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Les civils du Valenciennois dans la Grande Guerre 1914-1918
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3 septembre 2016

Quand finira cette guerre.

 

     Voici extrait de la rubrique régionale de la Gazette des Ardennes du 16 janvier 1917, une description de la situation à Valenciennes. Lecteur, ne perdez pas de vue que le journal servait la propagande de l'occupant, mais suffisamment finement pour ne pas diffuser de fausses nouvelles, d'autant que la gazette était connue - sans y paraitre - en zone libre. Comme toujours, c'est une question de dosage..... le ton est parfois badin, même quand tombent les bombes d'avion.

 

GRV

    Valenciennes, l'Athènes du Nord, la ville artistique, un des plus beaux chefs-lieux d'arrondissement de la France, un des centres industriels important n'a pas connu comme beaucoup d'autres villes de la région de bombardements ni de fusillades.
    Au début de la mobilisation, il y avait une grande anxiété parmi la population.
    Quand il fallut partir, ce ne fut que pleurs. Pères, fils, gendres, cousins quittaient leurs familles, leurs enfants, leurs amis. Ils étaient gais et espéraient que la guerre - ce terrible fléau qui ne veut pas cesser - n'aurait pas lieu. Ils furent déçus et tous nous n'en doutons pas ont hâte que ce carnage prenne fin.
     C'est le 25 août que les Allemands firent leur entrée en ville. Il n'y avait plus de troupes, c'est ce qui explique qu'aucun combat n'eut lieu et que tous les édifices sont encore indemnes.
     L'ennemi installa ses services à l'Hôtel de ville et dans les principaux bâtiments de la ville.
     Naturellement, les débuts furent un peu froids entre occupés et occupant. Depuis lors, il y eut revirement. Les rapports entre civils et militaires sont à l'heure actuelle normaux et courtois. La population exécute sans récrimination les ordres émanant de la commandanture et nous pouvons dire que depuis plus de deux ans que l'ennemi est parmi nous aucun incident grave ne se produisit.

     De temps en temps, quelques aéroplanes alliés viennent jeter des bombes. Ils n'ont jamais atteint de buts militaires. Par contre plusieurs civils furent tués ou blessés (Anzin, Blanc-Misseron). Les noms de ces malheureuses victimes ont été publiés dans des précédents numéros par la "Gazette des Ardennes"
     Certains commerçants qui, au début de la guerre et par suite du manque de moyens de locomotion, avaient leurs magasins remplis de denrées alimentaires ont gagné de l'or en profitant de la calamité publique, pour vendre leurs produits à des prix exorbitants.
     Les malheureux durent et doivent encore actuellement se passer des denrées de première nécessité.
     Il y a longtemps qu'il n'y a plus de beurre en ville. Les oeufs et le lait se vendent à des prix dont les cultivateurs n'auront pas à se plaindre de trop. Ils ont dû mettre de l'argent "à gauche".
     Heureusement que le Comité hispano-américain a ravitaillé les populations envahies. Chaque semaine les ménagères se rendent à l'ancien bâtiment du Crédit Lyonnais chercher leurs provisions.
     Lard, café, sucre, lait condensé, riz, céréaline, etc. telles sont les principales marchandises mises en vente et à un prix abordable.
     Dans la nuit du 14 au 15 avril [1915], un vol important était commis au Crédit Lyonnais. La caisse de la boucherie municipale, qui ne fonctionna que pendant quelques mois, disparut. Elle renfermait environ 26.000 francs [quelques 72.000€]. la police ouvrit une enquête et ses investigations amenèrent l'arrestation du caissier Paul Bourdon. Malgré ses dénégations, ce dernier a comparu devant le tribunal correctionnel qui le condamna à deux ans de prison et 5.000 francs d'amende.[hélas authentique]
     M. Tauchon, maire, remplace M. Camdès,sous-préfet, qui abandonna son poste. [sic, en réalité Cauwès, voir]
     Parmi les décès signalons ceux de M. le comte Theillier de Poncheville, ancien député, ancien bâtonnier de l'ordre des avocats, conseiller municipal ; de M. Billet, capitaine au 127e, fils du second adjoint, de Mme Damien, épouse du premier adjoint, etc.
     L'hiver est arrivé. L'administration municipale a fait distribuer du charbon aux malheureux qui n'ont plus de chaussures et s'éclairent avec du "saindoux". Et chaque soir au coin du feu, ces déshérités de la nature pensent à leur mari ou à leur fils, se demandent tout bas et le coeur navré de douleur :
Quand finira cette guerre !
 
     On remarquera que rien n'est la faute de l'envahisseur, qui fait au mieux et avec lequel les Valenciennois s'entendent : on y est bien forcé quand les réquisitions - de matelas de laine, de poignées de porte en cuivre, etc. - sont assorties d'amendes et/ou de prison en cas de non-respect.

Avis 19170410

Je veux croire que les officiers n'étaient pas dupes quand on les saluait, c'était contraint et non par amabilité. La vie n'est pas facile, mais finalement avec un peu d'aide des neutres, (effectivement et pas de la part des autorités en France libre, c'est ce qu'il faut comprendre) tout s'arrange, et - lisant toujours entre les lignes- les déshérités pensent à leurs fils ou maris : c'est donc sur les femmes et les personnes âgées que le sort s'acharne, la faute étant rejetée sur ceux qui s'enrichissent (commerçants, cultivateurs .....)
 
    Rien n'est tout à fait faux dans cette courte description, dont on peut quand même se demander à quoi elle sert : ni les Valenciennois, ni les autres lecteurs, logés à la même enseigne ne seront dupes.
 
     Comme pour les cloches (qui seront aussi réquisitionnées) qui n'en entend qu'une n'entend qu'un son : Jules Thiroux, secrétaire général honoraire de la mairie de Valenciennes, raconte des épisodes de la période d'occupation et termine avec la

Situation de Valenciennes à la fin de l'occupation

 que je retranscris fidèlement, renvoyant par un lien (quand c'est possible) à un sujet que j'ai traité dans ce blog :

Dans quel état se trouvait la population et la ville de Valenciennes en Octobre-Novembre 1918 ?

La population ?
Au point de vue des vivres :
Plus de viande.
Plus de beurre.
Plus de lait.
Plus de volailles.
Plus d'oeufs.
Plus de pommes de terre.
Plus d'huile.
Plus de fruits.
Plus de bière, de vin, d'alcool.
Rien que le ravitaillement américain, composé surtout de pain, en quantité insuffisante.
Aux autres points de vue ?
Plus de vêtements, ceux en service étant usés jusqu'à la trame.
Plus de chaussures, On utilisait en cachette des morceaux de courroie, de selle et de giberne pour le ressemelage.
Plus de linge, tout ayant été réquisitionné chez les commerçants et souvent volé chez des particuliers.
Plus de matelas de laine. Elle était remplacée par des copeaux de bois.
Plus d'ustensile en cuivre ou en nickel.
Plus de papier.
Quant au point de vue des immeubles ?
Dans aucune des guerres précédentes — et le nord de la France en subit quelques-unes dans les siècles antérieurs — on n'avait assisté à pareille destruction systématique et sauvage de toute une région. Valenciennes était saccagée comme toutes les autres villes du front, Douai, Cambrai, moins certes que Lens, Arras, Bapaume qui avaient été plus longtemps sur la ligne de feu. Son coeur au moins restait intact, comme le dit le Président Poincaré, lorsqu'il lui rendit visite le 10 novembre 1918, mais :
409 maisons étaient complètement détruites.
4165 détruites partiellement.
Presque tous les immeubles particuliers vidés par les rapts.
1 groupe scolaire incendié (Saint-Vaast-là-Haut).
1 autre détruit par les obus (Faubourg-de-Paris).
L'école de la rue Capron transformée en prison, l'ancien Lycée en caserne, le Lycée Henri-Wallon et le Lycée de Jeunes Filles en hôpitaux et dévastés avant le départ de l'ennemi.
L'église du Sacré-Coeur au Faubourg de Paris et celle de l'avenue Dampierre aux trois quarts détruites, les autres gravement endommagées.
Les écluses, les ponts, la gare, détruits.
Les grandes usines des faubourgs, Escaut et Meuse, Forges et Aciéries de Trith-le-Poirier, rasées.
Voilà les conséquences de l'occupation d'une ville située en arrière du front, qui en resta éloignée de près de cinquante kilomètres durant cinquante mois, et ne fut exposée au bombardement que quinze jours.

 

 

 

 

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7 mars 2016

Après l'armistice...

 

    On voit souvent (surtout en cette période du Centenaire) les scènes de liesse de l'armistice, mais ce qui est très largement passé sous silence, c'est qu'une fois l'allégresse retombée, les conditions matérielles étaient les mêmes que celles de l'avant-veille : restrictions, pour une longue période encore, mais surtout, pour les territoires occupés, qu'ils soient ou non sur la ligne de front, les destructions, par fait de guerre ou par un occupant furieux d'avoir à quitter les lieux et qui rentrait dans un pays qui n'avait pas été envahi.

     En janvier 1919, Lucien Hector JONAS, né le 8/04/1880 au 213 avenue Anatole France à Anzin revient dans sa ville natale, lui qui a si souvent parcouru le front en tant que "Peintre militaire attaché au musée de l'Armée". Se doutait-il de l'état de la cité ?  L'émotion va le pousser à écrire le texte qui suit, empreint du style de l'époque.

Je n'ai pas retrouvé la trace exacte des personnages principaux, peut-être l'auteur a-t-il voulu cacher une identité trop précise (j'y reviens ensuite) mais les lieux et les conditions de vie sont bien réelles, aussi ai-je illustré le texte d'imagettes à cliquer pour en montrer la réalité, alors qu'une courte explication apparaît en survolant les parties en italique souligné :


Le Calvaire de Zélie Goniaux d’Anzin


     Le 2 août 1914, son mari Théophile Goniaux, chef porion à la fosse Thiers,
fosse thiers l'avait laissée à Anzin avec ses deux bébés pour aller rejoindre le 327° qui partit vers Namur. Le 24 août, les Boches entraient dans la ville.
Comme la petite maison de Zélie, située à l'entrée du coron, était coquette, un feldwebel de la Kommandantur s’y installa en maître. Pour fuir cette domination et pour nourrir ses petits, elle entra chez M. Darphin, l’ingénieur en chef des travaux du jour, afin d'y faire le ménage.

     Elle souffrit beaucoup d’être séparée de son homme. Elle pensa mourir en apprenant par son frère prisonnier, qu'il était mort, réduit en bouillie avec la moitié de sa section à Berry-au-Bac. Elle vécut cependant pour les mioches, avec  l'espoir d'aller prier avec eux devant sa croix de bois qu'elle rêvait auréolée de fleurs.

Combien le temps lui parut long jusqu'en août 1918 !

     A l’heure de la débâcle, le sous-officier déménagea précipitamment, emportant des bibelots de famille et tout le linge de la maison… et aussi les six couverts en argent que lui avait donnés M. Daubresse, l’ingénieur de la fosse Thiers, le jour de son mariage.

     En octobre, elle fut évacuée avec toute la population et elle emmena dans une brouette la petite Lydie, qui venait d’avoir cinq ans et souffrait d’un gros rhume, deux casseroles en cuivre et sa dernière couverture. Le petit Nestor, âgé de six ans, portait une caisse remplie de farine et de riz, donnée par le comité de ravitaillement américain.
Après avoir traversé Valenciennes, elle marcha sur le pavé de la route de Mons.
En se retournant près de Saint-Saulve, elle vit s’effondrer le clocher de l’église
Anzin eglise 1918 où elle fut baptisée, où elle fit sa première communion, où elle fut unie à son Théophile, où elle porta ses enfants pour le baptême par des jours ensoleillés.

Le temps lui sembla plus long encore pendant son exil à Boussu, en Belgique.

A la fin de Novembre, elle revint à Anzin. croix anzin 1918
     Avec émotion, elle revit les maisons démolies sur la grand’route
croix anzin 1918 droit, les rails des tramways sautés et tordus vers le ciel rails tordus, la mairie criblée d’obus, perforée et branlante Anzin mairie 1918, l’église effondrée eglise 14-18 b… et le cimetière labouré d’éclats. La tombe de son père était éventrée… Elle se jeta dans le trou béant comme pour le boucher de son corps…  les pleurs et les cris de ses enfants l’obligèrent se relever et à poursuivre son chemin de croix.

     Elle longea le long coron blessé, couché sur le trottoir de la route, et avec angoisse aperçut, tout au bout, sa maison ajourée comme une valenciennes. Elle entra : c’était affreux. La pluie, par le plafond troué, pénétrait dans la pièce qui servait de salon et de salle à manger… Dans la chambre à coucher, elle ne trouva qu’une chaise d’enfant, à laquelle il manquait un pied, et un petit soulier de la poupée de Lydie.

     Elle s’effondra… ses enfants se rapprochèrent d’elle… et, serrés l’un contre l’autre, ils se mirent à pleurer…dans le grand silence de la ville dévastée, où, jadis, résonnaient les trains de laminoirs et les marteaux-pilons.

…Quand je suis allé là-bas, je les ai vu tous les trois, dans la même pièce basse, donnant sur la cour… la seule pièce dont les murs soient encore solides et dont le plafond constitue un abri.
Les deux enfants étaient couchés sur de la paille, en plein jour, recouverts de loques et de vieux vêtements pour souffrir moins du froid et de l'humidité... car ils n'ont plus rien à se mettre sur le dos... ils n'ont plus de chaussures.. ils sont amaigris et rapetissés par la fièvre, tandis que leurs yeux sont agrandis par l’épouvante et par la fatigue.

     Près d'eux, veillant avec anxiété, assise sur un volet placé sur deux caisses, leur maman, résignée, les regarde dormir, les recouvre quand ils remuent, ôte son châle pour les mieux protéger quand ils toussent et ne pouvant rien faire pour les soulager, pleure tout doucement ou se tord les bras de désespoir.

     Tous qui, comme moi, dormez sur un bon matelas bourré de laine, dans une chambre tiède, je vous en supplie, ayez pitié de Zélie et de ses enfants, ayez pitié de ses sœurs, de tous les petits Nestor, de toutes les petites Lydie, et donnez-leur des couvertures, des vêtements, du linge et des bottines!

Songez qu'à Anzin, la cité du charbon, des femmes et des enfants peuvent mourir de froid, parce que les Boches avant de partir ont noyé les galeries des fosses, fait sauter le cuvelage et le moulinage; des mines et abattu le chevalet métallique, cet élégant et haut beffroi des communes noires.

 

     Je n'ai pas trouvé Théophile Goniaux Soldat du 327e RI mort pour la France, mais GONIAUX Jean-Baptiste, du 127e RI mort pour la France le 5 mars 1915. Mineur également, né à Denain et résidant à Escaudain. L'hôpital temporaire n°17 était situé dans les locaux du collège municipal, rue du Collège à Châlons-sur-Marne (actuelle rue du lycée à Châlons en Champagne).

collége CsM

 


 

Sa fiche sur le site Mémoire des Hommes :
GONIAUX JB MDH

     Blessé par une grenade allemande le 1er mars 1915, il sera cité à l'ordre du régiment et décoré de la Croix de Guerre le 8 avril 1915.

    Ce n'est pas LE Théophile de Zélie, mais son parcours est extrêmement proche, il est probable que l'auteur a condensé plusieurs personnages, sans pour autant trahir la vérité.

     La rue Lécaillez n'est pas celle du récit : qualifiée de "plus éprouvée de la guerre", elle permet de mieux appréhender le désarroi des habitants. :

ANZIN la rue lecaillez t&n
(cpa perso et vue Google)

 

 

  

19 avril 2011

Prisonniers Russes et Anglais

Extraits du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

PRISONNIERS DE GUERRE



1er mai 1915. - Mille prisonniers Russes arrivent et sont logés à la caserne Vincent. Ce sont des hommes bien bâtis, qui viennent travailler à la démolition des usines, réparer les routes et s'occuper des travaux des champs.
D'autres arrivent à Trith pour charger les minerais qui sont expédiés à Hambourg.
Ceux-là sont dans un état pitoyable, les uns avec des manteaux anglais, d'autres avec des képis français : ils font peine à voir.
Ces malheureux meurent de faim et demandent : " Pain! Pain! " Sur la route, les braves gens qui veulent partager avec eux sont brutalement repoussés par les Allemands. On mettait parfois avec intention, dans les bacs à ordures, devant les portes, des morceaux de pain sur le passage de ces malheureux prisonniers ; mais dès qu'ils voulaient s'en emparer, les soldats allemands les repoussaient avec brutalité.

Le 22 Juin 1915. - Nous arrivent 1.500 prisonniers, dont la plupart sont Russes. Ils viennent faire la moisson, et sont, comme tous ceux que nous avons vus, dans un état lamentable.

Le dimanche 27 juin 1915. - Nous arrivent 250 prisonniers venus de Havelburg. La dévouée Mme Besnard passa la matinée avec ces malheureux, qui étaient dans un état pitoyable. Ils étaient partis du camp le lundi, s'étaient arrêtés deux jours à Malmédy, pendant lesquels ils n'eurent pour toute nourriture qu'un peu de café et un morceau de pain. Ils seraient morts de faim si ce séjour s'était prolongé.
Dans ce camp, ils étaient environ 7.000 : Russes, Polonais, Belges, Anglais. Ils n'y étaient pas trop maltraités, mais souffraient de la faim, étant trop faibles pour travailler.
Rien ne peut décrire l'état de saleté dans lequel ils se trouvaient. Chemise usée, sans couleur, vêtements déchirés, souliers éculés, enfin la misère la plus complète.

Le mardi 9 novembre 1915. - M. Guérin étant de passage à Valenciennes, nous dit qu'il rentrait de Berlin où il était allé traiter avec le Gouvernement allemand l'échange de prisonniers. Il avait pu visiter cinq camps, et avait trouvé nos compatriotes en assez bon état, mais seulement lorsqu'ils recevaient des colis, car la nourriture était insuffisante. Le ravitaillement des Anglais était, par contre, très bien organisé, les prisonniers étant nourris par le régiment auquel ils appartenaient. Par contre, les pauvres Russes n'étant aidés de personne, étaient dans un état lamentable. M. Guérin avait pu faire changer quelques chefs, vraiment trop durs avec leurs prisonniers.

Janvier 1916 -ENFANTS DE FRANCE


Voici une petite histoire qui mérite d'être contée : elle est bien française dans sa courageuse simplicité.
Un groupe de prisonniers russes, hâves, décharnés, misérables, traversait les rues de Vieux-Condé au moment où les garçons entraient à l'école, ayant presque tous leur goûter en mains.
Les pauvres prisonniers mourant de faim, en voyant leurs tartines, ne purent s'empêcher d'exprimer leur fringale par le geste. Il n'en fallut pas davantage pour toucher le bon cœur des petits écoliers. D'un élan spontané, tous ceux qui avaient des tartines se précipitèrent et les donnèrent aux prisonniers, bien que ce fût défendu. Les soldats de l'escorte les chassèrent et, comme une nuée de moineaux effarouchés, ils disparurent dans la cour de l'école.

A peine y étaient-ils entrés qu'un sous-officier allemand y fit irruption et, d'une voix terrifiante, leur cria en mauvais français : " Qui a donné du bain aux prisonniers? Lefez la main, ceux-là iront en prison ".
Sans hésiter, tous levèrent la main.
L'Allemand, un peu déconcerté par cette généreuse unanimité, hésita, puis, d'une plus forte voix encore, reprit : " Ah! fous avez tous tonné du bain ; levez la main ceux qui promettent de ne plus en tonner aux Russes, les autres iront trois jours en prison ".
Pas une main ne se leva.
L'Allemand, cette fois, fut stupéfait, et leur infligea à tous trois jours de prison dans l'école. Calmes comme de vieux braves, sans baisser la tête ni les yeux, un petit sourire bien français au coin des lèvres, tous les écoliers croisaient les bras sans plus attendre, et firent leur punition sans murmurer!

PRISONNIERS RUSSES -1916


Le 4 mars 1916, j'assistai à un bien triste spectacle sur la place des Tramways.
Trois cents prisonniers Russes qui, depuis trois jours, étaient enfermés dans nos Académies, mourant littéralement de faim, attendaient le tramway pour aller travailler à la démolition des usines dans les environs. Immédiatement, sans se préoccuper des représailles, les commerçants et les personnes présentes donnèrent ce qu'ils pouvaient à ces malheureux affamés qui se battaient pour ramasser ce qu'on pouvait leur jeter. Heureusement, aucun incident ne se produisit, tandis que la veille, à Saint-Saulve, en face de la propriété de M. Ch. Dubois, une femme ayant donné au passage un morceau de pain à un pauvre prisonnier, fut sur-le-champ rouée de coups, à la grande indignation des passants, qui ne purent intervenir.
Le lendemain, voulant voir ce qui s'y passait, je pus entrer aux Académies. Ces misérables Russes attendaient avec patience leur pauvre pitance. La cour était transformée en cuisine ; une grande chaudière étant enterrée dans le sol, le tirage se faisait par une cheminée improvisée.
Afin de ne rien perdre, le cuisinier, à plat ventre, ramassait le fond de cette chaudière crasseuse.
Dans les salles des Académies, de la mauvaise paille leur servait de litière. Aussi, vivaient-ils dans une saleté repoussante.
Le Maire, M. Tauchon, fit, à la suite de ces scènes déplorables, une démarche auprès de la Commandature, afin de permettre à la population de remettre des vivres aux Russes affamés.
Une jeune femme, causant le russe, put leur parler, et ces malheureux décrivirent la situation lamentable dans laquelle ils vivaient, ayant été quatre jours sans manger avant l'arrivée à Valenciennes.
Mais le commandant ne se laissa pas convaincre, et rien ne fut changé à la situation.
Ces prisonniers Russes furent employés par les Allemands pour abattre les arbres dans la forêt de Raismes. Sur l'ordre de la Commandature, à partir du lundi 20 mars, à midi, les prisonniers civils en détention préventive au patronage Saint-Nicolas et à l'Hôtel de Ville furent nourris aux frais de la Ville.

PRISONNIERS RUSSES -1917


Le lundi 23 janvier 1917, les écoles du faubourg de Lille furent réquisitionnées, après avoir licencié les élèves, pour recevoir quatre cents prisonniers Russes. Ils arrivèrent par un temps glacial, dans un état lamentable, pour travailler au quai d'embarquement de Saint-Saulve et à la nouvelle voie raccorl1ant la ligne de Quiévrain à celle de Maubeuge, sans passer par la gare de Valenciennes : ils devraient ensuite coopérer à la destruction des usines.
A Saint-Saulve, les écoles furent également licenciées pour en recevoir deux cents ; en même temps, arrivaient au Poirier deux cents ouvriers civils pour extraire du gravier.
Les prisonniers Russes de Saint-Saulve, sans feu et sans nourriture, furent très particulièrement éprouvés. Ils ramassaient les pommes de terre pourries et les tiges de choux en bordure des champs, car ils mouraient littéralement de faim.
Voyant M. Grosjean, mari de l'institutrice, couper une betterave pour ses lapins, ils la lui demandèrent pour la manger crue. Ils étaient en haillons, et la plupart les pieds nus dans des sabots. Malgré leur mauvais état de santé, ils devaient marcher, car les soldats qui les escortaient les frappaient avec leur sabre.
Indignée, une dame ne put s'empêcher de leur dire : " Sales bêtes ". Son nom fut relevé, et elle fut punie sévèrement.
Dans l'impuissance où nous étions de les soulager, et ne pouvant les approcher, quelques personnes compatissantes jetaient du pain sur leur passage, lorsqu'ils se rendaient au travail. Ce fut alors des scènes terribles : ces hommes se battaient comme des sauvages pour ramasser ces quelques morceaux de pain.
Dans la nuit du 26 janvier 1917, quelques-uns, mourant de faim, escaladèrent le mur de l'école du faubourg de Lille où ils étaient enfermés, et se battirent avec le poste qui, ayant reçu du renfort, les fit rentrer à coups de crosses.
Partis mille de Russie, ils n'étaient plus, quelques semaines plus tard, que six cents.
A la suite de ces privations, six moururent à l'école de Saint-Saulve, au milieu de leurs camarades, sans recevoir aucun soin : deux des cadavres restèrent toute la journée du dimanche 28 janvier 1917 dans le couloir de l'école, exposés sans cercueil.
Les membres de la Croix-Rouge française ayant été avertis qu'à quatre heures avait lieu l'enterrement des deux Russes, se rendirent à l'Hôpital ; mais il fut impossible de trouver les corps, et ils durent rentrer chez eux.
Ces prisonniers étaient dans un état lamentable ; leurs vêtements étaient en lambeaux, ils les raccommodaient comme ils pouvaient avec des morceaux de couvertures retenus avec des ficelles, qui laissaient voir leurs membres à nu.
A Denain, le commandant défendit également que la population leur vînt en aide, prétextant, ce qui était faux, que le gouvernement russe avait laissé mourir de faim mille sept cents officiers allemands.
Tous les jours je voyais passer devant moi ces malheureux Russes, se soutenant les uns les autres, alors qu'ils revenaient de Trith où ils travaillaient au démontage des usines du Nord et de l'Est, ce qui leur faisait chaque jour plus de 15 kilomètres de chemin. A les voir, on se serait cru au temps le plus reculé de l'esclavage. Il est impossible de décrire ce groupe d'infortunés, encadré de soldats allemands, suivis de gendarmes chargés de faire un procès à quiconque leur parlerait ou leur porterait secours.
En sortant, je rencontrai justement un agent de police portant des feuilles où étaient inscrites les condamnations de la justice allemande, car pour ménager leurs hommes, nos agents étaient obligés de faire signer aux intéressés les jugements qui les concernaient.
Sur l'une de ces feuilles, je lus : " Mme Derrenbourg, femme Lemaire, est condamnée à cent marks d'amende pour avoir voulu donner de l'argent aux prisonniers Russes qui passaient. "
Sur une autre :
" Mme Bare, Célestine, est condamnée à cent cinquante marks d'amende pour avoir donné un morceau de pain aux prisonniers Russes qui passaient. ".

Le 13 février 1917, sur le pont Jacob, passait un groupe de prisonniers Russes, encadrés de soldats allemands. Les regardant passer, la jeune Dufont, âgée de seize ans, habitant le coron Miroux, mangeait un morceau de pain, Les prisonniers, affamés, regardaient avec convoitise cette " tartine " La jeune fille s'en aperçut et voulut la leur donner, mais le gendarme l'en empêcha, lui disant :
" Prison ".
Elle lui répondit : " Égal ", et la leur donna quand même.
Elle fut condamnée à trois semaines de prison. Que de braves enfants comme elle auraient droit à la reconnaissance française!
Chaque fois que je voyais passer ces malheureux, j'avais l'âme remplie de tristesse. Il se forma alors un Comité pour essayer de les soulager et leur venir en aide.
Tout ceci prouve bien la lâcheté et la morgue du Haut Commandement allemand, qui n'eut jamais osé traiter pareillement des prisonniers français, anglais ou américains, ceux-ci auraient pu se défendre et agir de représailles, tandis que les Russes étaient abandonnés de tous.

PRISONNIERS MASSACRES


Les prisonniers Russes qui démontaient les usines étaient de plus en plus malmenés ; c'est ainsi que le 9 mars 1917, l'un d'eux se rendant à l'usine du Nord et de l'Est, s'étant écarté de son groupe d'une dizaine de mètres pour prendre un morceau de pain, fut appréhendé par la sentinelle. Le malheureux se mit à genoux pour s'en excuser et, au moment où il relevait la tête, Je soldat le mit en joue et le tua à bout portant. Il fut transporté à l'hôpital sur une brouette, sans même être recouvert.

RAVITAILLEMENT DES PRISONNIERS


Le 15 mars 1917, nous voyions arriver de Belgique quatre cents ouvriers civils qui venaient démonter les usines. Par ironie, ils avaient mis leur chapeau haut de forme : ils furent dirigés sur Marly, encadrés de soldats allemands. En juin, la ville recevait pétitions sur pétitions venant de différentes communes, demandant à ce que l'on secourût les prisonniers Russes et Anglais, qui étaient dans un état lamentable et que l'on ne pouvait approcher. A Condé, M. Pureur réclamait pour cent cinquante Russes qui étaient dans la misère la plus complète ; à Denain, trois cents Anglais mouraient de faim. Un jour, une femme mangeait un morceau de pain sur sa porte : un Anglais se précipita et le lui prit des mains pour le dévorer. La sentinelle roua de coups cette femme et la mit en prison. A Raismes, quatre cent soixante-huit Anglais étaient également dans la plus grande détresse. Les habitants essayèrent par tous les moyens possibles, au risque d'être mis en prison, de soulager ces martyrs, ce qui fut très difficile et périlleux.

Le 26 juin 1917, arrivaient à Saint-Saulve, cent cinquante Anglais mourant littéralement de faim. Ils furent logés dans les écoles, les maisons voisines ayant été évacuées afin d'empêcher toute communication. Une femme qui voulut leur passer un paquet de cigarettes fut mise en prison pour vingt-huit jours. Tous faisaient peine à voir ; les Anglais, avec leurs vêtements en lambeaux, ne se laissaient pas abattre comme les Russes, et ils relevaient la tête avec fierté lorsqu'ils se rendaient au travail, encadrés de soldats allemands. Nous les admirions, mais nous étions très attristés de ne pouvoir leur venir en aide.
A Saint-Amand, le jeune Lartoir, âgé de treize ans, fut condamné à vingt et un jours de cellule, au pain et à l'eau, pour avoir donné une cigarette à un prisonnier. Il fut si malmené dans son cachot, qu'il rentra chez lui dans un état lamentable.


A la réunion du Comité régional du 19 août 1917, la question du ravitaillement des prisonniers prit une telle proportion, MM. Turbot et Branquart durent intervenir, tout en nous laissant une grande latitude pour leur venir en aide.
M. Turbot avoua que la question était vraiment très difficile à résoudre.
M. Pureur ajouta qu'à Condé, les prisonniers Russes et Anglais étaient couchés sur des copeaux ou sur des lits de fer, dont les ressorts les martyrisaient les côtes. Deux cents vingt-cinq d'entre eux étaient déjà morts ; trois ou quatre succombent chaque jour d'inanition. Nous sommes obligés de leur venir en aide, en leur faisant une soupe dont les gardiens profitent. Nous ne pouvons cependant pas laisser mourir de faim tous ces malheureux qui se sont battus pour nous.
" Hier, ajouta-t-il, je me trouvais à la gare de Condé où les Russes embarquaient des chevaux. A proximité, se trouvait un champ de choux-navets, sur lequel ils se jetèrent comme des affamés. "
M. Davaine dit qu'à Maulde, les malheureux prisonniers avaient la dysenterie et qu'il y avait parmi eux une très grande mortalité.
M. Turbot termina la réunion en disant qu'il y avait là en effet une question d'humanité, que le Comité de district s'en rapporterait à la probité des Maires, qui établiraient une comptabilité régulière.
 

AMÉLIORATIONS DU STATUT DES PRISONNIERS


Le 15 novembre 1917, les officiers qui nous arrivaient du front d'Ypres, nous apprirent que le nombre des morts était effrayant des deux côtés, mais que leur succès sur les Italiens et la révolution russe, leur avait rendu le courage et la confiance qui commençaient, avouaient-ils, à s'ébranler.
En effet, nous remarquons que les prisonniers Russes étaient désormais mieux nourris, et qu'on leur procurait des vêtements : on semblait en un mot, ne plus les considérer comme des prisonniers de guerre.
Par contre, nous voyons passer en gare les malheureux prisonniers anglais, à peine vêtus par ce grand froid, et sans chaussures. Ils allaient, paraît-il, en Allemagne, un accord étant survenu entre les puissantes belligérantes pour que les prisonniers ne soient plus envoyés sur le front.
 
 


 

  •  A ces témoignages je peux rajouter celui de ma mère qui habitait "La Briquette" avec ses 3 soeurs et leur mère, mon grand-père ayant choisi de traverser les lignes en septembre 1914 pour rejoindre les troupes françaises ; en 1916 un des camps de prisonniers devait être voisin de leur maison, car elle racontait avoir été leur porter un peu de nourriture, ma grand'mère ayant été mise en joue à cette occasion par une sentinelle.

