maire.
        Thé et dîner à l'hôtel.
      • Samedi 9 : Lunch à l'hôtel ;
        thé offert par le "Anglo-French Luncheon Club" à 16 heures.
      • Dimanche 10 : Lunch à Hall Barn, chez le vicomte et la vicomtesse Burnham ;
        excursion en auto à Windsor et Hampton-Court : dîner à l'hôtel.
      • Lundi 11 : Départ de Victoria Station à 11 heures.
       
    • ainsi que la liste des 12 invités :
      • M. Sylvère Lebeau, maire de Le Cateau ; Mme Lebeau; Melle Jeanne-Marie Lebeau, 14 ans et René Lebeau, 13 ans.
      • M. Gaston Bracq, maire de Bertry ; Mme Bracq.
      • Mme Belmont-Gobert, de Bertry ; Mme Lesur (Angèle Belmont-Gobert) de St-Quentin.
      • Mme Marie-Louise Cardon de Le Cateau; Melle Gabrielle Cardon, 14 ans.
      • Mme Julie-Célestine Baudhuin, de Le Cateau ; M. Jules Baudhuin.
         
  • Mercredi 6 avril : le  trajet 
    M. Walton, journaliste du "Daily Telegraph", qui accompagne les invités dans leur déplacement à Londres est venu en auto chercher les invités de Bertry et les a conduits à Busigny où les y attendaient le reste des invités ; tous ont pris place à 9h dans un train express se dirigeant vers Calais via Lille où, arrivés à 11h15, ils prirent place dans le Varsovie-Calais. Le temps est maussade et l'état de la mer inquiète les voyageuses.

    19270407

    Comme le fait remarquer le reporter Jean-Serge Debus de l'Écho du Nord qui les accompagne, avec lui ils ne seront plus 13 !

    Le trajet jusqu'à la cote est accompli dans un wagon réservé, avec déjeuner au wagon-restaurant. Le groupe embarque ensuite sur le paquebot "Empress" pour Douvres. La mer se révèle houleuse et la traversée sera délicate pour les estomacs.
    Empress t

    Accueillis sur le quai par un délégation du 11e hussards
    [régiment du soldat Fowler], les invités gagnent, en wagon Pullman et par un temps magnifique, la gare de Victoria où ils sont accueillis par le colonel Lawson du Daily Telegraph.
    Mme Belmont-Gobert retrouve là sa sœur, Mme Georges, qui habite Londres avec son mari, ancien tommy.

    C'est en autocar via le Westend qu'ils gagnent ensuite le First Avenue Hôtel non loin de la City où leurs chambres sont réservées.
    1st ave Hotel
    source Historic England Archives

    L'hôtel situé au coin de Browtown Street et High Holborn a été détruit par les bombardements du blitz en 1940 ; il est maintenant remplacé par l'immeuble "First Avenue House"
     
  • Déroulement de la journée du Jeudi 7 :
    Après le copieux breakfast matinal, la fatigue de la veille oubliée, les volumineux journaux sur lesquels s'étalaient les photos passent de main en main.

    19270409

    Lady Malcolm, présidente du Comité de réception de l'Association France-Grande-Bretagne, emmena ensuite tout le monde dans des autos pour visiter la ville. C'est sous une pluie mélangée de brume que l'on a fait voir à nos concitoyennes la fameuse Tour de Londres, sa magnifique collection d'armures et de gardes en costumes du moyen-âge. On leur a montré, jalousement surveillés par les «guards» aux bonnets à poils, les inestimables joyaux de la Couronne britannique.
    Puis, dans Belgravia Square, le faubourg Saint-Germain de Londres, Lady Malcolm leur a offert un lunch intime dans son appartement. Sir Malcolm me déclarait : «Cette réception, voyez-vous, c'est un symbole. Ces quatre femmes ont eu une conduite superbe ; d'autres Françaises ont fait aussi plus que leur devoir, mais on ne peut récompenser tout le monde. Notre accueil, je vous l'assure, est un symbole.»
    On visita ensuite la Chambre des Communes et celle des Lords, où M. Wilson, surintendant du Parlement, restitua au maire de Bertry une pipe ancienne trouvée pendant la guerre et présumée appartenir au musée de Cambrai, puis, sous la conduite du doyen, le révérend Panon Foxiez, l'abbaye de Westminster, le Panthéon britannique, où reposent les rois et les grands hommes, et où dorment, sous une simple dalle, les guerriers inconnus.

    Une réception à Thelsen Hospital, équivalant les Invalides, ménagea une surprise à Mme Belmont. Après le thé offert par le vieux général et lady Lyttleton, en visitant l'édifice, elle reconnut un officier du 6e dragons, le major Mac Daierson, qui logea chez elle pendant six jours.

    Le soir, Mme Belmont-Gobert et sa fille Angèle trouvèrent, à l'hôtel en rentrant, un petit homme maigre et rasé : l'ancien hussard Patrick Fowler, qu'elles tinrent caché pendant 45 mois dans la grande armoire à linge. Mme Belmont embrassa en pleurant le soldat du placard. Patrick est en ce moment bûcheron en Ecosse et il sera demain à Mansion House, à la réception du lord-maire.
    La fin de la soirée est relatée dans le journal du lendemain (liaison par téléphone)

    « Elle avait son cœur dans sa gorge. ». ["with her heart in her throat"] C'est l'expression bien anglaise qui convient le mieux pour décrire l'émotion profonde de Mme Belmont-Gobert, lorsqu'elle s'est trouvée en présence de Patrick Fowler, qu'elle n'avait pas revu depuis plus de huit ans. La rencontre était véritablement émouvante, Patrick ne comprend pas le français ; il comprend le patois du Cambrésis. Des larmes lui montèrent aux yeux quand il me raconta, lentement, le martyre de sa détention dans les ténèbres de l'armoire ; ses craintes continuelles entre les quatre planches ; le travail opiniâtre de la fille de Mme Belmont pour nourrir la maisonnée ; ses ruses pour manger et pour sortir de l'armoire, la nuit, quand les Allemands dormaient. Tout nôtre monde veilla assez tard à l'hôtel. On évita de parler de la guerre. On y pensa intensément.
     
  • Vendredi 8 avril : réception officielle
    Les journaux du matin contiennent de longs récits de l'héroïque, attitude des quatre femmes. On raconte l'histoire stupéfiante de ce hussard qui eut, pendant quatre ans, l'armoire pour tout logement. On raconte aussi comment un autre Écossais, caché chez Mme Bauduin, découvert et condamné à mort, échappa à l'exécution parce que sa bienfaitrice s'écria devant la Cour martiale où les Allemands le traînaient : « Mon fils vient d'être tué sur le front, Dieu m'envoie celui-ci pour prendre sa place ».

    Puis, c'est le récit de la douloureuse tragédie au milieu de laquelle fut jetée Marie- Louise Cardon. La malheureuse femme vit succomber le caporal Hull, qu'elle avait abrité. Son mari, usé par les privations, mourut, et elle-même, après avoir été d'abord condamnée à mort, fut, incarcérée en Allemagne.

    MansionHouse


    C'est à Mansion-House, résidence du lord-maire [Sir Rowland Blades], que les quatre vaillantes Françaises, leurs décorations anglaises épinglées au corsage, furent conduites ce matin. Réception grandiose et émouvante. Tout près de l'armoire fameuse de Mme Belmont, le lord-maire, en costume d'apparat, toge rouge brodée de fourrure et lourd de chaînes d'or, était entouré de ses adjoints et du Maréchal de la Cité, tout chamarré. Deux assistants, en perruque blonde bouclée, portaient à ses côtés d'énormes « masses » d'or et des glaives ciselés.

    Seule photographie de l'agence Rol disponible sur Gallica

    Dans le hall égyptien, un millier d'invités, debout, applaudirent à tout rompre chacune des héroïnes présentées sur l'estrade.

    egyptian Hall

    Un enthousiasme indescriptible interrompit fréquemment le speech du lord-maire qui, en rappelant les sublimes exploits, souligna la valeur et le courage montrés de diverses manières pendant la guerre par des milliers de femmes de France.
    Après l'intervention de l'ambassadeur de France, M. de Fleuriau, l'ancien colonel du 11e hussards, puis un chef d'état-major qui eut son quartier général au Cateau, le maréchal Robertson, magnifièrent les grandes qualités de cœur et la conduite héroïque des femmes françaises, en affirmant que notre bonne amitié restera aussi forte dans la paix que dans la guerre. Par-dessus les bravos crépitants éclate la « Marseillaise ».

    C'était l'heure du lunch. Le lord-maire convia ses hôtes français à sa table richement servie. C'est alors que le père du caporal Hull, brave homme de 60 ans, qui perdit sa femme la semaine dernière, se trouva tout à coup face à face avec Mme Cardon.

    Sans mot dire, il lui prit la main, inclina le buste, et resta, plusieurs secondes, immobile dans cette attitude. Puis, se mettant à genoux, baisa l'un après l'autre les souliers de celle qui essaya en vain d'arracher son fils à la mort. La ferveur et le respect de cette prosternation sont intraduisibles. Il n'y eut personne dont les yeux restèrent secs...

    On vit encore des larmes sourdre à la fin du repas lorsque le sympathique maire du Cateau, M. Lebeau, retraça les épisodes de la lamentable odyssée des héroïnes, en montrant que les femmes courageuses et maltraitées par l'envahisseur furent légion et se fit l'interprète de ses concitoyennes pour dire leur reconnaissance après l'inoubliable cérémonie.
    « Des gestes semblables feront plus pour la fraternité des peuples qu'une série de conférences diplomatiques ». Et ce furent toujours les mêmes chaleureux applaudissements qui accueillirent le dernier discours, celui de M. Bracq, maire de Bertry, après que la lord-mayoresse eut levé son verre à la santé des admirables femmes de chez nous.


    Après les émotions de la journée on conduisit les héroïnes dans un des plus grands music-halls de Londres, le Coliseum. Il n'est point nécessaire de comprendre l'anglais pour s'intéresser aux évolutions des girls et des danseurs.

    La gracieuse artiste Florence Smithson eut une attention charmante en jetant du plateau à la loge d'avant-scène, occupée par nos concitoyennes, le gros bouquet de violette qu'elle portait à sa ceinture. Et c'est une ovation qui s'ensuivit.
    LondonColiseumt

  • Samedi 9 avril : une journée de repos et d'agréments

    Un brouillard épais, sale, s'insinuait dans les rues. Les horloges marquaient midi et c'était un crépuscule. Les lampes électriques, une à une, s'allumaient... Les Londoniens en ont depuis longtemps pris leur parti. Si vous parliez de ce brouillard, on vous répondrait que la véritable « soupe aux pois», jaune et opaque, est encore bien plus désagréable...
    Les hôtes du « Daily Telegraph » au confortable « First Avenue Hôtel », ont gardé une impression profonde de la cérémonie qui s'est déroulée à la Mansion House. Elle est d'ailleurs inoubliable. La reconnaissance de la région du Nord tout entière ira au grand quotidien britannique et au vicomte Burnham, son propriétaire, pour le beau mouvement d'opinion déclanché en faveur des quatre humbles femmes qui risquèrent leur vie pour en sauver d'autres...

    Le geste du peuple anglais est significatif. Il a rappelé qu'il y eut, dans notre Nord, plus et mieux que l'alliance des armes, celle de nos deux pays : il y eut le dévouement toujours obscur, souvent sublime, des femmes françaises. Les Tommies s'en souviennent.

    Ce matin, le petit groupe s'est rendu au jardin d'acclimation. Puis à « Five O'clock », le thé fut offert par un Club anglo-français, dans les salons du Princes Restaurant, à Piccadilly.

    princes arcade

    Mmes Belmont, Lesur, Cardon et Baudhuin et les maires du Cateau et de Bertry se déclarent enchantés d'avoir visité les principaux quartiers de la vaste capitale et, surtout, très touchées de l'accueil qui leur fut fait.
  • Dimanche 10 avril : L'hommage suprême de l'Angleterre

    Par une journée éclatante « glorieuse», comme disent les Anglais, nos héroïques compatriotes partirent ce matin, accompagnées par , M. Lebeau, maire du Câteau, et par M. Bracq, maire de Bertry, pour se rendre à l'invitation de lord et de lady Burnham, qui les recevaient dans leur magnifique château de Hall-Barn, à Beaconsfield, dans le comté de Buckinghamshire, à 25 milles de Londres.
    Hallbarn

    C'est une propriété dans le goût anglais du dernier siècle, une de ces nobles demeures au parc niché dans le feuillage, avec de calmes prairies, des troupeaux et un ciel tendre
    à la Constable.

    Au déjeuner, où assistaient l'ambassadeur de France, M. de Fleuriau, et une vingtaine d'intimes, l'ambassadeur prit la parole ainsi que M. Lebeau et M. Bracq. Une fois de plus, avec l'éloquente simplicité des émotions sincères, ils exprimèrent leurs remerciements pour la chaleureuse réception que l'Angleterre a réservée à nos héroïnes.

    Que l'on ne parle plus de la froideur britannique ! Aucune foule méridionale n'eût plus ardemment témoigné sa ferveur et son enthousiasme que ne le fit le peuple de Londres.

    Et que dire de la délicatesse généreuse de lord Burnham ! Il ne faut donc point être en peiné de l'avenir de l'Entente, tant que vivra en Angleterre et en France le souvenir héroïque des humbles dévouements de Mme Belmont-Gobert, de Mme Lesur, de Mme Bauduin et de Mme Cardon : elles ont mené vaillamment elles aussi la « guerre des femmes » comme Edith Cavell et comme Louise de Bettignies.

    Vers quatre heures du soir, les automobiles amenèrent le petit groupe franco-britannique au château de Windsor, résidence des souverains depuis plusieurs semaines. Sous la conduite du lord grand chambellan, on visita les appartements publics et privés. Que ces vieilles pierres sont lourdes de symbole, chargées de souvenirs ! Dans la tour Ronde, dans celle de la Jarretière, dans la tour du Diable, au pied de laquelle le grand Shakespeare fit jadis danser ses « joyeuses commères », vit encore le souvenir d'Edouard III et Elisabeth.

    Aux sons de cloche sur la longue terrasse, d'où l'on contemple un des paysages les plus beaux de la vieille Angleterre, les quatre héroïnes se promenèrent longuement. Elles admirèrent ensuite les appartements royaux. Dans tel salon, resplendissent des Rubens et d'incomparables Van Dyck ; dans tel autre, brille en un cadre unique, le pur regard de
    Martin Luther.

    Dans les appartements privés des souverains, le thé fut offert. Puis le grand chambellan, précédé de l'huissier de service, vint chercher les Français pour les mener près des souverains.
    19270411
    Avec cette simplicité charmante, apanage des grandes âmes, qui a conquis tout Londres, nos héroïnes ont paru en présence du roi et de la reine. Le prince de Galles, le prince Henri, étaient présents, eux qui ont fait aussi la guerre en Flandre.

    Une note charmante s'ajoutait à ce tableau : deux petits enfants auxquels leurs grands-parents voulaient donner une leçon de courage et de vertu ; l'honorable Lascelles, fils de la princesse Marie, et la petite princesse Elisabeth, fille de la duchesse d'York. L'un a quatre ans, et l'autre deux ans à peine.
    Elizabeth_II_1929
    La future Elisabeth II
    photographiée en 1929
    (source wikimedia)
    Et pourtant, c'est avec un sérieux émouvant qu'ils ont assisté à cette scène.

    Le roi et la reine, avec une familiarité affectueuse, ont serré la main de nos vaillantes Françaises et du hussard Fowler qui les accompagnait. Puis, pendant quelques minutes, ils ont parlé avec eux des temps douloureux révolus depuis bientôt dix ans déjà. A la fin de l'audience, les souverains ont remis à chacune de leurs interlocutrices et à Fowler, leur portrait enrichi des autographes royaux.

    Le retour s'est fait au crépuscule à travers cette campagne anglaise qui ressemble à un parc ombrageux aux arbres magnifiques.

    Demain nos héroïnes rentrent en France. Elles rentrent, le cœur gonflé de cette joie pure que connaissent les braves gens, les gens braves, qui, après avoir fait tout leur devoir, connaissent les douceurs de la reconnaissance.
  •  Lundi 11 avril : Le retour

    _Le train qui les amena mercredi soir les a reprises lundi matin à 11 heures à la gare de Victoria. A leur léger bagage s'ajoutaient les cadres qui sertissent les diplômes enluminés offert par le lord-maire de la cité.
    Sur le quai de la gare on fit les adieux. Les quatre femmes embrassèrent le hussard Fowler qui les a conduites au train. On remercia encore le « Daily Telegraph » pour sa généreuse inspiration. La gratitude de tous fut exprimée au colonel Lawson, administrateur du grand quotidien britannique et M. Walton, son envoyé spécial. De nombreux membres des Associations anglo-françaises, Ladies Malcolm, Burnham, Lyttleton, etc. étaient présents et offrirent des fleurs aux héroïnes. Puis, tandis que fuyait sous leurs yeux la campagne verte inondée par instants de soleil, nos amis prirent le lunch dans le wagon-salon où le dévoué interprète, M. Thomas Hunt Martin les accompagnait. La fatigue ne se sentait pas, et c'est même sans appréhension du mal de mer qu'ils allaient reprendre le bateau.

    19270412

    La traversée à bord de l' « Isle of Thanet » s'effectua dans de bonnes conditions.

    IoT

    On touchait Calais à deux heures dix bien exactement.
    En route pour Le Cateau et Bertry !

    _Un arrêt de trois quarts d'heure était prévu en gare de Lille pour attendre la correspondance du Dijonnais [train express Lille-Dijon]. Désireux de manifester tout son admiration à l'égard de nos courageuses compatriotes la direction du « Grand Écho » avait, à l'arrivée à Calais, invité le petit groupe à se rendre dans le hall du journal pendant l'arrêt à Lille. Le service d'ordre que M. Carré, commissaire central, avait, sur notre prière, bien voulu faire assurer par ses agents, évitait toute perte de temps, et dans la rue de Tournai attendaient les autos, cinq taxis verts à bande blanche que le distingué directeur de la Compagnie des Taxis-Transports de Lambersart, M. Magont, était venu lui-même mettre gracieusement à notre disposition. La petite caravane monta en voiture, saluée par un nombreux public.
    Avec diligence, les chauffeurs déposaient tout le monde, quelques minutes après, sur la Grande-Place devant notre journal. Dans le hall décoré de palmiers, très obligeamment prêtés par la maison Delesalle, rue Nationale, près d'une table où s'alignaient les coupes de Champagne, MM. Emile Ferré et Jean Dubar, directeurs du « Grand Écho du Nord », Dubuisson, administrateur, et Georges Ferré, attaché à la direction, entourés du personnel de la rédaction, accueillirent les invités.

    _Après que de grosses gerbes de fleurs furent offertes aux héroïnes, M. Emile Ferré au nom de la direction du journal, leur exprima ses souhaits de cordiale bienvenue et, en une brève allocution, s'associa à l'hommage qui leur fut rendu en Angleterre.
    Tout le monde remonta en autos et à cinq heures 20, dix minutes avant le départ du train qui devait les reconduire au Cateau et à Bertry, nos voyageurs s'installaient commodément dans les compartiments qui leur avaient été réservés, et où le « Grand Écho » qui les avait accompagnés dans leur beau voyage, leur dit un dernier adieu.

    _Tout Le Cateau est sur le quai de la gare pour recevoir les héroïnes : les familles, la section des Mutilés, les Démobilisés et les veuves de guerre, les affligés, les délégations avec des gerbes nouées de rubans tricolores ; M. Scailleux-Banse et les conseillers municipaux ; M. Loison, chef de gare et des groupes de cheminots, etc., etc.
    A l'arrivée du train, l'Harmonie municipale exécute la « Marseillaise ». Les héroïnes descendent. Elles sont acclamées. Elles quittent la gare avec difficulté, le service d'ordre est rendu impossible tellement il y a du monde. Un cortège se forme, composé des sapeurs-pompiers, des adjoints, du Conseil municipal, du groupe des héroïnes et des personnes les accompagnant, de toutes les sociétés locales, et prend le chemin de la Grande-Place, au milieu d'une haie compacte de curieux.

    _rrivées sur la place, les héroïnes défilent devant les sociétés ; la municipalité monte à l'Hôtel de Ville ; l'Harmonie Municipale exécute la « Marseillaise », et le maire, du haut du balcon, harangue ainsi la foule :

    Mes chers Concitoyens,
    Au nom des quatre héroïnes, Je vous apporte le tribut de gratitude de la nation anglaise, en souvenir de la manifestation dont nous avons été l'objet. Nous avons reçu un accueil inoubliable ; nous avons vécu un véritable conte de fées. A chaque pas, le public applaudissait la France. Les personnalités officielles anglaises m'ont recommandé de bien dire en France : « C'est plus que de l'amour que nous avons, c'est un véritable culte pour la Nation française. Notre amitié restera à jamais indissoluble. »

    _Les héroïnes sont très émues aussi, ce soir, de la réception de leurs compatriotes qui, pour la plupart, ont été témoins de leurs souffrances. En leur nom, je vous adresse à tous un chaleureux merci.
    Les applaudissements éclatent formidables. Les héroïnes rentrent ensuite dans le salon de l'Hôtel de Ville où M. Scailleux leur souhaite la bienvenue et leur dit combien Le Cateau est fier d'elles.

    _M. Bracq, maire de Bertry, remercie du plus profond du cœur de la réception faite à des femmes du peuple.
    Il était utile, dit-il, que ce soit la capitale du Cambrésis qui les reçoive et les magnifie. Les Anglais sont froids, disiez-vous naguère, c'est que vous ne connaissiez pas leur cœur et nous proclamons aujourd'hui que l'Entente cordiale n'est pas un vain mot. Les Anglais nous aiment pour notre dévouement. Il rappelle alors l'émotion, des assistants de Mansion House lorsque le père du soldat Herbert Hull s'agenouilla pour baiser les pieds de Mme Cardon, geste qui fit jaillir les larmes de toute l'assistance.
    « Au nom des héroïnes, dit encore le maire de Bertry, je vous adresse tous mes remerciements.
    Que cette manifestation serve à faire fleurir cette fleur sublime : la Paix. »

    _M. Lebeau, maire du Cateau, remercie également les sociétés locales et le Conseil municipal. « On sent ici, dit-il, dans cette réception chaleureuse, vibrer l'âme catésienne. Je ne puis vous décrire les réceptions qui nous ont été faites par leur caractère grandiose ; nous allions de ravissement en ravissement, tant au point de vue officiel que du peuple lui-même. Et la réception de Mansion House et du château de Windsor par le roi et la reine. Pour ceux qui connaissent la rareté de ces réceptions, ils en savent le prix. J'ai été touché par, l'amitié du peuple anglais. Partout, au Coliseum, où des fleurs nous ont été jetées et où le cri de « Vive la France » a été poussé par 10.000 personnes, alors que le groupe des officiers français de rugby faisait son entrée dans la salle et que l'orchestre jouait la « Marseillaise ». J'ai entendu beaucoup de Français de la colonie de Londres dire que c'est un véritable culte que le peuple anglais a pour la France. »

    Encore une fois, le maire du Cateau remercie toutes les personnes présentes il félicite les héroïnes, émues jusqu'aux larmes par cette chaleureuse réception de leur concitoyens.
    La foule se retire ensuite.

    _Aujourd'hui, les héroïnes regagneront leurs foyers paisibles, où, grâce à la générosité anglaise, elles sont assurées de couler désormais des jours heureux et exempts de soucis. Allons, tout est bien, et la vertu et le courage sont tout de même quelquefois récompensés.

     

 

24 décembre 2018

SAUVAGE Albert

 

Né le 21 mars 1896 à Vieux-Condé (Nord) de Albert et JEGAT Marie Rose, Albert Jean-Baptiste SAUVAGE apparaît dans la rubrique officielle du Journal Officiel du 13 mars 1923 :
Attribution de la Médaille de la Reconnaissance Française de 1ère classe (vermeil) :

Feu M. Sauvage (Albert Jean-Baptiste), à Condé-sur-Escaut (Nord) : a été tué par des soldats allemands après avoir fait preuve du plus pur patriotisme et du plus grand courage.

La citation n'est pas très détaillée, aussi faut-il aller rechercher son dossier d'attribution de la Légion d'honneur pour trouver la date de l'action et les circonstances :
Décret du 25 mars 1924, a été nommé chevalier de la Légion d'honneur (JO du 06/04/1924)

"A l'arrivée des Allemands à Condé, le 24 Août 1914, le jeune SAUVAGE Albert, âgé alors de 18 ans, s'est armé d'un fusil de guerre et a tiré sur les Allemands, leur tuant plus de 10 hommes ainsi que le sous-officier allemand qui s'était saisi de sa personne et qui voulait le désarmer.
Poursuivi par un cavalier allemand, il fut tué à coups de lance à la sortie de Condé, près de la gare, sur le territoire de Fresnes.

Avis favorable.
Lille le 29 décembre 1923.
Le préfet du Nord."

   L'acte de décès établi à Fresnes-sur-Escaut confirme la date et précise le lieu : "Les bateaux flamands" ; l'endroit a été largement modifié par la construction du canal à grand gabarit.
LBFtExtrait du cadastre napoléonien visible aux archives du département. Cliquer pour l'emplacement actuel du fort Franquet

En confirmation, l'acte de décès précédent est celui du sous-officier allemand :

sousoff

Seul le nom "SAUVAGE" figure sur le monument aux morts de Condé-sur-l'Escaut.

     Si les faits sont avérés tels que décrits dans le dossier de la Légion d'honneur, au delà du plus pur patriotisme et du plus grand courage, il y a l'important risque de représailles encourues par la population quand un civil - qualifié de franc-tireur - tue des Allemands. Je n'ai pas (encore ?) d'information à ce sujet.

 

28 juin 2017

Otages en Lithuanie (II)

 

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   Les registres de la Croix-Rouge contiennent une liste de 989 noms établie le 20 février 1918 : 593 hommes et 396 femmes, otages venus de France occupée, déportés en Russie occupée et vers Holzminden, en représailles des Alsaciens détenus (en France non occupée) :

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     Est-ce le nombre exact de déportés, alors qu'on cite généralement 600 hommes (pour la Lithuanie) et 400 femmes (pour Holzminden) ?? Il semble pourtant que cette liste tienne compte des morts - en route ou sur place - comme par exemple Emile BAUDELOT, de Vrigne au Bois (Ardennes), le premier à décéder -dans le train- à Hohensalsa le 8 janvier 1918. Malgré l'acharnement de l'occupant à respecter les nombres prévus, (compter et recompter n'est pas une légende, non plus dans les camps de la guerre suivante) remplaçant ceux qui ne pouvaient embarquer par d'autres otages, c'est probablement le nombre le plus exact.