     
  • Les prisonniers Russes ne disposaient, pour remercier ceux qui osaient leur venir en aide, que de menus objets de bois, réalisés au couteau à partir de morceaux de bois de petite taille. Ma famille a conservé ceux que ma mère et mes tantes ont reçus :

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    crucifix_R__  crucifix_V__
    Le verso porte la date : 1916 et le nom du prisonnier en cursives cyrilliques, qui pourrait être Костецкий Иван décédé le 29/03/1918 (seul le prénom est certain)
     
  • Un certain nombre de ces prisonniers sont inhumés au cimetière St Roch de Valenciennes entre le cimetière britannique et le carré français :
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    • Un monument est dédié à "CEUX QUI ONT DONNE LEUR VIE POUR LEURS AMIS 1914-1918" ; une plaque a été rajoutée en 2012
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    P1460946

    • Il remplace un monument original, inauguré en 1927 avec participation du Metropolite Euloge et de l'Ataman Bogaewsky des Cosaques du Don, et dont on ne sait ce qu'il est devenu (détruit lors de la 2nde Guerre ?)
      sever01 sever02  sever03
       
    •  Album des tombes du cimetière,  marquées "MORT POUR LA PATRIE"  de 3 Roumains et 207 Russes dont 3 sous-officiers, ainsi qu'1 Hongrois et 1 Serbe inhumés en 1943 (tombes 18bis et 36bis). (photos de l'auteur).

       tombes russeszoom

    • Suit la liste selon les n°s de tombe : 17 d'entre eux n'ont pas de date de décès précise, l'un des soldats Roumains est inconnu. Les informations de la plaque tombale ont été recopiées à l'identique, j'y ai ajouté le nom en cyrillique tel que le donne le site russe mentionné plus bas. (photo sur demande)
       
    • A noter que 2 tombes ( la n°9 et la 204) portent strictement la même inscription : "MUSTEKISCH Joseph, SOLDAT RUSSE, 01/03/1917"
      Peut-être l'une des 2 contient-elle le corps du soldat qui figure seulement dans la liste russe "Круг Эмилий  : KRUG Emile 01.04.05 пленный" (captif)

       
     
     
    Nom Prénom ФИО Inscription Date de décès n° de tombe
    POLONSKI   Полонский SOLDAT RUSSE 1914-1918 1
    SIMACHER   Симахер SOLDAT RUSSE 1914-1918 2
    KOTOWITSCH Fr. Котович Фр. SOLDAT RUSSE 13/05/1916 3
    POLAKOW Gregori Полаков Григорий SOLDAT RUSSE 31/05/1916 4
    JAKOLOW Alexy Яколов Алексей SOLDAT RUSSE 25/03/1917 5
    SELEZNEOW Peter Селезнев Петр UTFFZ. RUSSE 1914-1918 6
    JAMENEKO Lymitri Яменеко Димиртий PRISONNIER GUERRE RUSSE 05/12/1916 7
    BARANZEWITSCH Semen Баранцевич Семен GEFR. RUSSE 14/03/1917 8
    MUSTEKISCH Josef Мустекич Иосиф SOLDAT RUSSE 01/03/1917 9
    SCHIPILOW Simon Шипилов Семен SOLDAT RUSSE 25/03/1917 10
    SIBIROW Iwan Сибиров Иван SOLDAT RUSSE 24/11/1917 11
    GLEISER Anton Глейцер Антон SOLDAT RUSSE 25/04/1917 12
    NAPORKA Theodor Напорка Федор SOLDAT RUSSE 09/05/1917 13
    ZIWINSKI Iwan Цивинский Иван SOLDAT RUSSE 09/05/1917 14
    KUSMENZUK Theodor Кузьменчук Федор SOLDAT RUSSE 1914-1918 15
    FOMENKO Pawel Фоменко Павел SOLDAT RUSSE 15/07/1918 16
    TOKOR Foma Токор Фома SOLDAT RUSSE 16/07/1918 17
    NAGORNY Alfanaey Нагорный Афанасий SOLDAT RUSSE 18/07/1918 18
    ANTIJ Ilija   HONGROIS 19/05/1943 18bis
    SIDOROW Dimitri Сидоров Дмитрий SOLDAT RUSSE 30/03/1917 19
    KALIMIN Iwan Калимин Иван SOLDAT RUSSE 26/03/1917 20
    GLODURAN Foror Глодуран Федор SOLDAT ROUMAIN 05/04/1917 21
    DERAWEZNIKO Nikolai Деревезнико Николай SOLDAT RUSSE 18/04/1917 22
    SILBER Leiba Сильбер Лейба SOLDAT RUSSE 17/04/1917 23
    DANILOW Daniel Данилов Даниил SOLDAT RUSSE 29/03/1917 24
    WJATSCHESLAW Anton Вячеслав Антон SOLDAT RUSSE 15/03/1917 25
    WJALKOW Iwan Вялков Иван SOLDAT RUSSE 23/03/1917 26
    BOZKAROW Wassili Бозкаров Василий SOLDAT RUSSE 23/03/1917 27
    MIESTALEWSKI Julian Месталевский Юлиан SOLDAT RUSSE 06/05/1917 28
    SARUBIN Iwan Зарубин Иван SOLDAT RUSSE 22/09/1917 29
    KARPIERKA Pieter Карперка Петр SOLDAT RUSSE 19/07/1918 30
    SELITZKI Feodor Селицкий Федор SOLDAT RUSSE 22/07/1918 31
    TSCHERNAUS Prokof Черноус Прокофий SOLDAT RUSSE 12/07/1917 32
    RISCHKOW Osig Рышков Осип SOLDAT RUSSE 06/04/1917 33
    KONOPLITZKI Timosei Коноплицкий Тимофей SOLDAT RUSSE 18/04/1917 34
    BULKA Cerasim Булка Герасим SOLDAT RUSSE 23/04/1917 35
    KIMTSCHIK Theodor Кимчик Федор SOLDAT RUSSE 29/04/1917 36
    VUJNOVIEU Mihajin   SERBE 13/02/1943 36bis
    KOTSCHERGIN Piotre Кочергин Петр SOLDAT RUSSE 08/05/1917 37
    SKOROCHODOW Iwan Скороходов Иван SOLDAT RUSSE 11/05/1917 38
    APTIKAJEM Chavafislam Артилажем Хавафислам SOLDAT RUSSE 19/03/1917 39
    SOSNOWOSKI Stanislaw Сосновский Станислав SOLDAT RUSSE 02/06/1917 40
    SCHLASIN Pawel Шлазин Павел SOLDAT RUSSE 02/06/1917 41
    TESCHELSKY Siegmund Тежельский Зигмунд SOLDAT RUSSE 03/06/1917 42
    LEBETJEW Nikolae Лебедев Николай SOLDAT RUSSE 17/04/1917 43
    BINECK Jan Бинек Ян SOLDAT RUSSE 26/02/1917 44
    TSCHURUM Karp Чурум Карп SOLDAT RUSSE 26/02/1917 45
    SUWAK Ludwig Сувак Людвиг UTFFZ. RUSSE 15/06/1917 46
    DOWSCHENKO Wassili Довженко Василий SOLDAT RUSSE 22/11/1917 47
    GERGELUK Peeter Гергелюк Петр SOLDAT RUSSE 29/04/1917 48
    KAIDA Trofim Кайда Трофим SOLDAT RUSSE 28/05/1917 49
    RISTOWSKI Vikenti Ристовский Викентий SOLDAT RUSSE 25/06/1917 50
    JASCHINSKY Josef Ящинский Иосиф SOLDAT RUSSE 14/05/1917 51
    BELAN Daniel Белан Даниил SOLDAT RUSSE 21/01/1918 52
    GORA Jurka Гора Юрка SOLDAT RUSSE 14/01/1918 53
    OLIFSENKO Iwan Олифсенко Иван SOLDAT RUSSE 04/01/1918 54
    KLEUFF Iwan Клюев Иван SOLDAT RUSSE 01/08/1917 55
    ROSIJEW Niken Росеев Никон SOLDAT RUSSE 09/02/1918 56
    BRUSCHIMIN Wassili Брушимин Василий SOLDAT RUSSE 25/08/1917 57
    KOSTEZKI Iwan Костецкий Иван SOLDAT RUSSE 29/03/1918 58
    POLTARAK Pjotz Полторак Петр SOLDAT RUSSE 13/12/1917 59
    CHANANOW Abdul Хананов Абдул SOLDAT RUSSE 12/03/1917 60
    SENTSCHENKO Nikita Сенченко Никита SOLDAT RUSSE 04/12/1917 61
    PASCHA Stephan Паша Степан SOLDAT RUSSE 09/03/1917 62
    SCHOLPOAKOW Michael Шолпоаков Михаил SOLDAT RUSSE 03/09/1917 63
    KRASSORA Semion Крассора Семен SOLDAT RUSSE 1914-1918 64
    NASAROW Wassili Назаров Василий SOLDAT RUSSE 27/09/1917 65
    PETROW Peter Петров Петр SOLDAT RUSSE 07/10/1917 66
    STRELNIKOW Wassili Стрельников Василий SOLDAT RUSSE 28/09/1917 67
    NELUBON Dimitri Нелюбон Дмитрий SOLDAT RUSSE 23/09/1917 68
    POPOW Michael Попов Михаил SOLDAT RUSSE 08/09/1917 69
    ALEXEJEW Luka Алексеев Лука SOLDAT RUSSE 25/09/1917 70
    BUJAKIN Wassili Бужакин Василий SOLDAT RUSSE 25/09/1917 71
    LOSCHKIN Gorde Лошкин Гордей SOLDAT RUSSE 24/09/1917 72
    DUNITSCHENKOW Nikolay Дунищенков Николай SOLDAT RUSSE 16/08/1917 73
    ANISKOWETZ Stephan Анисковец Степан SOLDAT RUSSE 30/06/1918 74
    RUKIN Stephan Рукин Степан SOLDAT RUSSE 16/05/1918 75
    PETROW Melashwai Петров Мелашвай SOLDAT RUSSE 04/04/1918 76
    TOLSTIAKOW Sergey Толстиков Сергей SOLDAT RUSSE 06/04/1918 77
    BUDAL   Будал SOLDAT RUSSE 1914-1918 78
    SCHEWTSCHENKE   Шевченко SOLDAT RUSSE 1914-1918 79
    DAMLJUK Nikolai Дамлюк Николай SOLDAT RUSSE 06/05/1918 80
    MANTSCHENKOW Stephan Манченков Степан SOLDAT RUSSE 30/05/1918 81
    JEGEROW Simon Егеров Семен SOLDAT RUSSE 09/10/1917 82
    SCHINKARENKO Jakob Шинкаренко Яков SOLDAT RUSSE 01/10/1917 83
    BASCHLIKOW Miron Башлыков Мирон SOLDAT RUSSE 28/09/1917 84
    SCHMATOW Feodor Шматов Федор SOLDAT RUSSE 01/10/1917 85
    TOLKATSCHOW Jakob Толкачев Яков SOLDAT RUSSE 10/09/1917 86
    MASUR Pawel Мазур Павел SOLDAT RUSSE 10/09/1917 87
    TSCHNIKOW Gregory Чников Григорий SOLDAT RUSSE 22/11/1917 88
    CHOMTSCHUK Hold Хомчук Мефодий SOLDAT RUSSE 08/09/1917 89
    KASPAROWISTH Joh Каспарович Иоганн SOLDAT RUSSE 28/11/1917 90
    KAMINSKI Vikenti Каминский Викентий SOLDAT RUSSE 05/02/1918 91
    DOLGALOW   Долгалов SOLDAT RUSSE 13/10/1917 92
    POMOTUCHIN Wassili Помотухин Василий SOLDAT RUSSE 09/10/1917 93
    LJURTSCHIK Damian Люрчик Демьян SOLDAT RUSSE 29/04/1918 94
    SOLOTUCHIN Teodor Золотухин Федор SOLDAT RUSSE 06/10/1917 95
    SCHPIRJUCK Iwan Шпирюк Иван SOLDAT RUSSE 02/06/1918 96
    SCHTSCHEPAHJAK   Щепаняк SOLDAT RUSSE 1914-1918 97
    DANILOW Dimitri Данилов Дмитрий SOLDAT RUSSE 09/03/1918 98
    SAPRUN Peter Сапрун Петр SOLDAT RUSSE 24/06/1918 99
    SEREDA Efim Середа Ефим SOLDAT RUSSE 22/03/1918 100
    GADOLOW Sergey Гадолов Сергей SOLDAT RUSSE 22/09/1917 101
    SACHAROW Jakob Сахаров Яков SOLDAT RUSSE 21/09/1917 102
    ANTIPENKO Dimitri Антипенко Дмитрий SOLDAT RUSSE 08/09/1917 103
    MALZEW Ossig Мальцев Осип SOLDAT RUSSE 05/09/1917 104
    GAWLOWSKY Peter Гавловский Петр SOLDAT RUSSE 14/09/1917 105
    ROMANOW Konstantin Романов Константин SOLDAT RUSSE 10/09/1917 106
    GUSSEW Demjam Гусев Демьян SOLDAT RUSSE 1914-1918 107
    BOGDANOW Dimitri Богданов Дмитрий SOLDAT RUSSE 19/10/1917 108
    ZYMBAL Tifano Цымбал Тимофей SOLDAT RUSSE 03/05/1917 109
    DAGEL Edouard Дагел Эдуард SOLDAT RUSSE 23/04/1917 110
    GRIGORIEW Nikolai Григорьев Николай SOLDAT RUSSE 27/05/1917 111
    GORDEJENKO Toma Гордеенко Фома SOLDAT RUSSE 29/04/1917 112
    IWANOW   Иванов SOLDAT RUSSE 1914-1918 113
    TRATSCHOW Wassili Трачов Василий SOLDAT RUSSE 04/05/1917 114
    KOSLOW Daniel Козлов Даниил SOLDAT RUSSE 01/05/1917 115
    ANDREEW Jedokin Андреев Евдоким SOLDAT RUSSE 16/10/1917 116
    DAYKON Nikolai Дайкон Николай SOLDAT RUSSE 02/05/1917 117
    KOSTSCHEJEW Prokofi Кощеев Прокофий SOLDAT RUSSE 14/10/1917 118
    ANDRJUSCHENKO   Андрющенко SOLDAT RUSSE 11/11/1917 119
    IWANOW Iwan Иванов Иван SOLDAT RUSSE 10/09/1917 120
    KOLESNIK Afanasi Колесник Афанасий SOLDAT RUSSE 05/09/1917 121
    WOROCHOBOW Iwan Ворохобов Иван SOLDAT RUSSE 15/11/1917 122
    PRATOSENKO Afanasi Пратосенко Афанасий SOLDAT RUSSE 02/05/1917 123
    MAJERENKO Iwan Мажеренко Иван SOLDAT RUSSE 15/09/1917 124
    ALIKIN Moisef Аликин Моисей SOLDAT RUSSE 30/10/1917 125
    MARUSSOW   Марусов SOLDAT RUSSE 08/11/1917 126
    SOLDAT INCONNU     ROUMAIN 08/11/1917 127
    BORMUTOW Peter Бормутов Петр SOLDAT RUSSE 1914-1918 128
    JEWTUSCHENKO Teodor Евтушенко Федор SOLDAT RUSSE 21/04/1917 129
    MACIKAWITSCH   Масикавич SOLDAT RUSSE 1914-1918 130
    LOKIN   Локин SOLDAT RUSSE 1914-1918 131
    BROWENKO Iwan Бровенко Иван SOLDAT RUSSE 02/06/1917 132
    PIROSCHKOW Iwan Пирожков Иван SOLDAT RUSSE 1914-1918 133
    FOMENKO Stephan Фоменко Степан SOLDAT RUSSE 1914-1918 134
    SCHESTER Iwan Шестер Иван SOLDAT RUSSE 19/05/1917 135
    DJAKOW Iwan Дьяков Иван SOLDAT RUSSE 23/04/1917 136
    MAKEWITSCH Jakob Макевич Яков SOLDAT RUSSE 29/05/1917 137
    SLONOW   Слонов SOLDAT RUSSE 29/05/1917 138
    IWANOW   Иванов SOLDAT RUSSE 29/05/1917 139
    KERELENKO Moissi Кириленко Моисей SOLDAT RUSSE 30/05/1917 140
    KURBATOW Sergei Курбатов Сергей SOLDAT RUSSE 26/04/1917 141
    POPENKO Abraham Попенко Абраам SOLDAT RUSSE 27/04/1917 142
    RUBIN Luka Рубин Лука SOLDAT RUSSE 27/05/1917 143
    PIENKO Trofim Пиенко Трофим SOLDAT RUSSE 30/04/1917 144
    MEDWEDOW Arefi Медведов Арефий SOLDAT RUSSE 21/05/1917 145
    TROFFINOW Timofe Трофинов Тимофей SOLDAT RUSSE 17/05/1917 146
    SSITNIK Iwan Сытник Иван SOLDAT RUSSE 22/04/1917 147
    DORAKOW Pietr Дораков Петр SOLDAT RUSSE 05/03/1917 148
    SKORIK Toma Скорик Фома SOLDAT RUSSE 16/03/1917 149
    PASCHELN Michay   SOLDAT ROUMAIN 19/03/1917 150
    ZATYSCHOW Rogin Затышов Родион SOLDAT RUSSE 18/03/1917 151
    HOLOBIN Sergei Холобин Сергей SOLDAT RUSSE 30/08/1917 152
    KOSTOLOMOW Iwan Костоломов Иван SOLDAT RUSSE 16/03/1917 153
    JAKONENKO Michael Яконенко Михаил SOLDAT RUSSE 09/03/1917 154
    BESTUSCHOW Iwan Бестужев Иван SOLDAT RUSSE 03/08/1917 155
    RATSCHOWSKI Konstantin Ратчовский Константин GEFR. RUSSE 04/03/1917 156
    PEREGRINOW Andrey Перегринов Андрей SOLDAT RUSSE 1914-1918 157
    PESSENKO Theodor Пессенко Фекдор SOLDAT RUSSE 23/05/1917 158
    IAGODIN Fedoro Ягодин Федор SOLDAT RUSSE 20/05/1917 159
    JUDIN Sergei Юдин Сергей SOLDAT RUSSE 1914-1918 160
    MAMAJEW Trofim Мамаев Трофим SOLDAT RUSSE 25/05/1917 161
    SWASKO Iwan Сваско Иван SOLDAT RUSSE 24/05/1917 162
    POPOW Iwan Попов Иван SOLDAT RUSSE 08/06/1917 163
    DEMJANOW Michaib Демьянов Михаил UTFFZ. RUSSE 11/06/1917 164
    MASTENKO Maxim Мастенко Максим SOLDAT RUSSE 06/06/1917 165
    LEPINO Neita Лепино Нейта SOLDAT RUSSE 05/06/1917 166
    SEROW Trofim Серов Трофим SOLDAT RUSSE 05/06/1917 167
    DELGIN Ingor Делгин Егор SOLDAT RUSSE 16/06/1917 168
    SMAGIN Iwan Смагин Иван SOLDAT RUSSE 16/06/1917 169
    TYRLOW Konstantin Тырлов Константин SOLDAT RUSSE 16/06/1917 170
    SOLOMKA Kirill Соломка Кирилл SOLDAT RUSSE 28/07/1917 171
    TURKIN Konstantin Туркин Константин SOLDAT RUSSE 29/07/1917 172
    KARPUNIN Friedrich Карпунин Фридрих SOLDAT RUSSE 22/03/1917 173
    SISOJEW Alex Сысоев Алекс SOLDAT RUSSE 22/03/1917 174
    KUJASEW Michael Кужасев Михаил SOLDAT RUSSE 18/06/1917 175
    GOLOWKA Peter Головка Петр SOLDAT RUSSE 18/06/1917 176
    TASCHKINOW David Ташкинов Давид SOLDAT RUSSE 20/06/1917 177
    KAZANZOW Stephan Казанцов Степан SOLDAT RUSSE 21/06/1917 178
    NIESTIEROW Iwan Нестеров Иван SOLDAT RUSSE 23/06/1917 179
    ISCHTYKOW Simon Иштыков Семен SOLDAT RUSSE 30/07/1917 180
    TURKIN Kulma Туркин Кузьма SOLDAT RUSSE 12/08/1917 181
    LEONTJEW Stefan Леонтьев Степан SOLDAT RUSSE 31/03/1917 182
    TSCHERNOLICHOW Natrofan Чернолихов Митрофан SOLDAT RUSSE 01/04/1917 183
    SMIRNOW Nikolei Смирнов Николай SOLDAT RUSSE 01/04/1917 184
    KOLITSCHROW Iwan Колышров Иван SOLDAT RUSSE 03/04/1917 185
    KROPATIOW Iwan Кропатев Иван SOLDAT RUSSE 12/04/1917 186
    KOHWELIS Stanislaus Кохвелис Станислав SOLDAT RUSSE 22/07/1917 187
    GOSTJEW Nikitri Гостев Никита SOLDAT RUSSE 23/07/1917 188
    MEMSER Raphaël Мемцер Рафаил SOLDAT RUSSE 28/07/1917 189
    MALAMUSCHOW Feodor Маламушов Федор SOLDAT RUSSE 27/08/1917 190
    OSTROWSKI Anton Островский Антон SOLDAT RUSSE 04/08/1917 191
    MOSKONZEW Iwan Москонцев Иван SOLDAT RUSSE 06/08/1917 192
    BOGATELOFF Iwan Богателов Иван SOLDAT RUSSE 09/08/1917 193
    FILIPKIN Dimitri Филипкин Дмитрий SOLDAT RUSSE 16/08/1917 194
    ISAKOW Timofe Исаков Тимофей SOLDAT RUSSE 17/08/1917 195
    ROMANOSKY Thomas Романовский Фома SOLDAT RUSSE 19/08/1917 196
    PODMARILOW J Подмарилов Я. SOLDAT RUSSE 02/07/1917 197
    SCHMUT Iwan Шмут Иван SOLDAT RUSSE 06/07/1917 198
    TEMTSCHUK Philipp Темчук Филипп SOLDAT RUSSE 06/07/1917 199
    INOSIENZOW Michael Иноземцев Михаил SOLDAT RUSSE 08/07/1917 200
    ILOUCHIN Iwan Илюхин Иван SOLDAT RUSSE 08/07/1917 201
    ROBROW Leon Робров Леон SOLDAT RUSSE 21/07/1917 202
    KARASIWITSCH Franz Карасивич Франц SOLDAT RUSSE 20/07/1917 203
    MUSTEKISCH Joseph Мустекич Иосиф SOLDAT RUSSE 01/03/1917 204
    SSANNASENKO Gregori Санасенко Григорий SOLDAT RUSSE 01/03/1917 205
    MINDOROSC Willi Миндороц Уильям SOLDAT RUSSE 03/03/1917 206
    SERELNAKOW Jakob Серельняков Яков SOLDAT RUSSE 11/04/1917 207
    SCHOLTUNOW Luka Шолтунов Лука SOLDAT RUSSE 12/04/1917 208
    FUROW Mark Фуров Марк SOLDAT RUSSE 06/04/1917 209
    BERENATZKI Jacob Березнатский Яков SOLDAT RUSSE 01/08/1917 210

 

 Le site  в 1914-1918 гг., военнопленных Русского  regroupe les noms de soldats et prisonniers Russes inhumés en France.
Rechercher Валансьен pour Valenciennes (208 occurences) et Фраснуа (1 occurence, un inconnu) pour Frasnoy. La dernière mise à jour de ce site date du 11/04/2012.

 

  •        De très nombreux noms à consonance russe apparaissent dans les registres de décès de Condé-sur-l'Escaut, notamment en 1917.  La transcription souvent phonétique rend très difficile la localisation de leurs tombes, si tant est qu'elles aient été conservées.
  •       5 soldats russes sont inhumés au cimetière militaire allemand "Deutscher Soldatenfriedhof" de Frasnoy (Nord-France) ; leur croix (latine) en béton se distingue aisément des croix en fer des Allemands (et des quelques stèles juives), il s'agit des mêmes croix que celles du carré russe du cimetière St-Roch de Valenciennes, où ces 5 hommes devraient se trouver.
     
    2020-02-05_174340 2020-02-05_174358 2020-02-05_174418 2020-02-05_174432 2020-02-05_174457
    FIRJEW Pawel
    Soldat Russe
    2-11-1917
    SOMELECKIN Iwan
    Soldat Russe
    21-5-1917
    MELNIKOW Iwan
    Soldat Russe
    20-2-1918
    SPIRANSKI Nicolaï
    Soldat Russe
    Le 28.03.1917
    DORESPIHEFF Batag
    Soldat Russe
    23-4-1918
  • De nombreux Russes sont portés décédés dans les actes d'état-civils de la vile de Denain en 1917 (la Kommandantur gérant les inscriptions qui n'apparaisent plus ensuite). Parmi ceux-ci, à titre d'exemple Pawel SSYTSCHOW(sic), peut-être СЫЩЕВ Павел de Самсоново, les retranscriptions en cyrilliques restant hasardeuses, dont l'acte a été également transcrit à Trith-St-Léger où il est décédé.

    SSYTSCHOW Pawel 19170314 Denain


     
  •  Sur la photo ci-dessous, extraite d'une carte postale montant une partie du cimetière allemand de Valenciennes durant la guerre (coll. perso.), on distingue quelques noms  sur la tombe située derrière celle du Français Marcel DORIZON,
    Boris GOD??, ?(Pa)?wel RASPOPOW, ??isch GA??, William ??, Iwan ??, qualifiés chacun de "russ. K.G." (Russische KriegsGefangene : prisonnier de guerre russe).

    Tombes St Roch

 

12 juillet 2011

VANDERNOTTE Charles

 

         Charles Anthème Joseph Paul VANDERNOTTE naît le 19  juin 1886 rue Verte à ANZIN (Nord), de Paul VANDERNOTTE et Catherine DELATTRE. Son père est horticulteur, et lors du recensement de 1906 il est employé dans l'entreprise paternelle. Engagé volontaire le 22 mars 1906, au titre du 76° Régiment d'Infanterie, son père étant décédé entre-temps, il est - comme "fils unique de veuve"- renvoyé dans la disponibilité en 1907

A la mobilisation générale du 2 Août 1914, il est rappelé et affecté au 127° RI, régiment de Valenciennes. Blessé, il est évacué le 9 septembre à l'hôpital temporaire de Chartres et envoyé en convalescence dans sa famille par ordre du Général commandant la 1ère région militaire.

Son Etat Signalétique et des Services militaires porte ensuite simplement :

"Détaché armée britannique interprète de l'Intelligence Folkestonne (sic) unité mobilisée du 11-3-16. Envoyé en congé illimité le 21-11-19 par le 127° inf. se retire à Anzin"

Il a été blessé avec le 127°RI, probablement au combat d'ESTERNAY (Marne) du 7 Septembre lors de la première bataille de la Marne, ou lors de la poursuite au combat de MARGNY.

 

Itinéraire
Agrandir l'itinéraire du 127°RI du 7 au 10 septembre 1914

Libéré, il reprendra ses activités civiles comme Architecte Paysagiste à Anzin, mention que porte l'ESS, et décède dans sa ville le 28 février 1950.

RIEN cependant sur la période où il sert d'interprète, il est simplement indiqué "aux armées" du 11-3-1916 au 11-11-1918.

 

Et pourtant ..............

Citons un extrait du livre de Robert Boucard "La guerre des renseignements".  Si le ton de ce livre paru en 1939 est caractéristique d'une époque qui n'a pas perdu le souvenir de la grande guerre et qui voit poindre la seconde, les informations fournies se recoupent aisément :

"Quel était donc en Hollande le chef direct de tous ces braves ? Quel était le chef d'Alfred Pagnien, le chef de José, le chef de Jean Logiest??

-Un soldat français du 327e régiment d'infanterie.

On l'appelait Liévin-Lahaut, dit "Méphisto", matricule L.L. 7602. On l'avait surnommé "le Napoléon du renseignement". Il régnait, 6 rue Oprit, à Flessingue [Vlissingen, Pays-Bas], sur des escouades d'agents formés à son image.

Un regard direct, une moustache à la Guillaume II, une séduisante barbe blonde, un entrain endiablé, un cran à toute épreuve, "Méphisto" était véritablement le mousquetaire moderne. Adoré de ses hommes, il les conduisait en se jouant de la bataille secrète, avec une sûreté de technique que plus d'un officier d'Etat-Major aurait pu lui envier.

Cent fois il a risqué sa vie. Sa tête était mise à prix. Les Allemands ont essayé, à diverses reprises, de l'empoisonner. Un jour, ils lui firent boire du cognac additionné d'aconit, et "Méphisto" dut s'aliter pendant plusieurs semaines.

Il recevait, négligemment accoudé à son bureau. Derrière la chaise du visiteur se trouvait une grande armoire. Installé dans cette armoire, Terrin, son fidèle collaborateur, un tireur émérite, se tenait aux aguets, l'oeil à la serrure et le doigt sur la gâchette du revolver. Terrin ne perdait pas un mot du colloque et au moindre geste suspect il intervenait....

La vie "militaire" de "Méphisto" pourrait donner naissance à un roman d'aventures aux prodigieuses péripéties. Choyé par les Anglais, nommé officier de l'ordre de l'empire britannique, il fut félicité par tous les états-majors alliés. On lui écrivait de Folkestone : "Ceux qui se dévouent comme vous ne seront pas oubliés, soyez-en certain?"

Et puis la paix est venue.....

Quand il rentra chez lui, dans le nord de la France et récupéra son cabinet d'architecte, les bonnes âmes le regardèrent de coté, lui, le héros, l'entraîneur d'hommes, le collaborateur magnifique et désintéressé de notre état-major général, en murmurant :

-Encore un embusqué, il passa toute la guerre en Hollande ...

La gratitude n'est pas la vertu cardinale des officines de renseignements. Vingt ans après, celui que "l'on ne devait pas oublier" n'a pas reçu la plus infime décoration française. Bien mieux, lorsqu'il demanda à la mairie une carte de combattant, on la lui refusa, sous le prétexte administratif que les agents secrets ne figurent pas sur la liste des unités combattantes, telle qu'elle a été dressée par le ministère de la Guerre.

Amer et désabusé "Méphisto" : M. Charles Paul Vandernotte, architecte paysagiste à Anzin, repense au passé et cherche à s'évader du présent ...."

On peut effectivement chercher en vain son nom dans la base Léonore qui recense les titulaires de la Légion d'Honneur.

 

  • Il est question de lui dans la biographie de Pagnien écrite par la baronne Paulo de Moffarts, dont vous trouverez une transcription sur ce blog
  •  Sous le pseudonyme de LIEVIN-LAHAUT on peut trouver un sauf-conduit belge établi par Léon GOFFART, consul général de Belgique à Flessingues (Pays-Bas) le 24 mai 1916, l'autorisant à se rendre en Angleterre.

    Au faux nom s'ajoute une date et un lieu de naissance "de circonstance" : le 16 juin 1877 à Salzinnes-Namur, domicilié à Gentbrugge.

 

  • Parmi les actions du réseau Mephisto : l'expédition de Zeebrugge du 23 avril 1918, préparée depuis la réception le 5 février d'une note de l'état-major de Folkestone donnant l'ordre de fournir, dans les plus brefs délais toutes les précisions techniques utiles sur les travaux d'art existant le long de la côte belge depuis Nieuport jusqu'à la frontière de Hollande .

    "José", membre du réseau transmettra cette demande à l'un de ses amis, l'ingénieur principal MAQUET de Bruxelles ; en effet celui-ci ingénieur en chef du génie maritime avait dressé un plan de 27m de long, donnant toutes les coupes de la côte qu'il réussira a faire photographier, José adressant 18 clichés à Folkestone.

    Ils recevront, fait rare, les félicitations du Major Cecil Aylmer CAMERON CBE, DSO en poste à Folkestone.

  • Le service local de "Mephisto" à Zeebrugge fournit les informations sur le repaire de submersibles qui fera l'objet d'une action spéciale lors de l'expédition du 23 avril visant à rendre le port impraticable et surnommée "L'embouteillage de Zeebrugge". Le pilote LENNARTS, le pêcheur BAAS et le téléphoniste CASZAUD remettent leur plis à des navires hollandais passant à la limite des eaux territoriales. Eux non plus ne recevront aucune récompense des Etats alliés.

 

 

 

 

24 juin 2014

Premier Accueil des Canadiens : 2 Novembre 1918.