 

   Les pages sont disponibles à cette adresse sur le site du CICR, cote Civ 7781 à Civ 7799. Je n'ai relevé ci-dessous que quelques noms déjà cités et/ou du Valenciennois pour montrer la concordance :

Chez les hommes :

  • Civ 7783 St.Amand(-les-Eaux) : BARBIEUX Emile, NONON Paul, BOUCHART Charles, DUCATILLON Clément, DAVAINE Jean, HUMBERT Camille, MOUTIEZ Louis.
  • Civ 7789 BRUYRE Paul & D'HAUSSY Georges d'Artres, HARPIGNIES Maurice de Famars, CARPENTIER Aubert de Préseau, LECERF Arsène de Maing.
  • Civ 7790 Valenciennes : GRAVIS Henri, DUPONT de St.OUEN Fernand, LESQUESNE Charles, LEST Victor, GIRAULT Alexandre, EWBANK Georges, TROMONT Charles.

Chez les femmes :

  • Civ 7793 St.Amand(-les-Eaux) : DAVAINE Rose, BARBIEUX Emilie, LEFEBVRE Adèle, REOL Gabrièle.
  • Civ 7798 Valenciennes : GRAVIES Blanche, REGARD Eugénie, MEURIN Augustine.

  

  Le livre d'Émile FERRÉ "Nos étapes de représailles en Lithuanie", illustré par Charles MARIAGE et publié à Lille dans les années 1920 permet de découvrir des croquis des lieux et de reconstituer les parcours : ( voir la Ière partie  )
 

  • Arrivée à Żośle (lituanien : Žasliai; polonais : Zoszle)
         Venant de Kaunas (en polonais Kowno, en allemand Kauen) le train des otages arrive en gare de Koshedari (en lituanien Kaišiadorys, Koszedary en polonais, Кошедары en russe) et continue sur Zosle, où nul n'est prévenu de leur arrivée, le train repart donc pour Koschedary et revient le lendemain à Zosle, les passagers ayant passé la nuit dans le train sans nourriture.
     

    K-Z

  • De Żośle à Milejgany (lituanien : Mijaugonys, village de la commune d'Elektrenai) :
         Ferré parle de la plus terrible tempête de neige qu'il soit possible d'imaginer même en Russie, le 12 janvier 1918 à 9h1/2, les otages entament une marche de 4,5km selon les précisions apportées (voir le sujet "otages en lithuanie III").

    Zosle gare - Grange


        Une route probable en respectant la distance sur carte d'époque est en rouge. Comparer avec le même chemin sur la carte moderne ; la route 143 n'existait pas alors. On arrive à "Kalniniai Mijaugonys " (Haut Milejgany (?) par opposition à Kloniniai Mijaugonys qui se trouve de l'autre coté de l'autoroute A1). A noter que la forêt était moins étendue, seule la parcelle 18 existait.

        Faute de camp prévu pour les loger, ceux-ci furent forcés d'occuper une grange et un bâtiment attenant ouverts à tous les vents par un froid tel qu'ont connu les soldats de la Grande Armée, passée de Kowno à Vilna en juin 1812, et y repassant en décembre de la même année lors de la "retraite de Russie". Les Mémoires du Sergent Adrien Jean-Baptiste François BOURGOGNE, (12/11/1785, Condé-sur-l'Escaut (Nord) - 14/04/1867, Valenciennes) contiennent d'ailleurs un passage intitulé "De Wilna à Kovno".
     

    Arrivée Zosle


        L'un des dessins du livre de Ferré représente le cimetière de Milejgany, peut-être celui ci-dessous à 500m de l'endroit où se termine le trajet.

    Cimetière Milejgany cimetière Milejgany vue

       
        Il n'est guère possible de situer l'emplacement de la grange, même sur d'anciennes cartes.
     

    grange

     

    La même, dessinée par Auguste Théatre (les murs semblent de briques, ce qui est un peu contractoire avec les dessins de Ch. Mariage ci-après)

    ob_b5caba_dessin-aquarelle-milejgany-auguste-the
    (mise en ligne par le Musée Municipal de Sedan)

        
     

  •  A Milejgany :
    Dessins de F. De Haenen, d'après les croquis de Ch. Mariage (voir la première partie du sujet)

    annexe grange interieur grange

    L'intérieur dessiné par Auguste Théatre :

    ob_33899f_dessin-auguste-theatre-vue-interieur-c
    (mise en ligne par le Musée Municipal de Sedan)
     

  • De Milejgany à Jewie, nom polonais de l'actuel Vievis Lituanien et dont le nom russe est Евье.
        Arrivés le 12 janvier 1918, 160 otages (dont 17 prêtres sur les 52) partent pour Jewie le 18. Il leur faut bien entendu regagner la gare de Zosle, d'où le train les conduit en une heure à celle de Jewie. De là ils marchent 15 minutes jusqu'à une église orthodoxe, qui -dit Ferré- a subi le bombardement (lors de l'offensive germano-russe).
     

    M-J

    1607 Zasliai-Vievis
    Marche des otages jusqu'à l'église



        Il ne la nomme pas, mais il s'agit de l'Eglise de Notre-Dame de l'Assomption. Bâtie en 1843 elle remplace l'égise (orthodoxe) paroissiale que semble-t-il "Napoléon a brûlée en 1810". Ch. Mariage nous offre un dessin de cette église, permettant ainsi de la retrouver ; refaite récemment à neuf (avec une discorde sur la forme du bulbe), sise le long de la route européenne E85 qui relie la Baltique à la mer Egée, on peut -à la neige près- la voir comme il l'a vue :

    PetiteEglise Jewie  Vievis002
     

        Ce groupe restera séparé moins de deux mois de ceux restés à Milejgany : le 15 mars ils partent pour Ponary près de Vilnius, ou les retrouveront les autres otages moins ceux qui doivent être hospitalisés à Vilnius.

 

  • De Jewie à Ponary (en lituanien Paneriai) :
     

    V-P


         Le camp de destination, dont la localisation précise n'est pas certaine s'appelle Roon (parfois cité 'Block-Roon') ; ce n'est pas une localité, mais le nom d'un général et homme d'état prussien : Albrecht Theodor Emil von Roon (né près de Kolberg en Poméranie le 30 avril 1803 et mort à Berlin le 23 février 1879), le camp ne semble pas avoir été réutilisé, ce qui peut expliquer que le nom de l'endroit n'ait pas survécu.
    Parmi la grosse centaine de cartes étudiées (sur plus d'un siècle), une seule -allemande de 1918- fait figurer le nom un peu au sud de la gare de Ponary. Ferré qui signale l'endroit à 7km de Vilnius, donne également le nom de Nejlowoj, qu'il a été impossible de situer, mais cite fréquemment le vallon de Nowo-Siolsky qui semble donner une vue sur Vilnius.

    Roon

        L'auteur qui retrace des promenades dans les bois de pins aux alentours cite le nom "Ponary (Kaplitsa)". Kapliça [kaplit͡sa] veut dire chapelle en polonais. Il ne parle jamais du tunnel sur la voie ferrée (maintenant fermé), mais un dessin d'Auguste THEATRE, professeur de dessin, montre l'entrée ouest celui-ci, on aperçoit à gauche le sanatorium :

    Aquarelle Auguste THEATRE
    (mise en ligne par le Musée Municipal de Sedan)



     
  • A Ponary :
     

    Entrée de Roon

       

        C'est un camp de 4 baraques en bois vite baptisées Joffre, Foch, Pétain et Castelnau, séparées par l'avenue de la Victoire, qui n'a rien à voir avec un sanatorium comme on a pu le voir écrit, cependant Ferré parle bien d'un sanatorium voisin non terminé, qu'il a pu approcher avec ceux qui l'accompagnaient lors des promenades autorisées. Le tsar en avait débuté la construction en 1913, malheureusement il n'en reste rien. L'excellent site lituanien Mylimas Vilnius ("J'adore Vilnius") en signale l'emplacement qui se trouve être maintenant sur le réseau ferré de triage, non loin du tunnel.
     

    Sanatorium GGl t
    La gare de Ponary est signalée en bleu à gauche au sud des voies

        Ferré fait allusion à un petit groupe de déportés malades que l'on va rapatrier, faisant référence à un article de la Gazette des Ardennes que je n'ai pu retrouver ; il le confirme plus tard : ils sont partis le 14 avril. Grace aux notes prises par le recteur Georges LYON de Lille, on a la confirmation que 97 otages sont de retour en France occupée le 24 avril. le recteur rend d'ailleurs visite à l'un d'entre eux  M. GAGEDOIS de Dom-Sainghin qui peut lui raconter leurs souffrances.
    L'auteur donne le nombre d'otages restants : 438, déduction faites des morts et de ceux qui sont hospitalisés à Vilna.


      Les otages morts à Roon seront enterrés près de la chapelle dont Ch. Mariage a fait un croquis. Chapelle et cimetière existent toujours "à 2km environ de Roon" ; lors de l'enterrement de Jacquemain le 4 juin, Ardennais et 22e compagnon d'exil décédé, le cercueil "excessivement lourd" sera porté par 2 équipes de 6 qu'un chariot polonais remplacera à l'inhumation de Xavier LALLE le 19.
     

    Chapelle Ponary Paneriai_koplyčia
     

          La Sainte Chapelle de Jésus Crucifié (Šventoji koplyčia Jėzaus Nukryžiuotojo) et le cimetière font toujours l'objet de visites - guidées- en souvenir de la bataille qui eut lieu en 1831 entre Polonais et Russes lors de l'insurrection polonaise de 1830-31. Le cimetière contient des tombes anciennes, certainement d'habitants du voisinage, et il n'est pas exclu que les otages décédés et enterrés y soient toujours, je n'ai trouvé aucune information concernant un possible retour des corps.
     

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          Le jeudi 30 Mai 1918 est le jour de la Fête-Dieu. Après un Dimanche de Pâques (31 mars) "abominablement gris", les otages obtiennent le droit de se rendre à l'église de Biala-Waka actuellement Baltoji Vokė (autrefois en Lithuanien Naujoji Žagarinė ; en polonais : Biała Waka, en russe : Белая Вака):
     

    La Fête-Dieu fut un enchantement. Nous la célébrâmes, à la faveur d'une promenade collective, -nous obtînmes ces promenades à force de réclamations - dans l'Église de Biala-Waka à quelques lieues de notre camp. Départ à 3 heures 1/2. Traversée de la forêt où l'on cueille du muguet et de magnifiques ancolies. Vers 5 heures 1/2, nous sommes à destination. Joli village dont les maisons se groupent autour d'une église neuve et d'un château blanc. A l'église, Gallois est à l'orgue et la chorale à la tribune. Chant d'un couplet de Notre-Dame de France par Thiriez. Exécution d'une composition du Père Louis-Marie : Cor Mariae immaculatum, etc, etc. La cérémonie terminée, nous sommes reçus par le curé de Biala-Waka, debout sous l'auvent de sa maison de bois. Nous lui chantons les Stances du départ, de Gallois, paroles de Beltette. Le curé parait très impressionné, il nous dit : "Merci, messieurs les Français... je regrette de ne pas savoir bien votre langue, mais mon silence vous dit mon merci ! " On applaudit. On chante le Vivat flamand. Le curé remercie encore. Et nous voila partis visiter le château, vaste propriété, qui réunit dans son pourtour les maisons des serviteurs et des attachés à la glèbe. Des cigognes s'élèvent dans le ciel et vont se poser, en un vol plané d'une suprême élégance, dans les prairies avoisinantes. Garçons et fillettes, convenablement endimanchés, font la haie sur notre passage. C'est l'époque où les envois de France nous sont enfin parvenus et nous distribuons prodigalement biscuits et chocolats, à la surprise, je devrais dire à l'ahurissement des Prussiens qui occupent cette propriété-là, comme toutes les autres. Nous revenons par un soleil couchant d'une exquise douceur....

        J'ai choisi ce passage car il montre la volonté de tenir tête à leurs geôliers, et le plaisir qu'ils se font en étonnant les Prussiens n'est pas des moindres.

         Située au sud du camp sur la rivière Waka, l'église de la "Conversion de l'Apôtre St-Paul" est achevée en 1910 ; on la retrouve aujourd'hui dans un état comparable :

    Eglise BWb



    On retrouve également le château, pour le moment délaissé :

Chateau BWb

 

     A partir du 20 mai certains otages auront la possibilité de partit pour la Suisse via Rastadt ; 26, puis 78 choisirent cette destination mais resteront au moins un mois à la frontière avant de pouvoir la franchir, les derniers partis mettront plusieurs mois.
Les autres otages opteront pour le retour vers la France : partis le 8 juin, ils passent la frontière russo-allemande à Eydtkunen  actuellement Tchernychevskoïe (jusqu’en 1938 : Eydtkuhnen, et de 1938 à 1946 : Eydtkau), en russe Чернышевское,  ils y prennent leur première douche depuis le départ en janvier, et c'est un soldat -en uniforme allemand- de Ste Marie-aux-Mines (un Malgré-Nous) qui leur tend une serviette !

Holzminden servira de camp de transit, ils y retrouvent parmi les quelques 10.000 prisonniers les 400 femmes emmenées en même temps qu'eux (dont ils resteront séparés par des barbelés) d'où il repartiront ensemble après un court séjour pour Montmédy, il y resteront une semaine dans des casemates occupées par des russes et hériteront de leurs punaises (sic), les dames étant logées dans une église. Rentrés en France, (le 24 juillet à Valenciennes) il leur fut cependant interdit de prétendre par la suite à un rapatriement vers la France non occupée via la Suisse.

 

 

     Le livre d'Emile FERRÉ permet également de découvrir quelques visages des otages, parfois avec leurs noms :

Roon Comité du camp
De gauche à droite (en commençant par en haut) : WAARTH, CHATTELEYN, MOLINIÉ, LEMPEREUR, TIBERGHIEN, BACHELET, AUBRON, l'abbé LELEU, MOUCHET, EWBANK, NININ, FERRÉ, VITTINI, GUILBAULT, DELEPOULE, ROCHON, Abbé QUIEVREUX, FERRI, FICHAUX, MARTINET.

 

Roon Section 10 otages ardennais section 8 otages Roon

section otages Roon a section otages Roon b

Voir également cette photo et quelques détails sur Europeana

Europeana
L'otage marqué d'une croix est Charles CRÉQUY, voir plus bas.

 

artistes du camp
Les artistes du camp à Roon.
Debout (de gauche à droite) : MARIAGE Charles, FERRÉ Emile, THÉATRE Auguste, LESOURD Max.
- Assis : LEBOUCQ Georges, DUVIVIEZ Maurand.

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THÉATRE Auguste, né le 27 décembre 1867 à Vendresse (Ardennes), décédé le 31 mars 1956 à Sedan (Ardennes) professeur de dessin artistique que l'on voit ici sur une photographie faite par l'occupant pour délivrer les papiers d'identité obligatoires

Theatre A


avait fait également ce portrait non nommé :

ob_0f5d9a_dessin-auguste-theatre-portrait-prison
(mise en ligne par le Musée Municipal de Sedan)

Le musée de Sedan, contacté, a obligeamment mis en ligne le carnet de croquis d'Auguste Théâtre : des représentations de lieux, mais aussi des visages, malheureusement la plupart sans indication de nom. Sur cette page, en bas.

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Une autre photogaphie, aimablement transmise par l'arrière petit-fils de l'un de ceux hospitalisés à Vilnius : Furcy BOISE.

                  Oscar ou Apollon DUBOIS     Henry MANCEAU      Louis LENFANT            Albert RATEAU
                   Obrechies ou Aisonville         St Michel               Lambersart                 Savigny
otages
  Emile RANGON             Furcy BOISE         Jules LEROUX (ecclésiastique)      Emile FACQUIR           Alfred GERARDIN
    La Neuville                 Cartignies               Le Marais de Lhomme             Sedan                    Mont St Rémy

Les noms sont écrits au dos au crayon, peu lisibles avec le temps, et délicats à interprèter pour certains..

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On trouve aux Archives des Ardennes le portrait de CRÉQUY Charles de La Francheville (Ardennes) qui raconte :

CREQUY Charles"Otage de représailles des Allemands, j’ai été interné en Lituanie.

"Mobilisé, je suis renvoyé dès le 12 août 1914 dans mes foyers. Je reste en région envahie où je suis cultivateur. La France ayant emprisonné des ressortissants allemands au début de la guerre, l’Allemagne décide d’interner des otages civils français. Fin 1917, je me porte volontaire pour remplacer mon père. Le voyage vers Milejgany, en Lituanie, se déroule dans des conditions épouvantables.

"La vie au camp est précaire : hiver glacial, hygiène déplorable, rations alimentaires insuffisantes, corvées multiples… Je quitte la Lituanie le 8 juillet 1918 et le 23 de ce mois, je suis de retour dans les Ardennes.

"Charles CRÉQUY (1887-1956)"

 

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     Il est difficile d'avoir des certitudes sur le devenir des otages après la guerre, et plus encore sur la reconnaissance qui leur fut accordée, mais en cherchant les honneurs qu'ils avaient pu recevoir, j'ai trouvé, au Journal Officiel de la République du 26/09/1922, le nom d'une femme faite chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume. Il s'agit bien entendu d'un internement à Holzminden, aucune femme n'ayant été internée en Lithuanie.

Femme à Milejgany, JORF 19220926 LHP

     Il en est de même de la baronne d'Huart de Longwy qui, selon le JO du 10/02/1924, aurait été déportée en Lithuanie, mais figure bien sur la lite d'Holzminden.
 

LEBLON Flavie

 

Figure au même JO l'un des otages masculins de Milejgany décédés à Vilnius : LEMAIRE Donatien Edouard

LEMAIRE Donatien JORF 19220923 LHP

 On peut espérer découvrir qu'il en a été de même pour les autres, et que les survivants n'ont pas été trop vite oubliés.....
 

D'une guerre l'autre.

     Le nom de Ponary/Paneriai (Ponar en yiddish) resurgira lors de la guerre suivante : c'est le lieu du massacre, quelques km à l'ouest de Roon, de 1941 à 1943 de près de 100.000 personnes : 70.000 juifs, 20.000 Polonais et 8.000 Russes par l'Einsatzgruppe 9 et ses auxiliaires lituaniens : les emplacements de citernes semi-enterrées d'un un ancien site soviétique de stockage de carburant constitueront leur lieu d'exécution et dernière demeure.

Biala-Waka verra de son coté, comme d'autres localités voisines, s'installer un camp de travailleurs issus du Ghetto de Vilnius.
 


De la difficulté des noms de villes :

    Le futur général De Gaulle (qui, alors lieutenant, passe avec le 33e RI à Valenciennes le 5 Août 1914 au matin en direction de Dinant où il sera blessé le 15 1) a été prisonnier -notamment- dans un camp de représailles en Lithuanie dont le nom est le plus souvent écrit Szczuczyn (prononciation polonaise: [ˈʂt͡ʂut͡ʂɨn]) qui désigne un village polonais de la gmina de Szamotuły dans la powiat de Szamotuły de la voïvodie de Grande-Pologne dans le centre-ouest de la Pologne. A moins que ce ne soit Szczuczyn, village de Pologne, situé dans le gmina de Szczuczyn (dont elle est le siège), dans le Powiat de Grajewo, dans la voïvodie de Podlachie.

C'est aussi l'orthographe du registre du CICR qui le recense durant sa captivité :

De Gaulle Szczuczyn
(... venant d'Osnabrück)

On peut même voir écrit sur le web qu'il s'agirait de Szczecin (Stettin en allemand, Sztetëno en cachoube, anciennement Stetin en français), le chef-lieu de la voïvodie de Poméranie occidentale, bien loin de la Lithuanie d'alors.

     Il s'agit en réalité de Chtchoutchyn (en biélorusse : Шчучын ; en lacinka : Ščučyn) ou Chtchoutchine (en russe : Щучин ; en polonais ... ... : Szczuczyn), de la voblast de Hrodna (Grodno), en Biélorussie.

On note que ce n'est plus en Lituanie actuelle, les frontières dans cette région ayant beaucoup bougé.

 

 

    Le journal officiel de la république française ne nous aide pas non plus, malmenant parfois l'orthographe des lieux de détention : on y trouve "Mileygany", "Milejany", "Milegamy" pour Milejgany ; "Roow" et jusqu'à "Bheronne" dans lequel il faut deviner le camp de Roon.

 

 

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Credits photos Wikipedia, Panoramio, Google, collection perso.


 

1 Je me suis toujours demandé ce qu'ont pensé tous les soldats de Lille -ou d'Arras comme ceux du 33e RI - et en général des départements occupés de l'ouest, lorsqu'ils ont appris l'invasion puis l'occupation de leur région et le fait que la frontière n'y était pas défendue....

1 décembre 2019

Invasion de Valenciennes : un Espagnol prisonnier des Allemands.

 

 Cette description du premier mois de la guerre est due à un ouvrier mécanicien espagnol, travaillant à Valenciennes, et - malgré la neutralité de l'Espagne - arrêté le 16/09/1914 pour refus de travailler et incarcéré comme Français comme en témoignent les archives du CICR : la fiche où il est enregistré comme Espagnol, renvoie au registre allemand où il est "Français".

fiche civ3235


  Son histoire parait en 1916 dans un livre dont je n'ai trouvé qu'un exemplaire à la Bibliothèque Nationale d'Espagne et dont j'ai traduit le premier chapitre.

couv

 

Dedicatoria

Dédicace

     A mis compañeros de cautividad de Zossen-Bunsdorf, Chemnitz y Gross-Poritsch, que sufrieron conmigo, que me confortaron espiritual y materialmente y que me ayudaron a recobrar la libertad, así como a cuantos me socorrieron durante los veintiún meses de mi calvario, dedica este libro de angustias y horrores.

Valentín Torras

     À mes compagnons de captivité à Zossen-Bunsdorf, Chemnitz et Gross-Poritsch, qui ont souffert avec moi, qui m'ont réconforté spirituellement et matériellement et qui m'ont aidé à retrouver ma liberté, ainsi que ceux qui m'ont aidé pendant les vingt et un mois de mon calvaire, je dédie ce livre d’angoisse et d’horreurs.

Valentin Torras

 Les événements décrits dans le premier chapitre reprennent avec fidélité l'invasion de Valenciennes et sont largement corroborés par les récits des autres Valenciennois.

 Ne voulant pas rompre l'harmonie du texte avec des commentaires, j'ai inséré ceux-ci sous forme d'une * qu'il suffit de survoler. Les parties soulignées renvoient à d'autres pages de ce blog.

UN ESPAGNOL PRISONNIER DES ALLEMANDS

CHAPITRE PREMIER : L'INVASION

À Valenciennes. - La mobilisation. - La guerre - Départ des troupes. – Les anglais. – Enthousiasme. - Les premières rumeurs. - Les premiers Allemands. - Exécutions. - Incidents. - Ma prison.

 Je vais relater, sans effet littéraire, parce que je suis un simple ouvrier, mais en essayant de rendre mon histoire aussi impartiale, claire et complète que possible, tout ce qui m'est arrivé depuis le début de la guerre européenne jusqu'à ce que, enfin libre, je mette les pieds sur le sol espagnol.
 Je m'appelle Valentín Torras y Glosa, je viens de Manresa, dans la province de Barcelone. J'ai plus de trente-six ans.
 Mon travail est celui de mécanicien. Je travaillais à Valenciennes, une ville de la Flandre française, près de la frontière belge, dans l’usine Cail*. J'étais heureux. J’étais bien payé, ils me considéraient beaucoup et j’avais déjà économisé quelques milliers de francs. Qui m'aurait dit que je passerai de ce modeste bien-être aux horreurs des camps de prisonniers de guerre allemands !
 
 À Valenciennes, il y avait quatre ou cinq autres Espagnols. Je ne sais pas ce qui leur est arrivé et s'ils ont participé à mon triste sort ou si l'ennemi les a respectés.
 J’allais travailler tous les matins à Denain par le train de Valenciennes. Je rentrais à mon logement dans l'après-midi. Le dimanche, on faisait des excursions aux environs. Tout le pays était m’était donc familier
 À la fin du mois de juillet, des rumeurs alarmantes ont commencé à circuler. Les journaux ont publié des colonnes serrées de dépêches qui parlaient de la probabilité d’une conflagration. Les gens ont discuté de la nouvelle, mais ne semblait pas alarmés à l'extrême. On se souvient des incidents d’Agadir et des déserteurs de Casablanca et on croyait que la diplomatie réglerait les différends. Il y avait du travail, de l'abondance, de la prospérité, de la paix. L'été était magnifique. Tout respirait le calme. La Belgique voisine a travaillé et s'est amusée, comme toujours. Les estaminets* ont fait de bonnes affaires. La récolte était excellente. Comment imaginer que dans quelques jours toute la région serait traversée par d'innombrables armées ennemies ?
 Dans les ateliers où je travaillais, les ouvriers, pour la plupart des pacifistes, disaient que le monde ne serait pas si fou au point de se détruire sans raison. Les plus instruits ont compté les causes apparentes de la querelle, les meurtres de Serajevo, ultimatum autrichien à la Serbie. Cependant, pas même les télégrammes dans lesquels on rendait compte du bombardement de Belgrade ne leur faisaient croire que la guerre approchait.
 
 Le 2 août, le bruit du canon a surpris Valenciennes. Les gens lisaient les avis de mobilisation et ne commentent guère. Beaucoup de gens se sont serré la main en silence. Les femmes avaient les yeux mouillés.
 Les cafés étaient remplis. Des milliers d’habitants se sont rassemblés aux portes de la caserne où était logé le 127ème régiment d'infanterie. Il a été déclaré que cette unité devrait partir pour l'Est.
 Car je dois dire que personne n'a supposé que la neutralité belge serait violée. Ils faisaient des prévisions sur la résistance de la barrière orientale. On cherchait des cartes de Lorraine dans les librairies. Dans les estaminets*, les taverniers donnaient des leçons de géographie aux buveurs agités. Ensuite, j'ai su que les places fortes de Verdun, Toul, Epinal et Belfort devraient être attaqués par les Allemands si les Français ne se précipitaient pas pour prendre l'offensive.
 J'ai naturellement participé à l'opinion des autres. Je pensais que si les choses tournaient mal, je pourrais aller en Belgique, pays neutre, avec mes économies et attendre que la tempête passe. Et pourtant, c'est en Belgique la foudre allait frapper !
 Le 3 août, le gouvernement a lancé une proclamation selon laquelle la mobilisation n'était pas une guerre. Il y avait encore de l'espoir. Toutes les usines, bien que dépourvues d'une partie de leur personnel, continuèrent à fonctionner. La tranquillité matérielle était absolue.
 Mais le 4, on apprend que l'Allemagne déclare la guerre à la France. Et l'esprit de la population s'est transformé. J'ai remarqué que l'inquiétude, l'agitation, remplacent une décision froide. Il faut finir* : on l'a entendu partout. C'est une phrase qui était dans toutes les bouches.
 Les principales usines et entreprises de Valenciennes ont accepté d'aider les femmes et les mères des personnes mobilisées. La mesure a été très appréciée et les soldats sont partis un peu plus heureux parce qu'ils savaient qu'en leur absence, ils auraient du pain.
 Le régiment no. 127 acclamé dans tout Valenciennes est parti par le train. Je n'ai pas vu cet adieu parce que j'étais encore au travail ; mais ils m'ont dit que c'était émouvant, et on comprend que c'était le cas.
 