 

    Les photos proviennent de la Bibliothèque Archives du Canada dont les légendes sont en italique, auxquelles j'ai adjoint détails et commentaires. Elles illustrent essentiellement les premiers jours des troupes Canadiennes à Valenciennes, parfois juste avant la libération : 

 

"Four Germans captured by Canadians near Valenciennes." Octobre, 1918.
Quatre Allemands capturés par les Canadiens près de Valenciennes

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     Deux en uniformes, et donc ... 2 déjà en civil ! On aurait effectivement pu croire à des gens du coin. Le soldat de gauche, très fier, arbore à sa casquette un insigne non réglementaire ....

soldat gauche

     Le militaire de droite bras dessus-dessous avec le femier qui n'a pas laché sa pelle, porte à la ceinture un révolver qui n'a rien d'un webley, et qui pourrait bien être un Smith & Wesson cal .38

etui

 


 

 

"Large Marrow found by 1st Canadian Machine Gun Battalion near Valenciennes, presented to the Prince of Wales."
Grande courge trouvée par le 1er Bataillon de Mitrailleurs Canadiens, et présenté au Prince de Galles.

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     On peut y lire, gravé au couteau lors de la pousse, et que le terme "trouvé" présente comme abandonné :
Marguerite WAUTIER
(Lewarde)
VIVE LA FRANCE
(2 AOUT)
1918
    Acte de patriotisme qui aurait pû couter cher à son auteur si la découverte avait été faite par l'occupant !
Lewarde est une commune minière du Nord, à 8km au Sud-Est de Douai, où le 1st CMG Btn entre le 19 octobre. Le Prince de galles est présent sur le font en octobre 1918, et sera des premiers officiels à entrer dans les villes libérées.
   Il est remarquable que la date soit celle du premier jour des "Last Hundred Days", les derniers 100 jours canadiens.
Il n'est pas impossible que la personne qui a gravé cette courge soit référencée ici, au cimetière de Lewarde.

"Civilians returning to their homes on the Valenciennes Front, after Canadians had driven the Germans across the Canal. November, 1918."
Civils regagnant leurs maisons à Valenciennes, après que les Canadiens les aient repoussés au-delà du Canal [de l'Escaut]

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     Pont sur une voie de chemin de fer, que l'on entr'aperçoit par la déchirure que l'explosion a causé au tablier. Celui-ci d'environ deux mètres est plein et je n'ai pu encore le localiser. Peut-être entre Denain et Valenciennes.

Une autre photographie des archives canadiennes, - sans précision de lieu - montre le même pont et sa déchirure depuis l'extérieur :

"A Canadian helps Mother and children through a hole in a bridge". November, 1918.
Un Canadien aide mère et enfants à passer par une ouverture dans un pont

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 la plaque photographique a été préparée pour un recadrage :

recadré

 


 

"Canadians with French Gendarmes and civilians outside the Hotel de Ville, Valenciennes. November, 1918."
Canadiens, gendarmes et civils Français sur le perron de l'Hotel de Ville.

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    La photo a été prises dès l'arrivée des premiers Canadiens à l'Hôtel de Ville : la pancarte Kommandantur n'a pas encore été enlevée, ni le drapeau à droite :

drapeau

     Au sol à droite des débris qui provienne de la statue de l'Escaut à gauche de l'horloge et qui a reçu un obus le 2 novembre. Est-ce la chute de pierre qui a renversé la guérite allemande ou la vindicte populaire ? On reconnaît un pompier et des gardiens de la paix français ainsi que des civils dont on devine la joie.

personnes

        A gauche une pancarte porte encore en allemand : Zum Kriegsgericht (Pour la cour martiale)

ZK



 
"An old French lady talking to a Canadian sentry". November, 1918.  (Valenciennes (France))
Une vieille dame Française parlant à une sentinelle Canadienne.
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     On pourrait imaginer le dialogue
- "C'est bien la première fois depuis plus de 4 ans que je suis contente de voir un soldat devant cette guérite ! On vous a attendu longtemps ......"
- "Yes Ma'am !"
     Le temps est beau pour un 2 Novembre, ensoleillé (il doit être midi) comme l'indiquent nombre de journaux de guerre canadiens (fine weather)
       La guérite est située devant le 19 place Jehan Froissart qui deviendra un centre de premiers soins, l'abri sera doté d'un fanion de la Croix-Rouge.

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La maison n'a pas changé :

pourguerite

 



"The German flag which was taken down from the Hotel de Ville, Valenciennes, by some Canadian Artillery Officers". Nov. 1918.
Drapeau allemand descendu de l'Hôtel de Ville par des officiers de l'artillerie Canadienne.

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    Peut-être est-ce celui que l'on aperçoit encore au campanile sur la photographie du centre ville. Il a dû rejoindre les trophées, comme ce casque à pointe que le soldat de gauche a déniché :

casqueD

     les deux hommes portent encore la sacoche en toile contenant le masque à gaz, preuve que tout danger n'est pas écarté . L'ennemi qui recule s'en sert en effet fréquemment pour retarder ses poursuivants.

MaGB

 


"It did not matter if one were shy or timid, one had to be kissed. This happened to nearly every Canadian when he passed through Valenciennes." November, 1918. 
Peu importait que l'on soit timide ou timoré, on doit être embrassé. C'est arrivé à presque chaque Canadien passé par Valenciennes.

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"French nuns in Valenciennes and civilians greet the first Canadians to enter that part of the town". November, 1918. 
A Valenciennes, des religieuses Françaises et des civils saluent les premiers Canadiens à entrer dans cette partie de la partie de la ville

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     Les religieuses, de la COMPAGNIE DES FILLES DE LA CHARITÉ DE SAINT VINCENT DE PAUL, SERVANTES DES PAUVRES, sont de celles que l'on rencontrait partout où il y avait malades et blessés à soigner ; reconnaissables à leur grande cornette, maintenant abandonnée pour une plus discrète.
     Des drapeaux français ont été ressortis, d'autres apparaissent au fond, dont l'un, qui arbore un "Union Jack", doit être le drapeau canadien que l'on découvre plus bas :

fanion     hampe


Le soldat de droite porte au coté une boite qui pourrait détenir les plaques photographiques :

boite

 


"Sisters of the Hotel Dieu, Valenciennes, welcome the first Canadians". November, 1918. 
Soeurs de l'Hotel-Dieu accueillant les premiers Canadiens.

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     L'Hôtel-Dieu, détruit, se tenait alors Rue Amédée Bultot, près du Boulevard Saly, sensiblement où se trouve maintenant le commissariat de police.

La photo parait un peu composée, les religieuses attendant dans la cour l'arrivée des soldats.

 


 
"Vive les Canadiens". Sisters of the Hotel Dieu, with some of their charges including a Canadian who was wounded soon after he entered the town". November, 1918.
"Vive les Canadiens". Sœurs de l'Hôtel-Dieu, avec quelques-uns de leurs pensionnaires, dont un Canadien blessé peu après son entrée dans la ville ".

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     Devant la façade de l'Hôtel-Dieu, Rue Amédée Bultot. Cette fois on a sorti également un drapeau des Etats-Unis (qui devrait présenter 48 étoiles), et un autre, du Commonwealth, avec l'Union Jack dans le canton pour honorer le Canada, encore dominion : le red ensign (sans les armoiries)

CDN red ensign

 


 

"Three wounded Canadians with French Sister of Mercy, Hotel Dieu, Valenciennes" Nov 1918
Trois blessés Canadiens avec une sœur française de la Charité, Hôtel-Dieu.

 

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L’intérêt de cette photo est aussi de nous montrer des blessures "légères", mais qui retiraient le soldat du front et que l'on a tendance à mettre de coté : joue, crâne, main...

 


 

"Wounded Canadian with Nun and little French girl in Valenciennes." Nov. 1918. 
Canadien blessé avec une religieuse et une petite fille Française à Valenciennes.

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"A Fort Garry Horse Trooper who was with the squadron which made the well known charge at Cambrai, November, 1917. "
Un soldat du Fort Garry Horse qui était avec l'escadron qui a effectué la charge bien connue à Cambrai en Novembre 1917.

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"Meets a comrade in Valenciennes. He escaped from the enemy a few days ago, when he at once changed his khaki for civilian clothes and was passed by the Germans as a French Civilian". Nov. 1918.
Rencontre avec un camarade à Valenciennes. Il s'est échappé des mains de l'ennemi, il ya quelques jours, quand il a échangé son uniforme pour des vêtements civils et s'est fait passer auprès des Allemands pour un civil français.
     L'homme en tenue arbore en effet les écussons du "Fort Garry Horse" composante de la 1ère Brigade de Cavalerie.

FGH

Pour le récit de cette charge, voir la transcription du War Diary
L'unité, devenue Fort Garry Horse tank regiment, à participé avec ses blindés au débarquement à Juno Beach le 6 juin 1944.

 
 


   Quelques jours avant la libération les rues étaient encombrées de convois : occupant commençant la retraite, et surtout population déplacée vers le nord ; on distingue à gauche devant le soldat allemand de dos une pancarte "Fliegerdeckung" : Abri anti-aérien pour 40 personnes dont l'entrée est creusée dans  le trottoir au niveau du soupirail du n° 60.

retraite allemande rue de mons

     Par chance, on est encore en ville, mais une fois sur la route de Mons ce sera l'exode, avec toute sa cruauté. Je reprends quelques lignes du livret de Marcel BOUILLON :

      Tout le long de la route pêle-mêle avec l’armée allemande en retraite, c’est un défilé ininterrompu d’évacués, il pleut et ces malheureux s’esquintent à traîner leurs poussettes et leurs brouettes par la pluie et dans la boue épaisse souvent de 20 à 30 centimètres, car le pavé de la route est réservé aux chariots, aux hommes et aux chevaux de l’armée allemande et à chaque instant les évacués sont rejetés sur les côtés de la route où leurs poussettes enfoncent jusqu’à l’essieu et souvent se brisent.

Dans ce cas arrivé à des centaines de personnes, les malheureux propriétaires désolés, n’ont plus qu’à abandonner leur véhicule dans le fossé avec son chargement, souvent toute leur fortune qu’ils ont eu tant de peine à amener jusque là.

     Spectacle plus triste encore, à chaque pas on rencontre, assis sur l’herbe mouillée de fossés, des malades incapables d’aller plus loin, attendant un secours problématique, ou la mort qui sera pour eux, une délivrance.

Et toujours sur la roue, la longue cohorte des soldats et des évacués, poussés par la fatalité, marchent jusqu’à l’épuisement de leurs forces pour arriver le soir à un gite problématique, car ils savent que beaucoup d’entre eux, ne trouveront même pas une grange pour se mettre à l’abri et devront coucher dehors ; aussi combien parmi eux ne reverront jamais leur maison.

     La photo est prise Rue de Mons, en regardant vers la ville. Les grandes maisons du fond disparaitront à la guerre suivante lors de l'incendie de 1940 avec une bonne partie du centre ville, mais le reste n'a pas changé :

Rue de MonsTN


     Il existe une série de photos édités en Allemagne : Der deutsche Rückzug im Westen (La retraite allemande à l'ouest), dont une reproduisant cette même photo.
Elle est intitulée - de façon à mettre le comportement de l'occupant en valeur - : "Vor der englischen Beschiessung in Sicherheit gebrachte Zivil bevölkerung auf dem Transport durch Valenciennes". Devant le bombardement anglais, la population civile est amenée en sécurité par transport à travers Valenciennes. Intitulé à rapprocher des listes des "Victimes de leurs compatriotes".

 

 

 

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1 octobre 2013

Marguerite GIBLAT, Infirmière.

 

        Marguerite GIBLAT, Infirmière, qui a officié dans Valenciennes investie de fin août 1914 à fin février 1915 nous a laissé les quelques pages de son carnet de route, sans présentation (elle devait venir d'une autre région) ni information sur ce qu'elle devient en allant vers Mons avec intention de passer en Hollande puis de revenir en France non occupée.

        Son carnet donne des détails sur les premiers jours de l'occupation de Valenciennes, décrivant les peurs et espoirs des citoyens, et bien entendu les conditions de soins aux blessés :

 René Delame la signale parmi les infirmières venant de Paris :

Delame I-253

Elle était probablement l'une de celles citées dans "Le petit Parisien" du 12/08/1914 :

Le_Petit_Parisien_19140812

Depuis la première rédaction de cet article j'ai pu retrouver une partie de sa généalogie :

        Elle est née Marie Désirée Marguerite le 8 septembre 1880 à Chartres (Eure-et-Loir) de François Victor Arthur GIBLAT, Capitaine au 4e escadron du train des équipages militaires (TEM) et de Marie Estelle Léonie ROCHE. Elle décède le 16 novembre 1964 (84 ans) à Paris, 4e arrondissement, au 47 Boulevard de Latour-Maubourg quartier "Invalides" où elle résidait depuis au moins 1926 selon le recensement.

François Victor Arthur GIBLAT, né le 20 mai 1848 à Commercy (Meuse) et décédé à Sceaux le 24/01/1882 (Marguerite avait 15 mois) avait épousé le 5 Août 1879 à Chartres Marie Estelle Léonie ROCHE, née à Rambouillet (Seine-et-Oise) le 16 décembre 1856 et décédée à Paris le 04/08/1925.
François GIBLAT, engagé volontaire en 1865 au 6e Chasseurs, avait participé à la guerre de 1870. Fait prisonnier (à Sedan) le 01/09/1870, il s'évade le 26 septembre, sa fille l'évoque dans son journal (voir ci-dessous). Il quitte l'armée et le 10e escadron du train des équipages le 18/08/1881.

A Noter : Les 3 oncles paternels et un oncle maternel de Marguerite, son également militaires de carrière, 2 sont chevaliers de la Légion d'honneur et 2 ont fait la Campagne 1870-71.

        Un cousin de Marguerite, Arthur Pierre GIBLAT, engagé volontaire en 1899 à 17 ans, a à son actif les campagnes d'Algérie, Cochinchine, Madagascar et Maroc. Réengagé an 1912 au 1er régiment étranger, il fait 4 ans de guerre contre l'Allemagne. Blessé 2 fois, cité 4 fois, il est décoré de la Médaille coloniale avec agrafe Sahara, de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec palme, étoiles d'argent et de bronze.
Il est tué le 2 septembre 1918 à Laffaux.

Lien vers l'arbre généalogique (V.5 du 04/11/2022.)


 

24-8-14. - On entend la canonnade ; les gens filent, filent. Les Allemands sont à Quiévrain. Il paraît que nous avons une défaite à Mons...
On nous a amené 13 blessés à l'hôpital ; peu graves. L'un d'eux m'a tendu sa ceinture :

 Mon père... mon alliance... Si je meurs... la rendre...
Et il s'endort.

Midi... Le gouvernement militaire est parti ; les trains ne marchent plus.
1 heure de l'après-midi. En allant à l'hôpital, je rencontre un soldat cycliste qui a l'air d'un fou :
 Madame, madame, où est le magasin des vivres ; il nous faut des cartouches, ils sont près du pont d'Anzin ; ils vont entrer...
Dans la ville, on ne sait rien.

25-8-14. - 5 heures du matin. L'hôpital est tout sens dessus dessous. Les Allemands sont à Anzin ; dans une demi-heure ils seront ici... Attendons. Je ne quitterai pas mon service, le labora­toire, ni les blessés. Maman décide de rester, elle aussi à l'hôpital, avec moi. Les gens comprennent maintenant ; ils fuient en troupes lamentables ; que sera ce soir ? On dit que des régiments ont reculé en Lorraine. Mère et moi avons apporté nos affaires; il faudra peut-être rester ici ce soir.
10 heures du matin. Le gosse qui me sert arrive, tout pâle :
 M'dame, les Allemands sont à la porte...
 Dis une prière, mon petit, et tiens-toi tranquille... Il est déjà reparti. Il revient à 10 h. et demie :
 M'dame, y z'ont demandé à Léon (le concierge) le chemin de Famars... Monsieur le Supérieur était devant la porte, il leur a répondu qu'on ne savait pas, qu'on était la Croix-Rouge ...
 Alors? ..
 Alors, un chef a dit comme ça « En temps de guerre, y a pas de Croix Rouge ». Y crient comme j'ai pas encore entendu... Sûr que c'est des barbares...
11 heures. Un infirmier arrive de la ville, très pâle ; sa maison est criblée de balles, son plafond effondré, sa famille dans la cave... Il a vu passer les Allemands ; ils ont l'air solides et admirable­ment équipés ; ils paraissent sortir de la caserne : Nous sommes trahis; les blessés d'hier disent que les Allemands étaient cachés chez des habitants et les ont tirés à bout portant... Ils étaient pleins de sang...
Les Allemands ont enlevé les drapeaux français à l'Hôtel de Ville et arboré ceux de l'Alle­magne.

29-8-14. - Nous sommes «Ambulance Allemande» ; c'est affiché... Il y a 40 Allemands éclopés et blessés légers dans la cour ; ils ne veulent pas lâcher leur fusil... On les hospitalise armés, loin des nôtres.
Midi moins dix. Le Lt.Cl. Kinzel, commandant la place de Valenciennes, vient à l'hôpital :
- J'ai dit, hurle-t-il, de donner 2 bouteilles de votre vin par homme pour célébrer le Sedantag !...
Il ponctue chaque phrase d'un coup de cravache sur sa botte.
- C'est donc, dis-je à mi-voix, qu'ils n'ont rien d'autre à célébrer...
Le major Allée me tire par mon voile pour me faire taire :
- Voulez-vous être fusillée? ..

Les Boches ont trouvé à l'Hôtel de Ville un paquet de brochures : le testament de Guillaume, qu'on avait fait saisir sur le marché où je l'ai vu vendre il y a quinze jours ; le maire, le docteur Tauchon, a été condamné à mort ; on le fusillera après-demain si la ville ne verse pas 1 million de rançon demain. Valenciennes est pleine d'Alle­mands ; ils forcent les commerçants à ouvrir leurs boutiques. Les nouvelles sont affreuses : la Bel­gique est toute envahie ; les Zeppelins sur Paris, nos armées écrasées, les Allemands à Compiègne... et les miens? ..


5-9-14. – On reçoit les nouvelles les plus contradictoires: Berlin pris par les Russes, la reine de Hollande prise par les Anglais, les Allemands à Chantilly... Je ne sais que croire...
Ils ont repris leurs blessés pour les envoyer en Allemagne. Le gouverneur Kinzel s'est installé à la gare; il s'y trouve plus en sûreté qu'à l'Hôtel de Ville. C'est bon signe. Ce matin il a fait placarder une affiche: « Quiconque n'aura pas déclaré dans les trois jours les armes et les pigeons sera fusillé; quiconque n'aura pas fait dans les huit jours sa déclaration d'état civil sera fusillé; quiconque ne répondra pas à une sentinelle sera fusillé... »
Fusillé... Fusillé... Fusillé.., C'est un refrain, Le gouverneur est allé hier chez M. Thiroux, fondateur et secrétaire général de la S.S.B.M. (1) de Valenciennes, parce que le drapeau français flottait toujours sur sa maison. Il le questionne, puis :
– Mais, vous tremblez, monsieur!
– J'ai quatre-vingt-onze ans, monsieur. je n'ai jamais eu peur et ce n'est pas devant vous que je tremblerai...
Le gouverneur n'a pas insisté.

7-9-14. – Un soldat blessé est mort à l'hôpital; l'enterrement a eu lieu tout à l'heure; la foule est venue, à 2 heures précises à notre collège où l'on dit l'office. Vers la fin du service la porte s'ouvre à deux battants: en grande tenue, vraiment noble et élégant, affectant d'une manière excessive un profond respect, le colonel Kinzel entre. Il est suivi de deux officiers. Deux soldats allemands tirent d'un carton une couronne très verte à fleurs blanches et mauves. Les officiers sont sanglés dans leurs ceinturons d'or; je regarde le détail des sabres, les casques à pointe d'or avec l'aigle déployé. C'est lourd et splendide.
Au cimetière, Kinzel fait tirer à blanc sur le cercueil. Cabotin, va...

8-9-14. – Nous n'entendons plus le canon de Maubeuge. Que se passe-t-il? Maubeuge s'est rendue... Ce bruit court sur toutes les lèvres...
Midi. On raconte que les forts de Maubeuge ont été repris à la hache par les marsouins et par les zouaves... Oh! Joie! ...
2 heures, après-midi, Maubeuge s'est bien rendue... Alors, c'est vrai, c'est la défaite... Tous les miens, Paris ?.. Et ce Wacht am Rhein qu'ils chantent à longueur de journée... Et ces millions de roues et de bottes qui me passent sur le cœur... Mon Dieu, oh! mon Dieu! ...
5 h. 30. Le gouverneur est venu à l'hôpital; il jubilait ; d'un air épanoui, il a annoncé que quatre généraux et quarante mille hommes étaient pris à Maubeuge.
– Vous avez tout perdu, sauf l'honneur ! …
Idiot, va ! …

Mme Dallé est venue me chercher; c'est ma voisine; elle est délicieuse; elle me dit, avec son parler belge si amusant :
– Tous les hommes pleurent ; viens leur parler... Je suis moi-même toute désemparée, et je cherche à consoler les autres :
– Il ne faut pas pleurer !... Si les Allemands vous voyaient !...
Nous sommes fous de désespoir.

16-9-14. – On ne sait toujours rien. Hier, un avion a survolé Valenciennes, mais nous ignorions sa nationalité. La ville est en état de siège; ils ont placé des mitrailleuses dans tous les coins et placardé des affiches terrifiantes :

« Quiconque conservera chez soi des vêtements de soldats français sera fusillé; »
« Quiconque cachera un soldat français sera fusillé; sa maison sera brûlée. »

C'est la Terreur.

Il y a, pour garder l'Hôtel de Ville, un corps de soldats superbes habillés de vert avec baudriers d'or. Maman a vu passer un général de vingt ans habillé de gris pâle avec bandes groseille; il était entouré de cette garde ; on dit que c'est un fils de Guillaume.

 

(............................................................ )

 

20-2-15. — Je n'écrirai plus rien! ... Prépare­-toi, maman; c'est à Paris que nous entendrons sonner les cloches de Pâques... Un immense colonel de la Kommandatur a dit à M. Paul Dupont:
Puisque la matâme est sehr krank, je donne passeport jusqu'à Mons... Nous n'aurons pas le droit de bouger de Mons... Comptez dessus... Pendant la guerre de 70, père a été fait prisonnier à Sedan. Il s'est évadé... Il est revenu prendre sa place.

— Maman, écoute-moi... Je veux rentrer en France... Je veux encore servir...
— Calme-toi, mon enfant...
— Quand nous serons à Mons, nous pourrons trouver le moyen de nous évader...
— Nous évader?.. Comment, nous évader?...
— Puisque nous ne pouvons pas avoir de passeports pour la France, nous irons franchir la frontière hollandaise. Il paraît qu'il y a des endroits moins gardés.
— Mais tu es folle; les réseaux de fils de fer sont électrifiés... Et puis, tu n'es pas en état de supporter cette fatigue... Il faut d'abord songer à te soigner...
— Maman, je veux m'évader... j'aime mieux une balle que cette agonie... Et puis...
— Et puis quoi?...
— Et puis, nous passerons les renseignements qu'on va nous donner...
— Mais, ma pauvre petite...
— Maman, mon père a été comme nous autrefois... Crois-tu qu'il accepterait de rester prisonnier?...
Maman me regardait, calme, toujours égale à elle-même:

— Ton père parlerait comme ça...

 

 

 

 


 

  •  Le Journal Officiel de la République Française du 18 février 1919 cite Margerite GIBLAT comme récipiendaire de la Médaille d'Honneur des Epidémies attribuée par le Ministère de la Guerre, Médaille d'argent :

médaille

 

 

 

  •  Le Journal Officiel de la République Française du 7 Mai 1920 donne davantage d'explication dans la citation qui accompagne la Médaille d'Argent de la Reconnaissance Française :

 

JO 19200507 p 6823 extrait

   Mlle Giblat (Marie-Désirée-Marguerite), à Paris : infirmière d'élite et d'un dévouement à toute épreuve, s'est consacrée, depuis le début des hostilités, à l'assistance de nos soldats malades ou blessés. A été attachée d'abord à l'hôpital 2 à Valenciennes où, pendant plus de six mois, au cours de l'invasion, elle a prodigué ses soins aux hospitalisés. Prisonnière en Allemagne, est parvenue à rentrer en France après dix-huit mois de captivité. Dès son retour, à repris son service dans les hôpitaux de Paris, donnant tout son temps au service des blessés au prix des plus dures fatigues. Titres exceptionnels.

Cette même citation a été reprise dans le "Bulletin de la Société de secours aux blessés militaires des armées de terre et de mer" du 1er janvier 1920, page 11.

 3mrf

 Médailles de la Reconnaissance Française

 

  • En Janvier 1916, le Bulletin trimestriel de l'Association mutuelle des infirmières de la Société de secours aux blessés militaires signalait :

AMI
sans encore savoir que la déportation attendait l'infirmière, dont le journal à Valenciennes s'arrête en février 1915.

     On peut tenter un décompte en combinant les informations :

  • Août 1914-Février 1915 : 6 mois de service à Valenciennes
  • Février 1915 - Janvier 1916 : 12 mois de déportation
    • En Janvier 1916 elle est rentrée d'Holzminden & Rastadt, le JO de 1920 comptant le séjour dans Valenciennes envahie dans la période de captivité.

 

 

 

25 juillet 2014

Réquisitions : 1917 Le cuivre

 

    Nous donnons en entier l'ordonnance que fit paraître le Commandant en Chef, Von Der Marwitz, le 13 juin 1917, concernant la réquisition d'objets en cuivre :

 

 

 

 § 1. -Les objets d'installation et de ménage en cuivre et d'alliages de cuivre mentionnés ci-dessous sont saisis et seront enlevés prochainement.

 
    1°  Les pompes à l'eau et les conduites qui ne servent plus dans les maisons.  
    2°  Les barres de rampe avec leurs poteaux et soutiens dans les bureaux et magasins, aux devantures, etc.  
    3°  Les lettres et caractères pour l'indication des noms et maisons de commerce.  
    4°  Les patères.  
    5°  Les rosettes et les crochets de rideaux, ainsi que les glands de cordons à rideaux.  
    6°  Les tringles et les anneaux des portières et des rideaux.  
    7°  Les balustrades et les grilles aux fenêtres et aux portes de toute sorte, aussi celles des chemins de fer souterrains, des voitures de tramway, des automobiles, des yachts, des bateaux, des devantures, des portes de magasins, des tourniquets, des portes d'ascenseurs, etc.  
    8°  Les garnitures en fer blanc aux portes de toute sorte, .aux comptoirs, aux bureaux, aux tables de débits et aux piliers.  
    9°  Les baguettes des tapis d'escaliers, avec leurs rosettes et pitons.  
    10°  Les balustrades aussi bien que les rampes fixées aux murs et leurs soutiens.  
    11°  Les chauffe-lits.  
    12°  Les boutons d'ornement fixés (vissés ou goupillés) aux grilles, aux balustrades, aux porte-manteaux en fer ou en bois, aux porte-parapluies, et aux lits.  
    13°  Les bougeoirs des pianos.  
    14°  Les enseignes des coiffeurs.  
    15°  Les tendoirs, les engrenages et les toits des marquises.  
    16°  Le blindage des appareils de chauffage.  
    17°  Les enseignes des boites à lettres qui ne sont pas maçonnées dans les murs.  
    18°  Les panneaux et les liteaux des rampes et des balustrades de balcon.  
    19°  Les porte-manteaux et les porte-parapluies à barres pleines ou creuses.  
    20°  Les rampes et poignées aux baignoires et aux bassins de natation.  
    21°  Les poids au-dessus de 100 grammes.  
    22°  Les poignées et les tiges servant au fonctionnement des vasistas et des coulisses à ventilation, etc.  
    23°  Les garnitures intérieures et extérieures (pas de gonds) des portes de toute sorte, des encadrements de portes, etc., etc.  
    24°  Les garnitures intérieures et extérieures (pas de charnières) des fenêtres des vitrages et des vitrines.  
    25°  Les garnitures intérieures et extérieures (ni gonds ni charnières) des fenêtres, des vitrages et des vitrines, des guichets, des cabines d'ascenseurs, des rampes d'ascenseurs et des cabines téléphoniques.  
    26°  Les enseignes de noms et de maisons commerciales (aussi celles de chemins de fer, de bateaux, de machines, etc. mais non les plaques indiquant la force motrice ou la capacité des machines).
 
    27°  Les garnitures de piliers aux façades, n'étant pas maçonnées.  
    28°  Les marteaux de portes.  
    29°  Les boutons et les poignées des portes de toute sorte avec leurs garnitures, s'ils ne sont pas mobiles, c'est-à-dire s'ils ne servent pas comme loquets au fonctionnement direct d'une serrure.  
    30°  Les vasistas et les grillages.  
    31°  Les porte-serviettes, les porte-éponges, les savonniers, les crochets à linge et les paniers à linge.  
    32°  Les garnitures de piliers, etc. aux comptoirs, aux tables de débits, aux buffets, etc.  
    33°  Les égouttoirs et les autres ustensiles des tables de débits ct des buffets.  
    34°  Les appareils de décoration des étalages et des magasins, les appareils de chauffage transportables, les cendriers, les étagères en n'importe quel métal et pour n'importe quel usage, les porte-bras pour l'essayage des gants, les bras à chapeaux, les crochets, tourniquets à cartes. Les encadrements métalliques, les plaques en laiton aux bureaux de (misse, les supports pour étagères, les attaches parapluies, les supports d'étagères dans les étalages et devantures avec leurs garnitures de récipients, pour café, thé, cacao et chocolat et les distributeurs. Les entonnoirs des moulins à café, les écuelles d'ornement et de pâtisserie, les boîtes et les corbeilles de pâtisserie, les couvercles de timbales, les cadres et les vases de décoration, les plateaux de balances.  
         
   § 2. -Les objets mis à la disposition des personnes faisant partie de l'armée allemande, ou les objets qui se trouvent en dépôt entre les mains de ces personnes, seront aussi saisis et enlevés.  
  De la saisie sont exempts:  
    a)  les ustensiles servant au culte;  
    b)  les objets pour lesquels les Commandantures de Place ou d'Etapes donneront par écrit l'exemption à cause de leur valeur artistique ou historique.  
     
   § 3. -Les personnes ayant en dépôt des objets saisis, répondent de leur conservation et de leur sûreté, leur emploi régulier est permis jusqu'à l'enlèvement, la vente est défendue.  
     
   § 4. -Les personnes ayant en dépôt des objets saisis, sont tenus à les remettre aux jours et lieux indiqués par les Commandantures de Place ou d'Etape. Les objets d'ajustage fixe ou de transport difficile, dont la remise à l'endroit indiqué serait impraticable ou matériellement impossible, devront être annoncés par les possesseurs pour être démontés ou enlevés.  
  Des personnes chargées par la Commandanture de Place ou d'Etape passeront dans les maisons pour constater si tous les objets mentionnés sont rendus.  
     
   § 5. -L'enlèvement des objets saisis qui se trouvent dans des bâtiments ou logements abandonnés, sera réglé par les Commandanture de Place ou d'Etape. Cette disposition s'applique également au cas où des autorités ou des militaires allemands auraient été installés dans les bâtiments ou logements abandonnés.  
     
  § 6. -Les commandants de Place ou d'Etape feront inscrire les objets rendus dans les listes qui porteront le lieu, la rue, le n° de la maison, le propriétaire, le nom du métal et les poids des objets.  
  Les Maires recevront aussitôt que la saisie est faite, ces listes avec des feuilles collectives pour leur commune.  
  Les garnitures en matière non saisie ne seront pas mises en compte lors du pesage  
     
   § 7. -Des objets dont le remplacement est absolument indispensable sont à demander à la Commandanture de Place ou d'Etape. Leur livraison s'effectuera autant que possible contre paiement en bons communaux.  
     
   § 8. -Sera puni d'emprisonnement jusqu'à 5 ans et d'une amende jusqu'à 10.000 marks ou de l'une de ces deux peines:  
    a)  qui, en contravention au § 3, déplacera des objets saisis ou les soustraira d'une autre manière à la saisie.  
    b)  qui, en contravention au § 4, ne remettra ou n'annoncera les objets saisis.  
   Les tentatives seront punissables.  
     
   En sus de la peine, la confiscation des objets de contravention sera prononcée, qu'ils appartiennent ou non au contrevenant.  
     