 Les Allemands qui étaient à Valenciennes et qui n’étaient pas partis en juillet - nous avons remarqué que beaucoup d’entre eux, ceux qui étaient en âge de combattre, ont progressivement disparu au cours de la seconde moitié de ce mois - ont un délai de quarante-huit heures pour régler leurs affaires et regagner leur patrie. Personne n’était le moins du monde désagréable avec eux. Certains étaient très contrariés car ils vivaient à Valenciennes.
 Du 4 au 10 il ne s’est absolument rien passé. Mais l'attaque allemande sur Liège a alarmé beaucoup de monde. La tempête n’éclaterait pas en Lorraine ? Les Allemands penseraient-ils vraiment à passer par le nord et à nous attaquer ?
 Le 10, le général Percin, gouverneur militaire de Lille, ordonna à tous les étrangers, à l'exception des Belges et des Anglais, de quitter la région frontalière du nord et de se diriger vers Saint-Loup (Manche). Donnant la date limite du 14. C’est pourquoi j’ai pris mes dispositions de voyage ; mais une délégation de neutres se rendit à Lille, s'entretint avec Percin et obtint que la mesure soit rapportée. Percin a permis aux étrangers de bonne conduite qui avaient leur propre argent ou un travail assuré dans les maisons de Valenciennes de rester dans cette ville. Seuls les indigents ou sans occupation stable devraient aller à Saint-Loup.
 
 Le 18 août, il y eut un grand tumulte dans la ville parce que les Anglais approchaient. Ils ont eu une magnifique réception. On leur a jeté des fleurs, on leur a donné du chocolat, du tabac, de la bière. Ils ont été applaudis et acclamés. C'étaient des hommes forts, rasés, rouges, de grande taille, à l'air calme et bon enfant. Ils étaient admirablement équipés. Ils n'ont montré aucune émotion. Ils ont fait une excellente impression.
 Du 18 au 20 deux divisions d'infanterie sont arrivées, soit plus de 30.000 soldats. Les chefs, très élégants, ont beaucoup dépensé. Le 20, ils sont tous partis pour la Belgique. Pas un seul Britannique n'a été revu à Valenciennes, car après la bataille de Mons, les troupes de French se sont retirés vers Cambrai.
 Le 24, je suis allé en vélo au pont Jacob, à la gare. Rencontre avec deux compagnies du 26ème territorial. Les soldats semblaient très fatigués, mais pas abattus. Ils m'ont avoué qu'ils se retiraient de Condé devant la pression d'une brigade de 5 000 Allemands. Ils parlaient de revenir plus nombreux.
 Quand je suis rentré à Valenciennes, j'ai relaté ma rencontre. Personne ne voulait me croire. Comment les envahisseurs étaient-ils si proches ? Cependant, il n'a pas fallu longtemps pour savoir que je disais la vérité.
 Le soir, le maire de Valenciennes à harangué la foule depuis un balcon de la mairie. En résumé, il a déclaré qu'il n'y avait pas de danger, car le lendemain, il y aurait 20.000 Anglais à Valenciennes. Le brave homme avait tort. Le lendemain, il y avait à Valenciennes, non pas 20.000 Anglais, mais 40.000 Allemands. Ce n'était pas exactement pareil.
 
 L'entrée des Teutons à Valenciennes ? Je m'en souviendrai tant que je vivrais. Il était sept heures et demie du matin du 25 août. Le bruit du canon avait été entendu très loin pendant la nuit. Soudain, quatre coups de canons d’affilée nous ont fait comprendre que les envahisseurs arrivaient. Ces quatre obus - à balles - avaient été tirés sur quatre immeubles propriété de l’administration postale. Ils ont causé des dégâts matériels, mais je ne sais pas s'il y a eu des victimes.
 Après cette annonce peu rassurante ont commencé à passer des colonnes d'hommes gris avec des casques. Les gens les regardaient derrière les fenêtres. Il n'y avait presque personne dans les rues.
 Comme à Valenciennes nous n'avions pas de soldat, les Allemands n'ont pas trouvé la moindre résistance. Ils se sont installés dans des bâtiments publics et ont publié des affiches dans un français relatif, menaçant de terribles représailles s’ils étaient dérangés. La population a souffert en silence la loi de la guerre.
 
 À neuf heures du matin, il y eut une horrible tragédie au dehors. Il y a une ville très agricole au sud de Valenciennes appelée Quérénaing. La distance est d'environ trois kilomètres. Quelques retardataires anglais et une brigade errante du 26ème territoire s'y étaient réfugiés. Il n'y avait pas quatre-vingts hommes. L'officier qui les avait en charge, ayant aperçu, sur la route venant de Valenciennes, des patrouilles allemandes, sortit des charrettes de la ville et les retourna sur le pont de chemin de fer pour que les Allemands, arrêtés par l'obstacle, perdent du temps. Je connais très bien le site. La route est en bas et la voie ferrée est en hauteur, sur une rampe.
 L’avant-garde teutonne est arrivée. Ils ont été suivis par des batteries de petit calibre. Les franco-anglais ont résisté un peu de temps sous la protection des charrettes. Puis ils sont partis pour Le Cateau et les Allemands ne les ont pas beaucoup poursuivis.
 Mais un détachement de Teutons entra dans Quérénaing et découvrit les noms et adresses des propriétaires des charrettes. Ceux-ci ne s'étaient pas enfuis, à cause des brefs combats dont j'ai parlé, vous ne pouviez pas voyager sur la route sans recevoir une balle. Ils étaient en ville en attendant que le calme soit rétabli. Cela les a perdus. Les Allemands les ont tous tués - 20 hommes et 2 femmes - malgré leurs cris, leurs larmes et leurs supplications. L'exécution s'est déroulée contre le mur d'un château* appartenant à un commandant à la retraite, qui se trouvait à une centaine de mètres des dernières maisons de Quérénaing. Puis, tout le village a été incendié à une vitesse étonnante. Le maire était malade et n’a pu quitter son lit à temps. Il a été brûlé vif.
 
 Nous avons appris tout cela à Valenciennes parce que les survivants de Quérénaing se sont réfugiés dans la ville, où on les secourut comme on pouvait. J'ai parlé à l'un des fugitifs, qui m'a dit qu'il était très choqué que les Allemands aient respecté le château* du commandant à la retraite que j’ai mentionné.
 Mais deux jours plus tard, ce château* a été saccagé sur l'ordre d'un colonel allemand qui, si je me souviens bien, s'appelait Kentzel, ou quelque chose du genre. Tous les meubles ont été mis dans des voitures et envoyés en Belgique.
 Le 25 août, le maire de Valenciennes a publié une proclamation recommandant l'ordre absolu afin que la ville et ses habitants ne soient pas punis. L'avertissement n'était pas nécessaire.
 Il a commencé à passer, à partir du 26 août, d’innombrables colonnes de troupes de toutes armes, infanterie, cavalerie, artillerie, ingénieurs, pontonniers, mitrailleuses. C'était une marée humaine qui couvrait les champs et les routes. Comme j'étais neutre, je suis allé dans les environs pour voir le passage des armées allemandes. J'étais très calme et j'étais intéressé par le spectacle. Bien sûr, à l'intérieur, j'ai fait vœu pour le triomphe de la France, pays où je gagnais mon pain et pour lequel j'avais de l'affection.
 
 Les soldats allemands, en passant par Valenciennes, chantaient leurs hymnes guerriers, de préférence Deutschland über alles et la Garde sur le Rhin. Ils ont crié : "Allons à Paris". Ils semblaient sûrs du triomphe.
 Un jour, j'étais devant chez moi au Faubourg de Paris. Un capitaine marchait devant une compagnie. Il a regardé la plaque de ma rue et m'a dit en passant : "C'est encore loin Paris ?
 — Deux cent vingt kilomètres, Capitaine, répondis-je avec étonnement.
 — Mais ne sommes-nous pas en banlieue parisienne ? Dit-il en montrant le panneau de rue.
 — Non, nous sommes à Valenciennes - dis-je encore plus surpris. - C'est le nom de la rue.
 Il haussa les épaules d'un geste de doute et s'en alla. Je suis entré dans ma maison, faisant diverses réflexions.
 Je me souviens aussi qu'un général qu'on disait être un prince, en passant par Valenciennes, a jeté aux enfants des poignées de monnaie allemande. Il leur dit : "Vous voyez que l'Allemagne est généreuse !"
 
 Tous les entrepôts ont été vidés avec méticulosité et ordre. Ils ont commencé le pillage par ceux dont les propriétaires s'étaient enfuis, mais ont ensuite continué avec les autres. Le peuple, résigné, attend le retour des Français et de leurs alliés.
 On savait que Maubeuge, place forte de la frontière, près de Valenciennes, résistait au dur siège des Allemands. Mais le 7 septembre, à une heure de l'après-midi, des soldats de sa garnison sont arrivés près de Valenciennes.
 Ils ont dit que Maubeuge avait capitulé et qu'eux-mêmes et d'autres avaient réussi à s'échapper. Ils ont demandé s'il y avait beaucoup d'Allemands à Valenciennes. On leur a répondu qu'il n'y avait qu'un détachement de 200 hommes, mais qu'à chaque instant des troupes allemandes arrivaient de Belgique.
 J'estime qu'environ 2 000 soldats de Maubeuge se sont échappés avec des canons. Ils ont pris la direction de Douai. Un peloton d'entre eux a tendu une embuscade près d'Orchies et a fait feu contre une voiture où un général allemand et ses assistants. Les Allemands se sont vengés en abattant de nombreux habitants de cette ville. Ils ont dit que les coups de feu avaient été tirés par eux et non par des soldats réguliers.
 
 À cette époque également, les Allemands avaient abattu le prêtre des habitants de Maing. Maing est très proche de Valenciennes. Le pauvre marchait avec son vélo sur la route. Une sentinelle l'arrêta. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre eux. La vérité est qu’une patrouille a emmené le prêtre à l’église Notre Dame de Valenciennes. Il a passé deux jours enfermé dans sa sacristie. Un prêtre catholique allemand allait lui tenir compagnie. Il croyait que rien ne lui arriverait à Valenciennes, mais il a été condamné à mort pour espionnage. Le malheureux se rendait à Valenciennes quand il a été arrêté, pour faire quelques courses et se renseigner auprès de plusieurs amis. Le maire a demandé sa grâce, qui lui a été refusée, et la sentence a été exécutée.
 
 Un après-midi, au Faubourg du Poirier, j'ai été témoin de l'incident suivant. Un officier allemand faisait du vélo. Il a cassé une roue et l'officier a commencé à jurer dans sa propre langue. Soudain, il s'est calmé. Il avait vu un petit garçon s'approcher, pédalant vigoureusement. Il s'est approché de lui, l'a arrêté, l'a forcé à descendre, a pris le vélo et a laissé celui qui était cassé derrière lui. Mais le garçon a commencé à pleurer et à dire que la bicyclette n'était pas la sienne, qu'il devrait la payer, qu'il manquait d'argent, que son père le frapperait. Je me suis approché pour le réconforter, quand j'ai entendu un grand bruit. C'est  l'officier qui revenait, monté sur le vélo du garçon. Je pensais que, ému par son désespoir, il allait le lui rendre. Mais les choses se sont passées différemment.
 Quand il était tout près, il a crié en français : "La ferme, Apache." Et il lui a tiré dessus avec un revolver. Le petit garçon est tombé par terre. La balle lui avait traversé le bras. Je suis venu l'aider. Pendant ce temps l'officier était parti, toujours à vélo. Je ne l'ai jamais revu.
 
 Le 23 septembre, un avion français a survolé Valenciennes. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues et sur les places. Il y a eu des applaudissements, des acclamations. C'était un délire patriotique qui pouvait coûter très cher, car la garnison allemande s'inquiétait, sortait et pointait ses fusils vers les groupes. Quelques notables sont intervenus et il n'y a pas eu de catastrophe. L'avion a été perdu de vue, après avoir largué quatre bombes sur la gare, où il y avait mouvement de trains militaires allemands.
 Trois jours plus tard, mon malheur a commencé. Le 26, à cinq heures et demie de l'après-midi, je suis retourné à mon logement au Faubourg de Paris. Je n'ai pas dit que j'étais le seul invité chez une veuve.
 
 Peu après avoir été enfermé dans ma chambre, allongé sur mon lit, j’ai entendu frapper à la porte de la rue, frapper fort. Je ne savais pas pourquoi j'étais si alarmé. Sans aucun doute, les intuitions sont réelles.
 Un officier allemand est entré accompagné d'une patrouille. Et entre lui et moi il y eut le dialogue suivant en français:
 — Êtes-vous un mécanicien ?
 — Oui monsieur. J'ai travaillé à la maison Cail.
 — Bien. Nous avons besoin de vous. Venez avec moi
 — Pour quoi faire ?
 — Je n'ai pas à donner d'explications.
 — Excusez, monsieur l'officier. Je suis citoyen d'un pays neutre,
 — Ça n'a pas d'importance. Nous voulons que vous travailliez à la gare, où un atelier de réparation de locomotives a été installé.
 — Je ne peux pas vous obéir. Je suis Espagnol. L'Espagne n'est en guerre avec aucun pays. Laissez-moi ici. Vous trouverez d'autres travailleurs.
 L'officier était enragé. Nul doute qu'il n'était pas habitué à trouver de la résistance.
 "Vous n'êtes pas espagnol", cria-t-il avec colère. Vous êtes français.
 — Je suis espagnol et je vais le prouver.
 J'ai ouvert une malle et sorti mes papiers. Ils étaient en ordre. L'officier a regardé d’un bout à l’autre.
 — D'accord, dit-il après quelques instants. Nous allons faire l'inventaire de tout cela.
 Mes deux malles étaient ouvertes, j'avais mes vêtements, mes économies et quelques bijoux modestes. Le tout pouvait valoir environ 4 500 francs. L'officier a dicté et l'un des soldats a écrit. Ensuite, il a gardé tous mes documents, l'argent que j'avais dans mes poches et mon inventaire, et a répondu:
 — Nous allons l'envoyer dans votre pays par la Suisse. Suivez nous Nous allons vous emmener à la gare.
 — Et mes malles ? Dis-je avec une petite appréhension.
 — Elles seront également conduites à la gare. Mes hommes vont les porter.
 Ce fut ainsi. J’ai dit au revoir à la logeuse. Heureusement je ne lui devais rien. Je lui avais donné un peu d’argent à l’avance et j’avais encore quelques francs.
 A pied par les rues de Valenciennes nous arrivons à la gare. Les soldats nous ont suivis avec les deux malles.
 
 Il faisait déjà nuit lorsque nous sommes entrés sur le quai. L'officier m'a laissé avec ses hommes et est parti avec mes documents.
 C'était long Les coffres avaient été placés côte à côte, près d'un mur. Moi, assis sur un banc, j'ai pensé que je verrai bientôt l’Espagne.
 Ma conscience ne m'a pas accusé d'avoir mal agi en refusant de réparer des locomotives pour l'Allemagne. Tout d'abord, j'étais espagnol et les Allemands ne pouvaient pas me faire de mal légalement. De plus, j’étais dégoûté de faire quoi que ce soit contre la France, une nation où j'avais confortablement gagné ma vie. Enfin, je croyais, comme tout le monde, que d'ici la fin de l'année, il y aurait la paix. Je voulais garder mon emploi de mécanicien chez Cail. Mais si les Valenciennois me voyaient travailler pour les Allemands, les aider à réparer des locomotives, ils me détesteraient, ils me considéreraient comme un ennemi, et après la paix, la vie deviendrait impossible pour moi, non seulement dans la ville, mais dans la région entière.
 Je pensais à toutes ces choses quand deux officiers se sont approchés. L'un d'eux était celui qui s'était présenté l'après-midi à mon logement. L'autre est un inconnu.
 Le premier m'a pointé du doigt et a dit au second quelques mots en allemand, que, bien sûr, je ne comprenais pas. En même temps, il lui a donné un morceau de papier.
 — Et mes papiers ? Et mes malles ? ai-je dit.
 — Tout vous sera rendu à la frontière suisse. Suivez l'officier, répondit celui qui m’avait appréhendé dans l'après-midi.
 Et il s'est éloigné à grands pas. Puis il s'est retourné et m'a crié d'une voix ironique : Bon voyage ! Il s'est perdu dans l'ombre qui enveloppait une grande partie de la gare. Je ne l'ai jamais revu. Je ne connais pas son nom, s'il est encore en vie.
 
 L'autre officier m'a ordonné de le suivre, et ensemble nous sommes montés à bord d'un train de voyageurs, complètement vide, qui était sur le point de partir. Nous n'avions pas de billet, et ce n'était pas nécessaire. Personne ne nous l'a demandé.
 Je n'avais peur de rien. J'étais convaincu que le lendemain, au plus tard, je serais en Suisse. Cependant, j'étais inquiet pour les malles et j'ai demandé à l'officier ce qu'elles étaient devenues.
 — Tes malles ? - répondit-il. - Je ne sais rien du tout. Mon compagnon en aura pris soin.
 Le train a démarré. A chaque gare, il a fait des arrêts de plusieurs heures. J'avais faim et soif, mais je n'osais pas bouger. Fatigué, je me suis endormi. Quand je me suis réveillé, il faisait déjà jour et j'étais à Mons. L'officier était descendu. D'une fenêtre je l'ai cherché à travers la gare. Je devais le retrouver immédiatement, car il avait mes documents et je manquais de ressources.



Laissons l'écrivain espagnol Jacinto Octavio PICON de l'académie royale espagnole et qui a écrit le préface du livre faire le résumé de la suite :

 [Le lendemain] j'étais à Mons. Avec une brutalité inouïe, on me poussa contre un wagon, et, me soulevant, on me précipita entre des prisonniers français, belges, anglais, civils, militaires ; c'était un enfer où l'on était entassé, où les blessés agonisaient sur de la paille pourrie, parmi le sang, l'urine, les excréments, les vomissements. Brûlés par la fièvre, étouffés par la soif, sans air par une chaleur torride, sans soins, nous étions comme des bestiaux abandonnés dans des cavernes roulantes.
Nous arrivâmes, le 1er octobre, à cinq heures du matin, à Zossen-Bunsdorf.
Dans les wagons il y avait des morts et des mourants ; ceux qui pouvaient se tenir encore debout furent conduits au camp de prisonniers. J'étais du nombre.
 Ce camp se composait d'un grand espace clos par des fils de fer barbelés ; rien d'autre que la terre et la clôture. Nous y trouvâmes plus de 15.000 hommes : Français, Anglais, Russes et Belges. On remit à chacun de nous une assiette en fer blanc, une cuillère, une couverture et... « Arrangez-vous... »
Dans le sol sablonneux, les prisonniers avaient creusé, à l'aide des assiettes et des cuillères, des trous dont ils s'accommodaient pendant la nuit. Ceux qui n'avaient pas de trou dormaient à la belle étoile.
Je me présentai au commandant du camp pour expliquer mon cas ; il me répondit : « Vous êtes un menteur!... Vous êtes Français!... »

 Torras fut transporté de Zossen à Chemnitz ; le voyage avait été horrible ; on l'installa avec d'autres malheureux prisonniers, dans les écuries d'une caserne d'artillerie.
En janvier 1915, il fut interrogé par un officier allemand nommé D'Avignon, et le dialogue suivant s'engagea ;
— Tu n'es qu'un farceur!... Tu n'es pas Espagnol, mais Portugais !... Voici ton dossier ; tu vas le signer.
— Je ne signerai pas !... Je suis Espagnol !...
— Je te ferai fusiller !...
— Je ne signerai pas !...

 D'Avignon, poursuit Torras dans son récit, fit signe à un soldat qui me donna un coup de baïonnette, me blessant au cou. Le sang gicla. Je criai. La scène fut terrible. Le soldat m'empoigna, me jeta dans un cachot, Le sang continuait à couler et je perdis connaissance...
Quatre jours après on me reconduisit à l'écurie où je retrouvai mes compagnons d'infortune. Un Français put se procurer de la charpie et de l'iode ; il me pansa pendant plusieurs semaines et réussit à me guérir.

Nous étions là-bas 4.000 prisonniers environ, couverts de saleté et de vermine, assoiffés, affamés. A nos réclamations, le vieux capitaine répondait :
— C'est assez bon pour des coquins de Français comme vous autres!... »

 Torras a passé ainsi vingt et un mois. De Chemnitz il est envoyé à Gross-Poritsch. Dans tous les camps ou dépôts de prisonniers il a été témoin de véritables scènes de sauvagerie. Il raconte des faits qui font monter la rage au cœur, les larmes aux yeux !...

 

VT

 Il ne sera libéré que le 1er juillet 1916 au matin duquel il quitte le camp de Gross-Poritsch (maintenant Porajów en Pologne, à la frontière actuelle avec l'Allemagne, non loin de ce qui est devenu la Tchéquie) pour Dresde, Lindau, Munich et enfin la Suisse par le lac de Constance - qu'il doit payer pour traverser -, puis Berne d'où il finira par regagner l'Espagne.

 

 Le livre sera publié à partir de ses notes, qu'il avait pu soustraire à la dernière fouille lors de sa libération.

SE IMPRIMIÓ
Un Español prisionero
de los Alemanes
EN LA
TIPOGRAFÍA ARTÍSTICA
CERVANTES, 28
MADRID
1916


 N'ayant évidemment récupéré ni ses malles ni son pécule, il essayera d'obtenir des indemnisations de l'Allemagne. C'est au contraire celle-ci, qui, par l'intermédiaire du prince de Ratibor, ambassadeur d'Allemagne, déposera une plainte à la suite de la parution du livre, ce qui le fera comparaître en décembre 1917 devant un tribunal espagnol pour diffamations.......



30 octobre 2018

De l'occupation à la libération.

 

     Le 31 octobre, les Allemands se faisaient battre par les Anglais, d'une part près d'Audenarde, en Belgique, et dans le secteur Valenciennes-Le Quesnoy.

Le 1er novembre, au sud de Valenciennes, les troupes anglaises et canadiennes franchissaient les passages de la Rhonelle, prenaient les villages de Maresches et d'Aulnoy, et atteignaient la ligne de chemin de fer dans les faubourgs sud de Valenciennes. Parlant des opérations dans la région de Valenciennes, le communiqué britannique disait : "Le 17° corps, sous le commandement du général Ferguson, et le 22°, sous les ordres du général Godley, ont enlevé les hauteurs au sud-est de Valenciennes, et, ce matin, poussant en avant, se sont emparés du village de Préseau. Plus au nord, les troupes canadiennes, commandées par le général Currie, après un dur combat aux lisières de Valenciennes, ont réussi à traverser la ville, qui est entièrement en notre pouvoir. "


Dès l'occupation de Valenciennes par nos alliés britanniques, l'officier supérieur français qui signe Pardiellan(1) pouvait la visiter. ll traduisait ainsi ses premières impressions : " Valenciennes est donc à nous. La ville a été reprise par la 4° division canadienne, a la suite d'une manœuvre très audacieuse que le succès a justifiée. Le cœur même de Valenciennes est intact ; mais on ne saurait en dire autant des faubourgs, ou plutôt des boulevards, car ils ont été assez malmenés. Celui de Famars, en particulier, a beaucoup souffert. Toutefois il faut se garder de porter un jugement définitif sur l'état de la ville, puisque, depuis quarante-huit heures, les Allemands la bombardent avec acharnement, en ayant soin de faire alterner des obus toxiques avec les projectiles incendiaires ; ensuite, il est très probable que l'ennemi a laissé dans certaines maisons des machines infernales. Hier, même, des incendies ont éclaté sur divers points du centre de la ville. L'hôtel de ville n'a pas été détruit ; c'est à peine s'il a été endommagé par un obus qui a brisé un motif décorant la façade. Plus heureux que les magasins de Cambrai et de Douai, ceux de Valenciennes ont leurs devantures intactes ; pas une vitre n'est cassée. Quant aux nombreuses collections qui faisaient la gloire de la ville, notamment ses admirables Watteau, l'ennemi les a mises en sûreté à Bruxelles, dit-il. Le tout est de savoir si on les y retrouvera. Les Allemands se sont montrés là tels qu'ils ont été partout ailleurs. Comme entrée de jeu, ils ont imposé une contribution d'un million. Puis sont venues des amendes sur le pied moyen de 80.000 marks par mois, sans préjudice d'une rafle aussi complète que possible du cuir, des matelas, du cuivre et de la lingerie. Ici, d'ailleurs, ils ont usé d'une manœuvre dont nous n'avions pas eu connaissance jusqu'à présent : dans tous les ménages où le mari et les fils étaient absents à un titre quelconque, ils ont ramassé les vêtements d'hommes et les ont expédiés en Allemagne. Cette opération avait été précédée naturellement d'une réquisition générale des effets et des chaussures existant dans les différents magasins de la ville. Grands amateurs de dentelles, les officiers allemands avaient trouvé le moyen de s'en procurer à des prix avantageux ; ils les réquisitionnaient et les payaient au poids, a raison de trois francs le kilo ! A une époque où ils ne savaient pas encore le moyen d'utiliser le papier, ils avaient pratiqué la saisie en masse des linons, batistes et fils à la main et s'en étaient servis pour fabriquer des sacs à terre. Dans ces derniers temps, ils recherchaient la lingerie commune et en donnaient le prix qu'on leur demandait. Tous ces articles partaient immédiatement à destination de l'Allemagne."


Le 3 novembre, sur le front de Valenciennes, la sévère défaite infligée aux Allemands pendant les deux journées précédentes les contraignait a abandonner leurs positions à l'est et au sud-est de cette ville. Les avant-gardes britanniques pénétraient dans les villages de Villers-Pol, Jenlain, Curgies, Estreux et Onnaing.


Le 4, une violente bataille se livrait entre la région à l'est de Valenciennes et les environs de Guise. Les Britanniques atteignaient, Sebourg et Sebourquiaux, la frontière belge. Au nord-est du Quesnoy, ils s'emparaient de Wargnies-le-Grand et de Wargnies-le-Petit. Plus au sud, ils marquaient dans la forêt de Mormal une avance de cinq kilomètres, jusqu'au village de Locquignol et au hameau des Grandes-Pâtures. Sur la lisière méridionale de la forêt, ils reconquéraient Landrecies. Nos alliés, après avoir traversé la forêt de Mormal, atteignaient Barzy-en-Thiérache, Grand-Fayt, Berlaimont, l'ouest de Bavay, Roisin et Fresnes.

le 4

Le 6 novembre, les Britanniques approchaient de Mons, de Maubeuge et d'Avesnes

in "Le panorama de la guerre"

(1) Il s'agit fort probablement de P. de PARDIELLAN, pseudonyme de Pierre Guillaume-Auguste VELING (1865-1929) Lt-Cel d'infanterie, auteur, outre ses interventions dans la presse, de livres à sujet militaire : "La vie militaire en Russie", "Aide-mémoire de l'officier français en Allemagne", "Guillaume II, son peuple et son armée à la fin de 1891" etc.

 

   Dans cette avancée britannique, les 4 divisions canadiennes forment, dans la première armée du général Horne, un "coin" qui s'enfonce dans la 17e armée allemande d'Otto von Below qui recule en protégeant sa retraite vers Mons ; Valenciennes est sur le chemin de la 4e division (en vert). Lorsque l'armistice fige les lignes de front la situation de nos libérateurs est la suivante.

douai_mons

     Les 5 armées de l'empire britannique (du Nord au Sud : 2e du Général Plummer, 5e du Général Birdwood, 1ère du Général Horne, 3e du Général Byng, 4e du Général Rawlinson), incluant les colonies, soient 64 divisions, se répartissent ainsi face à l'ennemi le 11/11/1918 à 11h :

Source: Externe

   Si la victoire est l'œuvre commune des alliés, la région allant pour le département du Nord de Cassel à Avesnes (130 km à vol d'oiseau) l'a été par les Britanniques, dont l'armée (dite Armée W) comprenait des soldats venus de fort loin : Canada et Terre-Neuve, Afrique du Sud, Kenya, Nigeria, Inde, Australie, Nouvelle Zélande. On peut se poser la question : en pareil cas, serions-nous allés à l'autre bout du monde  ???

15 avril 2018

A l'ouest rien de nouveau ....

      C'est le titre du livre bien connu de l'écrivain Allemand Erich Maria REMARQUE (22/06/1898 - 25/09/1970) : Im Westen nichts Neues écrit en 1929. Il y décrit principalement la guerre et ses abominations de façon réaliste. Une fois, cependant, il y évoque Valenciennes et le bon temps passé au repos :

 

 

 

 

 

extrait
A côté de moi siffle un petit obus. Je ne l'ai pas entendu venir et je suis saisi d'une vive frayeur. Au même moment une peur insensée s'empare de moi. Je suis là tout seul et presque perdu dans l'obscurité ; peut-être que depuis longtemps deux yeux m'observent d'un entonnoir et qu'une grenade est déjà prête à être lancée pour me mettre en pièces. Je cherche à me ressaisir. Ce n'est pas ma première patrouille et, de plus, elle n'a rien de particulièrement dangereux. Mais c'est la première fois que je vais en reconnaissance depuis mon retour de permission et je connais peu le secteur. Je me dis bien que mon émotion est stupide, que probablement dans l'obscurité rien ne me guette, autrement le feu ne serait pas si plat.
C'est en vain. Pêle-mêle, les pensées bourdonnent sous mon crâne : j'entends les exhortations de ma mère, je vois les Russes aux barbes flottantes s'appuyer au grillage ; j'ai devant moi l'image claire et merveilleuse d'une cantine avec des sièges, celle d'un cinéma de Valenciennes ; dans mon imagination douloureuse, je vois l'horrible bouche grise d'un fusil implacable qui se déplace sans bruit en me menaçant et qui suit les mouvements de ma tête. La sueur me coule par tous les pores.
Je suis toujours couché dans mon trou. Je regarde l'heure ; il ne s'est écoulé que quelques minutes. Mon front est mouillé, mes orbites sont humides ; mes mains tremblent et je halète tout bas. Ce n'est qu'un terrible accès de peur, une peur vile et intense d'allonger la tête et d'avancer.

 

     L'auteur - ou son personnage- revient de permission et contrairement à ce qui avait été avancé ne va pas sur le front Russe.  Peut-être n'est-il pas passé à Valenciennes, où de toutes façons personne ne se souviendrait l'avoir croisé, mais c'est une de ces réminiscences qui humanise le soldat, quelque soit sa nationalité.

 

 

22 septembre 2016

Bombardements 1916

 

Précédent : 1915 Valenciennes et l'aviation Suivant : 1917

 

     Voulant agrandir, nous l'avons dit, le champ d'aviation, le mercredi 5 janvier 1916, l'un des propriétaires voisins, M. Henri Dupont, reçut l'ordre péremptoire de mettre, dans les vingt-quatre heures, sa maison de la Briquette à la disposition du parc d'aviation. Il ne pouvait emporter aucun meuble, aussi fut-il forcé d'accepter l'hospitalité de l'un de ses amis.
Il obtint cependant de laisser sa vieille cuisinière pour garder la maison.

     Le mardi 11 janvier 1916, à trois heures et demie du matin, une formidable explosion nous réveilla en sursaut, faisant trembler les maisons. Je pensais même qu'un dirigeable venait de laisser tomber une bombe sur le Musée tout proche, en entendant le fracas des vitres.
Le matin nous apprîmes que cette explosion avait eu lieu à Saint-Sauveur près de Lille, où les Anglais avaient fait sauter un dépôt de munitions.
Le lieutenant Kollmann, qui logeait chez moi, me dit que les Allemands étaient persuadés que les Anglais avaient creusé un souterrain. Il ajouta que le trou causé par l'explosion était grand comme notre place d'Armes, et que les usines qui se trouvaient à proximité étaient complètement détruites.
L'abbé Eberlé, que je rencontrai chez ma sœur, Mme Delcourt me dit qu'il y avait cent deux tués français, et vingt-huit allemands.
Le plus extraordinaire, c'est que nous ayons ressenti une telle secousse, Lille étant à 54 kilomètres de Valenciennes.
[il s'agit de l'explosion dite "des dix-huit ponts"

 

18ponts13

 

pour plus de voir par exemple ce site ]


Le jeudi 13 janvier 1916, un dirigeable français passant au-dessus de Saint-Saulve, abattit un avion allemand qui le poursuivait; celui-ci alla tomber à Quarouble. Malheureusement, à Wallers, un avion anglais était abattu, et les deux aviateurs tués.
De grands combats aériens devaient se préparer, car les Allemands activaient les travaux de l'aérodrome.


Le 10 mars 1916, les avions français venant plus souvent nous rendre visite, les Allemands se mirent sur leur garde, et plongèrent tous les soirs la ville dans l'obscurité.
Le Commandant Priess adressa au Maire la lettre suivante :

" Je vous prie de donner tout de suite, des ordres aux habitants de toutes les maisons, ayant des façades non garnies de volets  pour qu'ils abaissent les stores des fenêtres aux façades, dès la tombée de la nuit.
" Ceux qui n'en ont pas, devront s'en munir, les plus opaques que possibles.
" Les étalages des magasins ne devront plus être éclairés, ou avoir des stores épais.

Les Allemands, de leur côté, réquisitionnèrent des étoffes pour doubler les stores du Lycée de jeunes filles, afin qu'aucune lumière ne perçât. D'ailleurs, leurs avions faisaient des rondes le soir, et dès qu'ils apercevaient une lumière, les gendarmes se rendaient à l'immeuble indiqué pour faire un procès.

Le 12 août 1916, par une chaleur tropicale, nous reçûmes, à trois heures de l'après-midi, la visite de cinq avions français se dirigeant vers la Belgique. L'un d'eux, avec une hardiesse émotionnante, descendit à 300 mètres environ, au milieu des obus. Les soldats tiraient de leur côté sans atteindre ce vaillant aviateur, que nous suivions des yeux avec anxiété. Après avoir agité un drapeau rouge, il laissa tomber quelques bombes sur les voies de chemin de fer, qui furent endommagées. Malheureusement, quatre civils furent tués, dont un chef cantonnier; un autre ouvrier, transporté à l'hôpital militaire, subit l'amputation d'un bras. Ce ne furent pas les dernières victimes civiles de l'aviation. Il faut dire que beaucoup de Français, à mon exemple, je dois le dire, au lieu de se réfugier dans les caves, suivaient passionnément les péripéties poignantes de ces combats aériens.

Le dimanche 14 août 1916, la canonnade redoublant, la Commandature, qui s'attendait à recevoir la visite d'une quarantaine d'avions français et anglais, était très inquiète. Aussi, dans toutes les maisons, les officiers demandaient-ils à voir les caves pour s'y réfugier en cas de danger.


Les alertes d'avions furent très nombreuses depuis cette époque jusqu'en avril 1917, mais je ne les ai pas mentionnées, la population civile n'ayant pas eu à en souffrir.

Extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

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10 mars 2019

Déporté Résistant au titre de la grande guerre

     Alors que la notion de déporté apparaît clairement durant la première guerre, même si elle se confond souvent avec internés et prisonniers, tous civils, les actes de résistance à l'envahisseur, quels qu'ils soient, ne débouchent pas sur la notion de "Résistance organisée" comme sera le cas durant la seconde guerre mondiale.

Le statut des déportés et internés résistants est défini par la loi du 6 août 1948.
Si dans l'article premier, je cite : "La République française reconnaissante s’incline respectueusement devant la mémoire des martyrs de la barbarie nazie et fasciste qui ont contribué à sauver la patrie, salue leurs familles et rend hommage aux rescapés de la Résistance dont elle proclame les droits.", rien dans les articles suivants ne lie le statut de déporté-résistant exclusivement à la guerre qui vient de se terminer.
L'article 2 commence par "Le titre de déporté résistant est attribué à toute personne qui, pour acte qualifié de résistance à l’ennemi, a été :
1° Soit transférée par l’ennemi hors du territoire national, puis incarcérée ou internée dans une prison ou un camp de concentration ;
2° Soit incarcérée ou internée par l’ennemi dans les camps et prisons du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle;"

     De fait, en parcourant les états de services militaires de certains hommes des territoires occupés durant la grande guerre - le plus souvent parce qu'ils ont été distingués dans les années 1920 -, mobilisables durant l'occupation mais qui n'ont pu rejoindre, ainsi que ceux dont l'état des services porte la mention "Non recensé en temps utile par suite d'un cas de force majeure"
 

NRTU


(parfois suivie dans le Nord de la formule "Retrouvé en pays reconquis"), il arrive que l'on trouve mention de la reconnaissance vers 1957-58 de la qualité de déporté-résistant .

     Si ce n'est pas vrai pour tout ceux qui furent dans le même cas, c'est qu'il fallait prouver ces actes de résistance, notamment pour ceux qui ont tenté de rejoindre la France libre via la Hollande mais ont été capturés, qu'ils soient -probablement- encore en vie et que quelqu'un ou un organisme se charge de faire la demande.

      Voici ceux dont j'ai connaissance, la liste sera complétée au fur et à mesure ; le 23/06/2025 le site Mémoire des hommes a mis en ligne des cartes de déportés résistants :

 
BISIAUX Lucien (M.), agriculteur à Fontaine-au-Pire (Nord). Médaille de la reconnaissance française, JORF du 19/06/1923.
  Bronze



Voulant se rendre en France non occupée pour être incorporé, a été arrêté, le 10 juin 1915, et fait prisonnier à la frontière de Hollande ; maintenu pour ce fait pendant deux mois en cellule à Aix-la-Chapelle, a été dirigé ensuite sur Darmstadt, où il a travaillé dans une ferme jusqu'à l'armistice.
BISIAUX Edouard Lucien né le 26/10/1897 à Caudry (Nord) de Jules et LERICHE Elise.
Il ne semble pas y avoir de fiche à son nom dans les archives du CICR. "Non recensé en temps utile par suite d'un cas de force majeure" (sic), il est affecté au 81e RI dont il sera libéré le 16/09/1919. Cependant, avec la guerre suivante, la notion de déporté résistant va apparaître, et son état des services (Matricule 2387, classe 1917 Cambrai) porte la mention suivante :

Déporté-Résistant

 

 
BEAUBE Paul-Émile (M.) Mouleur à Saint-Michel (Aisne). Médaille de la reconnaissance française, JORF du 11/03/1923.
  Argent

A logé et ravitaillé pendant 11 mois un aviateur français. Condamné aux travaux forcés à perpétuité (27 mois d'internement).
Né le 31/03/1889 à St Michel, de Jean Baptiste et FLEURY Zélie, il épouse Marguerite-Blanche Berteaux le 12/07/1888. Il est incarcéré à Rheinbach en Nov. 1916 et à Cassel/Wehlheiden en Jan. 1917.
De la classe 1909, il avait été ajourné puis exempté, maintenu tel car "en pays envahi à la mobilisation" (Hirson est envahi par la 2e armée allemande le 28 août 1914). Ce n'est qu'en 1957 qu'il sera comme de rares autres considéré comme déporté-résistant. (Etat des services : matricule 173, classe 1909 Saint-Quentin)

Beaube DR

 

 

DUPONT Charles-René-Edouard-Joseph (M.) Cultivateur à Bevillers (Nord). Médaille de la reconnaissance française, JORF du 11/03/1923.

  Argent


Arrêté en Belgique le 1er juin 1915 au moment où il tentait de franchir la frontière hollandaise emprisonné a refusé de dénoncer les personnes ayant facilité son départ et a été interné en Allemagne pendant trois ans et demi (Holzminden et Senelager).
Né à Bevillers le 11/03/1897, sa fiche aux archives de la Croix-Rouge porte la mention "fait prisonnier à Kalmetut", en réalité Kalmthout dans la province d'Anvers, à 3km de la frontière hollandaise. Probablement d'ailleurs ne savait-il pas que celle-ci était barrée par le "Dodendraag" (câble de la mort), clôture électrifiée dressée par l'occupant le long de la frontière belgo-néerlandaise, à moins qu'un passeur ne l'accompagnât.

doodendraad

"Non recensé en temps utile, cas de force majeure" (sic) il est appelé avec sa classe en 1919, et sert 3 mois au 3e dragons.
Son état signalétique et des services (matricule 1751, classe 1917 Cambrai) porte cependant un décompte de sa captivité comme déporté résistant, incluant celle-ci comme service militaire actif dans la zone de combat :

DR DupontIl décède à Etroeungt en 1973

 

 
FROEHLY Paul-Dominique (M.) Débitant de tabac à Lille (Nord). Médaille de la reconnaissance française, JORF du 11/03/1923.
  Argent



En juin 1917 à 18 ans a tenté de rentrer en France par la Hollande. Arrêté à Esschen a été emmené à Anvers et a subi 6 mois de cellule. A l'expiration de sa peine a été transporté en Allemagne et interné dans de camp de Holzminden jusqu'en novembre 1918.

Né le 22/04/1899 à Tourcoing de Joseph et FOVEAU Anselmia, le CICR le mentionne à Holzminden en novembre 1917.
"Non recensé en temps utile, cas de force majeure" (sic) il est appelé avec sa classe en 1919, et sert au 1er puis au 5e régiment de Cuirassiers.
Le décompte de ses campagnes est le suivant :
Contre l'Allemagne du 29/06/1919 au 23/10/1919,
Occupation de la Rhénanie du 24/10/1919 au 24/03/1921.
(il sera de nouveau mobilisé de septembre 1939 à juillet 1940)
Son état signalétique et des services (matricule 4249, classe 1919 Lille) porte cependant un décompte de sa captivité comme déporté résistant, incluant celle-ci comme service militaire actif dans la zone de combat :
ResistanceIl décède à Tourcoing le 21/12/1962
A noter que le nom est écrit FROCHLY dans les actes, jusqu'à la demande de rectification faite en 1982.

 

 
LEROY Alfred (M.), ouvrier métallurgiste à Bermerain (Nord). Médaille de la reconnaissance française, JORF du 19/06/1923.
 

Bronze

Fait prisonnier par les Allemands en 1915, au moment où il essayait de franchir la frontière de Hollande pour rejoindre les troupes françaises, a été incarcéré jusqu'à l'armistice.
LEROY Alfred né le 08/05/1895 à Anzin de Jean-Baptiste et PAYEN Ruffine. Initialement matricule 2131 à Reims pour cause de résidence à Auxonne, inscrit à Cambrai matricule 2276 classe 1915 "Non recensé en temps utile par suite d'un cas de force majeure" il est affecté le 18/07/1919 au 1er régiment de Dragons, libéré le 03/09/1919.
En 1954 il obtiendra le statut de déporté résistant eu égard au comportement qui lui vaut la citation ci-dessus ; de ce fait la période du 22/07/1915 au 19/11/1918, soit 3 ans, 9 mois 20 jours sera comptée (double) comme service militaire actif dans la zone de combat et dans une unité combattante.

DR1
Etat des services : matricule 2279, classe 1915 Cambrai

Il ne semble pas y avoir de fiche à son nom au CICR.

 

 

22 avril 2017

Civils des territoires occupés : Ont bien mérité du pays.

 

Légion d'honneur attribuée à titre posthume, victimes civiles : 1922, 1923, 1924

 


Décret de 1922

MINISTÈRE DE L'INTERIEUR

 Par décrets du Président de la République en date du 2 Août et 16 septembre 1922,
  Vu les déclarations du conseil de l'ordre en date des 17 juillet et 2septembre 1922, portant que les promotions faites aux termes des présents décrets n'ont rien de contraire aux lois, décrets et règlements en vigueur ;
  Vu l'article 2 de la loi du 16 août 1920 ;
  Sur la proposition du ministre de l'intérieur,

  Sont nommés, à titre posthume, au grade de chevalier de l'ordre national de la Légion d'honneur :

 

   Suit une liste de noms avec les raisons d'attribution ; je ne fais que citer les noms, professions, villes et date de décès, les faits décrits sont visibles au Journal Officiel du 26/09/1922, (pp 9698 et 9699). A une exception près ce sont des habitants de l'Aisne.

 

  • M. Denoyon (Anatole-Alexis), conseiller d'arrondissement de Coucy-le-Château (Aisne). 25/12/1914.
  • M. Michel (Auguste-Charles), commandant de sapeurs-pompiers de Vailly (Aisne). 30/10/1914.
  • M. Desjardins (Jules), maire de Renoncourt (Aisne). après mars 1917.
  • M. Pechenard (Pierre-Louis), évêque de Soissons (Aisne). 25/10/1920.
  • M. Roquin (Daniel-Paul-Eugène), maire de Coucy le Château (Aisne). 16/01/1917.
  • M. Gladieux (Charles), employé de commerce à Vaux-Andigny (Aisne). 16/10/1918.
  • Mme Drubigny (Thérèse-Isalie), née Defer, cultivatrice à la Hérie (Aisne).01/03/1919.
  • M. Demoulin (Félicien-Emile), employé de chemins de fer à Chauny (Aisne). 13/07/1918.
  • M. Lemaire (Donation-Edouard dit Antony), propriétaire à Dizy-le-Gros (Aisne). 25/03/1918. (Cf otage Lithuanie)
  • M. Plateau (Auguste-Brice), conseiller municipal de Connigis (Aisne) (y né). Fusillé en 1914. (Le JO et la base Léonore disent "à Lannoy-Aisne' je ne l'ai trouvé nulle part.)
  • M. Letombe (Ernest-Louis), curé de Martigny, canton de Craonne (Aisne). 09/01/1919.
  • M. Leguery (Edouard-Gustave-Adolphe), Maréchal ferrant à Chouy (Aisne). 11/09/1914.
  • Mme Leblon, née Lefebvre (Flavie-Clémence), rentière à Saint-Martin-Rivière (Aisne). sd. (notée comme internée à Milejgany. Il n'y eut jamais de femme. Probablement Holzminden)(Cf otage Lithuanie)
  • M. Fricoteaux (Aristide-Eugène), maire de Anguilcourt-le-Sart (Aisne). sd. voir
  • M. Evrard (Henri-Emilien, dit Auguste), cultivateur A Anguilcourt-le-Sart (Aisne). 14/03/1916. voir
  • M. Derbois (Auguste Alphonse-Alexandre), garde champêtre à Anguilcourt-le-Sart (Aisne). 14/03/1916. voir
  • M. Bleuze (François-Achille, dit Alexandre), propriétaire herbager à Laigny (Aisne). 08/03/1916.
  • M. Cambray (Désiré), ouvrier de scierie à Pierremande (Aisne). 04/09/1917.
  • M. Baillia (Nicolas), demeurant à la Malmaison (Aisne). 15/07/1917
  • M. Watin (Adrien-André-Joseph), charpentier à Vaurexis (Aisne). 18/09/1914.
  • M. Watin (Léon-André), demeurant à, Vaurexis (Aisne). 18/09/1914.
  • M. Tourolle (Joseph-Cyrille-Adolphe), apprenti maçon, à Parfondeval (Aisne). 08/11/1918.
  • M. Oudelet (André-Clément), garçon boulanger à Monceau-les-Leups (Aisne). 15/04/1918. (voir)
  • M. Lebeau (Joseph-Donat), mécanicien à Chalandry (Aisne). 01/09/1914.
  • M. Fossier (Félix-Alexandre), maire de la Malmaison (Aisne). sd.
  • M. Caron (François, dit Victor), cultivateur à Vaurezis (Aisne). 18/09/1914.
  • M. Bonnaire (Charles), garde-champêtre à Festieux (Aisne). 13/04/1917.
  • M. Adam (Charles-Léon), garçon boulanger à Monceau-les-Leups (Aisne). 16/04/1918. (voir)
  • M. Winsback, pharmacien à Briey (Meurthe-et-Moselle). 21/08/1914.

 

 

 


Décret de 1923

MINISTÈRE DE L'INTERIEUR

  Par décret du Président de la République en date du 21 septembre 1923,
  Vu les déclarations du conseil de l'ordre en date des 6 mai, 9 août, 6 octobre 1922 et 25 août 1923, portant que les promotions faites aux termes du dit décret n'ont rien de contraire aux lois, décrets et règlements en vigueur ;
  Vu l'article 2 de la loi du 16 août 1920, complété par la loi du 14 avril 1923 ;
  Sur la proposition du ministre de l'intérieur,

  Sont promues ou nommées à titre posthume dans l'ordre national de la Légion d'honneur, les personnes ci-après désignées, décédées antérieurement au 16 août 1920 qui ont bien mérité du pays au cours de la guerre pendant l'occupation ennemie dans les régions envahies.

 

Le JORF

(pp 9900 à 9903) disponible sur Gallica n'est malheureusement pas suffisamment bien imprimé pour permettre une publication en version texte, en voici donc la liste des 397 noms, sachant que le texte original fait apparaître prénoms et communes, répartis par départements ayant connu l'occupation : 

Aisne (18 noms), Ardennes (29 noms), Marne (40 noms), Meurthe-et-Moselle (19 noms), Meuse (46 noms), Nord (203 noms), Oise (6 noms), Pas-de-Calais (7 noms), Seine-et-Marne (12 noms), Somme (10 noms), Vosges (2 noms).

 carte france front dep

 

    Cependant il y eut des oublis dans le décret de 1923, les 24 nominations parurent un an plus tard, avec le décret, énoncé de la même façon, du 7 décembre 1924. Il rectifie par exemple l'oubli de 3 des 13 civils de 9 à 86 ans (tous titulaires de la Légion d'honneur à titre posthume) assassinés par l'envahisseur à Crévecoeur-sur-Escaut le 27/08/1914. Le récit est disponible dans la revue Cambrésis terre d'histoire n°10, ainsi que dans le n°70, plus récent. J'avais détaillé ceux-ci dans une autre page de ce blog.

 
civils crévecoeur
Monument aux morts de Crévecoeur-sur-Escaut.

 

   Parmi les noms ci-dessous certains ont fait l'objet d'un développement sur ce blog, soit personnellement, soit dans une page plus générale, comme les victimes de Quérénaing du 25 aût 1914. Cette liste n'est bien entendu pas exhaustive des victimes de l'invasion.