  Le Général Commandant en Chef  
  Von Der MARWITZ.  
  AH. Qu. le 13 juin 1917.

 

 

 

 

Les Allemands envoyèrent ensuite à la Municipalité l'ordonnance suivante :

Commandanture d'Etapes 158
Valenciennes, le 28 juin 1917,

    Toutes les poignées en cuivre dans le bâtiment de la Commandanture doivent être remplacées par d'autres, de même toutes les pièces métalliques devront être démontées et remises au Sous-officier Bitzer.
Les travaux doivent être entrepris immédiatement.
Signé: FREIMAN.

 

     Naturellement, beaucoup de nos concitoyens, plutôt que de donner leurs cuivres préférèrent les jeter à l'eau, ce qui porta au comble l'irritation de la Commandanture, qui voulut faire supporter par la Municipalité les amendes encourues par les personnes prises en défaut.


     Rien qu'à Anzin, les habitants avaient déjà détruit presque 4.000 kilos. C'est ainsi que je fus étonné de recevoir le 2 juillet 1917 la visite de M. Tauchon: il venait me prier de me rendre à la Mairie, afin de voir ce qui était advenu de nos beaux lustres et de demander au lieutenant Kollmann de nous dicter notre conduite dans cette question des cuivres.
Je me rendis d'abord à la Mairie, et constatai que tous les boutons de portes avaient été changés, et que la nuit précédente les beaux lustres de la salle des mariages avaient été démontés par nos ouvriers et remis dans un coin du garage.

De là, j'allais chez le lieutenant Kollmann qui me répondit qu'en Allemagne la même mesure avait été prise, les cuivres ayant été tous enlevés, mais que la population en revanche, exigeait qu'il en soit de même dans les régions envahies: c'est pourquoi une nouvelle ordonnance avait été édictée.
Quant aux lustres il me promit de faire revenir l'expert allemand qui donnerait son avis et tâcherait de les sauver : mais nous savions parfaitement qu'il ne restait aucun espoir.

in René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

Avis 19170410
source BDIC

 

Le tour des statues et des cloches allait bientôt venir .....

 

31 mars 2013

CAZER et LEGEL

 

 

cazer_legel

 

Une simple affiche, qui marque l'entrée en fonction du Major Von MEHRING comme commandant de la place: il remplace le 24 septembre 1914 le Lieutenant-Colonel Kintzel, installé le 25 Août, premier jour des 1530 de l'occupation.
Le 27 septembre il fera incendier la ville d'Orchies

  • CAZER Hérasse est né à Aniche (Nord) le 1er Mars 1855, de Alphonse et MATHIEU Joséphine, époux de MILLION Célina ; verrier à Aniche, un jugement du tribunal civil en date du 11 août 1920 le déclare Mort pour la France; la copie sommaire du jugement figure dans le registre des décès de l'année 1914 à Valenciennes, page 166, à la date de son décès, la transcription du jugement figure en date du 3/09/1920 dans le registre de décès de Valenciennes, précisant qu'il n'a pas été dressé d'acte de décès. Voir également sur ce blog. Il a été fait chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume, sous les nom/prénom de CAZER Erasme, en 1923. Il n'a pas de fiche sur le site Mémoire des Hommes .

 

  • LEGEL Léon  ne figure pas dans les registres de Valenciennes, ni de Lourches ou d'Aniche, et ne figure pas dans Mémoire des hommes.

    Il est vrai qu'hormis cette affiche, on ne dispose pas d'information à leur sujet ; on les retrouve succinctement dans les archives belges :

archbe_623_2

 

Il figurent au monument aux morts de Valenciennes, parmi les 12 noms de fusillés.

18 juin 2011

BAR Jules

 

               La London Gazette publie dans 3 suppléments de 1919 (1er Août, 29 Août, 15 Septembre) les noms de 2725 volontaires (essentiellement Belges, Français, parfois avec confusion des nationalités, et quelques Britanniques) attachés à l'Armée Britannique en France, section I, section II et C.O.A. (qui connaît la signification de ces catégories ?)

Parmi ces noms figurent ceux de 26 citoyens Français décédés dont

Civilité Nom Initiales Localité Section
Monsieur Bar J. H. Wallers Section 1

 

BAR Jules Henri est né à Trith-St. Léger (Nord) le 17 septembre 1887

Habitant Wallers, Hameau d'Aremberg, marié, père d'un enfant, détenu dans la prison d'Avesnes-sur-Helpe, il est fusillé le 26 juin 1917 à Avesnelles.

Ne disposant pas de quoi écrire, il gravera ses derniers mots dans le mur de sa cellule : "Demain matin je serai fusillé sans peur et sans reproche. Vive la France."

Il est fait Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume par décret du 25 Mars 1924, il est également titulaire de la Croix de Guerre et la British War Medal.

"Réformé, s'est mis à la disposition de l'Armée anglaise pour faire du contre-espionnage pendant la guerre. Descendu en aéroplane en arrière des lignes allemandes à 7 reprises. Le 26 Février 1917, à la suite d'un accident survenu à l'appareil en France occupée s'est fracturé la cuisse. Fait prisonnier par les allemands à St-Quentin, a été fusillé à Avesnelles le 26 Juin 1917."

 

  • Son État des Services donne davantage de détails sur son activité :
    Incorporé au 1er RI le 6 octobre 1908, il est réformé n°2 par la commission spéciale de Cambrai le 3/11/1909 pour bronchite spécifique.
    "Certificat de bonne conduite accordé".
        La déclaration de guerre et les besoins en hommes rendant moins draconiennes les conditions de réforme, il est classé service armé  par le conseil de révision du Pas-de-Calais le 26 novembre 1914. Appelé à l'activité il est affecté au 127e RI le 28 novembre 1914, mais est de nouveau réformé temporairement après 4 mois et demi de traitement par la commission de réforme de guéret le 30 juin 1915.
    Libéré le 2/07/1915 il se retire à Bruay-La-Bussière, à cette époque Bruay en Artois, Pas de Calais.

        Il est probable que la convocation devant une nouvelle commission de réforme de Saint-Pol le 7 mars 1917 ne l'atteint pas, (proximité du front ?) car il est appelé d'office apte au service armé (directive du 17 Août 1915) : le 30 août il est affecté au 43e RI.

    Son état des services mentionne ensuite :
    "A été employé en mission par le service de l'Intelligence britannique, aurait été arrêté et fusillé en Juillet 1917"

    Ses campagnes contre l'Allemagne sont décomptées du 28/11/1914 au 30/06/1915.

  •  Il est déclaré Mort pour la France comme militaire du 43° RI:

    MDH BarJ

  •  Son nom figure au livre d'or de la commune :

    BarJ


    mais n'est pas inscrit sur le monument aux morts.

  •  Il exite aux Archives du Royaume de Belgique un dossier de 10 pièces, maheureusement non numérisé "concernant Jules Bar et Victor Herbaux, aviateurs sous la direction du GQG britannique et fusillés. 1920-1921.
    Algemeen Rijksarchief / Archives générales du Royaume - I 581 - 2901"
19 mai 2011

L'affaire de Décembre 1915

 

Raismes : Décembre 1915

 

              Le mercredi 15 décembre 1915, à huit heures et demie du matin, nous assistons à un triste spectacle, un combat d'avions ayant lieu à 200 mètres d'altitude. Un avion allemand, nouveau modèle, armé de mitrailleuses, poursuivait un appareil français qui venait d'être offert à l'armée par la ville de Beauvais; il était monté par un sous-officier et un officier anglais. La lutte engagée à Douai, eut son dénouement à Raismes, car l'avion allemand, très puissant, gagna facilement de vitesse l'avion français et le sous-officier [l'observateur] vint s'abattre, [dans un arbre] la tête percée de plusieurs balles, sur le boulevard près du passage à niveau de la gare de Raismes.
                L'avion, après avoir tourbillonné, tomba entre les propriétés de MM. Gavrois et Wauters, à peu de distance de la place. Pendant leur chute, M. le Curé, qui assistait à ce combat aérien, donna l'absolution à ces braves; le Sous-Officier, qui respirait encore, ayant reçu une balle dans le cou, mourut quelques minutes après. Il s'appelait Jones, était âgé de 26 ans, et avait sur lui la photographie de sa fiancée. L'officier, [pilote] nommé Hobbs, âgé de trente et un ans, avait dans son portefeuille, le portrait de sa femme et de son bébé! Dans sa dernière lettre, elle suppliait son mari d'abandonner son poste périlleux, semblant avoir eu, hélas, le pressentiment du malheur qui allait la frapper.


Au dire de M. Lepez, Maire de Raismes, l'aviateur allemand aurait maquillé son appareil, ce qui lui avait permis d'approcher son adversaire, et de le mitrailler. D'autres affirmèrent que l'appareil était un avion français, grand modèle, récemment capturé par les Allemands.


                Le capitaine Simon, commandant de Raismes, se fit photographier aussitôt la chute, à côté de l'appareil. Six personnes, dont le Curé, M. Paul Piérard, et cinq Conseillers municipaux furent autorisés à suivre le corbillard. Les Allemands avaient mis leurs victimes dans de beaux cercueils, et ils furent ensuite placés par les soins du Maire, dans de beaux coffres en chêne, afin, qu'après les hostilités, les corps de ces braves fussent rendus à leurs familles.

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  • Le narrateur ne s'en doute pas, mais il a assisté à la 7° victoire de l'As Allemand Max Immelmann dit aussi "l'Aigle de Lille" sur Fokker Eindekker III armé d'une mitrailleuse synchronisée ; il avait en 1915, reçu des pilotes alliés le surnom de "fléau Eindekker".

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Fok EIII

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  • Une fois inhumés à Raismes, les aviateurs y sont restés pour toujours, comme tous les soldats décédés sur le continent, non loin de leur lieu de décès, en l'occurrence le cimetière communal de Raismes, où il reposent toujours côte à côte, ainsi que 4 autres Britanniques et 19 Canadiens décédés en 1918, dont -par exemple- 8 soldats du 44th Btn, tombés lors de la libération de Valenciennes en octobre Novembre 1918

    HOBBS, ALAN VICTOR, 21 ans, fils de Mr. A.E. Hobbs, Tunbridge Wells, Kent.
    Second Lieutenant, Royal Flying Corps, 3rd Sqdn.
    Tombe II. A. 4. Cimetière communal de Raismes

    TUDOR-JONES, CHARLES EDWARD TUDOR
    Second Lieutenant, Royal Flying Corps, 3rd Sqdn.
    Venant de East Lancashire Regiment
    Tombe II. A. 3. Cimetière communal de Raismes (source CWGC)

 P1010249   P1010250

  • L'avion "français" est un Morane parasol No 5087
    Mor_parasol
    voir par exemple le site AsOubliés.

  •  La revue "L'Aérophile" reprend les nouvelles de l'aéronautique anglaise dans son numéro du 15/01/1916 :

    Aerophile 19160115
    (source Gallica)




 

13 janvier 2011

DORISON Marcel

 

Dorison M

 

     René Delame, auteur de  "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933, raconte les obsèques de ce soldat du 27e Régiment d'Infanterie Territoriale en citant l'allocution prononcée le 29 avril 1915 par l'aumônier allemand sur la tombe d'un soldat français :

    " Je me permets d'adresser un dernier souvenir à la dépouille mortelle du soldat Marcel Dorizon, décédé le 27 avril 1915, à l'hôpital du collège des jeunes filles, à la suite de ses blessures.
" La mort passe dans tous les rangs; elle est le grand neutre et ne connaît ni amis, ni ennemis.  En présence de la mort, nous nous inclinons tous avec respect.  Devant elle, la haine, ou pour parler plus exactement, la colère guerrière s'évanouit.
" Un soldat qui risque sa vie, et qui verse son sang pour sa patrie, mérite notre vénération et le soldat qui ne consentirait pas à saluer un adversaire tombé au service de son pays, non seulement ne serait pas un bon patriote, mais il mériterait le nom de barbare.
" La guerre, d'ailleurs, n'est pas une lutte contre les hommes considérés comme tels, c'est un combat contre les défenseurs d'une autre nation, contre les représentants d'une autre mentalité,
" Que celui qui a fait son devoir jouisse de l'éternel repos, et que la Croix-Rouge garde sa tombe.
" Au nom de la Kommandatur des Etapes de Valenciennes, je dépose cette couronne. Camarade, nous saluons une dernière fois le soldat français que nous considérons maintenant comme notre frère.
" Et moi, au bord de cette tombe, je donne à celui qui part ce que j'ai de meilleur pour l'accompagner dans le grand voyage vers l'éternité. Je lui donne ma bénédiction de prêtre.
" Au nom du Père, du Fils et du Saint.Esprit, Amen. "

 De telles paroles, un tel exemple, furent hélas! bien rares.


    On trouve également  la relation de cet enterrement dans le livre de Gabriel Pierard " La Croix-Rouge dans l'arrondissement de Valenciennes " de 1870 à nos jours -1963.

A l'occasion des funérailles militaires, les Allemands s'efforcent de prouver leur esprit chevaleresque.
(........)
Les Membres du Comité
[de la Croix-Rouge] ayant des fils sous les drapeaux ne peuvent s'empêcher d'être émus par ces adieux même s'ils viennent de ceux ayant causé la mort de leur compatriote.
Ils le sont encore davantage lors des funérailles du soldat Marcel Dorizon, brave territorial, grièvement blessé le 25 août à Haspres d'une balle à la colonne vertébrale. Totalement paralysé, le dos à vif il s'est éteint après huit mois de souffrance. Ce modeste ouvrier originaire de la Sarthe laisse une femme et six enfants.
Le Commandant de place prévenu du décès à tenu à compléter le piquet d'honneur par une section de musiciens. Il se range d'office en tête du cortège aux côtés du Maire, du président de la Croix-Rouge, M. Paul Dupont et de ses vices-présidents, MM. Achille Lajoie et Henri Mabille de Poncheville.
(....)
Après les trois salves habituelles au bord de la tombe, l'aumônier allemand prononce une allocution empreinte de charité chrétienne.

 
Au bas de la page  de son exemplaire personnel, mon père a indiqué :
J'ai assisté comme  enfant de chœur au Faubourg de Paris à un nombre important de funérailles de soldats de toutes nationalités . (Nous ramassions les douilles)

 

064a Dorizon
     Comme on peut le constater, il avait 6 enfants. Après la guerre son épouse (née Marie GALLET le 3/05/1880 à Issy-les-Moulineaux ; le mariage a lieu le 19/11/1902 à Arcueil) recevra la médaille de bronze de la famille française

JORF 19230811
(Journal Officiel du 11/08/1923)

 

  • Sa fiche sur le site Mémoire des Hommes :

DORISONMDH

        La ville de naissance de DORISON Marcel est CHALLES (Sarthe) authentifiée par le registre d'état-civil de naisssance et les parents le 25 Septembre 1880, alors que l'acte de décès Valenciennois et la transcription du jugement s'obstinent à le déclarer né à Chatte en Isère !

EC ESS

 

    Matricule 399 classe 1900, il effectue un service militaire d'un an (dispensé article 21 comme ainé de 8 enfants) en 1901-02 au 115e RI, puis 1 période d'exercices en 1907, et une autre au 27e RIT en 1911

Il est rappelé au 27e RIT le 4 août 1914.

Il apparaît comme "mort de maladie" sur la fiche MdH, alors qu'il s'agit des suites de ses blessures reçues le 25 Août 1914, le jour même où les Allemands pénétraient à Valenciennes.
L'hopital auxiliaire n°2 où il est décédé était situé dans le collège de jeunes filles, Boulevard Pater, actuel Lycée Watteau.

Il a été déclaré Mort pour la France.

MPLF DORISON Marcel

  •  Comme toujours en pareil cas, la famille qui est en zone libre demande des informations auprès de la Croix-Rouge. Il existe deux fiches renvoyant au même registre, l'une rendant compte en détail de l'enquête réalisée : la famille ne sera avertie qu'en juillet 1917 !

    Fiche

    Les pages 7008 et 7009 du registre de décès, très semblables, n'apportent pas d'information supplémentaire, hormis le n° de la tombe individuelle (et donc du cercueil) :

    7008

    7009

  • Sa tombe au cimetière St Roch de Valenciennes : l'occupant avait créé à l'extrémité du terrain, dans une partie encore non exploitée le long du mur jouxtant les dernières maisons de Valenciennes avant St Saulve, un cimetière militaire, (Ehrenfriedhof, cimetière d'honneur) où furent enterrés soldats Allemands et Alliés décédés à Valenciennes. Sa tombe est la première, on distingue au fond à droite de la photo le monument aux soldats allemands.

    Dorizon tombe



  • Sa tombe actuelle, toujours au Cimetière St-Roch :

        La date initialement inscrite n'était pas celle de son décès, mais la date à laquelle il avait été blessé. La même date figurait sur le site Sépultures de Guerre auprès duquel une demande de rectification a été déposée et effectuée.

      Les modifications ont été réalisées en 2014 et voici la nouvelle plaque, un grand merci au Pôle des sépultures de guerre de la Somme :

DMSTROCH2b

 

  •  La même erreur de lieu de naissance (qu'on ne pourra rectifier) est reprise par le Livre d'Or du Ministère des Pensions :

    LO YlM

  •  Son nom figure au monument aux morts d'Issy-le-Moulineaux (Hauts-de-Seine), son dernier domicile :

    MaM IlM
    Source photo : Thierry Dehesdin

    et sur le monument commémoratif au cimetière de Tresson (Sarthe) où il résidait à son recrutement.

    MaM Tresson
    Contribution photo: Patrick BOUJU 15/07/2016
    Cette photographie est sous licence d'usage CC BY-NC-SA 2.0

 

26 janvier 2011

ORCHIES (Nord)

 

LA DESTRUCTION D'ORCHIES
(Septembre 1914)

 

Valenciennes ayant été occupée par les Allemands le 25 août 1914, et n'ayant plus aucune communication avec le reste du pays, nous ignorions complètement les événements tragiques qui se déroulaient autour de nous. Ce sont les Allemands qui se chargèrent de nous annoncer leurs tristes exploits.
Le dimanche 20 septembre, les troupes françaises ayant quitté Orchies, deux autos allemandes y entrèrent pour reconnaître les cinquante-cinq blessés qui se trouvaient à l'hôpital, et prendre les mesures nécessaires pour les emmener en captivité.
Mais le mardi 22 septembre, les troupes françaises vinrent de nouveau occuper la ville. Le lendemain, le détachement Sontag se trouva aux prises avec l'ennemi et les coups de feu éclatent sur les lignes des avant-postes à la lisière sud d'Orchies.
J'avais été surpris de voir partir du lycée de Jeunes Filles de Valenciennes, converti en hôpital, des infirmiers en tenue, avec revolver au côté.
A 10 heures 1/2, un convoi venant chercher à Orchies les blessés, se composant de sept autos allemandes, accompagnées d'une auto mitrailleuse, fut aperçu par le poste fourni par la première compagnie du 6° chasseurs. La route a été barrée, et la sentinelle est placée assez loin en avant. Ajoutons qu'aucune de ces voitures allemandes n'arbore le drapeau de la Croix-Rouge, seules les insignes étaient peintes sur le côté.
Le major qui se trouvait dans la première voiture, apercevant la sentinelle française descend précipitamment, revolver en main, et la tue à bout portant.
Le poste riposte, mettant hors d'usage trois automobiles, tuant six de leurs occupants, pendant que les autres rebroussaient chemin vers Saint-Amand, racontant naturellement que des Français francs-tireurs ont tiré sur les infirmiers.
Le major est découvert, caché dans un fossé par un peloton du 6° chasseurs accouru au premier coup de feu. Le capitaine de Chérisey vérifie le revolver de son prisonnier, et constate que plusieurs cartouches ont été tirées.
Quoique armés, il est à supposer que les Allemands ignoraient la présence des troupes françaises à Orchies, et croyaient en prendre possession comme de Saint-Amand et de Valenciennes, sans coup férir.

Le détachement qui arrivait tranquillement en automobile, avait probablement pour ordre d'occuper la Mairie, d'arrêter la municipalité, de lui imposer une contribution, et de préparer le cantonnement. Mais la réception qui leur fut faite par les avant-postes, leur fit au contraire se rendre compte que la ville était occupée par des troupes de toutes armes.
Comme il fallait s'y attendre, les Allemands revinrent en force, le lendemain, à sept heures du matin, au milieu d'un épais brouillard, ce qui leur permit de s'approcher des avant-postes, dont ils avaient reconnu l'emplacement. Une mitrailleuse allemande ouvrit tout à coup le feu, à une courte distance, dans la direction des faubourgs d'Orchies, qui, vraisemblablement devaient être occupés par les nôtres.
Ce tir au hasard n'eut produit nul effet si le chef du premier bataillon, commandant Gardechaux qui s'était porté sur la ligne des avant-postes pour essayer, malgré le brouillard de reconnaître lui-même les positions de l'ennemi, n'en était revenu bientôt atteint d'une balle et hors de combat.
Le commandement du bataillon passa aussitôt au capitaine Duchennoy de la 4° compagnie, qui donna l'ordre de se porter en avant, et de s'y maintenir à tout prix.
Le brouillard se dissipa vers 9 heures, et l'on put se rendre compte que de gros détachements ennemis suivaient l'un la route de Saint-Amand, l'autre la voie ferrée de Somain à Orchies.
Le lieutenant-colonel Boucheseiche, commandant le 6° chasseurs, accouru en automobile, vint se rendre compte de la situation.
Il fit alors canonner vers 10 heures les positions ennemies, par la 4° batterie Dansac, qui avait été placée près de la garé d'Orchies, ayant en soutien un peloton du 6° chasseurs.
Un excellent repérage fait par le lieutenant Caullery, permit à la batterie d'atteindre à 3.000 mètres un important détachement ennemi à proximité de la forêt de Marchiennes, cinquante-six tués restent sur le terrain.
Mais l'infanterie ennemie supérieure en nombre, ayant reçu l'ordre de prendre Orchies, obligea les compagnies françaises qui occupaient les faubourgs à se replier découvrant ainsi l'artillerie Dansac qui, se trouvant elle-même dans une position critique, se vit dans l'obligation de se reporter en arrière d'Orchies, sur la route de Pont-à-Marcq.
Le général Plantey, qui, à Douai est tenu au courant de la marche du combat envoie par un cycliste l'ordre de reprendre Orchies, annonçant l'arrivée de renforts.
En effet, vers 14 heures, arrivent, par la route de Coutiches, plusieurs autos mitrailleuses anglaises, et la 41° batterie, qui, moins rapide se montra sur la route d'Orchies.
Le général Plantey fait partir de Raches, deux compagnies du 3° bataillon du 6°, lesquelles seront deux heures plus tard rendues à Orchies.

Les renforts encouragent le 1er bataillon, et les mitrailleuses anglaises qui prennent l'ennemi de flanc, balayent la route de Saint-Amand. Le 1er bataillon contre-attaque alors Orchies, dont la lisière est toujours tenue par la brave compagnie de Marguerie. Et avant que les deux compagnies et la batterie de renfort soient arrivées, la ville est reprise.
A 6 heures du soir, l'ennemi l'a entièrement évacuée, et se retire sur Saint-Amand.
Mais le lieutenant-colonel Boucheseiche veut poursuivre ce succès et couper la retraite de l'ennemi vers Saint-Amand en le rejoignant vers l'est.
La 3e compagnie placée dans le faubourg ouest qui est maintenant dégagé reçoit l'ordre de déborder la gauche allemande, et le peloton du 6e chasseur devra se rabattre sur ces derrières.
Malheureusement la nuit tombe, les troupes sont fatiguées par ce combat d'une journée, le mouvement est effectué avec lenteur et l'ennemi peut échapper à ce mouvement enveloppant, après avoir incendié cinq maisons à la sortie de la ville.
Le combat est terminé, les renforts qui arrivent n'ont plus qu'à retourner à Douai et à Raches. L'ennemi laisse quarante tués, trois blessés, onze prisonniers. Du côté français, il y eut également quelques tués, trente blessés, qui sont évacués sur Pont-à-Marcq et sur Lille.
Hélas! nous n'avons pas joui longtemps des suites de cette victoire. Le soir-même, alors que les Allemands se retirent sur Saint-Amand, les Français se replient sur Douai où ils sont rappelés d'urgence : Orchies est donc évacué en même temps par les vainqueurs et les vaincus.
La journée du 24 s'est donc terminée par deux succès, puisque les Allemands ont été rejetés d'Orchies et arrêtés devant Douai.
Le départ des troupes françaises après une journée d'angoisse, cause parmi la population d'Orchies une panique épouvantable. Le Maire réunissant tous les habitants leur conseille de prendre immédiatement la fuite ce que beaucoup firent sans même rentrer chez eux. Les Pères jésuites Lavigne et Cardon qui se trouvaient en ce moment dans la ville et qui avaient suivi le mouvement, reviennent sur leurs pas en auto pour enterrer les morts ; déjà le Père Ignace était à l'œuvre quand un cycliste arriva leur disant de fuir car les Allemands arrivaient.

Le 25 septembre, fut pour Orchies une journée mémorable, rappelant celles tragiquement célèbres de Louvain et de Dinant.
Je me trouvais ce matin à l'Hôtel de Commerce pour le service de la ville, quand un officier me dit : " Nous allons incendier Orchies."
En effet, la compagnie des pionniers, sous les ordres du major Dittel partit de Valenciennes en tramway pour Saint-Amand et de là à Orchies, avec le matériel incendiaire. Dans chaque maison ils brisaient les fenêtres, projetaient de l'essence dans les chambres, et jetaient ensuite des pastilles noires qui s'enflammaient ainsi que des grenades et communiquaient le feu à la maison entière.

Bientôt, Orchies ne fut plus qu'un immense brasier, et quand le lendemain le Père Lavigne revint, la ville était encore en flammes.
Le soir même, je revis, par hasard, l'officier qui avait assisté à ces terribles représailles ; il me dit cyniquement : " Orchies est rayée sur la carte de France, la ville est complètement détruite."
Malheureusement, pendant la nuit des cadavres étaient mutilés, on ne sut jamais par qui. Aussi, les Allemands purent-ils dire que leurs blessés avaient été achevés sans pitié,
Nous dûmes nous rendre à l'évidence quand le commandant de place, major von Mehring fit afficher en gros caractères, sur papier rouge, l'avis suivant sur les murs de notre ville:

affiche01

AVIS

        J'ai été malheureusement forcé d'appliquer les mesures les plus sévères édictées par les lois de la guerre contre la ville d'Orchies, En celle localité furent attaqués et tués des médecins, des membres du personnel médical et assassinés une vingtaine de soldats allemands. Les pires atrocités furent commises d'une manière incroyable (oreilles coupées, yeux arrachés et autres bestialités du même genre).
        J'ai en conséquence fait détruire complètement la ville. Orchies, autrefois ville de 5000 habitants, n'existe plus : Maisons, Hôtel de Ville, Eglise, ont disparu, et il n'y a plus d'habitants,

Le Commandant de la Place
MAJOR VON MEHRING

Valenciennes le 27 Septembre 1914,

 

Au moment où la colonne Sonntag avait quitté Orchies, le canon tonnait sans interruption dans la direction de Cambrai, indiquant d'importants engagements et l'approche imminente de l'ennemi.
L'occupation d'Orchies s'imposa donc à l'attention du général Plantey, car il était de toute nécessité de garder ce point important, où se maintenait la liaison entre les troupes opérant à Douai, et celles qui venaient d'arriver à Tournai.
La colonne Sonntag quitta donc Douai le matin du 27 septembre en direction d'Orchies. Elle comprenait les 2° et 3° bataillons du 8°, la 42° batterie, et deux escadrons de spahis. Cavalerie et artillerie s'y rendirent par voie de terre, l'infanterie par voie ferrée. Le train qui les transportait dut aborder Orchies, en faisant un large détour par Seclin et Templeuve, probablement pour faire croire à l'ennemi que les troupes arrivaient en nombre.
La colonne Sonntag se trouva donc pour la troisième fois devant Orchies. Comme on avait signalé à tort la présence de l'ennemi dans cette ville, la marche fut prudente.

La vue qui s'offrait dès qu'on y pénétra, ne saurait être oubliée. Il n'existait plus que des murs noircis, disparaissant au milieu d'une épaisse fumée bleuâtre ; l'âcre odeur de l'incendie prenait à la gorge ; silencieux les soldats regardaient ce triste spectacle. C'est ainsi que le commandant Maufait, qui faisait partie de la colonne put adresser cette phrase à l'un de ses sous-officiers, M. Verschaeve :
" Vous voyez, Monsieur le professeur de droit, voilà comme on respecte le droit des gens." Celui-ci qui séjourna près d'Orchies du 27 au 30 septembre, put ainsi recueillir des témoignages intéressants sur cette tragique exécution. Bientôt cependant, la colonne Sonntag dut battre en retraite, les Allemands marchant en force considérable sur Lille. Quelques heures plus tard, comme quelques maisons avaient été épargnées près de la gare, les habitants revinrent peu à peu, et le Père Lavigne qui était demeuré, se multipliait pour leur venir en aide.
Cette fois, les Allemands étaient bien les maîtres de la ville, et le 24 octobre, le commandant de la place, colonel Priess pouvait afficher la proclamation suivante :

affiche02

PROCLAMATION

"A partir d'aujourd'hui, le citoyen Joseph Carpentier est nommé Maire de la ville d'Orchies.
"Le Maire est tenu de rétablir et maintenir l'ordre dans la commune.
"Trois habitants assureront le service de la police dans la, commune, ils seront porteurs d'un brassard et les habitants devront strictement suivre leurs ordres.
"Tout individu, rôdant ou fouillant parmi les débris des maisons abandonnées sera arrêté, et remis aux autorités militaires.
"Le commandant compte que la population aidera le Maire à rétablir l'ordre le plus vite possible."

Le Commandant de Valenciennes
PRIESS             
Lieutenant-Colonel      

Valenciennes, le 24 Octobre 1914

 

 

 

Comme nous manquions de pommes de terre pour nourrir notre population, j'obtins de la Commandature l'autorisation de me rendre à Orchies afin d'en faire d'importants achats.
Il n'y a pas d'expression assez forte pour exprimer la sensation que j'éprouvais en voyant cette ville morte avec ses murs calcinés. Le spectacle était terrifiant.
Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que le commandant de Valenciennes avait prié M. Tauchon de désigner un Maire à Orchies ; l'autorité allemande avait donc désigné M. Carpentier, mais on apprit dans une visite que fit l'un de nous à M. Trépont, Préfet du Nord, que celui-ci avait déjà désigné de son côté un autre habitant d'Orchies, M. Leroux. C'est naturellement M.Carpentier, nommé par les Allemands qui exerça les fonctions pendant la durée de la guerre.

Le jeudi 5 novembre, le commandant Priess m'envoya à Orchies accompagné cette fois d'un gendarme pour y rechercher un prisonnier civil qui était blessé.
Tristement impressionné cette fois encore par ce lugubre spectacle, je ne pus m'empêcher de présenter au Maire toutes mes condoléances. Cependant, la Supérieure de la Croix-Rouge, à qui je fus présenté, m'encouragea de son mieux sous l'œil défiant du gendarme qui surveillait chacun de nos gestes.
M'étant ensuite entretenu avec le Maire au sujet des pommes de terre, qui étaient abandonnées dans les champs, je pus jeter cette fois les bases d'un marché avantageux pour notre ville.
Aussi dus-je retourner à Orchies le 5 décembre suivant pour ratifier un marché de 21.000 kilogs.
Je m'efforçai ensuite d'encourager le Maire, alors fort embarrassé, car la Commandanture de Douai lui réclamait la totalité de ses impositions, bien que la ville fut complètement détruite.
Je lui donnai donc le conseil d'expliquer la triste situation dans laquelle il se trouvait, et d'attendre tranquillement les événements.
Mais les événements les plus graves s'étaient succédés sans trêve, et le drame d'Orchies nous paraissait déjà bien lointain, quand le vendredi, 17 septembre 1915, à la sortie du Conseil, je reçus la visite du Père Lavigne. S'occupant avec le plus grand zèle de la triste situation des 3.600 habitants d'Orchies qui étaient revenus peu à peu, il venait me supplier de lui
venir en aide, car il ne pouvait plus se rendre à Douai, qui était dans la ligne de feu, ni à Tournai, qui aussi lui était interdit. Il me demanda donc de faire rattacher la ville d'Orchies à la C. R. B. de Lille, ou plutôt de Valenciennes, les communications devant être plus faciles. Je me rendis donc avec lui à la Chambre de Commerce, où le directeur, M. Branquart, me répondit qu'il ne pouvait sans ordres, rien changer à la répartition des denrées.
De là, j'allais chez le lieutenant Neuerbourg au bureau américain, où je fis chercher le délégué Richardson, fort dévoué à notre cause. Le pauvre Père lui dépeignit la situation critique dans laquelle se trouvaient les habitants. Mais le nom d'Orchies était un véritable épouvantail pour les Allemands, aussi le lieutenant Neuerbourg lui répondit-il, qu'il ne pouvait lui donner satisfaction.
Mais M. Richardson intervenant alors rassura le Père Lavigne lui disant que les habitants d'Orchies ne mourraient pas de faim, proposant même de s'y rendre afin de calmer l'angoisse de la population, mais le lieutenant Neuerbourg l'arrêta lui disant qu'il n'en avait pas le droit.
Cette demande ne fut cependant pas inutile, car à la suite de cette entrevue, il fut décidé que Douai veillerait sur les habitants d'Orchies, et qu'une démarche serait faite auprès du Comité central à Bruxelles, pour obtenir un don spécial pour cette ville si éprouvée.
En attendant, je promis de lui envoyer, si je trouvais des chevaux, 1.000 kilogs de riz.
Déjeunant ce jour-là chez M. le Doyen Jansoone. Je priai le Père Lavigne de m'y accompagner. Ce déjeuner fut vraiment plein d'intérêt, car le Père Lavigne ayant fait le récit émouvant du drame d'Orchies dont il avait été le témoin oculaire.