 


Décret de 1923

  • AISNE
    • Au grade de chevalier : (18 noms)
      M. l'abbé DEGARDIN
      M. ANGUET, charpentier
      M. BOUDEVILLE Alfred, cultivateur
      M. BOUDEVILLE Pr., cultivateur
      M. DUPRESSOIR, cultivateur
      M. LOREAU, cultivateur
      M. PARIS, cultivateur
      M. VARQUIN, étudiant
      M. MARTIN, Instituteur
      M. LEFÈVRE, maire
      M. MAGNIER, maire
      M. POUTRE, maire
      M. RILLART DE VERNEUIL, maire
      M. CORNAT, manouvrier
      M. DUMÉNIL, manouvrier
      M. HEULLE, manouvrier
      M. BLEUZE, maréchal
      M. THILLOIS, rentier

 

  • ARDENNES
    • Au grade d'officier : (1 noms)
      M. BAUDELOT, commandant en retraite

    • Au grade de chevalier : (28 noms)
      M. l'abbé AUFFRAY
      M. l'abbé BOURGUIGNON
      M. l'abbé VUIBERT
      M. BONNEVILLE, cultivateur
      M. BOURSE, juge de paix
      M. CARBON, cultivateur
      M. CONDOINT, industriel
      M. DELBECK, maire
      M. FRÉAL, maire
      M. GEORGE, agent général d'assurances
      M. JACQUEMIN, industriel
      M. JAMEIN, notaire
      M. JONET, rentier
      M. LALLE, marchand de moutons
      M. LAROCHE, professeur
      M. LECAT, commissaire de police
      M. MANGON, industriel
      M. MAUS, ouvrier
      M. MORIGNY, commerçant
      M. MULOT, rentier
      M. NEOILLES, adjoint
      M. OGRE, retraité
      M. PIRON, cultivateur
      M. RATEAU, cultivateur
      M. REGNERY, filateur
      M. VAUTHIER, pharmacien
      M. VISSEAUX, maire
      Mme COUSIN née DUMONT

 

  • MARNE
    • Au grade de chevalier : (40 noms)
      M. ADAM, cantonnier
      M. BEDEL, cultivateur
      M. BOCQUILLON, manouvrier
      M. BOUCQUEMONT, cultivateurs
      M. BROCHOT, agriculteur
      M. BRULFERT, garde champêtre
      M. CANUS, agriculteur
      M. CANUS, ouvrier agricole
      M. COURGIBERT, propriétaire
      M. DÉCÈS, cultivateur
      M. DESPEZELIE, agriculteur
      M. FÉLIX, cultivateur
      M. FONTAINE, cultivateur
      M. GARNIER, journalier
      M. HENRIET, rentier
      M. HENRY, garde champêtre
      M. JACQUET, berger
      M. JAQUIN, adjoint au maire de Reims
      M. JONIOT, rentier à Neuvy
      M. LABARRE, cultivateur
      M. LAPLAIGE, cultivateur
      M. LAURENDEAU, manouvrier
      M. LEFÈVRE, caissier
      M. LEMOINE, cultivateur
      M. LOIR, cultivateur
      M. LOUVET, rentier
      M. MARTIN, retraité
      M. MARTIN A., cultivateur
      M. MARTIN L., cultivateur
      M. MARTIN R., cultivateur
      M. PHLLIPPON, maçon
      M. PRIEUR, cultivateur
      M. RENÉ, cultivateur
      M. ROGE, cultivateur
      M. SAVRY, scieur de long
      M. THOMAS, vigneron
      M. TRUFFAUT, manouvrier
      M. VERDIER, manouvrier
      Mlle BOUCHE
      Mme LHEUREUX née LECOMTE, journalière

 

  • MEURTHE-ET-MOSELLE
    • Au grade de chevalier : (19 noms)
      M. BAJOLET, maire
      M. BERTRAND, cultivateur
      M. CHENIQUE, cultivateur
      M. DURAND, receveur buraliste
      M. ERARD, cultivateur
      M. FAYOU, cultivateur
      M. GEORGES, cultivateur
      M. HIBLOT, chef magasinier
      M. HOTTIER, maire
      M. HUMBERT, notaire
      M. JACQUOT, camionneur
      M. LALLEMENT, cultivateur
      M. MAHY, commerçant
      M. MARIAS, prêtre
      M. NORRE, maçon
      M. PLÉCIS, retraité
      M. ROUSSELOT, maire
      M. VEILLON, maire
      M. VOUAUX, professeur

 

  • MEUSE
    • Au grade de chevalier : (46 noms)
      M. AGAGNE, cultivateur
      M. AUBIAT, garde champêtre
      M. BASTIEN, juge de paix
      M. BEAUDIER, cultivateur
      M. BOUCHE, journalier
      M. BOURGEOIS, cultivateur
      M. BRICLOT, cordonnier
      M. BRICLOT, bonnetier
      M. BRIY, journalier
      M. BROQUARD
      M. CHABOREL, cultivateur
      M. CHEVALIER
      M. CHOPINET, cultivateur
      M. COCLICNET, cultivateur
      M. COLLIGNON
      M. COMMENIL, marchand de bois
      M. FRANÇOIS
      M. GUINARD
      M. HENNEQUIN, menuisier
      M. JACQUEMART, cultivateur
      M. LAMBERT, cultivateur
      M. LECOURTIER, cultivateur
      M. LEGLAYE, manouvrier
      M. LEMOINE
      M. LEMOINE fils
      M. LEMOINE père
      M. MAURICE, manouvrier
      M. MEUNIER, journalier
      M. MICHEL, Jardinier
      M. PAQUIER
      M. PÉRICHON, jardinier
      M. PÉRIN
      M. PERRIN, dessinateur
      M. PIERRE
      M. PIERRON, charron
      M. POULAIN
      M. RAIWORT, cultivateur
      M. RAYER, manouvrier
      M. RENAUDIN
      M. SCHNECK, sculpteur
      M. SIVRY
      M. TABOURET, sculpteur
      M. THARCYS, cultivateur
      M. TOUSSAINT, cultivateur
      M. TOUSSAINT, directeur d'école
      Mme veuve HUTIN née VINSARD, cultivatrice

 

  • NORD
    • Au grade d'officier : (5 noms)
      M. BERTRAND, professeur
      M. BOSQUET, président de chambre à la cour d'appel de Douai
      M. BUISINE, professeur
      M. DUBUE, inspecteur d'académie
      M. FEBVRET, président de chambre à la cour d'appel de Douai

    • Au grade de chevalier : (203 noms)
      M. l'abbé BEHEYDT
      M. l'abbé DELESALLE
      M. l'abbé BOGAERT
      M. BAERT, maire
      M. BARBARE, chauffeur
      M. BARDOUX, commerçant
      M. BARROIS, professeur
      M. BASUYEAU
      M. BAUDRUPT, journalier
      M. BEAUCHÊNE, jardinier
      M. BEAUVILLAIN, tisseur
      M. BILLEAU, journalier
      M. BILLIAU, commissaire de police
      M. BINTEIN
      M. BLANCKE
      M. BLANQUART, adjoint
      M. BLAREAU, journalier
      M. BLAS, cultivateur
      M. BLEUSE, ouvrier métallurgiste
      M. BOCQUET, négociant
      M. BOS
      M. BOUCHARD, conducteur de train
      M. BOUCLY (écrit Bouchy), cantonnier
      M. BOUCQUILLON
      M. BOUDRUT
      M. BOURLET
      M. BRACQ
      M. BRASSEUR
      M. BRASSEUR, agriculteur
      M. BRASSEUR, cordonnier
      M. BRICOUT (écrit Bricourt), négociant
      M. BRIEX, pharmacien
      M. BUISINE, professeur
      M. BULTEZ, ouvrier d'usine
      M. BULTEZ, usinier
      M. CAILLE, négociant
      M. CAMBIER
      M. CANONNE, cultivateur
      M. CAPRON, employé
      M. CARLIER
      M. CARON, professeur d'équitation
      M. CATEAU
      M. CAZER, verrier
      M. CHAMBEAU, juge d'instruction
      M. CLOES, propriétaire
      M. COINCHON, journalier
      M. COPPENS, homme de peine
      M. COQUELET, étudiant
      M. COUDEUR, journalier
      M. COUDOUX, ajusteur
      M. CRÉPIN, cafetier
      M. CUVELLER, chiffonnier
      M. DACHET, tisseur
      M. DANGRE, employé
      M. DANVEAUX, ouvrier tisserand
      M. DAPVRIL
      M. DE ROUCY, maire
      M. DEBIÈVE, garçon brasseur
      M. DECONINCK
      M. DEHAYE, tailleur d'habits
      M. DELANNOY
      M. DELNARDE, cultivateur
      M. DELOFFRE (Marcelin), entrepreneur de maçonnerie à Le Cateau
      M. DELOS, propriétaire
      M. DELTOUR, cultivateur
      M. DERMY, cordonnier
      M. DEMON, cultivateur
      M. DEMORY, mineur
      M. DEMOULIN, mécanicien
      M. DENARTRES
      M. DENOYELLE, journalier
      M. DEPUYDT, ouvrier agricole
      M. DEVRETZ, cultivateur
      M. DHOINE
      M. DISSART, conseiller à la Cour d'appel de Douai
      M. DRAPIER, journalier
      M. DRECQ, cultivateur
      M. DRECQ, domestique
      M. DRUMEZ
      M. DUJARDIN, mineur
      M. DUMONT, cultivateur
      M. DUQUENNE, mouleur
      M. DUREZ, cultivateur
      M. DUROT
      M. EVRARD, cordonnier
      M. FLAMENT, ecclésiastique
      M. FONTAINE, cultivateur
      M. FONTENELLE, verrier
      M. FOSTIER, adjoint
      M. FREMEAUX, domestique
      M. FRÈRE, étudiant
      M. FRIXON, directeur d'école
      M. GABELLE, rentier
      M. GABET, forgeron
      M. GALLIEX, journalier
      M. GHARTIER, retraité
      M. GHESQUIÈRE, député
      M. GIAGNET, agriculteur
      M. GILLES, cultivateur
      M. GLACET, domestiques de ferme
      M. GOSSE (Joseph Anselme), cultivateur à Catillon
      M. GRACY, propriétaire
      M. GRÉSILLON, ouvrier agricole
      M. GRESSIER, cantonnier
      M. GRONIAU, cultivateur
      M. GUICHARD, bâtonnier des avocats du barreau de Lille
      M. HANNECART, ajusteur
      M. HAPPE
      M. HARDY, propriétaire
      M. HARICHEZ, maire
      M. HAVEZ, usinier
      M. HENNEBERT, ajusteur
      M. HENRY, journalier
      M. HENRY, ouvrier d'usine
      M. HERBAU, garçon meunier
      M. HERMAN, négociant
      M. HUVELLE, journalier
      M. JACQUET, journalier
      M. JUMAUX, ouvrier agricole
      M. LACROIX, commissaire de police
      M. LADRIÈRE, maître maçon
      M. LALART, commerçant
      M. LALLIER (Henri), comptable à Le Cateau
      M. LALYSSE, employé
      M. LAMBILLIOTE, médecin
      M. LANCELIN, mineur
      M. LEBEAU, blanchisseur
      M. LECOMTE, journalier
      M. LECRU, cordonnier
      M. LEDIEU-SARSY, menuisier
      M. LEDUC, tisseur
      M. LEGRAND
      M. LEJEUNE, commerçant
      M. LEROY, commissaire de police
      M. LESAGE
      M. L'HOMME (Vital Louis Alfred), pharmacien à Le Cateau
      M. MAILLOT
      M. MAIRESSE, usinier
      M. MARCHAND
      M. MARCHAND, employé
      M. MARÉCHAL
      M. MARLIÈRE, mineur
      M. MARTINIE, ouvrier maçon
      M. MASCAUX, brasseur
      M. MASSE, garde particulier
      M. MÉRESSE
      M. MEURISSE
      M. MICHAUX
      M. MICHAUX, industriel
      M. MONIER, journalier
      M. MONNECLAY, maire
      M. MOREAU, ouvrier agricole
      M. MOREAU, président du tribunal civil de Cambrai
      M. MOSSION, commissaire de police
      M. PAGNIEN (Alfred), employé, de Wasquehal
      M. PAMART, domestique de ferme
      M. PARSIS, chef de train
      M. PARSY, conducteur de train
      M. PERRON, fonctionnaire
      M. PIQUE, tailleur de grès
      M. PRÉAUX A., ajusteur
      M. PRÉAUX O.
      M. PREVOT, brasseur
      M. PROUVOST, industriel
      M. RAGOT, journalier
      M. RÉMY, cheminot
      M. ROSE, commerçant
      M. ROUSSEAU
      M. ROUSSELIE, boulanger
      M. RUFFIN, journalier
      M. SALONE, notaire
      M. SÉPULCHRE
      M. TAMBOISE, cultivateur
      M. TELLIEZ, journalier
      M. THIRLON, fonctionnaire
      M. TOUCHART-DELILLE, chauffeur-mécanicien
      M. TRIBOU, chauffeur
      M. TRICOTTEAUX, journalier
      M. VANQUATHEM, entrepreneur
      M. VINCENT, docteur en médecine
      M. VITASSE fils
      M. VITASSE père
      M. VITRANT
      M. WAYMEL, brasseur
      Mlle CAGNARD (Louise Aimable), répétitrice au collège Fénelon à Cambrai
      Mlle DACQMINE (Palmyre Hélène), doubleuse à Croix
      Mlle DE VEIRMAN (Pauline), ouvrière de filature à Lille
      Mlle DEDOURGE (Julie), domestique à Lesquin
      Mlle LEMOINE Henriette (née en 1905), ménagère à Crévecoeur-sur-Escaut
      Mlle POREZ (Thérèse)
      Mme BOONE née RENNERIE (Clémence Virginie), cabaretière
      Mme BOSSUYT née DANEL (Georgina), agricultrice
      Mme BOURGANNOT née DANHIEZ Clarice Joseph)
      Mme CORETTE née DUFRESNOY (Rosalie), ménagère à Crévecoeur-sur-Escaut
      Mme DISPA née DEMARCQ (Léonie), ménagère à Roubaix
      Mme FOSTIER née BAYARD (Marceline)
      Mme GILLES née Bourgonnot (Aurélie), cultivatrice
      Mme GOSSE née LENAIN (Clémence Justine), cultivatrice à Catillon
      Mme LAFRANCE née LACROIX (Flore Juliette)
      Mme LENQUETTE née MOTTE CLÉOPHA, journalière
      Mme MICHAUX née DENOYELLE (Clémence Augustine Joseph), ménagère à Crévecoeur-sur-Escaut
      Mme Vve HEYNDRICK née BOSSUT (Clémence Thérèse Pauline)
      Mme WASSELIL née DESHAYES (Clémence)*

 

  • OISE
    • Au grade de chevalier : (6 noms)
      M. DHOTEL, manouvrier
      M. LABICHE, manouvrier
      M. LECOMTE, manouvrier
      M. LERÈVRE, cultivateur
      M. PICART, cultivateur
      Mme JASENNÉ née FASSEUR, ménagère

 

  • PAS-DE-CALAIS
    • Au grade de chevalier : (7 noms)
      M. BUQUET
      M. LEMAÎTRE, médecin
      M. MICHEL
      M. SAINTLÉGER
      M. VICART, ouvrier d'usine
      M. WACQUEZ
      M. WALLECAN

 

  • SEINE-ET-MARNE
    • Au grade de chevalier : (12 noms)
      M. l'abbé FOSSIN
      M. COMBE, quincaillier
      M. DENIS, ouvrier agricole
      M. JOURDAINE, serrurier
      M. LEBEL, cultivateur
      M. LERICHE, cultivateur
      M. LIÉVIN ÉPICIER
      M. MENIL, cultivateur
      M. MILLARDET, peintre en bâtiment
      M. TERRE, coiffeur
      M. VAPAILLE, cultivateur
      Mme Vve CHOSSELAIR née BIZET, rentière

 

  • SOMME
    • Au grade de chevalier : (10 noms)
      M. l'abbé CARON
      M. l'abbé VILBERT
      M. BARBIER, cultivateur
      M. GELLE, maire
      M. JAZETS
      M. LAMARE
      M. LEQUAI-POURCHELLE, adjoint
      M. MERCIER, cultivateur
      M. PAILLARD, commissaire de police
      M. SOUSTRE, employé

 

  • VOSGES
    • Au grade de chevalier : (2 noms)
      M. ANTOINE
      M. FRANÇOIS


 
 
Décret de 1924 

  • ARDENNES
    • Au grade de chevalier : (1 nom)
      M. TAVERNIER (Nicolas Prosper), garde champêtre à Petites Armoises

 

  • MARNE
    • Au grade de chevalier : (1 nom)
      M. CRAPART (Albert Louis), cultivateur à Rieux

 

  • NORD
    • Au grade de chevalier : (22 noms)
      M. BEAUVOIS (Nicolas), ouvrier tisseur à Rieux
      M. BLAMPAIN (Napoléon), lamineur à Quérénaing
      M. CORETTE (Victor), journalier à Crévecoeur-sur-Escaut
      M. DUFRESNOY (Jean Baptiste), journalier à Crévecoeur-sur-Escaut
      M. FIERQUIN (Paul), ouvrier d'usine à Hautmont
      M. GHIENNE (Jean Baptiste), ouvrier maçon à Escaudœuvres
      M. HENNION (Jean Baptiste), bourrelier à Sautes
      M. HENNION (Pierre), veilleur d'usine à Lys-les-Lannoy
      M. LEBEAU (Alphonse Jean Baptiste), blanchisseur à Lys-les-Lannoy
      M. LEGRAND (Henri Fernand Joseph), processeur délégué à l'école supérieure de Valenciennes
      M. LEPERS (Désiré Louis), demeurant à Linselles
      M. LEPERS (Louis Désiré), cultivateur à Linselles
      M. MAISONGROSSE (Joseph Bernardin), employé des P. T. T. à Tourcoing
      M. MARLOT (Léon François Florimond), employé à Roubaix
      M. PRÉVOST (Ernest), herbager à Larouillies
      M. SALEMBIER (Floris Casimir Louis), ouvrier fileur à Lys-les-Lannoy
      M. SAMAIN (Gaston Renold), demeurant à Maubeuge
      M. SPEDER (Pierre Guillaume), directeur d'école primaire en retraite demeurant à Tourcoing
      M. THUILLEZ (Pierre Joseph Henri), garde champêtre à Rieux
      M. VANDECAPELLE (Emile Joseph), demeurant à Quesnoy-sur-Deûle
      M. VAUTIER (Louis François), comptable à Maubeuge
      Mme DUFRESNOY née CORBEAUX (Flore), demeurant à Crévecoeur-sur-Escaut

 Voir à leur sujet cette autre page de ce blog.

 

 

 

1 février 2017

Avant la fermeture totale du front

 

    Quand je dis simplement que Valenciennes a été occupée le 25 Août 1914 (soit 3 semaines après le début du conflit) et libérée le 2 novembre 1918 par les troupes Canadiennes, 4 ans, 2 mois et 8 jours plus tard soit après 1530 jours d'occupation, on pourrait imaginer une séparation des zones libre et occupée telle qu'on va la connaître ensuite, où de la mer du nord à la Suisse les tranchées se font face.

    Or dans les premiers temps, la situation n'est pas aussi figée qu'elle va le devenir : surgie du nord via la Belgique dont l'ennemi oublie qu'elle est neutre, la déferlante va s'étendre presque jusqu'à la capitale puis refluer quasiment à l'identique sur ce qui deviendra "le front", les deux adversaires découvrant ensuite qu'il reste une zone à combler à l'ouest, chacun tentant de déborder l'autre, dans ce qu'on appellera "la course à la mer". C'est alors seulement que le fameux front se révèle être une frontière infranchissable : il faudra attendre le 20 octobre 1914 soit quasiment deux mois pour que cette partie de France et de Belgique située globalement à l'ouest de Valenciennes subisse le même sort que les territoires déjà envahis et qui le sont restés.

    C'est ainsi que des villes comme Douai et Lille ont vu passer l'assaillant qui descendait du nord sur Paris, et ont ainsi eu l'impression d'être dans une zone épargnée par la guerre, puis l'ont vue revenir, avec une certaine incrédulité car les nouvelles qui leurs parvenaient de la capitale, propagande oblige, se voulaient rassurantes.

    J'ai décrit dans ce même blog l'odyssée et la fin tragique de l'abbé Augustin Delbecque, fusillé à Valenciennes le 17 septembre 1914, qui venait de faire -à vélo- l'aller-retour jusqu'à Dunkerque pour obtenir des consignes sur la conduite à tenir des hommes mobilisables qui se trouvaient en zone déjà occupée.

Source: Externe

    De même, l'odyssée du colonel Charlier, qui s'échappe de Maubeuge dont la place fortifiée capitule le 8 septembre 1914, lui permet de rejoindre Dunkerque le 11 septembre avec 300 hommes.

    On peut y ajouter le départ de mon grand-père maternel qui, "parti de Valenciennes le 21 Septembre 1914, a traversé les lignes allemandes pour se rendre à Beauvais (Oise) où il s'est présenté au Recrutement de cette ville le 2 octobre 1914. " Il est vrai qu'il avait à 37 ans reçu l'ordre ... d'attendre. Il sera absent 4 ans 3 mois 20 jours : il laisse sa femme et ses 4 filles nées en 1903, 1904, 1906 et le 25/06/1914.

    C'est donc bien qu'il y avait jusqu'à la fermeture complète de la ligne de front une toute relative possibilité de passage : en voici un autre exemple, raconté par René Delame.

     Dès les premiers jours de l'occupation, M. Léon Dreyfus, industriel, s'était mis à la disposition de M. Tauchon, Maire, pour s'occuper de diverses questions concernant, notamment, l'approvisionnement en farine.
Mais bientôt à ces occupations officielles, il allait en joindre d'autres d'un caractère différent.
Le 29 août 1914, circulant en ville il rencontra des jeunes gens, avenue de la Gare. Ceux-ci lui racontèrent qu'ils venaient de Lille et de Dunkerque, où on leur avait dit qu'ils pouvaient rentrer chez eux jusqu'à l'arrivée de leurs convocations militaires.
-Retournez là-bas de suite, leur dit Dreyfus, et prévenez vos camarades, car les Allemands arrêtent tous les jeunes gens et les enferment dans l'Église Notre-Dame en attendant de les envoyer en Allemagne.

Ce même jour, rentrant chez lui, il trouva une femme qui venait lui demander conseil.
Elle cachait son fils dans son grenier, de peur qu'il ne lui fût enlevé par les Allemands, mais elle craignait d'être dénoncée par une de ses voisines. Léon Dreyfus suivit la femme et s'efforça de convaincre sa voisine du danger de toute indiscrétion.
Puis il alla trouver le jeune homme dans sa cachette, rue de la Barre, et celui-ci lui exposa son désir de regagner la France non occupée. " Nous sommes, lui dit-il, plusieurs camarades dans le même cas, mais nous ne savons comment nous y prendre pour aller accomplir notre devoir en passant en France libre ".
Ému par cette situation, Léon Dreyfus lui promit de se renseigner sur les moyens de mettre ce projet de fuite à exécution.

Tandis que le jeune homme allait prévenir ses camarades et leur dire de se tenir prêts, Dreyfus se rendit chez le chef de gare des tramways de Saint-Amand à Hellemmes(1) . Là il apprit que le tramway qui partait à 13 heures chaque jour était exceptionnellement utilisé par les Allemands. Une seule fois il avait été arrêté par une patrouille qui avait interrogé les voyageurs, mais en général aucune enquête n'était faite pendant le trajet. Par contre le tramway de Valenciennes à Saint-Amand était très surveillé et seules les personnes munies d'un permis étaient autorisées à y monter.
Après avoir cherché les moyens les plus propres à éviter toute surprise, Léon Dreyfus et le chef de gare décidèrent de faire escorter le tramway d'Hellemmes par un cycliste qui le précéderait de 1 à 2 kilomètres et reviendrait alerter les voyageurs s'il apercevait une patrouille d'inspection.
Le dépôt de Lecelles fut chargé d'assurer ce service qui fonctionna régulièrement pendant tout le mois de septembre 1914.
Dès le lendemain de cette entrevue les jeunes protégés de Léon Dreyfus purent se mettre en route vers Saint-Vaast, Aubry, Wallers, Hasnon et Saint-Amand où un train leur permettrait de gagner Lille.

Telle fut la première évasion que favorisa Dreyfus.

(1) Cette ligne tramways à vapeur - ayant plutôt le caractère d'un chemin de fer départemental- à été exploitée par les Chemins de fer Economiques du Nord entre St Amand-les-Eaux et Hellemmes-lez-Lille de 1891 à 1933, longue de 32km, elle désservait :
la Gare de St Amand - Lecelles - Rumegies - Mouchin - Bachy - Cysoing - Bouvines - Sainghin - Lezennes - Hellemmes.

 Itinéraire

     Il n'était pas possible de sortir de Valenciennes sans autorisation, mais au-delà de St-Amand-les-Eaux (15 km), la surveillance était très relâchée (faute probablement de moyens humains), tandis que se déroulait la bataille de la Marne.

     Ainsi :

  • Douai, 35km à l'ouest de Valenciennes avait vu passer l'ennemi dans son mouvement vers Paris fin Août 1914, un petit nombre de soldats s'y étant installés pour un temps, mais ne sera occupé que lors de la retraite allemande, soit le 2 octobre 1914.
  • Lille, 50km au Nord-Ouest de Valenciennes, attaquée le 1er septembre 1914, sera une première fois investie la journée du 5, mais les Allemands continuent leur marche vers le sud, ceux-ci se représenteront comme pour Douai le 2 Septembre ; la ville sera sévèrement bombardée du 10 au 13 septembre, jour où l'ennemi entre dans la ville.
  • Dunkerque, où les autorités officielles avaient si peu conscience de la réalité au point de conseiller à des jeunes gens mobilisables de rentrer chez eux. Fin septembre, les ordres rapportés par l'abbé Delbecque et trouvés par les Allemands allaient dans le sens inverse.

     Pour bien marquer le niveau de méconnaissance, je reprend le récit de Delame au sujet de Léon Dreyfus :

Léon Dreyfus rencontrant M. Bouillon, conseiller municipal, apprit que trois artilleurs de Maubeuge étaient réfugiés rue Delsaux. Je me rendis avec eux à la cachette des soldats auxquels on procura des vêtements civils.
Mais sur ces entrefaites l'auto si utile aux transports en fraude des hommes avait été réquisitionnée ainsi que le chauffeur. Dreyfus obtint de Kintzel le 15 septembre, un laissez-passer pour Lille valable plusieurs jours, prétextant que la suppression de son auto rendait plus longues et plus difficiles les démarches nécessaires à l'approvisionnement de la ville.
   Et accompagné des artilleurs, il montait dans le tramway d'Hellemmes et débarquait le soir même à la Préfecture où M. Trépont, Préfet du Nord, sur les instances de notre concitoyen désireux de voir sa famille en France libre, l'autorisa à accompagner un courrier destiné au gouvernement Français, alors à Bordeaux.

     Le voyage devait se faire par Rouen et Le Mans. Ce trajet ne fut d'ailleurs pas sans incident. Signalés en cours de route nos voyageurs furent arrêtés à Mortain et obtinrent difficilement en pleine nuit d'être amenés devant un officier supérieur auquel ils purent montrer leurs papiers justificatifs et qui les relâcha avec excuses.

A Paris, Léon Dreyfus eut la surprise de constater que la population et même certains personnages officiels étaient dans une ignorance absolue de ce qui concernait les événements réels du front.
Ainsi, une personne à qui il parlait de la reddition de Maubeuge, lui conseilla avec indignation de s'abstenir de propager de fausses nouvelles. Même dans les milieux politiques les nouvelles arrivaient filtrées ; Dreyfus put le constater lors d'une visite à M. Mascuraud, récemment revenu de Bordeaux, dégoûté de la vie facile et scandaleuse qu'on y menait malgré la guerre.
Au cercle Républicain, où se trouvaient cependant quelques embusqués assez bien accueillis, notre concitoyen fut très froidement reçu, sa sortie des lignes ennemies demeurait incompréhensible aux Parisiens ignorant des conditions de la vie en France occupée.
Enfin, aux Invalides, où siégeaient les représentants du Gouvernement, l'optimisme régnait en maître. " Rentrez à Valenciennes, lui dit-on, dans trois jours les Français auront chassé les Boches " !
C'est une réponse analogue que m'avait faite le Préfet du Nord lorsque je lui avais conseillé de faire évacuer avant l'entrée des Allemands à Lille, les jeunes gens, les fonds de Banque, les autos, etc...

Heureux de ces nouvelles quasi officielles, Léon Dreyfus, joyeux, fit ses adieux à sa femme et à ses enfants, qu'il quitta pour retourner à Valenciennes "voir la rentrée triomphale de nos troupes ! ".
Grâce à un de ses amis, Ingénieur à la Compagnie du Nord, le voyage en France fut facile. Un train passant par Calais l'amenait à Lille, le 21 septembre, à une heure du matin. Tout le long de la route, la joie, l'enthousiasme des officiers et soldats français confirmaient les bonnes nouvelles données à Paris. Après quelques heures de repos à Lille, Léon repartait à 5 heures du matin pour Hellemmes où le tramway fonctionnait, toujours peu surveillé jusqu'à Saint-Amand.
Ce même jour à 16 heures, je me trouvais à Saint-Amand avec M.Turbot, qui y organisait le service postal, quand Dreyfus descendit du tramway tout heureux de nous annoncer les bonnes nouvelles de Paris.
Hélas ! Quelle désillusion pour notre ami, lorsque nous lui exposâmes les faits réels, bien différents des espérances gouvernementales.
Les Allemands s'installaient plus que jamais dans la région, et leur force ne paraissait absolument pas diminuer.

La suite de l'Histoire de Léon Dreyfus


     Dans un autre épisode, René Delame avait effectivement reçu de la part du Préfet du Nord à Lille une réponse montrant à quel point celui-ci méconnaissait la réalité :

     "En arrivant à Cysoing [le 15 septembre] la population nous regardait avec effroi, je m'aperçus seulement alors que j'avais oublié d'enlever le drapeau blanc et le drapeau allemand qu'avait exigé le Commandant Kintzel pour traverser les lignes.
Lille était en fête pour l'arrivée des Anglais. Dès notre arrivée nous nous rendons directement à la Préfecture où M. Trépont nous reçoit. Après l'avoir mis au courant de la situation, M. Durre [député du Nord] lui demande si nous pouvons compter sur la somme de 500.000 francs, pour sauver notre maire M. Tauchon.
Sa réponse ne se fit pas attendre, il refusait tout subside pour les Allemands, même s'ils devaient nous éviter les représailles.

     Ne pouvant rien obtenir, avant de le quitter, nous lui fîmes part de nos craintes, Lille devant bientôt avoir le même sort que Valenciennes. Nous lui conseillâmes de prendre ses dispositions pour faire partir les jeunes gens, les banques, les autos, etc...
Mais le préfet loin d'approuver ma manière de voir me dit:
«- Je vous défends de jeter la panique dans la population et de répandre ce bruit; dans 48 heures Valenciennes sera délivrée.
Je vais d'ailleurs faire démobiliser votre Sous-Préfet M. Cauwes pour qu'il reprenne son poste
«- Je souhaite que les circonstances vous donnent raison, lui répondis-je mais si vous aviez été témoin de l'invasion vous ne raisonneriez pas de la sorte" (voir cette page du blog)
Le sous-préfet Cauwes ne rejoindra Valenciennes qu'en décembre 1914, mais ne sera pas accepté par les autorités allemandes qui maintiendront le maire comme faisant-fonction ( il avait refusé la nomination).

 

     Pour illustrer les mouvements des deux belligérants, voici une animation pour la période du 25 août au 20 octobre 1914.
Elle a été réalisée à l'aide des cartes en grand format que vous retrouverez sur le site carto1418 qui positionne les unités combattantes sur le front jour par jour. La ville de Valenciennes est matérialisée par la tache sombre, et malgré les apparences n'a pas été abandonnée par la première armée allemande qui était intégrée au mouvement dirigé vers Paris. C'est ensuite la 6e armée située du coté de Sarrebourg et venue se joindre fin septembre au mouvement dit de "course à la mer", qui occupera définitivement ce secteur.

Cliquer sur l'image
pour une version plus grande (12Mo)
puis clic-droit pour taille réelle

Source: Externe

 

     La carte suivante présente les positions cumulées des armées allemandes du 25 août au 30 septembre, entre l'arrivée à Valenciennes et le retour sur les mêmes positions, avant la course à la mer.  La petite tache bleue à l'est de Valenciennes situe Maubeuge qui capitule le 8 septembre, et qui jusque-là retardait le 7e corps d'armée de réserve allemand..

pile05b
Merci à jmm pour ses cartes

 

    On comprend mieux le sentiment de sécurité qui prévalait à Lille,  ...... jusqu'au siège du 3 au 13 octobre 1914 et son intense bombardement.

 

    Dans le Journal Officiel du 27 Août 1914, la vie semble continuer normalement, puisque l'on y trouve les différentes subventions pour les consultations des nourrissons. Les sommes sont en francs 1914 (multiplier par 3,2 pour un équivalent en euros 2018). Les villes déjà occupées - dont Valenciennes- auraient bien eu besoin de ces subsides ....

JORF 19140827

 

 

28 septembre 2018

Le 2 Novembre 1918 le drapeau canadien flotte sur la mairie.

 

     "Tôt le matin, le 2 novembre 1918, le 38e bataillon canadien, soutenu sur la droite par les troupes de 11ème Brigade qui passant au milieu de la 10e Brigade dans la nuit, et à gauche par le 72ème bataillon, traversa la ville jusqu'à sa limite Est.
Ce matin-là à dix heures, deux artilleurs canadiens, accompagnés de deux interprètes de français, ont grimpé dans la tour de l'Hôtel de Ville, amené le drapeau allemand et hissé le drapeau tricolore. Valenciennes était à nous."

(in JFB Livesay : Canada's hundred days)

     Le drapeau allemand n'a pas été détruit, c'est une prise de guerre comme le montre cette photo conservée par les Archives du Canada :

"The German flag which was taken down from the Hotel de Ville, Valenciennes, by some Canadian Artillery Officers". Nov. 1918."Drapeau allemand descendu de l'Hôtel de Ville par des officiers de l'artillerie Canadienne."

Il s'agissait du lieutenant Arthur Edward CHATWIN, MC. de la 14e brigade d'Artillerie de Campagne Canadienne, 58e batterie et du capitaine Wynn BAGNALL, MC. 14e brigade, 53e batterie.

 

3548 a003487-v8
Voir le sujet sur ce blog.

 
L'officier à droite (avec 3 clous sur son épaulette) est capitaine, et serait donc Wynn BAGNALL  :

BAGNALL W
(depuis le site Durham at war)

accompagné d'un militaire qui pourrait être CHATWIN, sans certitude. Voir sur mon autre blog sa citation pour la Military Cross.

Il semble que le drapeau français ait été hissé par l'un des interprètes français : Aubertin.

Il ne manquait plus qu'un drapeau aux couleurs des libérateurs, qui fut hissé juste après et qui est conservé au Musée Canadien de la Guerre sous le n° 19890086-409

flag

y est adjointe une étiquette :

tag

    "Ce drapeau a été réalisé par les citoyens de Valenciennes pour accueillir les Canadiens dans la ville. Ce fut le premier drapeau britannique qui ait été hissé au sommet de l'hôtel de ville avec le drapeau français.
Il a été utilisé durant la réception de son Altesse Royale le Prince de Galles avec les généraux Horne, Currie et Watson ainsi que la 4e Division Canadienne qui a libéré la ville."

Hugh Crawford WALKEM Lt. Col, Commandant de la ville.

Le verso du drapeau porte sur l'ourlet du bas une inscription manuscrite à l'encre noire :

handwritten

 

Ce drapeau symbolise le Red Ensign Canadien, ancien drapeau du Canada -alors dominion britannique- en service de 1868 à 1921

re

 

Bien entendu l'Histoire, suivant les témoins, subit quelques variations :
Je compris également que le drapeau allemand de l’hôtel de ville avait été décroché à 10h10, qu’un jeune officier canadien avait grimpé pour attacher le drapeau tricolore à sa place, et qu’ensuite 2 interprètes français de la première brigade à être entrée dans la ville avaient hissé le drapeau britannique sur Valenciennes.

Sir Philip Armand Hamilton GIBBS pour le New York Times ( Voir l'article sur ce blog )

 

Victory parade, Fête de la délivrance

     Le 7 novembre, (voir ICI) le général Watson, commandant de la division qui s'est emparée heureusement de Valenciennes, et le Prince de Galles, arrivent en automobile.
La réception officielle peut commencer. La Municipalité présentera un drapeau français à titre de souvenir au Prince de Galles, et aux généraux Watson et Curie. Ces drapeaux (brodé aux armes de Valenciennes selon Thirioux, par les dames de Valenciennes dont l'épouse de Jules Billet faisant fonction de maire selon d'autres) porteront cette légende :

« La Ville de Valenciennes à ses libérateurs ».

      Effectivement, M. Damien remit à chacun des Généraux un diplôme, ainsi qu'un pavillon de soie aux couleurs françaises, sur lequel étaient peintes les armes de Valenciennes.

Des fleurs seront offertes par des enfants, petites filles et jeunes garçons, au Prince de Galles et aux autres généraux.
(in René Delame: mémoires)

 

 

Toujours à propos de drapeaux, et pour la petite histoire, René Delame raconte :

Le mot d'ordre était de faire le vide quand les Allemands donnaient un concert ou une fête quelconque, ce qui les exaspérait, et c'est pourquoi le Conseil ne se réunit pas le 7 janvier 1915, jour de la Fête du Roi de Bavière qui fut célébrée avec pompe.
La Mairie était décorée de drapeaux. Comme
il leur en manquait, les Allemands réquisitionnaient les drapeaux français pour les transformer. Lorsqu'ils se présentèrent à la Banque de France, M. Mathieu leur fit cette belle réponse :
« Le drapeau français ne se donne pas, il se prend sur le champ de bataille ».

 

 

 

 

27 juin 2018

10-Soldats français inhumés dans l'actuel carré militaire St Roch : de TAILLAUD à ZENATI

 

◄ De RIVIERE à SOHIER

TAILLANT Joseph Jean
TISON Gilbert
VU-GIAN
ZENATI Mohammed ould Abdelkader
HAMIDI "dit HAMICI" Mohamed
ALI BEN EL HADJI BEN AOUDA

De ABRAHAM à BERNARD ►

 

La migration du blog vers le https a fait perdre les liens initiaux vers les photos ;
 je les remets au fur et à mesure,
 elles figurent toutes
dans cet album.

 

 Tombe n°253

 

TAILLAUD
Mort pour la France en 1914-1918

 

     Difficile de démarrer avec moins d'information ! D'autant que la première recherche n'a révélé aucun TAILLAUD sur Mémoire des Hommes. Il aura fallu croiser de nombreuses sources, notamment les archives de la Croix-Rouge, dont le classement des fiches confond généralement les AN avec les AU (probablement une question d'écriture manuscrite). L'hypothèse la plus probable à ce jour est celle-ci :

TAILLANT Joseph Jean né le 29 juillet 1881 à St Féliu d'Avall (Pyrénées-Orientales) de Jean et CANALS Hortense. Si l'on n'a nulle part encore la preuve de son inhumation à Valenciennes, - la constitution du carré militaire n'étant pas établie, d'autres venant par exemple de le Quesnoy - son Etat Signalétique et des Services signale qu'il a été blessé au combat de Chauny (Aisne) le 6 avril 1918 et présumé prisonnier, ce que reprend sa implicitement sa fiche MdH en ajoutant qu'il est décédé le 29 septembre 1918 à Bruay-sur-l'Escaut (Nord), à 5km de Valenciennes, après donc 6 mois et demi de soins dans un hôpital de guerre allemand. Le livre d'or de St Féliu d'Avall reprend les dates et lieux de décès.

Il existe 2 fiches aux archives du CICR, confirmant la date de disparition ("au recul de Soucy") et la ville du demandeur.

De la classe 1901, matricule 515 à Perpignan, il effectue son service au 122e RI. Après 2 périodes d'exercices au 53e RI en 1909 et 1910, il est mobilisé en août 1914, et passe au 363e RI le 9/9/1917. La copie intégrale de l'acte de jugement du 8/7/1922 valant acte de décès est en attente.

Son nom figure au Monument aux Morts de St Féliu d'Avall, lequel est entouré de 6 plaques de noms de soldats restitués aux familles.
 

  Deux demandes de rectification conjointe des informations (nom, régiment, recrutement) ont été déposées auprès du Pôle des sépultures de guerre et du site Sépultures de Guerre.

 


  Tombe n° 297 :

 

TISON Gilbert
Soldat 294e R.I.
Mort pour la France le 23.3.1917

 

TISON Gilbert né à Trévol (Allier) le 8/07/1881 de Pierre et GOT Catherine. Classe 1901, matricule 2530 au recrutement de Montluçon, il effectue son service au 96e RI. Rappelé à la mobilisation au 121e RI, il passe au 294e RI 8e compagnie le 15 juin 1916. Porté disparu dans la nuit du 29 au 30 septembre 1916 devant Morval, en réalité prisonnier. Deux fiches trouvées au CICR donnent un peu d'éclairage par les pages de registres auxquels elles renvoient :

CICR01
     La date du 13-9-1916 se rapporte à d'autres prisonniers, même si elle lui est attribuée,mais il est déclaré capturé dans la Somme le 27/9 sur ce document du 18 octobre 1916, même si la capture à Morval n'a pu se faire que le 29/9 où le régiment compte 8 tués, 21 blessés et 8 disparus : lire page 6 du JMO.
 
CICR02
Ce second document, liste de prisonniers dirigés vers camp de Limburg an der Lahn, postérieur à son décès qui ne semble pas encore connu, complète les informations :

TISON Gilbert, Soldat, 294e RI, 8e Cie, fait prisonnier à Morval le 29/03/1916, venant de l'atelier de travail (Arbeitsstätte) de Dury (Pas de Calais, 30km au Nord de Morval),
né le 8/7/1881 à Moulins ; personne à contacter : Mme Henriette née Le(y)marie à Vincennes près de Paris (qu'il avait épousé à Paris-18e le 11/02/1915)


     Il est très improbable qu'il ait rejoint le camp de Limburg. Il décède à l'hopital militaire bavarois de Valenciennes (Ambulance du Lycée Henri Wallon, place de la République) le 23/03/1917 où il est inhumé au cimetière militaire (avis du 21/12/1917).
     L'acte de décès est dressé en mairie de Valenciennes - disponible aux archives départementales (cote 3E 5783, vue 88) - ce qui ne nécessitait pas un jugement, pourtant rendu le 28/10/1921 et transcrit le 29/12/1921 à Paris 18e (acte 1123, cote 18D 298bis).
Il sera déplacé vers le carré militaire français lors de la constitution de celui-ci après la guerre.

Si son nom figure dans le livre d'or de Paris-18e, il ne semble pas figurer sur un monument aux morts.

 


Tombe n° 262 :

 

VU-GIAN
Travailleur colonial
Mort Pour la France le 2-7-1919

 

Comme souvent dans le cas de soldats coloniaux, ou de travailleurs, il n'y a pas beaucoup d'information. L'acte de décès dressé en mairie de Valenciennes nous apprend que :
"VU-GIAN travailleur colonial indochinois, groupe 18, matricule 92, en subsistance au 5e régiment du Génie*, 19e compagnie, matricule de recrutement 227, né en 1895 à Tra-Ly (Tonkin) est décédé  l'hôpital général le 2/07/1919 à 1h du soir".
*ce régiment recueille un soldat isolé dont le corps est éloigné, le nourrit et lui donne sa solde.
Les compagnies du 5e RG, régiment de sapeurs du chemin de fer, sont chargées de rétablir les communications dans les régions libérées.

5RGExtrait de l'historique du 5eRG (source Gallica)

Le lieu de naissance est imprécis, il y a bien dans l'actuel Vietnam la rivière Trà Lý, qui traverse la ville de Thái Bình et sa province ce que la fiche Mémoire des Hommes semble tenir pour acquis dans son en-tête, mais rien n'exclut que le nom soit issu d'une autre province.

  Une demande de rectification de la date de décès a été déposée auprès du site Mémoire des Hommes, ainsi que le signalement de 2 fiches identiques au même nom.

 


Tombe n° 215 :

 

ZENATI Mohamed
Soldat 6e Tirailleurs
Mort pour la France le 21-02-1919

 

ZENATI Mohammed ould Abdelkader "du 6e RT, Matricule 11859 entré au service (engagé volontaire) le 27/03/1915 à Tunis, fils d'Abdelkader ben Ali et de feue Hachemi Yamina, présumé né en 1891 à Sidi Daho, canton de Mascara département d'Oran. Décédé le 21/02/1919 à l'hôpital général de Valenciennes" (acte de décès à Valenciennes).
Sa fiche MDH précise "mort par accident", le qualifie "non mort pour la France" situe son enrôlement au 27 mai et qu'il était caporal. La base sépulture de guerre le présente comme "Mort pour la France".

Son cas est à rapprocher de deux autres :

Tombe n° 216 :

 

HAMIDI Mohamed
Soldat 6e Tirailleurs
Mort pour la France le 21-02-1919

 

HAMIDI "dit HAMICI" Mohamed du 6e RT, Matricule 9888 classe 1917 subdivision d'Alger, fils de Kaci ben Saïd et de Djaoub Tekfabt Boudjema, né le 15/12/1897 à Douar Akfadou, (Haut Sebaou) décédé à l'hopital général de Valenciennes le 21/02/1919" (acte de décès à Valenciennes).
Sa fiche MDH précise "par accident (asphyxie par immersion)", qu'il était caporal, indique au crayon qu'il venait du 2e Tirailleurs et le qualifie "non mort pour la France". La base sépulture de guerre le présente comme "Mort pour la France".

Tombe n° 288 :

 

ALI BEN EL AOUDA
6e Tir.
Mort pour la France le 22-02-1919

 

"ALI BEN EL HADJI BEN AOUDA Tirailleur de 2e classe au 6e Régiment, matricule 13125, décédé à l'hôpital général de Valenciennes le 22/02/1919." (acte de décès à Valenciennes).
Sa fiche MDH au nom de Ali ben Hadj précise "décédé suite des blessures de guerre", né ca. 1896 à Géryville département d'Oran, y engagé volontaire le 08/02/1916. "Mort pour la France".

 

 Il serait étonnant que les morts de ces trois soldats ne soit pas liées, d'autant que le registre de décès contient ceux de 3 soldats allemands prisonniers de guerre décédés également à l'hôpital général :

  • PFEILER Willi du 66e RI 7e Compagnie, né à Thalheim le 30/11/1895, décédé le 21/02/1919 (tombe non trouvée sur volksbund.de)
  • GEIGER Rudolf du 1er régiment bavarois 6e compagnie, né à Tirschenreuth (Bavière) le 2/11/1887, capturé dans la Meuse en mars 1917, décédé le 22/02/1919. Repose au cimetière militaire de Frasnoy, Carré 3 tombe 161.
  • FISCHER Otto du 126e RI né à Calw (Bade-Württemberg) le 13/03/1897, capturé le 16/12/1916 dans la région de Verdun, décédé le le 23/02/1919. Repose au cimetière militaire de Frasnoy, Carré 3 tombe 160.

Le 6e régiment "de marche" de Tirailleurs Algériens (ex 3e régiment mixte de zouaves depuis mai 1918) a été dirigé sur Valenciennes le 24 Janvier 1919, il y relève à partir du 27 le 165e RI parti pour la garde sur le Rhin. Les bataillons sont affectés essentiellement à la surveillance frontalière et au service de place.

Il est fort possible qu'il s'agisse là d'un accident survenu lors de ces travaux d'utilité publiques qu'effectuait le 6e Régiment de Tirailleurs, peut-être la reconstruction d'un pont (voir le décès de Said Ben Guerbi), aidés de prisonniers de guerre. Je n'ai trouvé jusqu'ici aucun document à ce sujet.

 La réponse à ma demande de rectification déposée auprès du site MDH concernant les 2 mentions "non mort pour la France" de Zenati et Hamidi m'est parvenue : la décision ne peut venir que du BAVCC de Caen.
 Une demande de rectification du grade (caporal) a été déposée auprès du pôle de sépultures pour Zenati et Hamidi.

 


 

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TISON Gilbert
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ZENATI Mohammed ould Abdelkader
HAMIDI "dit HAMICI" Mohamed
ALI BEN EL HADJI BEN AOUDA

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7 décembre 2016

Déportée à Valenciennes

 

    Au moins une fois (et probablement pas la seule), Valenciennes a été lieu de déportation : s'il est vrai que ses habitants ont été largement déportés vers l'est (et jusqu'en Lithuanie), c'est une habitante de Cirey-sur-Vezouze (Meurthe-et-Moselle) que l'occupant envoie à Valenciennes :

 

    MAZERAND Marthe Marie Anicette, née THIEBAUT le 17 avril 1851 à Sorcy (Meuse). Elle épouse à Nancy le 26 Août 1873 Jean Baptiste MAZERAND, alors négociant. Nommé administrateur de Cirey en Novembre 1914, il décédera à Strasbourg le 15 janvier 1917 (et non 1916 comme sur l'extrait du Journal Officiel ci-dessous).

JO_19190714

 

    Son épouse ne reste pas inactive, et -comme son mari - elle figure au JO dans la rubrique " Le Gouvernement porte à la connaissance du pays la belle conduite de" du 14 juillet 1919.

JO 19190714

 

     On dispose de guère plus d'information hormis la presse de l'époque, qui ajoute des détails hélas invérifiables :

BMM 19180320
Bulletin des Réfugiés de Meurthe et Moselle du 20/03/1918

BMM19181225

Bulletin des Réfugiés de Meurthe et Moselle du 25/12/1918
(On remarquera l'affreuse prison de Valenciennes)

     Elle obtient en 1920 la médaille de vermeil des victimes de l'invasion, et est également titulaire de la médaille d'or de la Reconnaissance française.

JO 19201003

et sera fait Chevalier de la Légion d'honneur (décret du 14 Février 1921).

LH

 

Elle décède à Menton le 22 mars 1938.

DC 19480328

 

     On trouve dans les fiches de la Croix-Rouge deux demandes de renseignements (restées apparemment sans réponse) à propos du couple depuis sa famille en zone libre.

 

 C'est également le cas de

  COTTEREAU Mathilde (Mme Veuve, née Guilbert). À Douai (Nord)   Argent Pour avoir donné asile à trois soldats français a été emprisonnée par les Allemands à Douai et Valenciennes où elle à subi pendant 13 mois 1917-1918 toutes les rigueurs du régime cellulaire. Pendant sa détention tout ce qu'elle possédait chez elle a disparu.

 qui a reçu la médaille de la reconnaissance française (JO du 11/03/1923).

5 novembre 2016

Les Bataillons de Travailleurs Civils (ZAB)

     En 1921 parait aux éditions Thery Gustave, 99 rue de Mons, l'Almanach de l'arrondissement de Valenciennes pour l'année suivante. Il renoue avec la tradition des "Armena d'Valinciennes" qui paraissaient avant la guerre. Sous la plume d'un certain M.T. le récit ci-dessous, que l'auteur signale être en vente 1,25f (100 fr le cent) - et qui est peut-être plus complet - relate les conditions de réquisition des travailleurs civils.

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     Comme toujours je le retranscris tel quel, laissant le lecteur apprécier, tout en tenant compte de l'époque où il a été écrit, et du ressentiment de l'auteur. Ainsi, le terme camp de concentration est à prendre au sens premier (de regroupement) et non d'extermination, même si les méthodes utilisées ont tendance à se confondre avec d'autres vécues à la guerre suivante. Quant à la rafle, c'est bien de cela dont il s'agit. Quelques croquis (de l'auteur ?) émaillent le récit, j'y ai ajouté quelques documents.

 


Les Z.A.B.



Comment les Boches obligèrent les prisonniers Civils à travailler pour eux

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« A ceux des Français qui seraient enclins à une pitié excessive envers les allemands, je dédie ces lignes. Écrites sans animosité ni haine, elles leur rappelleront que, même partisans de la paix comme tout humain doit l'être, nous serions coupables d'oublier trop vite le martyr ignoble, imposé par eux aux civils — hommes et enfants — des régions envahies. » M. T.



Récit des premières et inoubliables journées qu'ont endurées les Civils français enlevés par les Allemands et contraints au travail par les mesures les plus sauvages

Il est nécessaire, avant d'entrer dans le détail du sujet que je vais développer, que le lecteur sache ce que signifient les trois lettres Z. A. B. ou Zivil-Arbeiter-Bataillon ; elles veulent dire : Bataillon d'Ouvriers Civils.

Hélas ! Ce bataillon d'ouvriers civils, ces « ouvriers » comme ils avaient le toupet de les appeler, devaient être, tels des forçats, conduits au travail sous la garde de soldats armés, suivis et surveillés par des « postes ». Ceux-ci mettaient la baïonnette au canon selon la bonne humeur et le caprice de leurs chefs, ou encore pendant les quelques jours qui suivaient une évasion.

Je commence le récit : ne cherchant pas les grandes phrases et écrivant sans aucune prétention, il sera aussi bref que possible. Ma narration n'aura qu'un seul mérite, celui de la sincérité.
     Je crois cependant intéressant de rappeler ici que les actes de sauvagerie commis par les allemands, en violation des droits des civils vis-à-vis des lois de la guerre, ont suivi de très près la réponse négative des Alliés aux propositions de paix des Allemands.
On a dit que sur ce refus, Hindenburg, vexé, aurait fait savoir qu'il mobiliserait 200.000 civils français et belges pour remplacer des employés allemands aptes à servir au front.

     Je ne sais si cela est vrai, en tout cas les faits qui se sont passés semblent confirmer ce que j'ai pensé et laissent supposer que le Maréchal boche n'était pas étranger à cette nouvelle mesure de coercition bien allemande, car la menace fui aussitôt mise à exécution. L'Allemagne, oublieuse de toute dignité, allait une fois de plus donner aux nations civilisées, une preuve de sa triste mentalité et de sa barbarie.

Le dernier appel.

     Nous sommes en Octobre 1917 ; c'est la troisième fois que je me rends à l'appel ; les Autorités Allemandes, dans les régions envahies, exercent ainsi leur contrôle sur les hommes dès l'Age de 17 ans.
     A la Mairie, la salle dans laquelle se passe cette révision mensuelle est, il me semble, plus triste, plus sombre que de coutume ! Le visage des allemands me parait aujourd'hui plus dur, plus sévère encore qu'à l'ordinaire ; on dirait que quelque chose est dans l'air. Est-ce une illusion ?
     Toujours sous l'appréhension de quelque désagréable surprise (on ne sait jamais à quoi s'en tenir avec ces gens-la) nous avons le pressentiment qu'il va se passer quelque chose d'anormal, de grave : la figure enrognée (sic) de nos ennemis, le ton hargneux de ces êtres diaboliques, tout nous fait penser que leurs griffes vont se resserrer sur nous et que nous allons devenir leur chose.

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Cette affiche de convocation d'avril 1917, semblable aux autres,
répartissait les lieux de contrôle, comme le Salon des 4-coins cité plus bas


     Hélas, oui ! Les quelques minutes qui allaient suivre devaient nous prouver que nos appréhensions étaient malheureusement fondées. Une phrase, tant de fois répétée durant l'invasion, jette un peu de froid dans les divers groupes que forment les jeunes gens, anxieux de ce qui va se passer : « On va ramasser les hommes !.»
« On va ramasser les hommes ! » Il faut avoir vécu ici, sous la botte de l'envahisseur, pour comprendre et savoir apprécier tout ce que cette annonce (souvent lancée à tort par les allemands eux-mêmes dans le seul but de semer la crainte au sein de nos familles) avait pour nous de redoutable.
     On entend, s'approchant de la salle, un bruit de bottes éperonnées ; c'est le gendarme boche, représentant de l'autorité germanique, qui s'amène. Hautain et narquois, il s'avance et prend place, en maître, à la table déjà occupée par un agent de police français. Devant le prussien tout puissant le silence se fait.
L'appel commence et chacun de nous, au fur et à mesure que son nom est crié, s'avance sans broncher vers le gendarme pour lui présenter sa carte d'identité, carte sur laquelle celui-ci doit apposer le cachet de présence. Mais, contrairement à l'habitude, son Altesse BHURY, exécuteur des ordres de son grand chef Hindenburg, de temps à autre (selon les têtes, sans doute, et peut-être bien aussi selon les bourses) conserve la carte et fait signe à l'intéressé d'aller dans la cour y attendre des ordres en conséquence. Dès lors, je suis fixé : on en ramasse !
     A mon tour d'être appelé ; le cœur me bat bien fort, mais à quoi bon, le moment n'est pas aux sentiments, soyons ferme. Ma carte ne m'étant pas rendue, je vais rejoindre les autres camarades déjà groupés. Nous n'attendons pas longtemps car, sitôt le nombre d'hommes jugé suffisant, nous sommes avisés que nous devons nous rendre le lendemain matin au Faubourg de Paris, Salon des Quatre Coins, munis de linge et de vivres...  Cette fois plus de doute, nous sommes pris !

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Le salon des 4 coins en 1914, situé au coin de l'actuelle rue du Faubourg de Paris à droite de l'église.
Photo Maurice Bauchond (MBAV)

S4C2Le même carrefour en novembre 1918, la configuration différait d'aujourd'hui :
voir sur ce même blog
le café n'a pas été reconstruit.