Aujourd'hui, [1933] sur ces ruines, une ville nouvelle est rebâtie, et M. le président du Conseil, Poincaré, tint à venir lui-même, [le 24/07/1927] féliciter la population de son énergie et remettre à la ville la Croix de Guerre, récompense bien méritée.

 

 Orchies1  Orchies2  Orchies3   

Extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933
 

  • Extrait de la liste des personnalités réclamées après guerre (  Liste des personnes désignées par les Puissances alliées pour être livrées par l'Allemagne en exécution des articles 228 à 230 du traité de Versailles et du protocole du 28 juin 1919 )

MehringDittel

 

  • Dans cette liste apparaissent les noms de victimes :
    • PICQUET Germaine,
    • M. et Mme BAILLEUL.
  •   L'Historique du 6° Régiment d'Infanterie Territoriale pour cette période permet de suivre les principaux mouvements :
    Historique  (Merci à H.T. et lien vers son blog 73RI -273 RI et 6RIT)
  • Le monument aux morts d'Orchies comporte deux plaques rappelant les combats et l'incendie, ainsi que des noms de victimes de celui-ci :
      • BAILLEUL Charles
      • DECAMACE Pauline
      • LECUTIER Augustine 78 ans
      • ROSSIGNOL Stephanie 81 ans
      • PICQUET Germaine 21 ans

     

    OrchiesMaM 

    Orchies plaque2

    orchies plaque1

     

  • En 2004 parait dans le revue PEVELE de la Fondation de Pévèle (leur site) un article de M. Alain PAYELLE qui apporte des précisions sur le déclencheur de la répression allemande :

          Début septembre 1914, une colonne allemande quitta Valenciennes en direction de la mer afin de couper l'accès des ports du Nord aux Britanniques, manœuvre que réitérera Hitler 26 ans plus tard, mais avec succès cette fois. Cette armée traversa St-Amand et prit la route de Lille via Orchies. Comme toute armée, celle-ci a ses informateurs, qui l'attendent à hauteur de l'"Alène d'Or", à Millonfosse pour l'avertir qu'ils ont vu des tireurs isolés embusqués à l'entrée d'Orchies, au lieu-dit "Le Lapin". Le commandant de cette colonne arrêta aussitôt ses hommes et envoya une escouade de Uhlans (cavaliers armés d'une lance à l'origine). D'après nos sources, leur nombre varie de 6 à 10. Ils auraient effectivement essuyé quelques coups de feu à hauteur des moulins se trouvant au Lapin, mais sans dommage. Ils continuèrent leur route jusqu'à la Grand-Place; ils restèrent un moment en observation, tout en étant calmes et repérèrent un café, plus exactement un hôtel à l'enseigne du "Lion d'Or" Ils attachèrent leurs chevaux aux anneaux destinés à cet usage et entrèrent demander de l'eau pour ceux-ci. Là, d'après nos sources, se trouvaient des évacués, fuyant l'avance teutonne. Ils furent surpris et décontenancés par cette subite apparition. Pris de colère, ils sortirent aussitôt, décidés à poursuivre leur fuite en avant. Une fois dehors, ils virent les chevaux attachés. Animés par la fureur d'être rattrapés dans leur retraite par leurs poursuivants et pour les ralentir, ils tranchèrent les licols des équidés et les firent partir au galop. Voyant cela, nos Uhlans sortirent du bistrot et menacèrent ces insurgés qui, se voyant pris, jugèrent immédiatement que l'attaque serait pour eux la meilleure défense.
Armés des couteaux qui venaient de sectionner les licols des chevaux, ils se jetèrent sur les envahisseurs et les égorgèrent, les laissant sur place devant quelques témoins alertés par les cris des Germains et venus aux renseignements.
Les auteurs de ce guet-apens prirent la fuite avec armes et bagages, sans demander leur reste. On ne sut jamais qui ils étaient ni d'où ils venaient ...

On a dit, ou plutôt les Allemands ont dit, qu'ils auraient défiguré ces soldats, qu'ils les auraient même émasculés. Saura­-t-on jamais la vérité? Cet épisode certainement le plus douloureux de l'histoire de la ville m'a été conté, à peu de choses près, dans les mêmes termes par sept anciens d'Orchies, aujourd'hui disparus, me faisant promettre de n'en parler qu'après leur dis­parition et sans dévoiler leur identité. Peut-être se jugeaient-ils coupables, quelque part, d'avoir assisté (pour trois d'entre eux) au massacre, sans être intervenus. Mais le pouvait-il? Certainement pas! La suite, tout le monde la connaît : représailles terribles et incendie de la ville. Cet acte odieux s'abattit sur Orchies et sa population, qui n'étaient en rien responsables de ce regrettable incident.




 

Comme de coutume, un tel fait ne reste pas dans l'ombre, et les organes de propagande s'en sont emparés.
 

  • On trouve dans la publication en 1915 de la monographie publié par Hachette : "Les Allemands destructeurs de cathédrales et de trésors du passé", en annotation au paragraphe concernant Senlis : "ces incendies partout allumés dans une ville qui n'a, en tout cas, pas fait elle-même un geste d'agression" cette remarque :

 

      En bien des endroits, les Allemands ont agi de même.
Le journal de Bâle, Basler Nachrichten, du 17 novembre publie la proclamation suivante :

    "Malheureusement j'ai été forcé d'employer les mesures les plus rigoureuses des lois martiales contre la Ville d'Orchies. Dans cette localité furent commises les plus terribles atrocités. En en tirant les conséquences j'ai détruit toute la ville.
L'ancienne ville d'Orchies, ville de 5.000 habitants, n'existe plus. Les maisons, l'Hôtel de Ville et l'église sont anéantis.
Valenciennes, septembre 1914.
Le commandant de la place, Major von Mehring. "

Pour expliquer cet acte de vandalisme, la feuille bâloise cite un épisode des guerres napoléoniennes, d'après l'almanach «Rheinlandischer Hausfreund» (l'Ami de la maison du pays rhénan). En février 1807, lorsque l'armée française et une grande partie des troupes fédérales étaient en Pologne et en Prusse, un détachement des chasseurs badois se trouvait dans la ville de Hersfeld, en Hesse.

Un officier français vint à être tué par la population. L'empereur ordonna de piller la ville et la réduire en cendres. Cependant sur l'intervention des commandants Français à Cassel et Hersfeld, la punition fut adoucie. Quatre maisons seulement devaient être incendiées, mais l'ordre de pillage subsistait. Les habitants en furent désolés, cela se comprend. Le commandant de la place les exhorta, au lieu de perdre leur temps en plaintes inutiles, à rassembler leurs biens les plus précieux. Enfin vint le moment terrible, annoncé par le tambour.

Le commandant exposa alors aux troupes la situation malheureuse de la population et ajouta : « Soldats, la permission du pillage commence : qui en a l'envie, qu'il sorte des rangs. »

Pas un homme ne sortit.
Entre le procédé français et le procédé allemand, il y a une certaine différence.

 

  •  En 1915, les éditions Berger-Levrault publièrent "Les violations des lois de la guerre par l'Allemagne" par le Ministère des Affaires Étrangères


    On y trouve sous le n°44 un extrait du carnet du soldat Bissinger Heinrich, du régiment de pionniers bavarois, relatant les crimes des troupes allemandes à Orchies et à Valenciennes, accompagné d'un fac simile de la page du carnet.


    « 25. August. Um 10 Uhr Abmarsch nach Orchies, angekommen um 4 Uhr. Durchsuchen der Häuser. Sämtliche Civilpersonen  werden verhaftet. Eine Frau wurde erschossen, weil sie auf « Halt »
    Rufen nicht hielt, sondèrn ausreissen wollte. Hierauf Verbrennen der ganzen Ortsschaft. Um 7h Abmarsch 1 von der brennenden Ortschaft Orchies nach Valentiennes...
    « 26 August. Morgends Abmarsch 9 Uhr nach dem Osteingang von Valentiennes, zur Besetzung der Stadt um Flüchtlinge einzuhalten. Aile mânnlichen Personen von 18-48 Jahren werden verhaftet und nach Deutschland befördert. »


    « 25 août. A dix heures, départ pour Orchies ; arrivée à quatre heures. On fouille les maisons. Tous les civils sont arrêtés. Une femme fut passée par les armes parce qu'elle ne s'arrêta pas au commandement de "halte !", mais voulut fuir. Sur quoi, incendie de toute la localité. A sept heures, départ d'Orchies en flammes pour Valenciennes.

    « 26 août. Départ à neuf heures du matin vers l'entrée est de Valenciennes pour occuper la ville et retenir les fugitifs. Tous les habitants mâles de 18 à 48 ans sont arrêtés et expédiés en Allemagne.

  •  En 1927 la Revue d'histoire de la guerre mondiale  (disponible sur Gallica) tente de démêler les fils de l'Histoire.

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7 mai 2011

PAGNIEN Alfred

 

 PAGNIEN Alfred Emile César (1878-1918)

 

 

            Entre le 14 avril 1915 et le 8 octobre 1918, les allemands fusillent pour espionnage 52 civils âgés de 20 à 61 ans. Les exécutions ont lieu au Tir Communal de Gand, devenu maintenant l'Enclos des Fusillés :

Source: Externe

 

Dans la liste ci-dessous figurent :

  • 2 Français : PAGNIEN Alfred et BERNARD Alphonse
  • 1 Néerlandais : BEEK Jan,
  • les autres sont Belges parmi lesquels
    • 3 femmes : RAMMELOO Léonie Pauline , SCHATTEMAN Emilie et DE SMET Marie, qui a été fusillée sur une chaise.

 

Source: Externe

 

Date d'Exécution Nom Prénom Age
14/04/1915 LENOIR  Ferdinand 53
07/04/1916 MATTHYS  Alphonse Camille 27
07/04/1916 VAN DE WOESTYNE  Edgard Joseph 26
07/04/1916 VAN KEIRSBILCK  Aloïs Joseph 33
07/04/1916 VERMEERSCH  Alphonse 35
11/08/1916 ALGOET  Alfred 25
11/08/1916 BRAET  Joseph Aloïs Léo Marie 34
11/08/1916 DECLERCQ  Octaaf 43
11/08/1916 MUS  Gustaaf 25
11/08/1916 VAN GHELUWE  Aloïs Emile 59
11/08/1916 WINDELS  Aloïs 27
31/10/1916 OTTEVAERE  Ivo Camil 61
14/02/1917 BEEK  Jan Leo Augustin 25
10/04/1917 DE BELVA  Jan Baptiste 48
10/04/1917 DEMUER  Théodore 51
13/08/1917 COIGNÉ  Achille Léon 24
13/08/1917 HOFMAN  Maurice Achille 40
10/09/1917 BRAECKMAN  Gustaaf 46
10/09/1917 BYN  Alphonse 50
10/09/1917 BYN  Macharius 51
10/09/1917 HOSTE  Camiel "Hostjen" 25
10/09/1917 WAEGENAER  Karel Louis 34
12/09/1917 DOBBELAERE  Jérôme 20
12/09/1917 RAMMELOO  Léonie Pauline 27
12/09/1917 SCHATTEMAN  Emilie 27
12/09/1917 STEVENS  Pieter 44
12/09/1917 VAN VLAANDEREN  Isidoor 44
14/09/1917 DE CABOOTER  Maurice 32
14/09/1917 D'HONDT  Alfred Yvon 29
14/09/1917 KEPPENS  Louis 47
14/09/1917 VAN DE VELDE  Cyrille Jospeh 38
14/09/1917 VERSCHUERE  Oscar Achilles 40
15/09/1917 DE SMET  Marie 44
15/09/1917 PEIRS  Kamiel Gustaaf 34
15/09/1917 VAN QUICKELBORNE  Pierre François Bruno  
15/09/1917 VERSCHUEREN  Alphonse François 46
11/10/1917 MARQUENIE  Gustaaf 33
19/03/1918 DE BACKER  Achille 38
19/03/1918 GOEDHUYS  Théophile Arthur 38
19/03/1918 VAN CAENEGHEM  Alphonse Francois 42
23/03/1918 BERNARD  Alphonse Désiré 33
23/03/1918 PAGNIEN  Alfred Emile César 39
23/03/1918 VAN DER COILDEN  Alphonse 36
06/04/1918 THUYN  August 37
06/04/1918 VAN BORM  Arthur Emile  
06/04/1918 WAEGENAERE  Karel Léopold 45
18/05/1918 HANSELAER  Achille 43
18/05/1918 VERSCHRAEGEN  Edmond 29
18/05/1918 VERSCHRAEGEN  Karel 26
12/08/1918 DAVID  Honoré 36
12/08/1918 VERMOERE  Albert Julien 27
08/10/1918 VAN DE WOESTYNE  Edmond 38

  

Réseau PAGNIEN-GOEDHUYS : 41 membres
Fondée par PAGNIEN, un ingénieur qui travaillait pour les Français.
Transmet des informations sur les aérodromes, les installations militaires, les mouvements de troupes, etc dans le Nord de la France et en Flandres.
Lorsque PAGNIEN a été arrêté; Théophile GOEDHUYS prit le relais.
6 de ses membres sont exécutés à Gand. (Achille de Backer, Alfons Van Caeneghem, Theophile Goedhuys, Alfred Pagnien, Alfons van der Coilden, et Alphonse Bernard)

ExecGoedhuysfr

Réseau ALGOET
Travaillait pour le compte de l'armée belge.
6 membres, destinés à l'observation du trafic ferroviaire en Flandres.
Tous exécutés à Gand.

Reseau De PAUW
Il travaillait pour les Britanniques, en donnant notamment des informations sur les mouvements des troupes allemandes et leur composition. La plupart des membres sont de Waregem.
Arrêté par les Allemands en février 1917
13 membres ont été exécutés.

 

 


 

Alfred PAGNIEN est né à Valenciennes le 28 Juin 1878 ; étudiant au Lycée St. Louis à Paris, recensé à Lille-centre il rejoint malgré la dispense le 43° RI en novembre 1899 et renonce à celle-ci en 1900 pour 2 ans de services restants, puis réengage pour 3 ans. Passé du 43° RI au 33°RI, il est au 145°RI lorsqu'il est réformé en avril 1905 pour une maladie de cœur.


Pagnien_Alfred

Ingénieur civil à la mobilisation générale du 2 Août 1914, il est porteur de dépêches motocycliste durant quelques mois, avant d'être maintenu réformé pour la même maladie en Novembre 1918.

Ne pouvant accepter l'occupation de Lille il passe en Hollande neutre et s'engage dans la mise sur pied d'un réseau d'espionnage qui connut son essor en 1915. En 1916 le GQG Britannique installé à Folkestone s'intéresse de plus près aux informations de celui qu'il connaissait sous le nom de Stéphane, aidé de celle qui allait devenir son épouse peu avant son exécution. Celle-ci faisait en 1915 et 16 le courrier de Lille à Selzaete (Zelzate), ayant emporté une fois de Terneuzen (NL) à Gand 2 boites de panclastites en vue de faire sauter un train.

B-NL borderLa ligne électrifiée séparant la Belgique occupée et la Hollande neutre.
Les allemands y découvrent le corps d'un homme électrocuté lors d'une tentative.

Petit journal 1915095t
Le Petit Journal du 5 sept 1915

 

cadre

 Autre moyen de passage, moins encombrant.

Il est arrêté une première fois à DIEST en avril 1916 et condamné le 30 avril à 9 mois de prison à la forteresse d'Elberfeld pour tentative de passer la frontière et usage de faux papiers sans que son organisation ne soit démantelée.

Ce service d'espionnage fonctionna jusqu'à l'arrestation de PAGNIEN le 8 mars 1917, de sa future épouse en juin et de plusieurs collaborateurs ; il est condamné à mort le 5 décembre de la même année. Incarcéré à la prison St Gilles à Bruxelles, puis à la prison de Gand, proche du lieu de son exécution.

Il fut exécuté dans le champ de tir communal de Gand le 23 mars 1918 à 6 heures du matin en même temps qu'Alphonse BERNARD, membre du même réseau.

Il est Membre de l'ordre de l'Empire Britannique (MBE) et Chevalier de la Légion d'honneur.

 

  •  Les archives Royales de Belgique ont mis en ligne de courtes biographies de fusillés pour espionnage, rédigées par la baronne Paulo de Moffarts, dont celle d'Alfred Pagnien. Ecrite en 1923, elle est empreinte de ferveur patriotique dans le style d'alors, j'en fais ici un fac simile :
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Au sujet de VANDERNOTTE (Charles Anthime Joseph Paul, né le 19/06/1886 à Anzin - Nord) , cité  pages 3 et suivantes du document ci-dessus, voir sa page dans ce blog

     

  •  Voici ses dernière lettres :
    • L'une adressée au Président Français :

Prison Militaire de Gand, cellule 184.

Le 23 mars 1918

Alfred, Emile, César, Pagnien, Français, prisonnier politique, condamné à mort par le conseil de guerre, siégeant à Gand le 5 décembre 1917,

à Monsieur le Président de la République Française.

Monsieur le Président,

A la veille de mourir pour la bonne cause, j'ai l'honneur de vous adresser ces lignes que je donnerai tantôt en cachette à ma femme au parloir, en trompant la surveillance du fonctionnaire allemand et qu'elle vous remettra un jour. C'est le dernier cri qu'un Français avant de tomber adresse à notre chère France, il renferme un adieu et une prière :
Je meurs avec la satisfaction d'avoir bien rempli mon devoir et d'avoir été utile, mais aussi avec la douleur de laisser sans ressources ma femme et mon enfant.
Monsieur le Président, en vous j'ai l'honneur de faire appel à la France en la priant de venir en aide à la veuve et à l'orphelin. Je pars avec la confiante espérance que ma prière sera écoutée. Cet espoir me fait du bien, il m'aide à tout supporter.
Adieu, mon beau et cher pays, tant meurtri, adieu braves camarades qui allez combattre et mourir pour libérer notre sol, vengez les disparus et délivrez nos compagnes et nos enfants d'une intolérable servitude.
Merci, Monsieur le Président de la République, pour ce que vous voudrez bien faire pour les miens et Vive la France...
signé : Alfred Pagnien

 

    • L'autre adressée à son épouse, - le mariage eut lieu en prison, le 22 Janvier 1918, deux mois avant l'exécution-  et qui retrace une partie de sa captivité et les tentatives pour le faire parler.

 
Ma chère femme,
                        Quel supplice pour un mari, lorsque la crainte, l'affreuse crainte de perdre son bonheur lui vient à son esprit. On base des espoirs sur des faits insignifiants, mais parfois aussi le doute,entre sournoisement dans le cerveau, et pour bien l'en chasser vite, il faut un effort de volonté. Ah, cette pauvre volonté, on lui a déjà tant demandé depuis un an. Et d'autres ont tant fait pour la réduire, pour en lasser l'énergie afin de me faire tomber à leur merci ... Rien n'a fait ... on a tenu bon jusqu'au bout, mais maintenant que la lutte est terminée, qui pourrait m'en vouloir d'éprouver un peu de désir de repos. J'en ai tant été privé à St Gilles....[Bruxelles] Tu vas penser que je suis hanté par le souvenir de ce bagne. Non pas, je n'y penserais plus si j'étais sauvé, mais que veux-tu, c'est mon cauchemar... Tu as souffert tant toi aussi, ma pauvrette et tu me comprends. Lorsque je fus arrêté après le voyage en chemin de fer, une auto m'attendait à la gare et je suis arrivé dans la nuit seulement à la prison, où je subis un long interrogatoire. Puis trois jours de repos et alors le régime d'espion commença. J'eus la déplorable compagnie de trois de ces bandits, les deux premiers furent vite convaincus de mon innocence. N'ayant rien tiré de moi on m'enferma avec le chef mouton, un certain individu se disant comte ambassadeur de Russie à Bruxelles avant la guerre et condamné à dix ans de travaux forcés pour espionnage. Le pseudo comte me fit un accueil aimable mais hautain, comme il convient à une personnalité de ce genre (j'ai appris que c'est un criminel, incarcéré pour des affaires louches d'avortement avant-guerre). Il était extrêmement habile et bon comédien, mais infiniment trop novice, pour un parisien, de la lutte, et au  bout de deux jours, il avait sacrifié sans résultat quelques douceurs destinées à m'amadouer, chocolat, pain d'épice, et mis à contribution en pure perte toute les ficelles de son art sinistre et toutes les ressources de son imagination.

                     Je faisais l'imbécile. Le troisième jour au réveil, changement d'attitude complet...: " Assez de comédie, Stéphane, me dit-il, je vous connais, il faut avouer, ou je vous fait mettre au cachot pour quinze jours." - Je lisais dans ses yeux une haine féroce. Je me mordis les lèvres et ne répondis pas, j'avais résolu de ne pas lui parler. Te dire tout ce que ce monstre me jette à la figure pendant cette matinée est impossible : menaces, injures, succédant à des flatteries, rien n'y fit, je n'ouvrie pas la bouche une seule fois, mais à quelle épreuve était mise ma patience. Ai-je honte de le dire ? J'ai souffert là mille fois plus qu'on ne peut souffrir devant un feu de peloton. Être enfermé dans une étroite cellule, en tête à tête avec une canaille, qui marche de long en large, vociférant des horreurs, et cherchant tout ce qui peut vous briser le coeur de chagrin... : " C'est fini, me disait-il, la vie, le soleil, la joie de la famille, vous pouvez faire une croix dessus, votre fiancée et vous serez fusillés, comme des chiens. Ah, il y a longtemps que je vous cherchais, mais votre compte est bon. Vous ne voulez pas répondre, vous allez aller aux cellules de correction, sans matelas, sans lumière, au pain et à l'eau et quand votre sale viande sera verte et que vous crierez grâce, alors, vous ferez vos dépositions."- Puis , par d'autres moments : " Allons Stéphane, soyons amis, avouez mon cher, c'est le seul moyen de sauver votre peau, et si vous êtes franc et sincère, vous aurez en moi un protecteur et un ami ;je ferai tout, pour améliorer votre cas" etc...
Ma chérie je te raconte tout cela, parce qu’il faut que tu le saches afin de n'oublier jamais.


                  Tu devines mon état d'esprit, pendant ces heures maudites ... je revoyais tout ... Je pensais à toi et à mon enfant !!! Je m'étais promis d'être fort sur moi-même, pour ne rien commettre d'irréparable, mais j'étais là assis sur mon matelas par terre, ma tête entre ces deux poings et je luttais de toutes mes forces, contre l'instinct grandissant qui me poussait à bondir à la gorge de ce tortionnaire et à l'étrangler sur-le-champ. Je ne puis pas comprendre, comment j'ai eu tant d'empire pour moi-même, les oreilles me tintaient et je voyais rouge, j'entendais mon cœur battre trop fort et cela me faisait mal. A midi, je ne mangeai pas et me mis à marcher aussi dans ma cellule, lui, avala son repas debout, le dos au mur, afin de ne pas me perdre de vue, il sentait que je ne pouvais plus me contenir et que sa position devenait périlleuse, c'était vrai, je tremblais de rage et j'avais peur de moi-même, car je me connaissais bien, et je savais que si je commençais à le toucher ou si lui-même me frôlait, je lui aurais crevé les yeux et fendu la tête à coups de talon. Pour être libre de mes gestes, j'avais quitté pardessus, cache-nez et veston malgré le froid qu'il faisait, j'étais en bras de chemise. A ce moment il eut peur, il sonna précipitamment avec violence, et demanda qu'on m'emmène. le gardien était là, je remis mes vêtements et partis, au moment où je passais devant lui, remis en audace par la présence du soldat, il me traita de "sale espion, en me souhaitant de crever au plus vite". Là, je ne vis plus clair et me livrai sur lui aux violences que la femme Irma et le Liégeois, ses amis, t'ont raconté.

(J'étais moi, enfermée à ce moment là avec l'espionne qui se faisait appeler Irma [MUS dont le mari avait été fusillé, et qui agissait peut-être sous la contrainte, NDR], plus tard on essaya autre tactique, on me fit parler avec un Liégeois. Je reprends le récit de mon mari. [note de Mme Pagnien])


Grâce à l'intervention de deux gardiens, on put m'arracher à lui et me conduire à la cellule 58, où demeuré seul, je me mis à pleurer de rage comme une vraie bête et à briser tout ce qui se trouvait sous ma main. Je n'ai eu un bol que quinze jours plus tard et pendant tout ce temps je recevais mon manger dans mon mouchoir. Ah, ma brave chérie, quel soulagement de te dire tout. Sache aussi que GOEDHUYS a été enfermé aussi avec cet ignoble individu quatre jours. Ce n'est pas tout. Le Liégois, ami de cette chienne d'Irma, est mis dans un préau voisin du mien, il me parle, il me dit qu'il y a au-dessous de sa cellule une Française qui est partie se promener à Anvers avec les policiers, ils me donne ton signalement pour que je sois en rage et pour que je te charge à l'instruction pour te perdre, etc... Heureusement que je te connais. Mais que de malheureux marchent avec de tel moyens,et quelle boue morale abritent les murs maudits de St Gilles. Que de désespoirs, que de souffrances...Te rappelles-tu le bruit sourd que fit le corps de ce malheureux qui se jeta du haut de notre galerie sur les dalles et se brisa les jambes? Tu étais en prison alors... Pourquoi cet acte de désespoir? Qui le saura jamais ? ... et le pauvre de la cellule 102, retrouvé pendu à la fenêtre avec son essuie-mains. N'oublie pas nos souffrances ma chérie...
(.....)

d_fensepagnien

(....)
Le 22 mars 1918

Ne pleure pas ma Lucie, je ne souffre plus, c'est fini, je dors en paix... Que cette pensée te console. Ah, je pressentais bien que cette longue visite anticipée était un adieu et je t'ai quittée le cœur déchiré, mais je n'ai pas voulu troubler tes espoirs possibles en faiblissant dans ce rapide et dernier baiser.
Courage femme chérie, encore une fois laisse moi te redire que tuas été bonne, tout ce que peut dicter à un cœur délicat une amitié vraie, une tendresse toujours en éveil, tu l'as fait pour ton prisonnier jusqu'au bout, sois-en bénie Lucie et que l’on te rende un jour en bonheur tout le bien que tu m'as fait. Chacun de nous a fait son devoir, nous n'avons rien à nous reprocher.

 Je veille ma dernière nuit, dans une salle éclairée, il est neuf heures et demi, j'ai encore jusqu'à si heures 1/2 du matin à vivre. Il y a quelques heures, Ma chérie, tu étais là, je prenais tes mains, savais-tu que nous nous quittions pour toujours ? pas d'une façon certaine, mais je t'ai sentie inquiète et je t'ai vu pâlir en me disant : "à Lundi".- Quant à moi, je n'ai nullement été surpris lorsque à 7 heures, l’aumônier est venu nous aviser de la délivrance, depuis samedi, j'étais fixé, mais je me suis efforcé de te le cacher...
(.....)
Adieu ma jolie, adieu à mon petit, pendant que vous dormirez encore mes chéris, je vais mourir pour notre belle France, pour vous ses enfants, et je vous embrasse ici une dernière fois.

Minuit 15 - Je garderai votre portait dans la main pour mourir en vous regardant et j'ai demandé qu'il te soit rendu après.
3 heures - BERNARD et moi avons dormi ou plutôt sommeillé de 1 heure à 3 . Adieu aux amis à ceux quite parleront de moi.
4 heures - Ma pensée ne te quitte pas avec André.
5 heures 10 - Nous buvons ton délicieux vin, merci. Moral excellent.
5.h.45 - Nous partons .. adieu et courage .... Courage amie, nous en aurons .......
 


Mon mari est entré au champ de tir de Gand, en entonnant la Marseillaise, il refusa le bandeau et mourut en héros, en criant "Vive la France, Vive la Belgique"

Pour copie conforme
(s) Mme Vve Pagnien.

 Celle-ci poursuit:

liaison_lettre_Vve_pagnien

Le 11 mars 1918

              Ma chérie, tu as bien compris à la pression de mes mains, lors de ta dernière visite, ce que je ne voulais pas dire  lorsque l'interprète allemand Monsieur Bouma, faisait entrevoir la possibilité d'une rupture de notre front, suivie d'une défaite de notre armée. Je ne puis engager une discussion aussi vive avec celui qui nous ménage des entrevues qui me sont si chères, mais à toi, chère petite sœur de France, je puis affirmer ma foi inébranlable de Français dans l'issue de la lutte. Certes, l'heure est grave, cette année sera sans doute la décisive, l'année terrible qui verra les convulsions gigantesques dont sortira la paix, de grandes tueries vont avoir lieu, mais notre ligne ne sera pas brisée. Non, ils ne passeront pas. Les armées allemandes vont se heurter à ces baïonnettes glorieuses qui n'ont pas permis de franchir la Marne à un ennemi bien supérieur en nombre. Elles vont avoir affaire à ces troupes héroïques qui ont brisé sur l'Yser l'effort colossal porté sur Calais. Certes la Russie immense, colosse aux pieds d'argile n'a pas su faire ce que nos grands pères à nous Français, ont su réaliser, géants de 89, sans pain, sans soutien, qui ont fait plier les genoux de l'Europe entière coalisée pendant que derrière eux s'accomplissait notre grande révolution. Les petits-fils de ces gens ne laisseront jamais passer l'ennemi, n'en doutons pas. L'Italie a subi un désastre, mais qui a empêché qu'il ne devienne irréparable ? Les troupes de l'Ouest....A l'ouest pas un revers : qui a arraché Lens, St Quentin, le Chemin des Dames : les troupes de l'Ouest ; les vaillants régiments belges, la puissante armée anglaise, tout ma France armée, les contingents d'Amérique, sont là, pressés coude à coude de la Mer du nord aux Vosges, prêts à subir le choc ou à le donner... Ah ma chérie, quelle tristesse, s'il faut tomber ici, obscurément au pied d'un mur au lieu de se battre la-bas gaiement en terre de France .....

 

                Rivalités des services d'espionnage alliés après la guerre ? "Oubli" des actions menées en résistance à l'envahisseur mais non programmées par le gouvernement français ? Il semble en tout cas que la veuve d'Alfred Pagnien, née Lucie Alphonsine Robbé née à Nogent-le-Rotrou  le quatorze juin mil huit cent quatre-vingt-six, qui habitait Tourcoing en 1920, ait eu toutes les peines du monde à obtenir la reconnaissance que son mari avait légitimement souhaitée.
                Lorsqu'elle fit la demande d'un emploi revenant aux veuves de guerre, elle se vit opposer la réponse toute administrative que son mari était réformé. Elle possédait pourtant la copie du jugement -en allemand- de son mari, délivrée à titre exceptionnel par le procureur du roi à Gand : "pour faire valoir ce que de droit " .....

 

Et surtout, elle avait été membre du réseau :
actionvvepagnien

  •  La tombe d'Alfred PAGNIEN à Gand au cimetière de l'Ouest (Westerbegraafplaats) :

    Source: Externe

 

  • Le monument actuel :
     

    Source: Externe

     

    Source: Externe


  •  
  • Le journal officiel de la république française le cite à l'ordre de l'armée le 21/12/1919, en même temps qu'Alphonse BERNARD :

 

Bernard

 

 Les "Medal cards" d'Albert et Lucie, (source : London National Archives) 

    PA_MC

PRL_MC

  • Il s'agit pour chacun de la British War Medal décernée jusqu'en 1920 pour services rendus lors de la première guerre. BWM copie      (voir par exemple Ce site)

 

  • La London Gazette a publié dans son supplément du 1er Août 1919 une liste de volontaires détachés auprès de l'Armée Britannique en France contenant les noms du couple PAGNIEN-ROBBE :
             "for distinguished and gallant services and devotion to duty"

    Afficher l'image pour une grande taille     Afficher l'image pour une grande taille
  • Figurent également dans cette liste BERNARD Alphonse de Wattrelos, fusillé le même jour,
    ainsi que bien d'autres noms connus, parmi lesquels on reconnaitra :
    • André DELAME et l'abbé PETITPREZ supérieur du collège Notre-Dame, tous deux de Valenciennes,
    • Louise de BETTIGNIES née à St-Amand les Eaux (Nord), morte à Cologne le 27 septembre 1918,
    • Marie-Léonie VAN HOUTTE (Mme Antoine Rédier),
    • Angèle LECAT, fusillée à St Amand les Eaux (Nord) le 25 Mars 1918.
  • Pagnien Alfred a été fait Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume par décret du 21 septembre 1923, je ne sais pas - encore- ce qu'il est advenu de sa veuve.

     
  • La prison de Gand, dont l'aspect n'a pas changé :
    prisongandactuelle
     
  • La prison de St Gilles à Bruxelles, surnommée "le château des 100.000 briques" et dont l'imposante porte d'entrée est toujours à l'identique :
    st_gilles
    Plan de la prison de St Gilles où fut détenue Edith Cavell :

    st gilles cavell b

 

  • Le lieu actuel, inauguré en 1932 sur Offerlaan, rue du sacrifice, abrite 52 aubépines, une pour chacun des exécutés, avec une plaque nominative pour chacun d'eux ; 5 poteaux sont érigés à l'emplacement des exécutions
    porteenclos

    Gand plaque

Localisation Google Map (51.0454,3.7095)

 

  •  Son nom sur le Monument aux Morts de Valenciennes.


     
  • La reconnaissance par les Alliés de leurs agents, bien qu'intégrés officiellement aux réseaux dépendant de Folkestone n'a pas été des plus facile, voire même parfois inexistant coté français.
    Cette reconnaissance difficile a fait l'objet de délibérations à la Chambre des Représentants de Belgique le 20 avril 1920.
    Le document ci-joint
      • INTERPELLATIONS ADRESSEES A M. LE MINISTRE DE LA DÉFENSE NATIONALE ET A M. LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR :
        1° PAR M. COLLEAUX « SUR LE REFUS DE MILITARISER LES BELGES EN ÉTAT DE PORTER LES ARMES QUI ONT COLLABORÉ ACTIVEMENT AUX SERVICES DE RENSEIGNEMENTS DES ARMÉES ALLIÉES » ;
        2° PAR M. TSCHOFFEN « SUR LA MANIÈRE DONT ONT ÉTÉ RECONNUS LES SERVICES RENDUS PAR LE CORPS D'OBSERVATION ALLIÉ ATTACHÉ A L'ARMÉE ANGLAlSE ».
  • en est la retranscription intégrale.

 

  •  Image souvenir du service funèbre célébré le 19  mars 1919 à L'église St Nicolas de Gand.

Pagnien Gand R° Pagnien Gand V°

 

  • Merci à Jan Van der Fraenen , auteur de Voor den kop geschoten  ("Abattus d'une balle dans la tête") pour son aide. voor_den_kop_geschoten_front_lr_1_

 

 

  • Informations glanées ça et là
     
    • LENOIR, FERDINAND
      Résistant. Employé de chemin de fer. Il récoltait des informations sur les chemins de fer allemands pendant la guerre. Il fut arrêté sur dénonciation et fusillé en 1915.
       
15 janvier 2011

QUÉRÉNAING (Nord)

LA TRAGÉDIE DE QUÉRÉNAING
25 Août 1914

Les premières colonnes allemandes ne firent que traverser Valenciennes, continuant leur route sur Aulnoy, Famars, Quérénaing, Solesmes.
Le charmant petit village de Quérénaing, situé à 8 kilomètres de Valenciennes, qui comptait, en 1914, 565 habitants, eut beaucoup à souffrir de l'invasion.
Les Anglais, battant en retraite, avaient mis cinq chariots en travers de la route, sous le pont du chemin de fer du Nord, pensant ralentir la marche des Allemands, et se protéger.

Rendus méfiants par cette barricade, et s'attendant à une vive résistance, les Allemands s'arrêtèrent au bas de la côte.
Il était midi et demi quand les quatre premiers uhlans firent leur apparition, venant de Maing et de Famars, et suivis quelques instants après de l'infanterie. Ils purent se rendre compte rapidement que les habitants n'étaient pas.animés de dispositions hostiles. Aussi, déblayèrent-ils la barricade pour poursuivre leur route, tout en les obligeant à mettre sur le passage des troupes des seaux remplis d'eau pour désaltérer hommes et chevaux.

Vers 4 heures de l'après-midi, après un moment d'accalmie, les soldats d'un second régiment, qui s'étaient arrêtés à la Brasserie Harpignies à Famars (dont ils vidèrent les caves), arrivèrent à Quérénaing complètement ivres.
Sur ces entrefaites, des douaniers battant en retraite sur Cambrai, apercevant l'ennemi, se cachent derrière une haie, et sans même que les habitants de Quérénaing en soit en avertis, ouvrent aussitôt le feu. Furieux, les Allemands se précipitent vers la prairie d'où est partie la fusillade, mais ils ne trouvent personne, les douaniers s'étant retirés. Naturellement, les habitants sont rendus responsables de cette escarmouche et accusés d'avoir tiré sur les troupes.

Fous furieux, les soldats se précipitent dans le village, appréhendant les habitants sans distinction d'âge ni de sexe ; c'est la chasse à l'homme. L'ancien garde Huvelle et un ouvrier agricole, Bultoz Alexis, escaladent un mur pour se sauver : on les tire au vol. Un inconnu est abattu près de la ferme du Tapage. Plus loin une femme et un enfant fuient. Désiré Bernard, âgé de 15 ans, essaie de leur ouvrir un passage avec sa famille. Mais un soldat s'empare de lui et l'entraîne avec les prisonniers qui sont réunis dans la ferme Tamboise. Les soldats allemands entraient furieux dans les maisons pour s'emparer des habitants. L'un d'eux, Leduc, eut le temps de se cacher dans un tonneau qu'il recouvrit d'un sac; les soldats passèrent sans le voir, c'est ainsi qu'il échappa à la mort; mais son voisin Coinchon fut pris et fusillé. Le feu fut alors mis au village et il était défendu, sous peine de mort, d'éteindre l'incendie; c'est alors que le sieur Louis Lœil fut mis en joue et aurait été tué, sans l'arrivée d'un officier supérieur.
A six heures du soir, les soldats ivres vinrent chercher les prisonniers à la ferme Tamboise où ils étaient réunis, et les conduisirent à cinquante mètres de là, contre le mur de la propriété de M. Jacquemart.

Un officier prononça quelques paroles pour exciter ses hommes an carnage et au meurtre, puis commanda la terrible salve.

Parmi ces victimes se trouvait le jeune Désiré Bernard. S'étant évanoui avant la salve, miraculeusement il échappa à la mort. Ramassé au milieu des cadavres, il fut conduit par un officier compatissant à l 'hôpital de Solesmes ou, après avoir reçu quelques soins, il fut autorisé à retourner à Vendegies.
Les victimes furent à peine recouvertes d'un peu de terre par les habitants réquisitionnés; défense leur était faite de regarder les cadavres.

M. Maitte, adjoint, obtint plus tard l'autorisation de les exhumer pour les enterrer décemment dans le cimetière du village. Il montra, ainsi que le curé de la paroisse
[abbé Charles DECLERCK], une grande énergie dans cette triste circonstance, faisant tous deux abnégation de leur vie pour sauver et soulager leurs concitoyens.
M. Fromont fit preuve également d'un grand courage, barricadant sa porte, et par trois fois, réussissant à éteindre le feu que les incendiaires mettaient à sa maison: il en fut récompensé car il la sauva.
Quelques jours après, je pus rendre visite à Mme Bricout, la femme du maire fusillé. C'est elle, et Mmes Berthe Loi et Albertine Herbaux qui me firent le récit de cette terrible journée.
Les fermes brûlaient encore, et je pus voir le sang de ces vingt victimes sur la muraille criblée de balles. Aussi, est-ce avec une profonde émotion que j'écoutai le récit de cette tragédie.

Les membres de la famille Bricout, comme nombre d'autres, entendant tirer, se sauvèrent dans leur cave. Cependant, M. Bricout, qui était infirme, était resté dans sa véranda avec l'un de ses oncles qui était venu le voir de Dunkerque, et qui aurait dû repartir précisément la veille.
A ce moment, les Allemands enfoncent la porte et demandent à boire; du vin leur est immédiatement servi. Ils étaient tous ivres et avaient l'aspect de bêtes fauves.
Par le soupirail, la famille Bricout vit mettre le feu à la maison d'en face, mais s'apercevant que la leur brûlait querenaingaussi, ils durent se sauver. Grand fut leur étonnement de ne plus retrouver M. Bricout qui, impotent, ne pouvait même plus marcher; son oncle avait également disparu. Ils aperçurent tout le village en flammes, pendant que l'on entendait la fusillade vers Vendegies, où beaucoup de réservistes du 26e et du 27° furent blessés ou tués.
Mme Bricout, avec ses deux fillettes de cinq et six ans, et son personnel, se cacha dans un bosquet du jardin sous une pluie battante. L'adjoint, M. Maitte, vint à leur secours, les faisant passer par-dessus un mur, pendant que deux servantes se précipitaient dans l'écurie pour délier les chevaux et les vaches, afin de les mettre à l'abri dans la pâture. Mme Bricout, pensant que son mari, impotent, avait dû périr dans les flammes, n'osa quitter ses enfants, et alla demander asile à M. le Curé, car le presbytère était la, seule maison intacte, et déjà cinquante personnes s'y étaient réfugiées.
Le lendemain matin, ils osèrent sortir pour continuer leurs recherches. Dix-neuf civils avaient été fusillés sans autre forme de procès, contre le mur du château de M. Jacquemart, et deux autres à l'entrée du village. Ils se rendirent au lieu du carnage et furent épouvantés à la vue de ces cadavres à peine recouverts de terre, parmi lesquels M. Bricout et son oncle. Ajoutons que M. Bricout avait été fusillé assis dans son fauteuil. Mme Clarisse Danhiez, une vieille femme de 80 ans, infirme, avait été prise dans son lit et fusillée également.

Voici d'ailleurs la liste de ces victimes :

  • Georges Bricout, maire, 34 ans;
  • Jean-Baptiste Drecq, adjoint, 58 ans;
  • Paul Drecq, conseiller municipal, 55 ans;
  • Henri Gille;
  • Oscar Bultez, 21 ans;
  • Philibert Dumont, 60 ans;
  • Alphonse Bleuze, 35 ans;
  • Auguste Tamboise, 55 ans;
  • Prosper Coinchon, 62 ans;
  • Aurélie Bourgonnet, femme Gille, 55 ans;
  • Clarisse Danhiez, 80 ans;
  • Cléopha Motte, femme Lenquette, 43 ans;
    tous domiciliés à Quérénaing.

  • Alexis Crépin, de Dunkerque, 48 ans;
  • Blareau, de Saultain, 68 ans;
  • Debiève, d'Aulnoy-lez-Valenciennes, 65 ans;
  • Octave Fremeaux, d'Artres, 15 ans;
  • Alfred Glacet, de St-Waast-en-Cambrésis, 30 ans;
  • Bouchez de Denain, 80 ans.
  • Plus un inconnu de passage, dont on n'a jamais su le nom.


Ajoutons, à la liste des morts ou des blessés :

  • Mme Danhiez-Souplet, qui reçut deux balles dans le bras en se sauvant.
  • La ferme Lœuil-Abel fut incendiée. alors que des habitants s'y trouvaient enfermés: ils durent s'enfuir sous la fusillade des Allemands.
  • Une jeune fille, Mlle Marguerite Crépin, fut atteinte d'une balle lui perforant les intestins. Elle se réfugia dans une cave se trouvant à· proximité de la ferme, où se trouvaient déjà deux hommes. Les Allemands emmenèrent les hommes au poteau, et n'aperçurent pas la jeune fille qui était couchée dans un coin, sans connaissance. Elle y resta jusqu'au lendemain matin sans soins, et put ainsi échapper à la mort.

L'état-major logea tranquillement chez M. Jacquemard, sans s'inquiéter du carnage dont cette paisible commune venait d'être le théâtre.
La commune de Quérénaing ayant eu particulièrement à souffrir de l'invasion, le Gouvernement français, pour en rappeler à jamais le souvenir, lui décerna la croix de guerre, à laquelle était jointe la citation suivante :

Croix de guerre. Loi du 8 avril 1915.
" Le Ministre de la Guerre certifie que la Commune de Quérénaing a obtenu la Croix de guerre pour citation à l'ordre de l'armée, au cours de la campagne 1914-1918 contre l'Allemagne et ses Alliés. "
Fait à Paris, le 16 septembre 1920. "
Signé : Le Ministre de la Guerre (1) ".

(1) Journal Officiel du 18 septembre 1920.

JORF 19200918p13709


Un peu plus tard, pour conserver le pieux souvenir de cette effroyable tragédie, la Municipalité et les habitants firent ériger une chapelle à l'emplacement même où les dix-huit personnes avaient été fusillées.
Un monument aux morts de la commune fut également élevé sur la place publique, qui porte les noms des enfants de Quérénaing tombés au champ d'honneur.
Un troisième monument fut érigé à l'entrée du village, près du chemin de Maing, pour rappeler l'endroit où d'autres personnes avaient été tuées.
Ces monuments furent inaugurés et bénis le 10 juillet 1927, sous la présidence de M. Hudelo, préfet du Nord, de M. Lachaze, sous-préfet de Valenciennes, et des parlementaires.
Dix mille personnes des environs étaient venues rendre hommage à ces glorieux morts.

Ce récit est extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

  • Le monument sur le lieu des exécutions :

QuerenaingP2            QuerenaingP1   

 

 

  • Liste des 19 noms de la chapelle :
    • BLAREAU    Henri
    • BLEUSE    Alphonse
    • BOUCLY    Léopold
    • BOURGONNOT    Aurélie
    • BRICOUT    Georges               Maire
    • BULTEZ    Oscar
    • COINCHON    Prosper
    • CRESPIN    Alexandre
    • DANHIEZ    Clarisse
    • DEBIEVE    Alexis
    • DRECQ    Jean-Baptiste         Conseiller
    • DRECQ    Paul                          Conseiller
    • DUMONT    Philibert
    • FREMEAUX    Octave
    • GILLES    Henri                        Conseiller
    • GLACET    Henri
    • MOTTE    Cléopha
    • TAMBOISE    Auguste
    • WAUQUIER    Clément

 

 

 

  • Le Monument aux morts de Quérénaing :

QuerenaingM

 

  • Liste des 21 noms du monument :
    • BLAREAU    Henri               68
    • BLEUSE    Alphonse             11
    • BOUCLY    Léopold
    • BOURGONNOT    Aurélie
    • BRICOUT    Georges           52      Maire
    • BULTEZ Alexis                     18
    • BULTEZ    Oscar                  22
    • COINCHON    Prosper        60
    • CRESPIN    Alexandre
    • DANHIEZ    Clarisse           70
    • DEBIEVE    Alexis                61
    • DRECQ    Jean-Baptiste      
    • DRECQ    Paul                      54
    • DUMONT    Philibert          32
    • FREMAUX    Octave            15
    • GILLES    Henri                   36               
    • GLACET    Henri
    • HUVELLE  Pierre-J            65
    • MOTTE    Cléopha
    • TAMBOISE    Auguste       56
    • WAUQUIER    Clément

     

  • Le Journal Officiel de la République Française publie le 14/10/1923 la liste des nominations à titre posthume au grade de chevalier de la Légion d'honneur, par décret du 21/09/1923 concernant les personnes décédées antérieurement au 16 Août 1920 qui "ont bien mérité du pays au cours de la guerre pendant l'occupation ennemie dans les régions envahies", soient 397 noms.
        Sont concernés les départements suivants : Aisne (18 noms), Ardennes (29 noms), Marne (40 noms), Meurthe-et-Moselle (19 noms), Meuse (46 noms), Nord (203 noms), Oise (6 noms), Pas-de-Calais (7 noms), Seine-et-Marne (12 noms), Somme (10 noms), Vosges (2 noms).

         Parmi ces nominations, celles - à titre posthume- des victimes de Quérénaing, aucune précision à ce sujet n'apparaissant dans les listes de ce décret.


    • BLAREAU Henri Joseph, né le 24 mars 1846 à Saultain,
    • BLEUSE Alphonse, né le 28 décembre 1872 à Verchain-Maugré, (41 ans et non 11)
    • BOUCLY Léopold, né à Quérénaing le 23 octobre 1835,
    • BOURGONNOT Aurélie, épouse Gilles, née le 18 février 1860 à Quérénaing,
    • BRICOUT Victor Georges, né le 18 novembre 1881 à Quérénaing,
    • BULTEZ Alexis, né le 7 juillet 1866 à Quarouble,
    • BULTEZ Oscar, né le 28 juillet 1892 à Quérénaing,
    • COINCHON Prosper Gabriel, né le 2 octobre 1853 à Saint-Martin,
    • DANHIEZ Clarisse Joseph, épouse BOURGONNOT, née le 29 avril 1835 à Famars,
    • DEBIEVE Alexis Joseph, né le 10 août 1853 à Aulnoy les Valenciennes,
    • DRECQ Jean Baptiste Noël, né le 25 décembre 1851 à Quérénaing,
    • DRECQ Paul, né le 12 décembre 1859 à Quérénaing,
    • DUMONT Philibert, né le 12 avril 1860 à Angre (Belgique),
    • FREMAUX Octave, né le 30 juin 1899 à Artres,
    • GILLES Henri, né le 15 janvier 1858 à Thiant,
    • GLACET Alfred, né le 14 mai 1881 à Saint-Waast, (confirmation du prénom)
    • HUVELLE Pierre Joseph Isidore, né le 16 juillet 1851 à Saint-Martin
    • MOTTE Cléopha Marie Joseph, épouse LENQUETTE, née le 5 février 1870 à Quérénaing,
    • TAMBOISE Auguste Charles Floribert, né le 12 juin 1856 à Quérénaing

    (source : base Léonore)

         2 victimes n'apparaissent pas dans cette liste : 
    WAUQUIER Clément qui apparait à la date du 25/08/1914 sur la table décennale des décès de Quérénaing avec la mention '(inconnu)', et qui est donc probablement celui signalé par Delame.
    CRESPIN Alexandre/Alexis cité également dans la table décennale.
    (recherches complémentaires en cours)

  • On trouve dans la base de la Légion d'honneur une lettre d'Octave GILLES concernant la remise des décorations et dont voici un extrait :

    Gilles octave (extrait)

    DANHIEZ Clarise, épouse Bourgonnot était une de mes arrières-petites-cousines,
    BOURGONNOT Aurélie sa fille, et GILLES Henri le mari de celle-ci.

  •  Dans son numéro du 13 mars 1917, la Gazette des Ardennes, publiée sous controle allemand à destination des territoires occupés incluait les morts de Quérénaing dans ses listes des personnes décédées, bien entendu sans aucune autre information :

    GDA 13 mars 1917 p2

  •  Dans son édition du 27 décembre 1916, le "Bulletin des réfugiés du Nord de la france" , situé à Paris, publie une relation faite par un témoin :

    BdRN 19161227 Quérénaing

11 février 2011

Le Colonel CHARLIER

Cet extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" (Hollande & Fils ed. 1933) traite principalement d'un militaire, mais il met en évidence les premiers actes de résistance de civils qui seraient incompréhensibles  sans les rattacher aux faits qui les ont motivés :

 

L'ODYSSÉE DU COLONEL CHARLIER.
Extrait des notes du colonel Charlier, aujourd'hui déposées au Musée de la guerre.

 

Le commandant Charlier, officier colonial, était sur le point de rejoindre son poste au Congo quand la guerre éclata. Il obtint une lettre de mobilisation pour servir en France et fut envoyé à Maubeuge où il fut chargé de l'arsenal de Falize situé à deux kilomètres en dehors des murailles de la ville, admirablement placé en temps de paix, mais très exposé en temps de guerre, aussi fut-il complètement détruit le 30 août au début du bombardement.
Le dimanche 6 septembre, la situation devenait critique, les convois de munitions revenaient tous sans avoir été déchargés et le colonel recevait le dimanche matin de la Réserve généra1e une note disant de ne plus envoyer de munitions.

Il apprenait que le matin à 6 heures, ordre avait été donné de brûler les étendards. Un avion allemand avait survolé la ville lançant un message qui sommait la ville de se rendre. Toutes communications étant coupées, le colonel, alors commandant Charlier, se rendit auprès de son chef direct, le colonel Duchesne, Commandant d'artillerie pour lui demander des ordres.

La route était battue par le bombardement et il trouva les ponts-levis fermés. Enfin ayant fait le tour de la ville, la sentinelle de la porte de Mons lui apprit que la population civile avait été évacuée et que nul ne pouvait entrer dans Maubeuge. Il rencontra enfin le colonel Duchesne qui fut surpris de le voir, le croyant au courant de la mise en vigueur de la nouvelle organisation et le mit à la disposition du commandant Caillot qui lui commanda de faire sauter l'arsenal de Falise à l'heure qui lui serait fixée par son nouveau chef. Cet ordre fut exécuté à 7 heures du soir.
Quand le colonel Charlier arriva à Hautmont, vers la fin de l'après-midi du 6 septembre, il y trouva les divers services évacués de Maubeuge, des détachements y venaient cantonner donnant l'impression qu'il s'agissait d'un plan bien arrêté.

Aucun ordre ne parvenait plus à Hautmont, on ne savait ce qui se passait, les bruits les plus contradictoires circulant. L'arrivée successive des troupes faisait penser qu'il se préparait une vigoureuse percée.
Le lendemain matin, lundi 7 septembre, il tut étonné de ne pas avoir reçu d'instructions pendant la nuit.
La ville présentait le spectacle d'une confusion indescriptible, trente à quarante mille individus, soldats, civils, hommes, femmes, enfants, voitures, grouillant à l'aventure tourbillonnaient dans la ville. L'atmosphère de débâcle et de catastrophe pesait sur cette foule, on croisait des hommes las, à bout de ressort, courbés sous la fatalité, d'autres, moins exténués et plus vigoureux, frémissaient de tout leur être à la perspective d'une captivité, se demandant comment sortir du filet dont on sentait les mailles se resserrer de minutes en minutes.
Cette foule toute entière était irrémédiablement condamnée à la captivité, personne ne sachant ce qui se passait à Maubeuge. Le commandant Charlier finit par franchir cette cohue pour rejoindre le commandant Caillot qui considérait comme tous, ce spectacle, atterré et le cœur serré. Il lui demanda des ordres, le Ct Caillot n'en avait pas et ne savait que faire. Aussi alla-t-il au fort du Bourdiau pensant y l'en contrer le Gouverneur, mais Il ne put le joindre, non plus que le général Peyrecave, commandant la section de Hautmont.

La conviction du Ct Charlier devenait de plus eu plus nette, devant le désordre croissant, Maubeuge était incapable de réagir, ce n'était plus qu'un moribond, dont l'agonie touchait à son terme.
Sur un des côtés de la place de Hautmont, un petit groupe d'hommes d'environ deux cents, était rassemblé en ordre avec les officiers, auprès de quelques véhicules chargés la veille.

C'était tout ce qui restait du parc d'artillerie. A sa vue une délégation de quelques sous-officiers et de quelques hommes vint à sa rencontre et lui dit :
- Mon Commandant, nous sommes chargés par nos camarades de vous dire que nous vous suivrons partout ou vous voudrez nous conduire.
Il ne put que leur répondre, très ému de leur démarche :
- Mes pauvres amis, je suis touché de votre confiance, puisque vous voulez venir avec moi, nous essaierons de passer, je ne sais d'ailleurs pas comment. Mais je dois vous avertir qu'avant que nous ayons fait quatre kilomètres nous serons probablement tous tués, aussi je ne force personne à me suivre, je ne veux que des volontaires.
A quoi l'un d'eux répondit :
- Ça vaudra mieux que d'être prisonnier! Et aucun ne quitta les rangs.
Il fit alors distribuer des cartouches et des armes nouveau modèle, puis alla à la recherche du Ct Caillot qu'il ne put rencontrer.

Le temps pressait, les minutes étaient précieuses, aussi la petite troupe se mit en route sur Neuf-Mesnil dominant la cuvette de Hautmont entre 8 heures et 9 heures du matin, le lundi 7 septembre, elle comptait un effectif de 300 hommes.
Le Commandant envoya des bicyclistes en reconnaissance et alla seul sur la route de La Longueville voir l'aspect de la région qu'il ne connaissait pas. A quelques kilomètres de là, il trouva le bois des Hoyaux et rencontra quelques artilleurs revenant sur Hautmont et qui étaient exténués. Le capitaine Parasol qui les commandait, était grièvement blessé ayant rencontré l'ennemi près de la forêt de Mormal, il ne tarda pas à mourir, et ses hommes suivirent le Ct Charlier.
Au fur et à mesure qu'ils approchaient de Feignies, ils rencontraient de plus en plus d'isolés. Ils y arrivèrent vers midi. La petite troupe put alors se ravitailler, car elle n'avait rien pris depuis vingt-quatre heures. Le Commandant mit un peu d'ordre dans les nouveaux éléments recrutés en cours de route.

La chaleur était écrasante, à la sortie du village il rencontra un détachement de soixante-sept fantassins du 145e conduits par deux sergents qui se trouvaient séparés de leur bataillon par suite de la destruction d'un pont que l'on avait fait sauter.
Les hommes confirmèrent que le drapeau blanc avait été hissé sur Maubeuge et que la sonnerie " Cessez le feu " avait retenti. Il leur fit les mêmes recommandations qu'à ses hommes et après s'être concertés revinrent cinq minutes après, lui dire simplement: " Nous partons avec vous ".

La moitié de ces fantassins prit la tête du détachement, l'antre moitié marcha derrière la colonne. Le Ct Charlier se dirigea ainsi vers le bois de la Lasnière ayant comme objectif Lille, mais avant de partir tous regardaient Maubeuge les larmes dans les yeux.

C'est bien sur cette petite troupe que les uhlans tiraient lorsque je [René Delame, l'auteur] fus arrêté et fouillé à Tasnières-sur-Hon avec M. Gravis et l'infirmière Cheval. Peut-être notre présence a-t-elle fait diversion et a-t-elle permis au Ct Charlier de franchir la route avec ses hommes pendant que l'officier examinait mes papiers.
L'intention du Ct Charlier était de gagner le plus rapidement possible un couvert afin de dissimuler sa marche en se dirigeant sur Malplaquet que les renseignements des cyclistes représentaient comme le plus faiblement défendu et ensuite profiter de la nuit pour avancer le plus rapidement possible sur Lille à marches forcées.

En sortant de Feignies il trouva un grand nombre d'hommes isolés parmi lesquels le capitaine Magniers, Ingénieur des Tabacs, dont la conduite pendant le siège du fort des Sarts, avait été héroïque : Il réorganisait sa troupe en vue d'une troisième tentative.
Parti de Hautmont à deux heures du matin avec trois cents hommes, le détachement en comptait plus de douze cents à deux heures de l'après-midi sans compter la batterie Magniers, dont l'itinéraire différa au sortir du bois de la Lasnière.

Afin d'alléger une colonne aussi nombreuse le Commandant fit détruire tout le matériel, camions, voitures, chevaux, projecteurs, qui alourdissaient la marche.
Elle s'enfonça dans le bois sans rencontrer d'obstacles jusqu'à la lisière Nord où elle se heurta à une résistance allemande. Le détachement riposta avec intensité ce qui inquiéta le Commandant vu son faible approvisionnement de munitions. Il n'y eut heureusement qu'un tué. Les Allemands ayant cru à une grosse attaque, vu l'intensité de la riposte, s'étaient prudemment repliés. C'est à la suite de cette escarmouche que le groupe Magniers se sépara du précédent. Un cuisinier, nommé Gras, qui connaissait le pays, demanda au Commandant la permission de se mettre en civil afin de se renseigner sur les positions allemandes.

Pendant que le Commandant était occupé à mettre un peu de cohésion dans sa colonne et à l'encadrer, il fut accosté par un paysan à la face réjouie, un gros panier d'œufs sous le bras qui l'interpella joyeusement:
- Mon Commandant, voulez-vous des œufs ?
C'était le cuisinier Gras, de retour de Malplaquet, où il avait été vendre des œufs au poste allemand. Leur situation étant repérée, un canonnier vint dire au Commandant :
- Pourquoi passer par Malplaquet, je puis vous conduire à Lille sans qu'on nous voie. Je connais le chemin des bois, nous pouvons passer.
Le Commandant se décida pour cette solution et la colonne se mit en marche sous la conduite de son guide, marchant à travers bois.

Elle avait marché longtemps quand la nuit vint. A la clarté de la lune, elle entra dans une ferme pour se ravitailler. Après avoir marché toute la nuit, on aperçut enfin les lumières indiquant une agglomération. Le guide déclara qu'il ne connaissait plus le pays; la petite troupe se trouvait en Belgique, à Bougnies.
Le Ct Charlier y alla seul, revolver en main et frappa au hasard à la première porte ne sachant qui allait lui ouvrir.
Un homme parut, il lui demanda s'il y avait encore des Allemands dans le pays. Il lui répondit que depuis quelques jours il n 'y en avait plus et lui apprit où il se trouvait. Mais vous êtes Français lui dit-il; il lui répondit qu'en effet il était Français et avait avec lui une colonne voulant gagner Lille et ne connaissant ni le pays ni la route.
Il passa aussitôt un veston et dit :

- Je vais vous conduire jusqu'à Dour et là vous trouverez un autre guide. Il prit la tête de la colonne et ainsi, toute la nuit, cheminant au travers des troupes allemandes, de nouveaux guides les conduisirent, au péril de leur vie à Baisieux où ils arrivèrent à trois heures du matin. Voulant faire dormir ses hommes afin de continuer la nuit suivante sur Lille, le Commandant lui demanda de les conduire dans un bois ou dans une carrière.

- J'ai votre affaire dit le guide, je vais vous conduire à la mine où je travaille.

C'est ainsi qu'une heure plus tard, le mardi 8 septembre, vers quatre heures du matin, le Commandant venait demander à M. Leharle, Ingénieur en chef des mines de Crespin, à Quiévrechain, des vivres et l 'hospitalité pour sa troupe. Sans s'inquiéter du danger qu'il courait il les fit entrer dans le carreau de la fosse N° 2 assez vaste, entouré de murs où il était possible de les cacher. Les batteries de fours à coke étant arrêtées, il installa tout ce monde sous les voûtes de ces batteries.
M. Leharle annonça au Commandant que Lille était aux mains des Allemands. Le dernier espoir du Commandant s'évanouissait. Après Valenciennes, où il avait espéré trouver l'armée française, il fallait maintenant renoncer à Lille.

-Vous ne pouvez passer, dit M. Leharle, avant quelques heures vous allez être cernés de tous côtés et avoir devant vous des forces supérieures, il ne vous reste qu'un moyen de vous en tirer, d'ici· deux heures vos hommes auront eu la soupe et je vais rassembler des vêtements de mineurs, vous me donnez tout votre équipement armes et munitions, je cache le tout. Vous déguisez vos hommes en mineurs, ils disparaissent et vous les retrouvez à Dunkerque.