Pareille séance à la même heure et avec le même programme était jouée dans les communes environnantes. C'était la rafle !

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Le lendemain, rassemblés, gardés militairement, nous partons du lieu de rassemblement à destination du camp de concentration, situé dans une vaste usine de Marly ; nous quittons ce local la nuit-même pour être embarqués en chemin de fer. Où nous mène-t-on ?
     Une anxiété plus grande nous gagne et nous nous demandons quel sort nous est réservé ? Le mutisme de nos gardiens ne fait qu'aviver nos craintes. Savent-ils bien eux-mêmes ce que l'on va faire de nous ? Les soldats qui nous gardent ont ordre de se taire pendant les vingt-quatre heures que durera le trajet pour franchir les vingt kilomètres qui nous séparent de Marly à Solesmes !!

Une journée et une nuit en wagon, lassés comme des colis, tels furent nos débuts.... Et qu'était-ce, hélas ! comparé à ce qui nous attendait le lendemain de notre arrivée.

A Solesmes

     Le lendemain matin, nous sommes en gare de Solesmes, encore tassés dans les wagons ; on se demande toujours ce que les allemands vont faire de nous ? Enfin, dans le courant de la journée, on nous fait descendre sur le quai et, tous placés par rangs à peu près égaux, nous quittons la gare pour prendre la direction d'un petit village près de Solesmes.
Saint-Python ! C'est là que nous sommés « casernés ». Les soldats, après avoir organisé leur service de garde, nous laissent libres (libres, mais bien gardés) pour nous caser et préparer un coin à seule fin d'y passer la nuit à l'abri.
     Dans ce vieux moulin où nous sommes, le désordre est à son comble. Le soir, grâce au désarroi du début d'installation, favorise l'évasion de quelques prisonniers qui ont un peu de culot et aussi beaucoup de chance.
     Je dis beaucoup de chance, car je me rappelle la déveine d'un camarade qui avait réussi à s'approcher du mur de clôture et à l'escalader : grande fut sa surprise de ne pas s'être fait mal en sautant, le malheureux était tombé juste dans les bras d'un caporal boche qui veillait au dehors.
     Si l'obscurité fut favorable aux courageux qui s'étaient promis de décamper elle ne le fut pas moins aux soldats voleurs du Kaiser qui en profitèrent pour mettre leurs grandes qualités de cambrioleurs en pratique. Je veux parler, entr'autres, d'un grand escogriffe de boche aux allures affreusement bestiales (le futur chef cuisinier du camp) qui, à la nuit tombante, fit sortir tout le monde dehors, soi-disant pour une distribution de pain. Cette manœuvre ne s'exécutant pas assez promptement, il eut vite fait de s'armer d'un gourdin dont il menaça chacun de nous, procédé qui eut le don de faire accélérer un peu les traînards, il est vrai.

     Passant ensuite l'inspection de toutes les chambres pour s'assurer que pas un n'était resté, il trouva dans un coin un des nôtres couché, lequel, malade, se refusait à descendre.
Comme remède le gourdin se leva, prêt à retomber sur le crâne du malade, s'il n'obtempérait pas.
     Ce malheureux, devant la menace du gourdin et l'attitude peu rassurante de la brute, comprit qu'il était préférable de faire comme les autres ; il se leva et voulut prendre son veston qui lui servait d'oreiller, veston dans la poche duquel était son argent. Mais l'allemand, flairant quelque chose à fouiller et une rapine à faire, furieux et menaçant, leva à nouveau son bâton sur lui et l'obligea à partir au galop, lui abandonnant son vêtement. Quand l'homme revint, le portefeuille était disparu. Le soldat du Kaiser, en sujet digne de ses aïeux voleurs de pendules, avait prouvé ses qualités de détrousseur.

Le Lendemain !

     De très bonne heure, après nous avoir groupés dans la cour et placés par Kommandantur de provenance, on fait un appel au cours duquel les boches déjà constatèrent quelques absents « envolés pendant la nuit ».
On nous divisa, les boches jugeant sans doute le groupe par trop nombreux pour tenter le premier essai. Une portion composée de civils de Valenciennes et Marly, fut mise en route, et tel un troupeau de moutons qu'on mène à l'abattoir, on nous fît prendre la direction de Solesmes. Notre calvaire commençait ?
     Chemin faisant, certains d'entre nous qui s'écartaient un peu trop pour un quelconque motif, firent connaissance avec la crosse des « Mauzer » de nos gardiens.
Ainsi nous arrivons à la gare et c'est là que doit avoir lieu la première distribution d'outils.
On aurait dit que les allemands se doutaient que cette tentative serait vaine car, sans trop insister à notre refus de prendre pelle ou pioche, ils nous font faire demi-tour et laisser là les outils. Nos gardes sourient, mais leurs regards ne nous disent rien de bon. Ils méditent quelque chose... Que vont-ils décider à notre égard ? Quels ordres supérieurs et criminels ces êtres sournois ont-ils reçus ?
     Nous savons, que nos ennemis veulent notre travail et que savoir exiger est une des qualités dont ils se parent ; devant un refus de nous renouvelé, n'iront-ils pas jusqu'à la rigueur et les coups, en dépit des lois de la guerre et des principes élémentaires de l'humanité. Le boche est capable de tout, pour se faire obéir ; malheur à qui lui résiste. Il va bientôt nous le prouver. Nous sentons bien cela, nous savons bien aussi que nous risquons gros jeu à braver leur colère, mais nos cœurs de français, nos sentiments, notre devoir, tout nous dit de résister.
     On nous remet en route... Pour exécuter leur sinistre besogne, les soudards, nous font quitter la gare de Solesmes pour gagner un endroit isolé où, à l'abri des regards indiscrets et de témoins gênants, ils seront beaucoup plus à leur aise pour nous « mater » à l'allemande.
Par la voie ferrée, le troupeau des condamnés est emmené. Quelle lugubre et pénible promenade nous faisons là ; un vent sec cingle nos sombres visages. L'hiver, hâtif, vient joindre ses persécutions à celles de nos bourreaux.
     Nous marchons depuis longtemps déjà quand, près d'un petit village appelé St-Waast-en-Cambrésis, la colonne s'arrête. Nôtre appétit est mis en éveil par l'odeur que dégage prés de nous une cuisine de campagne qui bout ; nos boyaux chantent, mais ce qui cuit là n'est pas pour nos ventres affamés : c'est la soupe de nos gardiens.
De suite nos yeux se portent dans la direction du sol où gisent des outils neufs, pelles et pioches en tas, bien préparés.
     Certainement, la leçon va recommencer. L'emplacement est désert et vraiment bien choisi pour la scène de cruauté qui va se dérouler.
Un caporal nous demande si nous voulons travailler ? Toujours même réponse! Alors on nous place sur deux rangs le long des rails, et les soldats le fusil en bandoulière, mais tenant chacun un bâton, tournent autour du groupe et se chargent de faire redresser les jambes qui commencent à fléchir. De nouveau nous résistons aux menaces.
     L'obstination bien française des prisonniers civils n'était pas faite pour adoucir l'humeur farouche des sbires allemands ; furieux d'une telle résistance à leurs ordres, ces monstres, sans aucun souci de l'humanité, sans aucune retenue, allaient user contre nous des « moyens » odieux et sûrs qu'ils avaient en réserve dans leurs cerveaux obtus et dominants. Nous subissions la question en 1917 et nos tortionnaires, aussi féroces que les disciples de Loyola, nous l'appliquaient avec autant de raffinement que sous l'inquisition. Mentalité bien allemande, qui ne comprendra jamais le mépris qu'elle suscite chez des êtres fiers et dignes...
     Ils nous font alors ôter vestons et gilets, ce qui n'est pas agréable par et ce temps déjà frais d'Octobre. Sous le vent de bise nous grelottons, niais nous résistons !
Ils nous font ensuite tenir un bras en l'air, jusqu'à épuisement. C'est dur, pénible, mais nous résistons!
     A ce moment une locomotive arrive, un gros légume, appelé téléphoniquement s'amène. On nous fait aussitôt rhabiller. Que va-t-il se passer ?
De cette machine descend un officier supérieur ; il s'approche  de nous et, s'exprimant en français, nous dit : « Alors, vous ne voulez pas travailler, c'est bon; mais, dites-moi pourquoi ?»
     Personne ne répond... Puis, s'adressant personnellement à l'un du groupe, il veut lui faire comprendre que travailler pour les Allemands, n'est pas agir contre ses sentiments de bon français. D'ailleurs, ajoute-t-il, il y a intérêt et avantage à accepter de bonne grâce les exigences de l'Autorité Allemande. « Si vous travaillez, vous gagnez quatre marcks par jour et vous êtes libre... tandis que si vous refusez...»

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Après les valets, c'était le maître : et pour nous, après l'outrage des soldats, c'était l'insulte basse et grossière de l'officier teuton.
Et le butor, une dernière fois, s'adressant à tous, vocifère. «Voulez-vous, oui ou non, travailler ? »
Le ton employé est gros de menace...
Toujours personne ne répond. L'officier enfin fixé, se rendant compte que ses paroles ne parviennent pas à nous décider ni à nous convaincre, lance méchamment un ordre aux soldats — ordre dont nous ne devinions pas la gravité — et remonte furieux, sur sa locomotive, qui démarre aussitôt machine en arrière... Perfidement, en véritable boche, l'officier vindicatif emporte avec lui le secret et la responsabilité du crime qui allait se commettre, hors sa présence mais par ses ordres.
C'est ici que devait commencer le "dressage" à la boche.

Les barbares à l'œuvre.

     Un sous-officier du génie passe devant nous et fait sortir des rangs un de nos camarades, désigné par lui ; il l'amène devant un tas de pelles et de pioches. il tient un outil dans la main et le brandit devant la figure de notre malheureux compagnon.
 Nous sommes transis de froid, éreintés par la fatigue, et de plus brisés par l'émotion. Un drame Se prépare !!
 Par trois fois, l'allemand pose la question tant de fois déjà répétée :
 — « Voulez-vous travailler ?
 — Non !
  — « Voulez-vous travailler ?
 — Non !
  — « Voulez-vous travailler ?
 — Non !
Le dernier « Non » n'est pas aussitôt prononcé qu'un bruit mat et flou se fait entendre...
     Notre malheureux camarade s'effondre, assommé par la brute, qui vient de lui asséner un violent coup de manche d'outil sur la ligure...
Impassibles et impuissants, les yeux hagards, nous assistons à ce drame, à cet assassinat... Nous pensons à nos mères que nous avons vu pleurer quand on nous a enlevés... Quelle douleur serait la leur si elles nous savaient ainsi maltraités.
Et maintenant, au tour d'un autre ! Le bourreau en prend un deuxième dans le tas à qui il refait les mêmes sommations ; celui-ci, comme le précédent subit héroïquement les mènes outrages et tombe sous les coups du sauvage.
     Ces deux refus mettent le soudard au comble de la fureur ; il se dirige alors vers un troisième civil, mais ne persiste pas dans cette manœuvre, trop lente à son goût parce qu'individuelle. Le massacre en masse lui apparaît comme plus efficace et devant donner des résultats beaucoup plus rapides, il change de tactique. Se retournant brusquement, il lance un ordre à ses hommes demeurés lâchement l'arme au pied pendant toute cette scène d'atrocités.
     L'ordre du massacre aussitôt donné est exécuté. Les postes (des fantassins) prennent leur fusil par le canon en même temps que les soldats du génie (non armés) s'emparent de pioches ou de pelles. Les coups de pelle ou de crosse pleuvent dru comme grêle, les cris et les plaintes montent, du tas humain sur lequel les brutes s'acharnent.
Nous sommes furieusement bousculés, bestialement frappés, roués de coups ; dans la mêlée qui nous fait tous rouler à terre, au milieu des outils épars, nous nous sentons vaincus par la brutalité sauvage de nos bourreaux et nous nous relevons fourbus, hébétés, ahuris, chacun un outil en main.
     Le moment fut terriblement dur et affreux ; si quelques-uns de nous pleuraient, c'était de rage ! L'humiliation nous faisait plus souffrir que la douleur. On comprenait qu'il n'y avait rien à faire, que toute résistance était devenue inutile et qu'il fallait céder aux exigences du plus fort. L'Allemagne venait encore de remporter une victoire !
     Si dramatique que fût celle scène, elle eût pu encore être plus sanglante. Je me souviens avoir vu ce jour là un des nôtres qui, dans un élan de révolte et de vengeance avait à son tour levé sa pioche pour en frapper un soldat. Il en fut empêché par nous-mêmes et ceci fort heureusement car alors je ne sais ce qu'il en serait advenu.

     Quel tableau plus écœurant pourrait mieux démontrer combien il est vrai que pour les allemands la force doit primer le droit. Leur orgueil et leur mentalité, dans ce coin retiré et désert, à l'abri de tout témoin et de tout secours, nous apparurent dans toute leur hideur ; la lâcheté et la méchanceté de ces êtres sans cœur se lisait dans leurs yeux de fauves lorsqu'à bras raccourcis ils frappaient leurs victimes sans défense..... des enfants !!
     Ce même jour, dans plusieurs endroits, où avaient été amenés des prisonniers civils, pareils actes de barbarie étaient commis, mais de façons différentes. Ici, on faisait déshabiller, on faisait coucher à plat ventre sur une table et on frappait avec une cravache sur le dos du malheureux jusqu'au moment où celui-ci se résignait à accepter le travail imposé.
     Là, on liait les civils aux arbres, les poignets enroulés de fil de fer et, à chaque réponse négative, on resserrait les liens suppliciers jusqu'au moment où la victime, les poignets meurtris, chancelante et vaincue par la douleur, obtempérait aux ordres.
Le Maire d'une certaine commune fut condamné à la déportation pour avoir osé protester contre des faits semblables, contraires aux lois de l'humanité. Honneur à lui, car ceux-là furent rares.
Le lendemain, en gare de Solesmes, un civil s'avisa de refuser encore l'outil qu'on lui présentait. Mal lui en prit !! Un caporal lui asséna an coup de crosse si violent sur l'épaule qu'il en brisa son arme et que le malheureux, assommé sur le coup, dut être transporté sur une civière ; les boches eurent le soin de le faire passer devant nous, à seule fin que ce spectacle nous servit de nouvelle leçon.
     Et voilà comment et par quelles mesures odieuses des civils furent contraints au travail.
Qui dira jamais, qui pourra jamais me faire croire, à moi qui fus témoin et victime de cette scène de sauvagerie, que les allemands sont des gens comme des autres... Non, mille fois non, cette engeance n'est pas de bonne fabrication, sa race n'est pas d'Europe civilisée.  Elle tient du cannibale et du fauve... Le soldat boche est un bandit sanguinaire, qui tue pour s'amuser et avoir le plaisir de voir souffrir.
     L'uniforme de cette armée de tortionnaires, déshonoré, doit disparaître ; le militarisme allemand, coupable de tant de crimes, doit mourir.
Deutschland uber alles ! chantaient-ils quand l'ivresse les rendait plus gais et un peu moins sauvages. Pour une fois, soyons d'accord ; reconnaissons-leur cette suprématie sur nous et disons avec eux : «Pour la sauvagerie, l'Allemagne est au-dessus de tout !»

     Camarades de misère, Z. A. B. de 1917, sachez vous souvenir des forfaits de cette bande cruelle et barbare. Maudissez à jamais l'armée allemande !

M.T.

 

Vals Solesmes2b
Le trajet de Valenciennes à St-Vaast en Cambrésis,
via Marly, Solesmes et St-Python
Carte Michelin d'époque.

 

Ce n'était pas la première réquisition de travailleurs civils, les ZAB ayant été créés en avril 1916.  

 

Le 23 janvier 1917, les Allemands convoquèrent les jeunes gens de 16 ans, à l'appel des hommes, ce qui motiva une recrudescence d'évasions.

POUR EMPÊCHER L'EXODE DES OUVRIERS

Afin de réduire les évasions des ouvriers civils, qui faisaient partie des bataillons de travailleurs, le général inspecteur pour la région de l'Etape de la première armée décida:
« Que pour chaque fugitif de la région mentionnés ci-dessus, qui fait partie d'un des bataillons civils étant sous mes ordres, un membre masculin de sa famille ou de sa parenté, ou un habitant de son dernier domicile, sera incorporé par contrainte au bataillon d'ouvriers civils et y sera retenu jusqu'à ce que le fugitif soit rentré au bataillon.
« Celui qui procurera au fugitif de la nourriture, du logis, ou une assistance quelconque, ou qui négligera de dénoncer sans délai au commandant militaire au plus proche, le séjour d'un fugitif dont il a reçu connaissance, sera puni d'un emprisonnement jusqu'à un an, ou d'une amende pouvant s'élever jusqu'à 3.000 Mks, ou d'une de ces deux peines. La tentative sera punie de même ».

Les Allemands surveillaient de plus en plus la population.

     C'est ainsi qu'à la réunion des maires du 31 mars 1917, le commandant Priess leur demanda d'apporter à la réunion du 7 avril, les listes établies par année de naissance, et dans chaque année les noms par ordre alphabétique, indiquant les hommes et femmes de 15 à 60 ans, et indiquant les infirmes et les malades

in René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918.
Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

Si ces travailleurs étaient effectivement rétribués, ce n'était pas par l'occupant

La Commandanture avait employé quelques ouvriers civils, réclame à la ville le paiement de leurs salaires, s'élevant à la somme de 43.000 francs, du 15 janvier au 9 février, soit 1.800 francs par jour.
Naturellement, nous devons nous incliner et les Allemands à chaque amende, obligent la Ville à faire un nouveau tirage de bons.

(in Delame op. cit.)

 

 

 

 

 

29 septembre 2016

Revue des pompiers, Incendie, Punition

 

Le comte Von Bernstorff chef de la Commandature, voulut, comme à Saint-Quentin, [d'où la population -et ses pompiers- avaient été évacués vers "le Nord" (et la Belgique) en 1917 lors de l'Opération Alberich, consistant pour l'armée allemande à réduire la longueur du front en se repliant sur la ligne dite Hindenbourg,] passer la revue des pompiers ; aussi la municipalité reçut-elle l'ordre suivant:
« Le vendredi 11 mai 1917, je passerai en revue les pompiers de Valenciennes. Tous les pompiers, y compris leur chef Meurs, avec pompes, échelles et autres appareils d'incendie se trouveront rangés à 9 heures du matin sur la Place d'Armes, devant la Commandanture, tournés vers le restaurant allemand Kasten ».
La revue eut lieu sur la Grand'Place, à 9 h. 30 du matin. Le Commandant demanda ensuite que pour la prochaine revue, qui devait avoir lieu huit jours plus tard, les pompiers mettent leurs casques.
Le Dimanche de la Pentecôte, 27 mai, arrivaient de Jeumont, à une heure de l'après-midi, les pompiers de St-Quentin, au nombre de dix-huit, en tenue, accompagnés de leurs familles, soit en tout cinquante-six personnes, que la Ville dut loger chez l'habitant. Leur matériel comprenait une pompe à vapeur, plusieurs pompes à bras, dévidoirs, échelles, etc...
Le lendemain matin, le capitaine Beaugez vint faire visite à la Municipalité, et confirma la destruction du monument de la défense de Saint-Quentin, œuvre du sculpteur valenciennois Theunissen.


     Le monument, célébrant la défense de la ville en 1557 contre les Espagnols commandés par Philippe II, érigé en 1896, a effectivement été privé de ses statues de bronze, comme tous les monuments des territoires occupés. Il sera réédifié à l'identique après guerre, avec l'aide de photos et d'un élève de Corneille Theunissen, auteur également et entre autres du conscrit de 1814 qui trone au milieu de la cour d'honneur de l'école Polytechnique ; le monument de St Quentin est toujours au centre de la place du 8 octobre.

LPJI 18960809b
Gravure parue dans Le petit Journal illustré du 09/08/1896

 

INCENDIES

     Justement un commencement d'incendie s'étant déclaré au cinéma de la rue du Quesnoy, les pompiers de Saint-Quentin et de Valenciennes se rendirent sur les lieux du sinistre. Mais les chevaux allemands ne pouvant traîner la pompe à vapeur de Saint-Quentin, des jeunes filles, pour plaisanter, essayèrent de la pousser, ce qui, naturellement, provoqua le rire chez les habitants du quartier.

     Le commandant Von Bernstorf qui se rendait sur les lieux de l'incendie en fut si offusqué qu'il adressa en rentrant, au Maire, l'ordre de punition,suivant :

« Ainsi qu'il a été établi, les habitants de la Ville de Valenciennes ont eu, le 27 juin, vers 10 heures, à l'occasion d'un commencement d'incendie au cinéma de l'Armée, rue du Quesnoy, 129, une attitude absolument inconvenante envers le service d'incendie de Saint-Quentin, lançant aux sapeurs pompiers des appels ironiques et se riant d'eux.
« Comme punition, il est ordonné que pendant le mois de juillet, les habitants de la rue du Quesnoy des maisons portant les numéros 45 à 129, et de 56 à 126 ne pourront quitter leur demeure de 5 heures de l'après-midi, au lendemain matin. Toutes les fenêtres donnant sur la rue et toutes les portes seront fermées pendant ce temps.
«Les habitants occupés par l'Administration militaire allemande ne seront pas touchés par cet ordre, et continueront par conséquent à observer les heures de travail.
« Cet ordre sera immédiatement communiqué aux habitants intéressés. On indiquera à la Commandature pour le 30 juin à 4 heures après-midi que la communication a eu lieu ».

     Les ordres furent très sévèrement exécutés: c'est ainsi que l'on voyait des gendarmes faire les cent pas de 5 à 10 heures dans la rue du Quesnoy, obligeant les habitants à fermer même les fenêtres du second étage.

     Le lendemain matin, le Maire reçut la visite du capitaine des pompiers de Saint-Quentin, venant protester très vivement contre l'imputation qui lui avait été faite de s'être plaint se l'incident.
Il proposa même de faire une démarche auprès de la Commandanture pour obtenir que cette punition fût levée. Le Maire accepta de l'accompagner, mais le Commandant ne tint aucun compte de cette démarche.

 

     Le cinéma en question, Soldatenkino pour la durée de la guerre, est le cinéma connu ensuite sous le nom de Gaumont-Palace ; construit en 1910 par le brasseur Louis lambert au n°90 (bien encadré par les n°s des maisons punies ci-dessus), actuellement en rénovation après des années d'abandon. La façade, refaite après-guerre dans le style Arts décos porte le nom de son propriétaire : Bertolotti. (plus d'information sur ce site d'où provient la photo ci-dessous)

palace

J-C Poinsignon écrivait dans le n° 43 de Valentiana de juin 2009 :
     Il faut être bien inattentif, quand on marche dans la « vieille » rue du Quesnoy à Valenciennes, pour ne pas remarquer la façade — aujourd'hui bien lépreuse et barricadée — de ce qui fut naguère (ou jadis, déjà ?) le Cinéma « Gaumont Palace » dirigé par la famille Bertolotti. Son fier pignon couronné de pots à fleurs, veillé par un mascaron, la large fenêtre, au dessus de l'auvent, surmontée d'un balcon où s'étalent, sur fond de mosaïque, les lettres de noblesse du « Palace », la jolie coloration apportée au ciment qui couvre l'ensemble par les ors, les rouges, les verts des petits carrés de céramique, l'élégance des colonnes engagées, d'allure « égyptienne », qui donnent une belle proportion à une façade pourtant enserrée dans une parcelle étroite, le bas-relief de Bottiau, illustrant la Prise de vues, resté veuf, semble-t- il, du pendant initialement prévu pour lui ré-pondre une fois franchie la superbe grille étoilée en fer battu de l'entrée, tout cela attire le regard, suscite l'admiration... et la désolation! Un examen plus approfondi révèle deux noms et une date signant l'édifice : Spadacini-Rabagliati architectes — 1927.


     Le 20 juillet date de départ du Maire [M. le Docteur Tauchon] en déportation à Holzminden, le Commandant leva la punition infligée le 29 juin aux habitants de la rue du Quesnoy.

 

     La Gazette des Ardennes du 24 août 1917, dans sa rubrique régionale rapporte le fait, évidemment dans la version de l'occupant, jetant au passage un peu plus d'huile sur le feu. On sait maintenant, grâce aux notes de René Delame ce qu'il en était.

GdA 19170824

 

 

6 juin 2011

LONDON GAZETTE 1er Aout 1919

 

              La London Gazette publie dans son supplément du 29 Juillet 1919 (1er Août 1919) une liste de volontaires (essentiellement Belges et Français, parfois avec confusion des nationalités) attachés à l'Armée Britannique en France, section I, section II et C.O.A. (qui connait la signification de ces catégories ?) avec mention "Died" réservée à ceux qui ont été exécutés.

        Je liste ici-dessous les noms et localités rectifiés des erreurs d'OCR, sans corriger l'orthographe d'origine. Certains figurent dans la liste des 52 fusillés de Gand de la page Alfred PAGNIEN.

     J'ai gardé la présentation à l'anglaise de la Gazette par ex :
          Delame    Monsieur R.     Valenciennes.
pour    Monsieur R(ené) Delame, Valenciennes.

LG


The Gazette is registered at the General Post Office for transmission by Inland Post as a newspaper. The postage rate to places within the United Kingdom, for each copy, is one halfpenny for the first 6 ozs., and an additional halfpenny for each subsequent 6 ozs. or part thereof. For places abroad the rate is a halfpenny for every 2 ounces, except in the case of Canada, to which the Canadian Magazine Postage rate applies.


 

FRIDAY, AUGUST 1, 1919. 

War Office, 
1st August, 1919. 
The names of the undermentioned are to be added to those brought to notice for distinguished and gallant services and devotion to duty by Field Marshal Sir Douglas Haig, K.T., G.C.B., G.C.V.O., K.C.I.E., Commander-in-Chief of the British Armies in France, in his despatch of the 8th November, 1918. (Published in the Supplements of the London Gazette dated 20th, 23rd, 27th, 28th, 30th, & 31st of December, 1918, Nos. 31077, 31080, 31083, 31085, 31088, & 31089 respectively) 

VOLUNTEER SERVICE ATTACHED TO THE BRITISH ARMY IN FRANCE (SECTION I.). 
French Citizens. 