Le Commandant remercia M. Leharle de sa proposition, qui n'était pas sans un gros danger pour lui, ayant déjà dans son personnel quelques soldats anglais, il était familiarisé avec l'idée d'être fusillé un jour ou l'autre.
Le Commandant alla jeter un coup d'œil sur ses hommes qui s'étaient écroulés sous la fatigue et dormaient, sac au dos, à l'endroit même, où dans l'obscurité le hasard les avait placés. Lui-même s'étendit, ayant à ses côtés les lieutenants Gohon et Audoyer. Après avoir dormi une heure environ, vers 6 heures du matin il alla retrouver l'Ingénieur Leharle qui lui confirma les conversations de la veille lui disant que les Allemands envahissaient la région.

Le détachement avait un aspect lamentable et paraissait considérablement réduit, il manquait trois officiers et trois cent hommes, toute l'arrière-garde qu'il avait abandonnée chez le garde champêtre de Dours, le capitaine Charpentier, épuisé, ne pouvant plus marcher.

Voyant l'état de fatigue de ses hommes, après mûre réflexion le Ct Charlier estima que le plus sage était de se rallier à l'idée de M. Leharle. Il réunit ses hommes et leur dit qu'il avait espéré les ramener en armes à Lille, à l'armée française, mais que les renseignements qu'il venait de recueillir lui laissaient peu d'espoir, il allait ramasser fusils, équipements, effets, livrets militaires et leur distribuer des vêtements de mineurs, qu'ils se rendraient ensuite individuellement, le plus rapidement possible sans se grouper leur donnant rendez-vous à Dunkerque.

La plupart de ces hommes étant du Nord, connaissaient la région. Transformés en mineurs ils n'avaient, ni l'air emprunté, ni dépaysés.

Toutes ces opérations se déroulaient avec le concours de M. Leharle ( Nous dirons plus loin ce qu'eut à souffrir le bon patriote qu'était l'ingénieur Leharle, pour avoir agi en bon Français), quand arriva à la mine un garçonnet demandant à parler au Commandant. Un millier d'hommes, disait-il, étaient à quatre kilomètres de là, ayant appris la présence d'un Commandant à Quiévrechain, demandaient à se joindre à lui.

Pensant qu 'il s'agissait de son arrière-garde, il se fit guider par ce garçonnet, et alla les rejoindre.
Il rencontra le Lieutenant Darvogne de la territoriale et deux jeunes officiers, il était 9 heures du matin. Il avait fait une bonne partie du trajet, et n'avait plus guère qu'un kilomètre et demi à faire pour les rejoindre, lorsque tout à coup, à un coude de la route, éclatait une vive fusillade, et il vit à moins d'un kilomètre, des voitures de tramway qui traversaient la route, et d'où descendaient des Allemands, tirant sur le détachement qu'il voulait rejoindre.

  • Je[René Delame, l'auteur] me fais un devoir, dans cette affaire, de signaler la belle conduite des employés du tramway et un plaisir de. reproduire le rapport que me fit son dévoué directeur, M. Guillaume.

 

NOS TRAMWAYS ET LA GUERRE
( Extrait des notes de M. Guillaume, directeur des Chemins de fer Economiques du Nord, Réseau de Valenciennes.)


Dès le premier jour de la mobilisation le service dut être fortement réduit sur chacune des quatre lignes composant le réseau de Valenciennes, par suite du départ d'un grand nombre d'agents mobilisés.
Sur la ligne de Saint-Amand à Hellemmes, le service resta à peu près normal.

Pendant les premiers jours, les trains servirent surtout pour les hommes qui se rendaient à la destination de leur ordre d'appel. La région de Valenciennes fut envahie le 25 août 1914. par une armée allemande, qui, partie de Bruxelles dans la direction de Tournai, descendait vers le sud et cherchait à envelopper l'armée anglaise qui s'étaient établie suivant une ligne Biache-Mons-Condé.

Des troupes allemandes sillonnaient toute la région comprisr entre Lille, Valenciennes et Maubeuge.
Sur les lignes de Saint-Amand à Hellemmes et du réseau de Valenciennes, les trains qui avaient été réquisitionnés par l'autorité militaire française pour le transport des troupes, furent attaqués par des uhlans, à Planard (ligne de St-Amand à Hellemmes), et à Blanc-Misseron (réseau de Valenciennes).

Ils purent échapper en forçant la vitesse, après avoir été criblés de balles. Malheureusement sur la ligne de Saint-Amand à Hellemmes, le chauffeur, Payen Constant, eut un genou broyé d'un coup de feu qui lui fut tiré à bout portant par un uhlan qui galopait à côté de la locomotive.
Le service dut être complètement interrompu sur la ligne de Saint-Amand à Hellemmes et sur le réseau de Valenciennes.

Les Allemands ne continuèrent pas à occuper complètement la région desservie par la ligne de Saint-Amand à Hellemmes, ils restèrent sur la rive droite de la Scarpe.
Après quelques jours d'occupation, ils donnèrent l'ordre à la Compagnie de reprendre le service sur le réseau de Valenciennes, dans une certaine limite d'heures, avec l'obligation de transporter gratuitement les militaires allemands de tous grades.

Cependant comme les chemins de fer avaient cessé tout service, on réorganisa clandestinement celui de la ligne de Saint-Amand à Hellemmes qui constituait alors le seul moyen de communication entre Valenciennes et Lille, afin de faciliter le départ de tous les hommes mobilisables non encore convoqués qui restaient dans la région de Valenciennes, ainsi qu'un certain nombre de militaires évadés de Maubeuge qui s'étaient réfugiés dans nos environs.

Un incident, survenu le 12 septembre, mérite d'être signalé:
Vers 8 heures du matin, le colonel Kintzel, commandant de place de Valenciennes, réquisitionne trois trains électriques pour conduire des troupes à Blanc-Misseron afin de capturer un groupe d'environ cent cinquante soldats français, artilleurs et fantassins, qui, évadés de Maubeuge, cherchaient à gagner Lille en suivant la frontière franco-belge. Le watman Bronsart de service sur la ligne de Blanc-Misseron avait vu ces soldats aux Quatre Pavés de Blanc-Misseron et avait causé avec le lieutenant d'artillerie, commandant du groupe, auquel il avait fourni des indications sur la route qu'il était préférable de suivre.

Ces soldats français venaient de détruire trois automobiles et leurs occupants, chargées de soldats allemands, que le Commandant de Valenciennes avait lancées à leur poursuite.
Revenant vers Valenciennes. Bronsart rencontra vers Onnaing les trois tramways chargés de troupes conduits par ses collègues Wannepain, Lenoir et Van Overvelde, et devina aussitôt la mission confiée à ces troupes. Pour retarder leur arrivée à Blanc-Misseron il arrêta son train, bloqua ses freins et mit brusquement sa manivelle de commande à fond de parallèle. Il provoqua ainsi un appel considérable de courant et fit déclancher les appareils automatiques de la sous-station.

Les quatre trains restèrent en détresse faute de courant. Les collègues de Bronsart comprenant la manœuvre, l'imitèrent et chaque fois que le courant était remis démarrèrent ensemble avec les freins serrés pour provoquer un nouveau déclanchement à la sous-station. Cette manœuvre ayant été répétée plusieurs fois, il en résulta un long retard dans l'arrivée des trains à Blanc-Misseron, ce qui avait permis aux soldats français de prendre une grande avance et de s'échapper. Les watmans conduisant les trains de troupes furent menacés d'être fusillés. Heureusement pour eux, les Allemands ne purent établir qu'ils avaient provoqué ces interruptions de courant, sans quoi la menace eut été mise à exécution immédiatement.

Les Allemands ne s'aperçurent que tardivement du départ des hommes de la région par le tramway de Valenciennes-Saint-Amand-Hellemmes. Pour enrayer l'exode, le 21 septembre à. 11 heures, le Commandant interdit à la compagnie tout service et convoqua le personnel à son bureau. Après lui avoir fait des menaces pour avoir fait fonctionner la ligne de Saint-Amand à Hellemmes sans son autorisation, il voulut retenir prisonniers, tous les employés, mais il ne donna pas suite à cette menace.

Le service de Saint-Amand à Hellemmes permit à plus de 15.000 hommes mobilisables de gagner Lille et Dunkerque. L'invasion s'étant étendue vers le nord, ce service fut supprimé, et tout le matériel roulant enlevé.
Après de nombreuses démarches, les Allemands consentirent cependant à laisser la compagnie reprendre un service réduit sur une partie du réseau de Valenciennes, mais après quelques alternatives d'arrêt et de remise en marche, tout service public fut interdit à partir du 15 mai 1915, mais les trains continuèrent à circuler uniquement pour les besoins de l'armée d'occupation.

  • Nous reprenons maintenant la suite de l'odyssée du colonel Charlier.

Après avoir assisté à l'échauffourée des Allemands venus en tramway pour barrer la route aux évadés de Maubeuge, le Commandant vit le détachement français disparaître derrière le village de Blanc-Misseron. Dans l 'impossibilité de le rejoindre il retourna en hâte à la mine pour s'y déguiser en mineur et revenir prendre des renseignements sur le second détachement, qui continuant sa route, arriva assez à temps pour sauter dans le dernier train partant de Péruwelz ; le mécanicien ayant arrêté sa machine pour leur laisser le temps de monter.
Comme il venait de se promener seul et en uniforme pendant une heure dans la région, malgré son déguisement il ne voulut pas exposer plus longtemps M. Leharle qui lui avait donné les vêtements d'un maître porion plus maigre que lui.

Les effets des soldats français furent brûlés dans les fourneaux à coke qui, bien qu'arrêtés depuis le 28 juillet 1914, contenaient encore du coke en ignition. Les armes furent dissimulées en plusieurs endroits du carreau de la fosse.
Après avoir remercié M. Leharle, à qui il laissa son sabre et son revolver, il disparut dans les champs comme un vieux chemineau. Ne connaissant pas le pays, il erra un moment et vit une plaque indiquant "Onnaing : 4 kilomètres."
Ce fut un trait de lumière et un rappel de souvenir.

Le capitaine Carpentier lui avait dit un jour: " Si le hasard vous amène du côté d'Onnaing, allez de ma part trouver le curé de l'endroit, c'est un de mes amis, homme débrouillard, il trouvera bien le moyen de vous aider." Le hasard l'amenait justement à côté d'Onnaing. Toute la nuit, conduit par des guides successifs et par des chemins qu'il ignorait, il erra, et finit par trouver le presbytère.
Un laïc ouvrit l'air soupçonneux et rébarbatif.

-Je viens chercher, dit le Commandant, le curé pour un de mes parents qui est gravement malade à Dours.
Le regard du portier devint de plus en plus soupçonneux.
- Le curé n'est pas là, répondit-il, s'apprêtant à fermer la porte.
- Eh bien! Je l'attendrai, répondit le Commandant.

Après un quart d'heure, la porte grinça, le brave curé à la figure ouverte et joviale le pria d'entrer dans son bureau.
- Vous venez me chercher pour un malade, dit le curé en l'examinant et sur sa réponse négative ajouta:
- N'êtes-vous pas le chef du détachement qui est arrivé cette nuit à la mine?
Le Commandant fit signe que oui.

- Vite donnez-moi votre bague et votre alliance, elles vous trahiraient ainsi que votre portefeuille et filez, il y a des perquisitions dans le village. Je vais vous conduire par le jardin à un dédale de ruelles conduisant à la campagne.
Arrivés au sortir de ces ruelles le curé lui dit :
- Disparaissez dans les champs, et quand il n 'y aura plus de danger je viendrai dire mon bréviaire sur la route. Quand vous m'apercevrez, suivez-moi à distance et vous reviendrez chez moi.

Le Commandant avait aperçu, en venant à Onnaing une briqueterie déserte, et il s'étendit et se dissimula sous les paillassons. Comme depuis une dizaine de jours il n'avait pu se reposer, il ne tarda pas à s'endormir.
La route était pavée, il entendit résonner le pas des chevaux d'une patrouille allemande.
Ne voyant personne, il risqua un œil et quitta sa cachette en apercevant le curé qui inlassablement lisait son bréviaire. Conformément à ses conseils il se dirigea vers lui dans la direction de la ruelle où le curé l'attendit et le fit entrer chez lui disant:
-Il n'y a plus de danger, les Allemands sont partis et on nous préviendra s'ils reviennent. Vous allez manger et passer la nuit ici, je vais vous montrer votre chambre.

Le Commandant se récria disant qu'il était indésirable.
- Vous êtes fatigué répondit-il. Je vous donnerai un guide demain au point du jour quand vous aurez dormi et il ajouta avec simplicité:
- Ma peau vaut la vôtre, et si vous êtes fusillé je le serai avec vous. Je vous montrerai d'ailleurs une surprise tout à l'heure, quand vous aurez vu votre chambre.
Puis le curé lui donna quelques renseignements sur les Allemands, dont les tramways venaient de retourner à Valenciennes, abandonnant la poursuite semblait-il.

Après lui avoir montré sa chambre le curé ouvrant la chambre voisine lui dit :
- Regardez.
Quelle ne fut pas la stupéfaction du commandant Charlier, de voir étendu sur lit, blanc comme un mort, avec une soutane et des vêtements de prêtre à côté de lui, le capitaine Charpentier qu'il avait abandonné à Dours la nuit précédente. Après s'y être reposé un peu il avait trouvé un voiturier qui, malgré les interdictions de circuler l'avait amené de nuit à Onnaing, où le curé le soignait comme un confrère de passage.

Le curé garda quelque temps le capitaine Charpentier, dont la santé nécessitait de grands ménagements, et celui-ci put vers la fin de septembre repasser les lignes et reprendre du service pendant toute la durée de la guerre. Le lendemain, 9 septembre 1914, au point du jour, n'ayant pas eu le courage de refuser le repos et la cordiale hospitalité qu'avait offerte si crânement l'abbé Lequin, le commandant Charlier continua sa route vers Lille accompagné d'un guide qui devait lui faire traverser la forêt de Raismes.

La veille un détachement allemand y était venu pour couper la route à une troupe française. Le Commandant continua donc sa route sur le Rosult où le curé d'Onnaing l'avait envoyé chez un de ses amis horloger qui devait lui fournir des renseignements sur la région, Ce dernier l'adressa au curé du village voisin, qui l'envoya chez les parents de sa bonne à Bouvines.

C'est chemin faisant que le Commandant apprit par des travailleurs des champs qui prenaient leur repas, qu'on le croyait mort. L'un d'eux, parlant du détachement de Quiévrechain qui s'était caché dans la mine, racontait que tous les hommes avaient pu s'échapper sauf le Commandant qui avait été surpris et fusillé ce matin!
Quand il quitta Bouvines, le 10 septembre dans la matinée, tous les gens du pays étaient convaincus que Lille était occupée par les Allemands, aussi ne fut-il pas peu surpris en arrivant à 4 kilomètres d'entendre des cyclistes annonçant les journaux français : tout réconforté il se hâta de se diriger vers la ville.

Son premier soin fut de se rendre à la Préfecture, pour informer le préfet de la chute de Maubeuge. Le Préfet vint aussitôt à lui, disant :
-Je vous attendais.
Le Commandant lui raconta la capture de Maubeuge, avec 4 généraux, 400 officiers, 40.000 hommes et 400 canons.
En effet, le 7 septembre, le Préfet avait connu le nom du Commandant Charlier par sa troupe qui avait pû prendre le dernier train à Camelle. ce qui avait permis à ses soldats de rentrer en armes à Dunkerque, la nuit suivante.
Pendant que le préfet, M. Trépont, racontait les brutalités qu'il avait subies de la part des Allemands pendant leur pré-occupation, un agent de renseignements entra précipitamment, disant au Préfet: "Un corps d'armée descend sur Lille, il est actuellement à Menin" C'était cet agent qui avait procuré au détachement des lieutenants Darvogne, Morin et Binoche, le moyen de s'embarquer à la gare de Camelle.

Le Préfet envoya le Commandant prendre un train à Hazebrouck, mais la gare était déjà fermée, il lui fallut donc pour· suivre cette longue route à pied. Le hasard le fit rencontrer son camarade Thiéry, qu'il avait laissé dans le bois de La Lanière. M. Thiéry, chef de l'arsenal de Maubeuge était repassé par Valenciennes, où il avait appris pourquoi les Allemands les avaient poursuivis avec si peu de vigueur: C'est qu'ils expédiaient en hâte, des renforts sur la Marne. De Valenciennes, étaient seulement partis deux forts détachements d'hommes, car l'on n'osait trop dégarnir cette ville importante.

Le commandant Charlier, et le lieutenant Thiéry poursuivaient leur route, lorsqu'ils aperçurent qu'un train se formait à Saint-André. Ils s'approchèrent, et trouvèrent sur le quai trois cents mineurs, qui s'écrièrent: "Voilà le Commandant. "

Ce lui fut une grande joie de retrouver ses hommes qui, fidèles au rendez-vous rejoignaient Dunkerque.
Le Commandant ressemblait à un véritable mendiant avec les vêtements usés, salis par la poussière des longues routes. Il apprit donc que le train se dirigeait sur le Crotoy, et donna à un employé un mot pour sa femme et ses enfants, qui s'y trouvaient. Il arriva à Dunkerque le 11 septembre, et reprit son service.

  • Après l'armistice, l'abbé Lequin, curé d'Onnaing, reçut la Croix de Guerre pour sa conduite pleine de dignité et de dévouement pendant l'occupation. Comme félicitations après un si courageux exploit, le commandant Charlier fut accusé, six ans après, de capitulation et d'abandon de poste. Aussi, écrivit-il de Bucarest, où il apprit par les journaux cette triste accusation, une énergique protestation.

 

  • Le journal "Le Petit Parisien" rend compte du procès devant le 2e conseil de guerre qui a débuté le 12 avril : le général Fournier, gouverneur de Maubeuge en 1914, comparait devant le 2° conseil de guerre, présidé par le général de Maistre.  Aux côtés du général prendront place cinq officiers qui commandaient les forts de la place et qui sont inculpés de capitulation et d'abandon de poste.
    •  le 27/04/1920 :
      La reddition de
      Maubeuge
      La lenteur des débats a dépassé toute prévision. Au début, on avait espéré pouvoir commencer, pour cette sixième audience, le défilé des témoins, et quelques-uns avaient été convoqués à cet effet.

      (..... .....)

      C'est maintenant l'interrogatoire du colonel Charlier.

      Sans attendre les questions du président il proteste vivement contre l'inculpation d'abandon de poste devant l'ennemi.

      C'est peut-être, dit-il, le qualificatif juridique de mon acte mais dans le bon sens populaire, cela s'appelle une évasion.

           C'est, en effet, une évasion que, le 7 septembre, le colonel alors commandant, convaincu que lui et ses hommes allaient être faits prisonniers, entreprit, à travers les lignes ennemies, avec tant de bonheur et d'habileté, qu'il réussit à conduire toute sa troupe à Dunkerque.

  • L'attaque de Maubeuge et de ses forts

    Maubeuge 1914

 

  • Le fort (devenu arsenal) et la redoute de Falise en 1844

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(extrait du cadastre disponible sur le site des Archives Départementales du Nord)

 

  • L'itinéraire de Rousies à St André-lez-Lille

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Soit près de 120 Km
 

 

  • La fosse de Quiévrechain ( le puits N°2 était alors en fonçage)

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  • CHARLIER Achille Philadelphe
    né le 28 Décembre 1872 à Chauny (Aisne)

    Elève de l'école Polytechnique 1892-1894
    Sous-Lieutenant élève de l'école d'application de l'Artillerie et du Génie 1894-1896
    Lieutenant en 2d au 1er régiment d'Artillerie de Marine 1896-1897 puis à Madagascar (Colonie en guerre) jusqu'en 1900. Il y passe Lieutenant en 1er puis Capitaine en 2nd.
    En poste ensuite au 2nd Régiment d'Artillerie de Marine puis à la Fonderie de Ruelle  du 1er juin 1900 jusqu'en 1903
    -1905 à 1907: Service des constructions d'artillerie en Cochinchine.
    -1907 à 1908: 3e Régiment d'Artillerie Coloniale à Toulon.
    -1908 à 1914: Congo, hors-cadre.
    Fait Fonction de chef du cabinet militaire du gouverneur général de l'Afrique Equatoriale Française (A.E.F)
    Promu chef d'escadron le 23 décembre 1912
    En congé en métropole à l'été 1914 choisit d'être affecté au parc d'artillerie de Maubeuge

    Colonel commandant le 3° Régiment d'Artillerie Coloniale en  1921

    Chevalier de la Légion d'Honneur par arrêté du 11 Juillet 1899
    Officier le 13 Juillet 1915
    Commandeur par arrêté du 15 Mars 1921
    Croix de Guerre 1914-1918
    Officier de l'Ordre Royal de Léopold de Belgique

    Décédé à Paris le 27 Janvier 1956
    Inhumé au cimetière du Père-Lachaise

    • Une photo montrant le Colonel lors du conseil de guerre sur la capitulation de Maubeuge, qui s'est tenu en avril 1920 :

      LaCroix19200421_photo("La Croix" du 21/04/1920 source Gallica)

       

 

 

 


25 janvier 2011

RAISMES-VICOIGNE (Nord) fin août 1914

 

Les exactions de RAISMES-VICOIGNE : 1.- Les civils fusillés
(25 août 1914)

 (A suivre : les militaires)

 

La ville est cernée de tous côtés. Les Allemands arrivent à Raismes par le bois et la rue du Marais, à 7h.1/2 du matin. En passant devant la maison de M. Paul Piérard, qui se tenait à la fenêtre du premier étage, un officier le mit en joue. Il se retira précipitamment ; à peine était-elle refermée qu'une balle, traversa le châssis, à l'endroit où il se trouvait, et fait explosion dans la poutre du plafond (Plusieurs morceaux de cette balle ont été retrouvés et conservés).

Sur la place les troupes se divisèrent en trois groupes.

La population d'abord trompée, et croyant à l'arrivée des Anglais se porte joyeusement au devant d'eux, puis, après s'être rendu compte de la méprise, se terre dans les maisons. A l'angle de la rue des Maraicaux un détachement assez important se dirige vers la rue de Valenciennes, où passent encore quelques retardataires du 27° territorial et du 127°.

Une courte escarmouche coûte la vie à deux Français. L'un nommé Pierre Menet, du 81° régiment d'infanterie territoriale, tué sur le coup, et l'autre, Jules Baconnet, mort quelques jours après de ses blessures. Quatre autres sont blessés, les pertes des Allemands qui parurent plus fortes, ne purent être exactement dénombrées, car ils emportèrent leurs morts et leurs blessés.

Pendant ce temps, le reste de la troupe se dirigeait vers la Grand'place en tiraillant dans la rue, sans doute pour intimider les habitants. Sur la place, une centaine d'hommes rangés sur trois rangs mirent genoux en terre en face de l'auberge de la Clef d'Or, et firent feu pendant quelques minutes sur cette auberge, et sur les maisons voisines, qui furent criblées de balles. Après quoi, ils procédèrent au pillage de ces habitations et des magasins de la place, jetant dans la rue ce qu'ils ne pouvaient emporter.

Un espion aurait informé les Allemands que des officiers français étaient dans cette auberge : Ce fut le prétexte de cette fusillade, ils y avaient en effet séjourné, mais venaient de partir.

Une forte portion de l'avant-garde allemande, environ une compagnie, avait, dès l'arrivée sur la place, bifurqué vers Vicoigne où des Uhlans, envoyés en éclaireurs, par la rue longeant la brasserie Sorlin, avaient rencontré quelque résistance.

Il se trouvait en effet, à l'angle de la route de Saint-Amand et de la rue de l'Abbaye, dans la propriété de M. Maurice, un petit groupe de cavaliers du 7° [escadron du 14e régiment] de hussards, qui tua six Allemands, et eut lui-même cinq tués. Les deux autres purent s'échapper, non sans peine, car l'un d'eux passa une demie journée dans un aqueduc, sur la route, ayant de l'eau jusqu'au cou, et dissimulé dans les herbes. Quelques Uhlans fatigués firent la sieste sur l'aqueduc où se trouvait caché ce héros. Ces deux hommes étaient: Gustave Rondeau, originaire de l'Eure, et Louis Duez, de Boulogne-sur-Seine, tous deux purent regagner les lignes françaises.

Les hussards avaient utilisé, pour barrer le passage, un arbre récemment abattu et placé à quelque distance. Les Allemands accusèrent ensuite les habitants d'avoir aidé les soldats à le traîner sur la route. Saisissant alors quelques-uns d'entre eux, sans aucun procès, après les avoir promenés dans la rue du hameau, ils les fusillèrent contre le mur d'une grange touchant à l'abreuvoir. Les malheureux se jetaient à leurs genoux, en protestant de leur innocence, mais ce fut en vain.
Il fut interdit de les relever, et ces tristes victimes restèrent deux jours sans sépulture, pendant que les débris calcinés de la grange incendiée recouvraient leurs corps. Ils furent ensuite enterrés tout habillés, dans le parc de M. Maurice, et les morts allemands à peu de distance.

Noms des fusillés de Vicoigne :

  • Jean·Baptiste BOUR, 29 ans ;
  • Eugène DEMORY, 28 ans ;
  • Odile BAILLY, 23 ans ;
  • Jules BRUNO, 20 ans ;
  • Auguste COUDEUR, 53 ans ;
  • Henri CUVELIER, 36 ans ;
  • Henri COUDOUX, 35 ans ;
  • Joseph LAJOUCKERE, 18 ans ;
  • Achille COLLET, 33 ans.

Les Allemands plantèrent une croix de bois sur la tombe de leurs compatriotes, et forcèrent les habitants de la commune d'y apporter chaque jour des fleurs.

Fous de terreur, car leur chef avait été tué, les Allemands brûlèrent une douzaine de maisons, et tuèrent à bout portant un vieillard

  • Juvénal EVRARD, âgé de 81 ans,

    qui, prenant les Allemands pour des Anglais, s'avançaient au-devant d'eux, un drapeau tricolore à la main ! Les Allemands pénétrèrent ensuite dans le château de M. Maurice.

Après l'avoir pillé de fond en comble, ils y burent et mangèrent jusqu'à trois heures de l'après-midi, et y mirent ensuite le feu.

Tandis que ces faits se déroulaient à Vicoigne, le gros des troupes défilait dans Raismes, et à un certain moment, fit halte pour déjeuner. Pendant cette halte, dix habitants furent arrêtés encore, sous prétexte qu'un coup de feu aurait été tiré, qui, en tout cas, n'avait blessé personne.

Après un jugement très sommaire, trois d'entre eux furent exécutés dans un champ au bout du Marais, non sans avoir été traînés à travers le village, roués de coups, brûlés avec les cigares de leurs conducteurs. Les autres otages après avoir été forcés d'assister à cette sauvage exécution furent traînés et brutalisés quelque temps, puis relâchés (1).

Ces crimes contraires au droit des gens, furent commis par la 7° compagnie du régiment de grenadiers Poméraniens n° 9.
Le défilé des troupes dura une grande partie de la journée. On estime qu'un corps d'armée environ passa par Raismes.

Les exécutions de Vicoigne furent ordonnées par von Bismarck, petit-fils du fameux Chancelier, qui prit lui-même un des cadavres et le jeta dans l'abreuvoir. Il figura après guerre sur la liste des coupables réclamés par les alliés.

Habitants exécutés rue du Marais :

  • Charles RUFFIN ;
  • Léon CLOET ;
  • Leon LANDUYT.

Noms des personnes prises comme otages dès le début de la matinée, et relâchées après une longue souffrance de plusieurs heures:

  • Léon HALLEY ;
  • François BIREMBEAUX ;
  • LAMBIN, instituteur ;
  • LEROY, cabaretier ;
  • Elie NEVE, employé, pris à Vicoigne ;
  • Gustave LABBE, ouvrier ;
  • Gustave GRAVAIS et son fils ;
  • Joseph COASNE ;
  • MARET.

Extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

  • Les lieux :

61200848

 

La rue des Maraicaux est aujourd'hui la rue Gustave Delory
La rue du Marais (actuellement rue Léopold Dussart) se situe un peu avant dans la progression des Allemands vers Raismes depuis Bruay.

 

  • L'emplacement où les civils ont été exécutés :

P1020057

P1020061

  •  Ce site traite du monument et de sa construction .
  • Une carte postale d'époque :

Vicoigne(BMV)

  • La tombe du cimetière "du Prussien"

P1060149

P1060150

  • Les fusillés de la rue du Marais figurent sur le monument dans l'église de Raismes :

eglisederaismes


eglisederaismes2

 

  • Comparaison des noms provenant des différentes sources :
    Récit de Delame Plaque de Vicoigne Carte Postale Cimetière du Prussien N° d'acte de décès. 1914 Raismes
    BOUR Jean·B.te BOUR Jean·B.te BOUR Jean·B.te BOURG Jean·B.te

    136

    DEMORY Eugène DELORY Eugène DEMORY Eugène DEMORY Eugène 137
    BAILLY Odile BAILLY Odile BAILLY Odile BALLY Odile  138
    BRUNO Jules BRUNEAU Jules BRUNO Jules BRUNEAU Jules  134
    COUDEUR Auguste COUDEUR Auguste COUDEUR Auguste COUDEUR Augustin  133
    CUVELIER Henri CUVELIER Henri CUVELIER Henri CUVELIER Henri  135
    COUDOUX Henri COUDOUX Henri COUDOUX Henri COUDOUX Henri  129
    LAJOUCKERE Joseph LAJONCHERE Joseph LAJOUCHERE Joseph LAJONCHERE Joseph  132
    COLLET Achille COLLET Achille COLLET Achille COLLET Achille  131
                     
    EVRARD Juvénal EVRARD Juvénal     EVRARD Juvénal  130
                     
        VAN DE MAELE Pierre VAN DE MAELE Jean VAN DE MAELE Pierre  139
                     
                Eglise de Raismes  
    RUFFIN Charles RUFFIN Charles     RUFFIN Charles  127
    CLOET Léon CLOET J.Baptiste     CLOË J. B.te  126
    LANDUYT Léon LANDUYT Norbert     LANDUYT Norbert  125

     J'ai vérifié ci-dessus les décès des civils : tous ont un acte de décès à l'Etat-civil de Raismes.

 

 

  • Extrait de la liste des personnalités réclamées après guerre ( Liste des personnes désignées par les Puissances alliées pour être livrées par l'Allemagne en exécution des articles 228 à 230 du traité de Versailles et du protocole du 28 juin 1919 )

Bismarck

 

  • Extrait du New York Times du 8  octobre 1919

NYT_Oct_8_1919

  • Extrait de "Current History" publié en 1920 par le New York Times (vol 11):

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  •  Revue commerciale du Levant, 1922.

    RCL 1922

  • L'Excelsior 1919

    Excelsior 1919

     

  •  Mémoires du préfet du Nord Félix Trépont (1863-1949)

    Mémoires Trépont
    (source)
     

 (A suivre : les militaires)

 

10 août 2014

Fête de la délivrance : 7/11/1918

 

FETE DE LA DÉLIVRANCE

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     La Ville avait, d'accord avec la division canadienne, organisé la fête de la Délivrance pour le jeudi 7 novembre 1918, quand le Colonel Marshall vint nous aviser que le chef du premier corps d'armée canadienne voulait en prendre la direction. Ce changement amena quelques ennuis car la division, qui avait tout organisé ne voulait plus nous prêter son concours !

Lire la suite ... ....

 

 

 

 

17 mai 2011

Mai 1917

A suivre : bombardements de 1918 

 

Bombardement de Mai 1917

 

Le 3 mai 1917, par un beau soleil de printemps, les aviateurs vinrent se rendre compte, à la fin de l'après-midi, du mouvement des troupes et lancèrent trois bombes, qui malheureusement firent parmi les civils de nouvelles victimes.
La première tomba à l'angle de l'avenue de Saint-Amand et du quai des Mines, occasionnant les accidents suivants, ainsi qu'il ressort d 'un rapport émanant de la police française.


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Les victimes furent:
1°    Dubois Eugène, 12 ans, rue du Chauffour, tué.
2°    Lavallée Suzanne, 11 ans, quai des Mines, tuée.