Bar Monsieur J. H. Wallers. (Died.)
Barigands Monsieur L. Condé sur Escaut.
Baudumont Monsieur E. Roubaix.
Bernard Monsieur A. Wattrelos. (Died.)
Bontinck Mademoiselle H. Roubaix.
Cau Monsieur G. Roubaix.
Cool Monsieur C. Bruay. (Died.)
Dartevelle Monsieur G. Hautmont.
De Bettignies Mademoiselle P.  
Deffrennes Monsieur A. Tourcoing.
De Geyter Monsieur G. Mouscron.
Delame Monsieur R. Valenciennes.
Delnatte Monsieur O. Croix.
Demartin Monsieur A. Le Forest.
Demay Mademoiselle V. Roubaix.
Derain Monsieur R. Marcq-en-Baroeul.
Destombe Monsieur M. Lille.
Destombe-Lutun Madame Lille.
De Swaef Monsieur L. Lille.
De Toeuf Madame C. Brussels.
Douez Monsieur E. Lille.
Ferrant Monsieur L. Wervicq.
Fievet Monsieur R. Roubaix.
Gotti Monsieur M. Lille.
Herbaux Monsieur V. Neuville St. Remy. (Died.)
Herremans Monsieur M. La Louviere.
Herremans Monsieur R. La Louviere.
Herrmaii Monsieur A. Fives-Lille.
Lebrun Rev. Soeur R. Chimay.
Lecas Mademoiselle A. A. Rumegies. (Died.)
Lefebvre Monsieur L. Wattrelos.
Lemaire Monsieur M. Lille.
Lenfant Monsieur A. Roubaix.
Leveugle Madame F. Roubaix.
L'Hermitte Mademoiselle M. T. Haubourdin.
Liagre Monsieur V. Tourcoing.
Lietar Monsieur J. Tourcoing.
Manbre Monsieur J. Maisieres.
Manbre-Oliver Madame Maisieres
Martin Monsieur D1. Carvin. (Died.)
Mereau Monsieur E. Schaerbeek.
Meurisse Monsieur E. Peruwelz.
Pagnien Monsieur A. Nogent-le-Rotrou.(Died.)
Pagnien-Robbe Madame L. Nogent-le-Rotrou.
Paubon M. l'Abbe A. Fepin.
Petitprez M. l'Abbe H. J. Valenciennes.
Prouvost-Masurel Madame L. M. Mouveaux.
Real M. l'Abbe P. P. J. B. Solesmes.
Scritte Monsieur F. Tourcoing.
Sion Monsieur E. Tourcoing.
Touremaine Mademoiselle F. Fives-Lille.
Van Essche Monsieur C. L. Leers.
Van Houttce Mademoiselle L. Roubaix.
Williams Monsieur R. La Buissiere.



VOLUNTEER SERVICE ATTACHED TO THE BRITISH ARMY IN FRANCE (SECTION II.) 
French Citizens. 

Chevry Mademoiselle L. Chateaudun. (Died.)
Jaboneau Monsieur A. Brussels.



British Subject. 

Bull Mr. T. T. J. Brussels


 

VOLUNTEER SERVICE ATTACHED TO THE BRITISH ARMY IN FRANCE (C.O.A.). 
French Citizens. 

Amiable Monsieur E. Trelon.
Amiable Monsieur L. G. Trelon.
Amiable-De Tier Madame L. Trelon.
Bar Monsieur J. B. Momignies.
Bilanquart Monsieur L. Lille.
Boitelle Monsieur A. A. Fourmies.
Boitelle Monsieur V. Fourmies.
Bourdaud 'Hui Monsieur E. O. Neuve Maison.
Bourguignon Monsieur R. L. Trelon.
Bruyere Mademoiselle M. Fourmies.
Carmoy Monsieur E. Liessies.
Carton Rev. Soeur L. Ougree.
Cayasse Monsieur J. A. Avesnes-sur-Helpe.
Champion Monsieur A. A. Hanappes.
Charpentier Monsieur K. Fourmies.
Courmont Monsieur L. X. Lille.
Courroy M. le Cure C. Hirson.
Courtois Monsieur A. Lille.
Crepel Monsieur L. J. Nouzon.
Daniel Mademoiselle C. St. Hubert.
De Bugenghem Rev. Soeur P. Carmel de Ciney.
De La Derriere Rev. Soeur J. Vervins.
De La Hamaide Mademoiselle M. Obigies.
De L'Epine Mademoiselle la Baronne C. Barvaux.
De L'Epine de Vivario Madame la Baronne Barvaux.
Deville Rev. Soeur M.-T. Couillet.
Devillers Monsieur G. St. Denis.
Devin Monsieur O. Neuve Maison.
Domelier Monsieur H. Charleville.
Doublet Monsieur O. Trelon.
Dubuis Monsieur L. Pithiviers.
Duhem Monsieur L. J. Baives.
Dupin Monsieur A. Regniovez.
Enaux Mademoiselle A. Fourmies.
Enaux Monsieur G. Fourmies.
Enaux Mademoiselle M. M. Fourmies.
Enaux Monsieur V. Fourmies.
Enaux Monsieur X. P. Fourmies.
Falleur Monsieur A. Trelon.
Frison Monsieur V. R. Hanappes.
Genot Monsieur A. St. Michel.
Genot-Huriez Madame S. St. Michel.
Gerard M. le Cure E. A. Mohon.
Georgel Mademoiselle S. Momignies.
Gilliard Monsieur L. M. Neuve Maison.
Graftieaux-Bailly Madame L. Oharleville.
Gresillon Monsieur F. A. Glageon.
Gresillon-Lefebvre Madame V. D. Glageon.
Hanuche Monsieur G. Avesnes-sur-Helpe.
Lacasse M. le Frere J. Abbaye-de-Scourmont.
Lafeuille Monsieur E. M. Neuve Maison.
Lallement Monsieur G. Sedan.
Lamoureux-Bernard Madame 0. Schaerbeek.
Latouche Monsieur F. C. M. Fourmies.
Latouche-Enaux Madame H. Fourmies.
Lebrun Rev. Soeur R. Chimay.
Le Dieu De Ville Rev. Soeur L. Chimay.
Lefebvre Mademoiselle E. Glageon. (Died.)
Lefebvre Monsieur J. Trelon.
Lefebvre Monsieur V. Glageon.
Levieux Mademoiselle E. Hanappes.
Levieux Mademoiselle M. Hanappes.
Levieux Monsieur P. Hanappes.
Magnies Monsieur J. Avesnes-sur-Helpe.
Maillard Monsieur P. Pouilly-sur-Serre.
Margat Rev. Soeur L. Liege.
Marliere Mademoiselle H. Trelon.
Martin Monsieur J. B. Mont Hermé.
Mayet M. le Cure M. Ohin.
Mesnier Mademoiselle J. Trelon.
Meunier Mademoiselle E. Avesnes-sur-Helpe.
Migrenne Monsieur A. Namur.
Migrenne-Dandois Madame J. Namur.
Moreau Mademoiselle C . Baives.
Moreau Monsieur F. J. Liessies.
Moreau Monsieur H. Baives.
Mouchart Mademoiselle B. Origny.
Mouchart Monsieur Henri Buire.
Mouchart Monsieur Henri Buire.
Moucheron-Gaudfrin Madame S. Buire.
Negroni Monsieur J. P. Fourmies.
Pecheux Monsieur F. Fourmies.
Pierron Monsieur R. Sedan.
Pierson Mademoiselle M. Corbion.
Rennesson Monsieur L. Gives.
Speeldoren Monsieur E. Fourmies.
Surdeau Monsieur A. Trelon.
Tisseron Mademoiselles. M. Nouzon.
Tisseron Monsieur L. J. P. Nouzon.
Tisseron Mademoiselle M. C. Nouzon.
Vaas Mademoiselle M. Avesnes-sur-Helpe.
Vander Ruyssen Mademoiselle E. Avesnes-sur-Helpe.
Vanhoverberghe Monsieur F. Lille.
Varenne Monsieur A. Momignies.
Wibaux Docteur R. Lille.




British Subject. 

James Miss A. R. Ixelles.

 



LONDON:  PUBLISHED BY HIS MAJESTY'S STATIONERY OFFICE. 

To be purchased through any Bookseller or directly from 

H.M. STATIONERY OFFICE at the following addresses: 
IMPERIAL HOUSE, KINGSWAY, LONDON, W.C. 2, and 28, ABINGDON STREET, LONDON, S.W. 1; 
37, PETER STREET, MANCHESTER; 1, ST. ANDREW'S CRESCENT, CARDIFF; 
23, FORTH STREET, EDINBURGH ; 

or from E. PONSONBY, LTD., 116, GRAFTON STREET, 

Printed for His Majesty's Stationery Office by WYMAN & SONS, Ltd., Fetter Lane, Fleet St., London. E.G. 
Friday, 1 August, 1919. 
Price Four Pence Net.

26 juillet 2014

La libération : La gare

 

 

GARE DE VALENCIENNES

     La destruction de notre gare mérite d'être mentionnée, car elle prouve la rage que mirent les Allemands à la faire sauter avant leur départ.

La gare de Valenciennes, la plus ancienne du réseau du Nord, avait été construite en 1848. Elle servait comme impasse pour relier Paris à Bruxelles ; puis en 1872, elle était devenue gare de passage.

     Jusqu'en 1907, un modeste bâtiment en bois suffisait pour assurer le service, les exigences militaires ayant fait écarter la construction en pierre.

En 1890, cette place forte ayant été déclassée, la compagnie envisagea la construction d'une gare monumentale, dans le style de notre hôtel-de-ville.

     Grande fut notre émotion, quant à l'approche de l'ennemi nous vîmes partir le dernier train. Comme il fallait donner à chaque voyageur un laissez-passer, je m'étais installé au bureau de police pour les délivrer : beaucoup de jeunes gens en âge de devancer l'appel s'y précipitèrent pour aller s'engager.

Quel contraste, quand le 26 août 1914, le commandant alle­mand Kintzel me fit appeler pour me remettre la première proclamation afin de la faire traduire et afficher en ville.

Il s'était installé sur une table du buffet pour la rédiger. L'officier d'ordonnance me fit alors cette réflexion très juste, que si le même fait s'était présenté en Allemagne, les voies auraient été détruites, rendant impossible tout trafic. Il ajoutait que leurs troupes allaient pouvoir arriver par chemin de fer, ce qui leur ferait gagner beaucoup de temps dans leur marche sur Paris. ­

     En effet, quelques jours plus tard, nous vîmes entrer en gare la première machine qui n’avait pu être évacuée, conduite par un ingénieur de l'usine «Franco-Belge ».

Pendant les premiers jours d'occupation, ce fut un véritable pillage dans la gare des marchandises.

Que de nuits nous passâmes dans cette gare avec les dames de la Croix-Rouge, attendant les trains des évacués, sous ce hall mesurant 105 mètres de longueur, sur 24 de portée.

     Je me rendais au début d'octobre 1918, dans les magasins de la C.R.B [The Commission for Relief in Belgium] au faubourg de Paris, lorsque j'entendis des explosions terribles : c'était les pionniers qui faisaient sauter la gare et les ponts.

Les photos prouveront avec quelle rage ils détruisirent les voies, comme nous aurions dû le faire avant leur arrivée.

     Dès l'armistice la Compagnie du Nord se mit à l'œuvre, mais elle ne reconstruisit plus le hall, qu'elle remplaçât par des passages souterrains et des abris sur les quais.

Les Allemands ayant enlevé toutes les conduites de cuivre servant au transport de la force hydraulique, la compagnie en profita pour réaliser une installation moderne de type électrique Mors.


(in Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933)

 

     Les photos sont effectivement nombreuses, tant aux Archives du Canada, qu'en provenance du musée de la guerre de Londres ; elles ont souvent servi à l'émission de cartes postales anciennes. Rebâtie à l'identique, moins l'imposante marquise métallique qui protégeait quais et voies, elle n'a extérieurement pas changé.

 

1900
Une vue de l'ancienne gare en bois envoyée pour le nouvel an 1915 par un soldat Allemand de la 6e Armée

1912
La gare en 1912

 


Différentes vues de la gare détruite en 1918

 

panorama garePanorama de la gare à l'arrivée des soldats Canadiens.
Reconstitution à partir des images du film ICI à 6'04.
(cliquer, puis "afficher l'image")

 

3544 a003475-v8

3549 a003452-v8

 

gare 09 IWM

gare 11 IWM

 

1919

191905
en mai 1919 (photo tirée à l'envers)


 

 

1967
La gare dans les années 1960 ...

 

2010
... et de nos jours

 

 

23 août 2016

Victimes de leurs compatriotes

 Mise à jour du 19/09/2016

    J'emploie a dessein pour le titre le terme de la Gazette des Ardennes pour sa rubrique quasi-quotidienne :

VDLC

     Il n'est pas possible de citer tous les noms parus, mais je relève ici ceux qui traitent du valenciennois.

 

     Publication du 20 août 1916 :

A BLANC-MISSERON (Nord)

Le 12 août 1916

 

  • LAMOTTE Henri, 35 ans, tué.

  • MARISSAL Victor, 59 ans, tué.

  • DUÉE Gilbert, 13 ans, tué.

  • DUÉE Paul, 10 ans tué.

  • DUÉE Auguste, 48 ans, blessé.

  • DUÉE Marcel, 7 ans ½ , blessé.

  • GENIN François, 40 ans ½ , blessé.

  • La femme FREMERY-GAUCHER Zelia, 55 ans, blessée.

  • NAVEAU Octave, 43 ans, blessé.

  • MORY Nestor, 51 ans, blessé.

  • STORDEUR Victor, 25 ans, blessé.
     

 

     Blanc-Misseron n'est pas une commune, c'est un quartier bien connu car lieu d'implantation de nombreuses industries, dont ferroviaires, à cheval sur Crespin et Quièvrechain, deux communes voisines limitrophes de la Belgique. Le nom viendrait d'un misseron (moineau en patois) blanc comme neige, dont Charles Deulin raconte l'histoire dans les Contes d'un buveur de bière, à lire sur Gallica. (Remarque : La source St Landelin n'est pas loin ;o) )

 


(cliquer pour accéder au site et à la suite de l'histoire)

 

     Le bois d'Amblise existe toujours, il a donné son nom à une aire de l'autoroute A2 qui le coupe, le chemin d'Amblise est à l'ouest de Crespin sur cet assemblage de plans du cadastre, le long de la frontière entre Crespin et Quarouble 3e commune qui est aussi limitrophe de Quiévrechain, la Belgique est à l'Est.

B-M

     La rue "Entre deux bois" est l'ancien chemin de Quarouble (à Crespin). Ces rues permettent, à partir des actes de décès, de localiser le lieu du drame. Je n'ai pu retrouver que 3 des 4 actes :

 

  • LAMOTTE Henri, né à Holain (Aisne) le 15/05/1881, décédé à Crespin au lieu-dit "Entre deux bois",

  • MARISSAL Victor, né à Quarouble le 20/04/1857, décédé à Quarouble au lieu-dit Amblise,

  • DUÉE Paul, né à Crespin le 8/08/1906, domicilié chemin d'Emblise à Quiévrechain y décédé :"tué par une bombe lancée par un aéroplane".

    Les heures de décés de ces 3 actes coïncident : 14h et 15h. Bien que l'acte de Paul Duée comporte une rature ("Gilb") je n'ai pas trouvé l'acte de Gilbert Duée : Paul avait un frère de ce prénom, né à Quarouble le 11/08/1903.

 

A noter qu'à Blanc-Misseron (Quiévrechain), la fonderie Ruelle, transformé en fabrique de munitions sera le théâtre d'une explosion le 1er juin 1918. Voir sur ce blog : Explosion à Quièvrechain

 


 

     Publication du 5 octobre 1916, des blessés à Anzin : la gazette pousse le souci du détail en citant pour chaque victime les membres de sa famille proche qui sont au front, ou prisonniers.

A ANZIN (Nord)

Le 2 Août 1916

  • LENNE Eugène, 19 ans, grièvement blessé. (Son père, Lenne Eugène, 43 ans, est soldat au 127e régimenet d'infanterie ; un oncle, Moriamoz [sic mais plus probablement Moriamez] Henri, est prisonnier de guerre ; un deuxième oncle, Moriamoz (sic) Léon est soldat au 127e régiment d'infanterie.)

  • LEGRAND Georges, 19 ans, grièvement blessé. (Son frère, Legrand Alfred, 28 ans, est soldat au 127e régiment d'infanterie.)

  • La femme PREAT Désirée, 57 ans, grièvement blessée. (Son fils, Preat Léon, 27 ans, est soldat au 40e régiment d'artillerie.)

  • CARLIN Noël, 55 ans, grièvement blessé. (A deux fils et un gendre dans l'armée française : Carlin François, 25 ans, Carlin Noël, 24 ans, tous deux soldats au 1er régiment d'infanterie, en garnison à Commercy ; son gendre Duchesne, 24 ans, est soldat au 127e régiment d'infanterie.)
  • DERBANNE Alexandre, 14 ans, grièvement blessé. (A un frère, Derbanne Henri, 22ans, soldat au 43e régiment d'infanterie ; un oncle, Godeau Clémence; 40 ans,soldat au 127e régiment d'infanterie et prisonnier de guerre.)

  • MARCHAND Gaston, 14 ans, légèrement blessé. (un de ses frères, Marchand Julien, 25 ans, est dans une colonne du train ; un deuxième frère, Marchand Emile, 19 ans ½ , est prisonnier civil ; un troisième frère, Marchand Henri, est soldat au 127e régiment d'infanterie ; son beau frère, Marianny Emile, 33 ans, est soldat au 91e régiment d'infanterie, en garnison à Mézières ; son oncle, Leuleu Félicien, 40 ans, soldat au 327e régiment d'infanterie, apparemment prisonnier de guerre au camp de Friedrichsfeld.)
  • TOMBA Hocine, 15 ans, légèrement blessé.
  • AVORTE Jules, 13 ans, légèrement blessé. (A un oncle qui est soldat dans un régiment d'infanterie en garnison à Nancy.)

     Les renseignements, qui, vu certaines imprécisions, semblent avoir été donné par les familles, mettent en évidence - pour nous qui les lisons 100 ans plus tard - l'implication des familles dans la guerre, et reposent la question de l'information dans les territoires occupés, question à laquelle répond très partiellement la Gazette des Ardennes, (notamment avec les listes de prisonniers), même si le but est multiple dans un journal émis par l'occupant.

 Voir le sujet sur la Gazette des Ardennes dans ce blog.

     La cause exacte n'est pas indiquée, mais Anzin étant situé loin du front, il est plus que probable que ce soit un bombardement aérien.

 


A SAINT-AMAND-LES-EAUX (Nord)

le 17 octobre 1916

 

  • QUESNOY Louis, 68 ans, tué. (Il avait un gendre, M. Flour, soldat dans l'armée française.)

  • HOUZÉ Émile, 33 ans, tué. (Il avait un frère soldat dans l'armée française.)

  • BRUON Edouard, 39 ans tué.

  • VERGIN Pierre, 50 ans, tué.

  • La femme VERGIN-MARCHAND Pauline, 42 ans, légèrement blessée.

  • La femme CHALANT-EDOUARD, 49 ans, légèrement blessée.

  • Veuve LEMAIRE-DHOTE Louise, 47 ans, légèrement blessée.

 

Les actes de décès à St-Amand donnent peu d'information

  • QUENOY Louis Arthur, né le 26/12/1848 à Bruille-lez-Saint-Amand, décédé en sa demeure 17 rue Gambetta.
  • HOUZÉ Émile Edouard, né le 03/08/1883 à St-Amand, décédé en sa demeure, Croix du Petit-Dieu, 37.
  • BRUON Édouard, né le 20/04/1877 à Ethe, province du Luxembourg (Belgique), décédé en sa demeure, 36 rue du Bruille.
  • VERGIN Pierre, né le 07/01/1867 à St-Amand, décédé en sa demeure, Croix du petit-Dieu, 37.

     Les lieux de décès (leurs domiciles, assez éloignés les uns des autres) ne permettent pas de déterminer un endroit pour ce qui a fort probablement été un bombardement aérien. Il faut souligner que la tenue de l'état civil était surveillée par l'occupant : au début de tels actes de décès étaient plus détaillés, puis beaucoup moins, ne nous laissant guère d'indice (de trace ?). Il faut parfois comprendre entre les lignes, quand, à Valenciennes par exemple, il est indiqué que l'acte est dressé sur ordre de la Commandanture, pour deviner qu'il s'agit d'un fusillé.

QUENOY, HOUZÉ et VERGIN figurent au monument aux morts de St-Aland : voir sur ce blog.

     A noter que la Croix du Petit-Dieu désignait un quartier où se trouve la placette éponyme du quartier du Moulin des Loups, à l'angle de la rue Roger-Salengro et du chemin de l'Empire. Là se trouvait comme à l'époque une grande croix, devant laquelle passaient les condamnés avant d'être emmenés au Mont du Gibet, situé au sud, un peu au-dessus de la rue de la Cense-au-bois. Voir une des gravures de l'album de Croy .

 


A VALENCIENNES

Dans la Gazette du 20 mai 1917 : bombardement du 2 mai 1917 : voir sur ce blog  suivre les années  pour 1918


 

 

Cette page est susceptible d'apports en fonction des parutions de la gazette.

 

 

 

26 janvier 2015

Médaille des otages et prisonniers

 

        A la fin de la guerre, il parut nécessaire de rendre hommage au courage des populations des régions envahies et occupées en les récompensant à l’aide de plusieurs médailles : la Médaille des Victimes de l’invasion, la Médaille de la Fidélité française et la Médaille des Prisonniers civils, Déportés et Otages de la grande guerre.


 Petite
     Cette dernière, instituée par la loi du 14 mars 1936, avait pour dessein de « commémorer le souvenir de leurs sacrifices et à honorer leurs actes de dévouement à la Patrie, en reconnaissance des épreuves qu’ils ont dû subir pour elle au cours de la guerre 1914-1918. » MPO

Elle fut attribuée aux habitants de toutes les régions envahies par l’ennemi, y compris les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle -à qui était plus particulièrement réservée la médaille de la Fidélité-, prisonniers civils, emmenés comme otages ou internés dans des camps de concentration. Elle pouvait être remise à titre posthume pour les prisonniers civils décédés des suites de blessures ou de privations supportées au cours de leur internement.

Plus de 10.400 médailles furent décernées, accompagnées d'un diplôme, jusqu'au 1er février 1958.
 
Ruban de largeur 32 mm, rouge avec au centre une raie verticale bleue de 5 mm entourée par deux bandes blanches de 2 mm et un liseré vert de 1 mm sur chaque bord.

Ronde en bronze, du module de 32 mm. Gravure de Maurice Delannoy.
Sur l’avers : une femme baissant la tête avec le poignet droit enchaîné et lâchant de la main gauche un flambeau symbolisant le foyer qu’elle doit abandonner.
Sur le revers : une chaîne entoure l’inscription "Prisonniers civils, Déportés et Otages de la grande guerre."

 Médaille


  Une première médaille des "Victimes de l'invasion" avait été créée en 1921.

Voir sur ce blog.


 

     Les listes paraissant au Journal Officiel permettent de retrouver les bénéficiaires, donc je ne cite ici au fur et à mesure de mes lectures du JO - comme à l'accoutumée- que ceux du valenciennois.

 

  •  JO du 10 juillet 1937
    • BARBIEUX (Usmar) à Marly-les-Valenciennes.
    • BOUTEFEU (Georges-Eugène) à Valenciennes.
    • DELAHAYE (René) à Crespin.
    • DORGET (georges-Jules) à Valenciennes.
    • LATURAZE (Léon) à Quiévrechain.
    • TAILLIEZ (Gaston-Georges) à Valenciennes.
  • JO du 06/04/1939
    • GÉRARD Emile-Firmin à Vicq (Nord)

    •  a suivre...

 

 

 

 A suivre .....

 

25 juillet 2014

La libération : Infirmières Canadiennes à Valenciennes

 

"Canadian Nursing Sisters in Valenciennes." Nov. 1918
Infirmières militaires Canadiennes à Valenciennes

3607 a003516-v8

     Difficile de situer l'endroit, peut-être à l'entrée de la rue de Paris que l'on retrouve parée de drapeaux sur cette autre photo. Elles se tiennent devant l'officine d'un barbier allemand pour Officiers, les autres devant s'adresser "Passage Boca" : passage de 50m, couvert par une verrière, aujourd'hui à l'abandon, et voué à la destruction, qui reliait l'entrée de la rue Derrière-la-tour à la rue des Foulons et "diagonalement opposé" (schräg gegenüber) à l'entrée de la rue de Paris sur la place d'Armes.

boca

La date est probablement celle des photos qui suivent : 10 Novembre.

 


 

 "Canadian Nursing Sisters in Valenciennes, talking to soldiers outside a Y.M.C.A. " Nov. 10th, 1918
Infirmières Canadiennes parlant à des soldats devant une antenne de l'Association Catholique des Jeunes Hommes.

Valenciennes O3609

Aucune indication de lieu. Le 10 novembre est le jour de la visite à Valenciennes du Président Poincaré.

 


 

"Three Canadian Sisters in Valenciennes, Nov. 10th, 1918, talking to a civilian."
3 infirmières Canadiennes à Valenciennes le 10/11/1918, discutent avec une habitante

3610 a003519-v8

"Canadian Sisters talking to a French Nun, who cared for our wounded in Valenciennes." Nov. 1918. 
Infirmières canadiennes parlant avec une religieuse Française qui a soigné nos blessés à Valenciennes

3611 a003520-v8

"C.C.S. Nursing Sisters in Valenciennes."
Infirmières du Casualty Clearing Station (Centre de soin) à Valenciennes

3620 a003525-v8
Voulu ou pas, le miroir intact de la boutique
(sur laquelle on a indiqué la direction de Mons en Belgique)
nous renvoie le visage de l'une des infirmières :

Nurse


 

 "Ward scene of a Canadian Casualty Clearing Station in Valenciennes. Nov. 1918. "

 

     Le  Poste d'évacuation sanitaire N°4 a été créé à Winnipeg in Mars 1916 par le Collège médical du Manitoba. Il a été placé sous les ordres du lieutenant-colonel S.W. Prowse. Son autorisation a été publiée dans l'ordonnance générale 69 du 15 mars 1916.
Embarqué à Halifax le 20 juin 1916 sur le MISSANABIE il a débarqué en Angleterre le 28 juin 1916. Il se composait de 8 officiers et de 76 hommes du rang. Il a été rattaché à l'Hôpital de la Croix-Rouge Canadienne Princess Patricia's à Ramsgate, du 15 janvier au 1er juin 1917. Il est arrivé en France le 2 juin 1917 et a cessé de fonctionner le 1er avril 1919. Le 4e Poste d'évacuation sanitaire a été dissous par l'ordonnance générale 211 du 15 novembre 1920.

3629 a003534-v8

C'est l'une des salles du lycée Watteau, aménagé en hopital dès le début du conflit. On voit ci-dessous le réfectoire, transformé en salle d'hopital durant l'occupation (source : Gabriel Pierard "La croix-rouge Valenciennoise" et collection perso.)

GP

refectoire

 


Les deux paires de photos suivantes (une plus "sérieuse" que l'autre") ont été prises dans la cour du Lycée de Jeunes filles (Lycée Watteau) dans lequel s'était installé le Poste d'évacuation sanitaire N°4.

 

"Officers of No. 4 Casualty Clearing Station in Valenciennes." November, 1918. 

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"O.C. and Nursing Sisters, 4th C.C.S. ["C" asualty "C"learing "S"tation] Valenciennes." November, 1918  

3688 a003600-v8

3689 a003601-v8
Je n'ai pas encore confirmation de l'identité de l'officier qui se tient au centre.
Les journaux de marche sont signés
Captain Ross MITCHELL

 

 

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