3°    Barotteau Jules, 49 ans, cabaretier, quai des Mines, blessé grièvement à la tête et au bras.
4°    Mme Barrotteau Joséphine, 49 ans, même adresse, blessée légèrement à la figure.
5°    Blangenois Cyrille, 54 ans, avenue Faidherbe, blessé assez grièvement à la tête (a été conduit à 1'hôpital).
6°    Marissal Raphaël, 36 ans, blessé grièvement à l'oeil gauche.
7°    Séreuse Hippolyte, domicilié à Escaupont, blessé légèrement à la tête.
8°    Berthe Louis, chemin du Halage, blessé assez grièvement à la tête et aux jambes.
9°    Delforge Désiré, 80 ans, domicilié à Bruay-sur-l'Escaut, bras gauche enlevé (décédé à l'Hôtel-Dieu).
10°    Deham Alphonsine, 29 ans, rue du Chauffour, blessée légèrement à la tête.
11°    Manez Albert, 30 ans, chemin des Bourgeois, blessé légèrement à la tête.
12°    Un inconnu dépourvu de papiers d'identité, grièvement blessé à la mâchoire inférieure qui a été complètement enlevée.

En outre, les dégâts occasionnés par l'explosion des bombes furent considérables.


                     D'autre part, le garde Hagard signalait qu'une bombe était tombée dans un champ situé à environ 200 mètres à gauche des habitations de la rue Lomprez. D'après les dires du garde, cette bombe qui avait pénétré à environ 80 centimètres de profondeur dans le sol, n'aurait pas éclaté.
Une autre bombe, qui avait éclaté, était tombée dans une prairie située au hameau de Lomprez, sans occasionner d'accidents.
Une troisième bombe était tombée dans l'après-midi, derrière le mur de l'école de filles de Saint-Vaast, brisant toutes les vitres.
                   Du côté allemand, il n 'y eut que deux soldats tués, près de l'usine à gaz. Le Conseil Municipal, salua à nouveau avec émotion ces victimes civiles de la guerre.


                  Nous étions étonnés de voir les progrès que réalisaient les Allemands dans l'aviation. ils faisaient des essais avec leurs nouveaux appareils à double hélices, dont les ailes mesuraient 30 mètres, ils étaient munis de deux mitrailleuses et d'un petit canon. Jamais nous n'avions vu autant d'avions dans la région, d'ailleurs, au dire des aviateurs allemands, notre champ d'atterrissage était le meilleur qu'ils aient rencontré jusqu'ici.

 

Extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

     Le 30 mai 1917, la Gazette des Ardennes publie la liste dans la rubrique "Victimes de leurs compatriotes" (voir sur ce blog) ; journal de propagande diffusant de vraies informations pour motiver son achat, la Gazette cite les parents des victimes qui sont soldats dans l'armée française ; les noms sont parfois un peu déformés, seule la lecture des actes d'état-civil permet de retrouver les tués.

 

 

GDA 1917-312

 

Voir égalementBombardements de Pâques 1917

 

A suivre : bombardements de 1918

5 avril 2011

Bombardements de Pâques 1917

 

Précédent : 1916 Valenciennes et l'aviation Suivant : 1918

 

Avril 1917

 

 

     Le Vendredi Saint, 6 avril, par un beau soleil de printemps, à 8 h. 20 du matin, nous fûmes heureux de voir à l'horizon six avions français ou anglais, à une très grande hauteur. Imprudemment, nous les regardions, malgré les obus allemands qui éclataient autour de nous.

     Mais la leçon qui nous fut donnée ce jour-là nous obligea à prendre des précautions. Les aviateurs commencèrent à lancer quelques bombes sur le champ d'aviation, puis firent le tour de la ville, pendant qu'un avion allemand tâchait de les attirer vers la terre. Malheureusement, une de ces bombes allemandes retomba, rue de l 'Hôpital-de-Siège, causant d'énormes dégâts dans le quartier, tuant quatre personnes et en blessant huit autres.

Furent tuées:

  • Mme Célina Jorieux, veuve Clément, âgée de 72 ans.
    • Son acte de décès, dressé le même jour donne les renseignements suivants :
      "Célina JOLIO, Ménagère, née à Valenciennes le 8/06/1845, y domiciliée, fille de feu Pierre Simon Joseph Jolio et de feue Catherine Charlotte QUENTIN, veuve de Louis CLEMENT, est décédée à 8h rue de l'Hopital de Siège"
      [NDR]
  • Mathilde Billoir, 8 ans, eut les entrailles perforées.
    • Son acte de décès, dressé le même jour donne les renseignements suivants :
      "Alfreda Mathilde BILLOIRE, née à Valenciennes le 6/6/1909, fille de Alfred BILLOIRE Usinier, et de Augustine DUPONT, Ménagère, domiciliés à Valenciennes, est décédée à 8h rue de l'Hopital de Siège"[NDR]
  • Mme François, qui avait une affection cardiaque, tomba morte de frayeur.
    • Son acte de décès, dressé le même jour donne les renseignements suivants :
      "Maria DUVANT, Rentière, née à Valenciennes le 24/11/1853, fille de feu François Joseph DUVANT et de feue Joséphine BUSSIN
      , épouse de Désiré FRANCOIS, est décédée à 8h rue de l'Hopital de Siège"[NDR]
  • Un militaire qui se trouvait à proximité fut également tué.
    • Peut-être le caporal Allemand Michael WAGNER, du 1er régiment d'artillerie de campagne Bavaroise, transporté à l'Ambulance du Collège de Jeunes Filles Boulevard Pater (voir ce sujet).[NDR]

 

Furent blessés:

  • Gillot Polycarpe, 74 ans, blessé très grièvement aux jambes.
    • Celui-ci, né le 25/09/1843 à Orsinval, décédera à l'Hospice de l'Hotel-Dieu le 13 avril à 19h.[NDR]
  • Julia Clément, 16 ans, blessée aux jambes.
  • Mme Denecquevart, 60 ans, blessée aux bras.
  • Ernest Rolle, 40 ans, blessé aux bras.
  • Laure Renversé, 28 ans, blessée aux bras.

     Le général en chef de la Croix-Rouge logeait chez M. Chamfort : la maison fut criblée de projectiles. Dans le quartier, il ne restait plus de vitres, et la Commandanture donna l'ordre à la Ville de remettre des carreaux.

     La Gazette des Arennes du 15 mai fait référence à cette journée dans sa rubrique régionale. Journal édité et rédigé par l'occupant, l'article ne manque pas  d' "enfoncer le clou" de la responsabilité.

1917-300 0604

      A la séance du 9 avril 1917, M. le Maire exprima le regret que les premières victimes des obus tombés rue de l'Hôpital-de-Siège aient été enterrées si hâtivement, sur l'initiative de l'autorité allemande, et sans que la Municipalité en fût prévenue. Celle-ci, ainsi que le Conseil municipal, n'aurait pas manqué d 'y assister, conformément à la coutume en cas de deuil public.

    Le même jour, à 3 h. 1/2 de l'après-midi, la commune de Bruay [-sur-Escaut] demandait la voiture d'ambulance pour transporter sept personnes blessées dans les mêmes conditions.

C'étaient:

  • Dupire Léonie, 11 ans.
    • Son acte de décès, dressé à Valenciennes le 9 avril, indique :
      "Léonte Joséphine DUPIRE, née à Bruay sur Escaut le 25/08/1906, décédée à 19h à l'Hospice de l'Hotel-Dieu" [NDR]
  • Desmontiers Raymonde, 4 ans.
    • On trouve un acte de décès au nom de "Honorine Heugénie DESMOUTIEZ, née à Anzin le 6/10/1912, domiciliée à Bruay, décédée le 8/04/1917 à 16h à l'Hospice de l'Hotel-Dieu ." [NDR]
  • Renaux Robert, 15 ans.
  • Grenelle Louis, 11 ans.
  • Desmontiers Jeanne, 20 ans.
  • Desmontiers Louise, 20 ans.
    • Décédée à l'Hospice de l'Hotel-Dieu de Valenciennes le 12 avril 1917 à 18h. (acte dressé au nom de DESMOUTIEZ Louise) [NDR]
  • Valencourt Auguste, 9 ans.
  • Les deux premiers moururent, et l'on dut amputer du pied droit le jeune Grenelle.

     M. le Maire proposa d'adresser un témoignage ému de vive sympathie à toutes ces victimes de la guerre, notamment à celles de Valenciennes; surtout que, suivant de graves présomptions, devenues depuis certitudes, ces malheureux tombaient le plus souvent frappés par des projectiles allemands.

Extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

Voir également :  Bombardements de Mai 1917

 La Gazette des Ardennes du 15 mai 1917 citée plus haut fait état d'un bombardement le Lundi 23 avril 1917

1917-300 2304

 

CARIGAND Arthur Jules, décédé le 20/05/1917 à l'Hôtel-Dieu de Valenciennes. Journalier, né le 6 avril 1875 à Valenciennes, époux de Julia BRASSART. ( 42 ans donc, et il n'existe pas de Carigand Félix)

 

Le 30/09/1917 la Gazette des Ardennes signale deux frères blessés à Valenciennes : BLAS Maurice et Daniel

 

GDA 1917-592

 

     BLAS Maurice, né en 1903, ce qui peut correspondre avec le précédent, décède de ses blessures lors du raid du 27 mai 1918 (acte 308, registre des décès à Valenciennes, cote AD59 : 3 E 5784).  Il y a peu de chance de retrouver la trace d'un blessé pour obtenir confirmation, toujours est-il qu'il a été déclaré récemment "Mort pour la France" (



Le 15/12/1917, la même gazette liste les victimes d'un bombardement survenu le 6 décembre 1917

 

1917-721 1215

  • Deux tués figurant dans les registres d'état-civil :
    • FOUCART Jules Léon, forgeron, né le 20/12/1872 à Bruay, décédé au chemin de Halage,
    • GUIDEZ Amélie Adélaïde, marchande foraine, né le 13/05/1898, décédée à la gare de Valenciennes
  • Trois blessés : STEEMECKERS Stéphanie, 17 ans, CACHEUX Léonie, 16 ans et VANDENBERGE André, 15 ans.

 

 

 

Précédent : 1916 Valenciennes et l'aviation Suivant : 1918

 

 

 

12 janvier 2011

MOHR Jules Arthur

Il ne s'agit pas d'un civil, mais du fils de Jules MOHR fusillé par les allemands le 19 avril 1916 au Tir National à Bruxelles. (voir sa page dans ce blog)

  • Le 6 juillet 1885 à Douilly ( Somme) naît MOHR Jules Arthur, à la déclaration de guerre il est adjudant au 4° Régiment de Tirailleurs; il est basé à Bizerte, il s'agit donc du 6° Bataillon du 4° Régiment de Tirailleurs Indigènes (sic le Journal de Marche et Opérations, JMO). Il est affecté à la 24° Compagnie commandée par le Capitaine Aufrès.

(......)

  • Le 24 Juin 1916 il est blessé par obus sur le plateau "cote 80" entre Proyart et Chuignes dans la Somme

4_RTA_6_BAT_24_juin_1916

 

  • Probablement au lieu-dit "Les grands Champs":

Proyart_Chuignes_cote_80_IGN

  • Sa fiche de décès sur le site mémoire des Hommes le déclare décédé à Villers-Bretonneux, à une dizaine de km de là, 2 jours plus tard, certainement l'hôpital où le blessé a été amené.

 

 

  • Son état Signalétique et des Services précise le lieu de décès : Ambulance 3/22

    engagement


     
  • Il est inhumé avec ses parents dans le cimetière St Roch de Valenciennes, la pierre de la tombe 83, section I1 3° droite porte le prénom de Raphaël, comme le précise l'état signalétique "Jules Arthur dit Raphaël" :

FAMILLE
MOHR - BACQUET
JULES 1858 - 1916
FUSILLE PAR LES ALLEMANDS
VALERIE 1859- 1923
RAPHAEL 1885 - 1916
MORT POUR LA PATRIE
YVETTE 1897 - 1966

StRoch

 

  • Il figure sur le monument aux morts de Valenciennes, avec également le prénom de Raphaël

MaMVals

 

24 avril 2013

1916 - Soldats Russes décédés à Valenciennes

Retour au tableau des nationalités par année

 

sever01

 

12 soldats ( prisonniers) russes  sont inscrits dans les registres de décès de 1916. Les derniers le seront en date du 3 octobre 1917. Par la suite - et jusqu'à la libération -plus aucun décès ne sera communiqué par la commandanture au service de l'état-civil.

Voir, au sujet des prisonniers russes, le sujet de ce blog.

 

 

 

 

L'accès aux actes se fait  (via la vue et le n° d'acte) dans le registre de 1916 aux
Archives Départementales du Nord cote 3 E 5782

 

 

WUTSCHIK Michel
Soldat 16°Cie 149°Rgt Inf Russe Regt Tschermoworski (sic)
Décédé à Valenciennes (Hospice général) le 07/03/1916
Acte n° 157 vue n° 40 en date du 08/03/1916
Né le 1894 à Dschenga Cercle de Nowo Alexandiski, gouvernement de Lublin
 
PAWEL Kornew
11°Cie 272°Rgt d'infanterie Russe (68°Div)
Décédé à Valenciennes (Ambulance du Collège de Jeunes Filles, Boulevard Pater) le 21/03/1916
Acte n° 203 vue n° 52 en date du 21/03/1916
Né le 07 jan 1894 à Kikolska, cercle de Busulitski, gouvernement de Samara
 
SMIRNOW Sergei
Soldat au 3°Reg Infanterie russe Nanski 7°Cie
Décédé à Valenciennes (Ambulance du Collège de Jeunes Filles, Boulevard Pater) le 02/05/1916
Acte n° 318 vue n° 80 en date du 03/05/1916
Né le 08 oct 1891 à --
 
KATOWOITSCH Franzischeck
Soldat 15°Cie 150° Regt infanterie Russe Pjatigorski
Décédé à Valenciennes (Ambulance du Collège de Jeunes Filles, Boulevard Pater) le 13/05/1916
Acte n° 348 vue n° 87 en date du 15/05/1916
Né le 15 mar 1883 à Witucha (gono Warschau) (Russie)
 
POLAKOW Gregori
Soldat 9°Cie 171°Reg Infanterier Russe Kobrinski
Décédé à Valenciennes (Ambulance du Collège de Jeunes Filles, Boulevard Pater) le 31/05/1916
Acte n° 386 vue n° 96 en date du 01/06/1916
Né le 25 sep 1884 à Cercle de Spatk, Gouvernement de Rajasan
 
RISCHKOW Pawel
Tirailleur 4°Cie 55° reg de Tiraileurs Sibériens (Russie)
Décédé à Valenciennes (Ambulance du Collège de Jeunes Filles, Boulevard Pater) le 20/06/1916
Acte n° 437 vue n° 109 en date du 21/06/1916
Né le 29 juin 1893 à --
 
GLODIENKO Boris
Soldat 15°Cie 5*Regt d'infanterie de Kieuver, 2°Div Prisonnier de guerre, dépôt de Denain, venant du camp de Guben
Décédé à Valenciennes (Ambulance du Lycée Henri Wallon, place de la République) le 31/08/1916
Acte n° 585 vue n° 146 en date du 31/08/1916
 
RASPOPWO Powel
4°Cie, 32° Btie de prisonniers de guerre. Dépot d'ouvriers de St Amand
Décédé à Valenciennes (Ambulance du Lycée Henri Wallon, place de la République) le 11/09/1916
Acte n° 614 vue n° 153 en date du 12/09/1916
 
GOBELIN Krischau
Prisonnier de guerre Russe, Btn d'ouvriers 83, du camp de Königsbrück n°3323
Décédé à Valenciennes (Ambulance du Lycée Henri Wallon, place de la République) le 06/10/1916
Acte n° 697 vue n° 174 en date du 06/10/1916
Né le -- à --
 
GRISCHIN Iwan
70°Btn de travail de prisonniers de guerre, 3°Cie N°1983, Camp de Guben (en russie)
Décédé à Valenciennes (Ambulance du Collège de Jeunes Filles, Boulevard Pater) le 15/11/1916
Acte n° 823 vue n° 206 en date du 16/11/1916
 
JAMENENKO Jynnitri
Regiment d'infanterie Russe, 16°Cie, 58°Division d'infanterie, 9° Armée, Fort de Flines près de St Amand, Camp d'origine Sagan
Décédé à Valenciennes (Ambulance du Lycée Henri Wallon, place de la République) le 05/12/1916
Acte n° 894 vue n° 224 en date du 06/12/1916
Né le -- à --
 
SELEZNOW Peter
Sous Officier 9°regiment d'infanterie Sibérienne, 13°Cie, 3° Division, 4°Corps d'armée Russe
Décédé à Valenciennes (Ambulance du Lycée Henri Wallon, place de la République) le 15/12/1916
Acte n° 930 vue n° 233 en date du 16/12/1916
Né le 26 sep 1889 à Alexandrowska

 

Retour au tableau des nationalités par année

 


 

Liste alphabétique des 12 noms ci-dessus.

 

 

 

Noms Acte
GLODIENKO, Boris 585
GOBELIN, Krischau 697
GRISCHIN, Iwan 823
JAMENENKO, Jynnitri 894
KATOWOITSCH, Franzischeck 348
PAWEL, Kornew 203
POLAKOW, Gregori 386
RASPOPWO, Powel 614
RISCHKOW, Pawel 437
SELEZNOW, Peter 930
SMIRNOW, Sergei 318
WUTSCHIK, Michel 157
 
 

 


 

 

 

5 juin 2011

Explosion à Quiévrechain

 

QUIEVRECHAIN (Nord)  Juin 1918

 

Extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

 

               Le samedi 1er juin 1918, comme toutes les nuits, à minuit un quart, la sirène nous réveilla.
Cette fois, les bombes tombèrent dans les environs d'Artres et de Condé, où les aviateurs descendirent si bas, malgré le tir des Allemands, qu'ils firent usage de leurs mitrailleuses sur les troupes qui étaient en marche.

A 7 heures 1/2, nouvel avertissement: les avions continuant leur route vers la Belgique, sans jeter de bombes. Cette fois, ils ne devaient pas manquer leur but, car à 9 h. 1/2, nous entendions une explosion formidable. De nombreux carreaux étaient cassés en ville, ainsi qu'au Musée. Chez M. Delsart, photographe, rue Saint-Géry, la commotion fut si forte, que malgré le rideau en fer qui était baissé, la glace vola en éclats.
Nous apprîmes bientôt que la bombe bien placée, était tombée sur la fabrique de munitions installée dans l'établissement de M. Ruelle, à Blanc-Misseron.


Dans les champs, la commotion fut si forte que des cultivateurs furent renversés.
Nous ne connaissions pas encore le nombre des blessés : on parlait déjà de cent cinquante, ou même deux cent. En tout cas, nous pouvions voir de Valenciennes une grande colonne de fumée, et nous entendions le crépitement des munitions qui continuaient de faire explosion par intervalles. Les pompiers de Valenciennes furent envoyés sur les lieux du sinistre, et ordre arrivait d'évacuer précipitamment Crespin, Blanc-Misseron, Quiévrechain et Onnaing.


A quatre heures nouvelle alarme : les avions venant contempler leur œuvre.
Les pompiers restèrent toute la journée du dimanche 2 juin, à Blanc-Misseron, sans manger, pour barrer les routes, et relever les morts. De gros obus qui avaient été projetés par le choc retombaient sans éclater. Il était de toute impossibilité d'approcher de cette fournaise, d'où partaient des gerbes de projectiles comme un feu d'artifice.
Il y avait, paraît-il, dissimulés dans cette usine 4.800 wagons de projectiles.

Le 3 juin 1918, nous eûmes encore plusieurs attaques aériennes, à l'heure, devenue fatidique, de minuit, et de mon balcon j'entendais les bombes qui tombaient sur les maisons.
Pendant la réunion du Conseil municipal, qui eût lieu le même jour, la sirène se fit de nouveau entendre, et les pompiers furent alertés car une ferme brûlait à la suite du bombardement.
Pendant ce temps, les explosions de Blanc-Misseron continuaient sans arrêt.
Notre délégué hollandais, M. Gorter, passait justement en chemin de fer à Blanc-Misseron au moment de l'explosion. Après trois quart d'heure d'attente, on décida de faire passer le train à toute vitesse, mais une forte explosion se produisit au moment de son passage, et les voyageurs furent projetés dans le fond de leur compartiment.

Le mardi 4 juin 1918, le Consortium commençait sa réunion, quand M. François, Maire de Crespin, et M. Leduc, Maire de Quiévrechain arrivèrent encore tout émus, pour demander de venir en aide aux sinistrés de leurs communes, dont les habitations touchaient à l'Etablissement Ruelle où avait eu lieu l'explosion.
M. François, qui s'y était rendu la veille, avec le commandant de Condé, fit de ce spectacle, un tableau terrifiant. La plupart des hommes tués par l'explosion avaient encore leurs pantalons, les femmes, qui étaient entrelacées les unes aux autres. avaient leurs vêtements complètement brûlés. Des têtes étaient même détachées de leurs troncs, des jambes, des bras gisaient en grande quantité sur le sol.
Il nous dit que l'explosion était due à un accident, une caisse étant tombée du wagon, mais nous avons toujours pensé que les Alliés connaissaient ce dépôt et avaient réussi à atteindre leur but.


Et c'est au moment où des soldats venaient porter secours, qu'eut lieu la seconde explosion, qui fit, elle aussi, de nombreuses victimes et d'importants dégâts matériels. Dans cette région, il ne restait plus un carreau, et la plupart des maisons étaient sans toit, ou lézardées. MM. François et Leduc commencèrent à rassembler une vingtaine de cadavres, horriblement mutilés, mais n'ayant ni paille, ni bois, l'autorité allemande refusant de leur en donner, ils les alignèrent sur le sol, c'est seulement quand le Commandant arriva sur les lieux du sinistre, qu'il donne ordre de fournir du bois pour les cercueils. Le sol étant jonché de grenades qui pouvaient encore faire explosion, le déblaiement des décombres était impossible, et le nombre des victimes ne pouvait encore être évalué.
MM. François et Leduc, étant venus nous demander si les communes pouvaient engager des dépenses, et si elles seraient couvertes par le Consortium, une longue discussion s'engagea à ce sujet:


M. Douay fit remarquer :
1° Qu'il y avait un danger public.
2° Que la commune devait intervenir pour éviter les accidents.
3° Comme il s'agissait de frais de guerre, il fallait d'abord faire les réparations pour le compte des particuliers, qui signeraient une reconnaissance. Pour les absents, la commune en ferait l'avance.'
M. François fit remarquer que les propriétaires présents ne recevaient pas de loyers, et refusaient de prendre cet engagement, et que d'autres maisons abritaient des évacués.
M. Douay répondit que l'on obtiendrait du Président du tribunal civil, un référé d'urgence, pouvant prendre d'heure en heure les dispositions nécessaires. Si un propriétaire faisait preuve de mauvaise volonté, il aurait l'assistance judiciaire, et l'avoué. Les travaux seraient commandés à la charge de qui ils incomberaient, et un expert serait nommé d'urgence, s'il y avait péril.

M. François, voulant obtenir le concours du Consortium, refit à nouveau le récit de l'explosion, disant qu'elle s'était produite à six heures et demie du matin: dix femmes ayant été tuées dans un wagon, on vint de suite à leur secours. Puis eut lieu la grande explosion de l'usine Ruelle, dont on ne saura jamais le nombre de victimes, mais que l'on doit évaluer à environ cent personnes, dont au moins soixante Français, sans compter les blessés.
Ce n'est que le lundi, à 3 h. 1/2 de l'après-midi, que les Maires de Crépin, Quiévrechain, et Blanc-Misseron purent aller reconnaître les morts horriblement mutilés, les pompiers de Valenciennes ayant noyé le foyer de l'incendie.


Au moment de l'explosion, cent soixante-dix Allemands arrivaient musique en tête, on leur fit prendre la route de Rombies; à quelques minutes, ils étaient tous tués.

En terminant, le Maire, M. François, déclara:
" Aujourd 'hui, nous venons vous demander de l'argent, car cinq cents de nos maisons sont en ruines et nous ne trouvons même plus de bois pour nos cercueils. "

" Dans ces conditions, le Consortium doit encore nous venir en aide : il ne peut pas nous abandonner ".
Les membres du Consortium, en entendant les détails poignants que donna M. François sur cette catastrophe, en furent très émus, et promirent de lui donner du secours.
M. Douay, conseilla à M. François de consigner dans les archives de sa commune, le récit poignant qu'il venait de nous faire sur cette explosion, et d'en envoyer un exemplaire à M. le Sous-Préfet de Valenciennes, cette pièce devant avoir un gros intérêt au point de vue des décès et des successions possibles.

 

  • La fonderie Ruelle après l'explosion :
    Fonderie_Ruelle

 

  • Le monument aux morts de Quiévrechain rend hommage aux victimes :

    Monument_aux_morts_
    Les_noms

 

  •  Les victimes de Quiévrechain:
    • AUVERLOT Arsène
    • BLEECKX Jules
    • BRISON Emile
    • CHARLES Jules
    • CHUPIN Francine
    • DELEUWE Florent
    • DELFERRIERE Sidonie
    • DEMOUTIER Alfred
    • DOCHEZ François
    • DUEE Emile
    • DUPONT Dieudonné
    • GARIDA Jules
    • JOLY Gervais
    • LACHAPELLE Arthur
    • LECOMPTE Julie
    • LEMAIRE Pauline
    • PRISSETTE Marthe
    • RABAUX Jules
    • RICHARD Charles
    • TRELCAT Louise
    • VANDERVOORDT Cornelie
    • VILLE Aimable

 

 

 

 

 

26 juin 2011

LECAT Angèle

 

 

 Angèle Adelaïde LECAT est née le 10 janvier 1889 à Rumegies (Nord). Domiciliée 158 rue Dassonville à Rumegies.

"En Juillet 1917 a hébergé et facilité la fuite de deux soldats anglais prisonniers de guerre évadés qui tentaient de gagner la Hollande.
                   Le 29 Août de la même année un pigeon voyageur et un questionnaire ayant été découverts par la jeune BOSQUELLE Régina, Mademoiselle LECAT Angèle a fourni par ce moyen aux troupes alliées les renseignements d'ordre militaire demandés.
                   Arrêtée à Rumegies au début d'octobre 1917 pour le premier fait, a été incarcérée à Malines, Anvers et St-Amand où elle fut condamnée à 6 mois de prison.
                   Poursuivie a nouveau sous l'inculpation d'espionnage devant le Conseil de Guerre de St-Amand, elle fut condamnée à mort et fusillée dans cette ville le 25 Mars 1918.
                   A eu jusqu'à sa mort une attitude très digne."

 

  • Faite Chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume le 25 Mars 1924, Croix de guerre et Médaille de la Reconnaissance Française, British War Medal.
    Son dossier dans la base Léonore

 

 

  • Voici ce qu'en dit René Delame dans son livre  : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

           Les aviateurs français et anglais, nous l'avons dit, laissaient souvent tomber par parachute, des paniers contenant des pigeons voyageurs.
Le 1er septembre 1917, Angèle Lecat, fille d'un riche cultivateur de Rumegies, patriote dans l'âme, jolie, brune, pleine de santé, ayant ses cinq frères sur le front, n'hésita pas à répondre elle-même par écrit au questionnaire, signant les renseignements militaires demandés : c'était la mort.


          Les Allemands en ayant eu connaissance, la conduisirent à Malines le 20 novembre; elle fut mise en cellule avec un " mouton" (espion déguisé). Elle ne sut résister aux nombreux pièges qui lui furent tendus et avoua le fait. Son procès se termina le 2 février 1918, et elle fut condamnée à mort.
Le recours en grâce qu'avait sollicité Angèle Lecat ne fut jamais envoyé. Le commandant Von Hellingen, de la Commandature de Saint-Amand, dirigea le procès avec une haine féroce. Il s'était même vanté, paraît-il, de ne pas quitter la région sans une tête française.


Il quitta son poste dans l'après-midi du 25 mars 1918, jour de l'exécution d'Angèle Lecat.
Le commandant allemand qui le remplaça aussitôt, déclara que s'il eût été là, il eût tout fait pour sauver la tête de cette jeune fille.


L'exécution fut très émouvante.
             A cinq heures du matin, le peloton vint chercher cette pauvre fille pour la conduire au Clos, situé à un kilomètre de là. Les scènes qui se passèrent sur le trajet furent terrifiantes. Mlle Lecat se cramponnait aux soldats qui la traînèrent sur le lieu d'exécution. Eux-mêmes étaient très émus. Là, les scènes de douleur furent plus violentes encore, les soldats ne pouvant arracher la pauvre fille de leurs bras. Ils se virent dans l'obligation de lui donner un narcotique quelconque pour l'endormir. Un soldat ayant refusé de tirer fut immédiatement envoyé au front. C'est ainsi que fut fusillée Mlle Lecat, pour avoir voulu servir sa Patrie.

           Aussi, après l'armistice, le 17 juillet 1919, la ville de Saint-Amand et la commune de Rumegies, où son corps fut reconduit, s'associèrent pour faire à cette héroïne des funérailles imposantes. La famille avait auparavant fait ouvrir le modeste cercueil de sapin vermoulu, pour replacer le corps dans un autre plus convenable. Sa sœur Marie, qui assistait au transfert, fut stupéfaite de voir, après dix mois de sépulture, le corps et les membres en parfait état de conservation. La figure était d'un rose naturel, ainsi que les jambes. Ce fait, vraiment miraculeux, vengeait la barbarie allemande. J'ai tenu à signaler ce fait qui est authentique et qui m'a été certifié par M. Waymel, de Rumegies, grand mutilé de guerre.
Les cordons étaient tenus par quatre soldats français. Derrière le char funèbre, couvert de fleurs, un sous-officier portait sur un coussin la Croix de Guerre avec palme, dont voici la citation:


" Grand Quartier de l'Est. Ordre 1541.
" Le Maréchal de France, commandant en chef des armées de l'Est, cite à l'ordre de l'armée Mlle Angèle Lecat, de Rumegies (Nord). Jeune fille d'une abnégation et d'un patriotisme admirables, a payé de sa vie les services exceptionnels qu'elle a rendus à la France. "
Le Grand Quartier, le 6 avril 1919. "

Signé: Maréchal PETAIN. "


M. Cauwez, sous-préfet de Valenciennes, au nom du Gouvernement de la République, salua une dernière fois la dépouille mortelle de l'héroïne.
M. Waymel, maire de Rumegies, retraça les faits qui amenèrent son arrestation, lui donnant la place d'honneur au pied du monument aux Morts pour la Patrie.


M. le docteur Dupré parla au nom des démobilisés et des combattants de 1870, et enfin Mlle Maria Pottier, au nom de ses compagnes et amies, lui apporta le témoignage de sa sympathie et de son admiration.
Puis, pendant que la musique jouait la Marseillaise, la foule émue défila devant la tombe de cette grande Française. Pour compléter cette affaire de pigeons, si douloureuse, il importe, au point de vue historique, d'en écrire la genèse.


               La sœur de la victime, Marie Lecat, épouse de Paul Mounier, avait hébergé, nourri et vêtu des prisonniers anglais qui s'étaient évadés. Une dizaine de personnes de Rumegies les avaient ravitaillés, dont Mlle Philomène Lecat et sa sœur. Connaissant un peu d'anglais, Mlles Eugénie Waymel et Fontaine leur servaient d'interprètes; voulant leur faire franchir les lignes, Angèle Lecat les conduisit en Belgique. Malheureusement, ils furent arrêtés à la frontière hollandaise et mis en prison. Que se passa-t-il ? Personne ne le saura jamais. En tout cas, comme ils connaissaient le trafic de pigeons, il est possible que sous les menaces, ils aient été forcés de dévoiler leur secret. Toujours est-il que toutes ces personnes furent arrêtées et mises en cellule à Malines et Anvers.


Mme Yvonne Bosquelle, également condamnée à mort, vit sa peine réduite à 12 ans de prison.
Mlle Régina Bosquelle fut condamné à 5 ans de prison.
M. Casimir Delannoy, 5 ans de prison; il mourut en captivité.
Mme Wasevil, 5 ans de prison. Elle mourut également en captivité.

 

 Le 3 Juin 2012, en l'honneur d'Angèle Lecat, à l'initiative de la Directrice et de ses élèves, l'école de Rouvray (Yonne, près d'Auxerre) a été baptisée "Ecole Angèle Lecat", à l'issue d'une cérémonie rassemblant les personnalités et des représentants de la famille :

 P1440890 
P1440892

Les détails sur le site de l'école Angèle LECAT ; que tous soient ici remerciés.

 

  • Le 29 juin 1919 paraissait au Journal Officiel de la république française la citation d'Angèle LECAT à l'ordre de l'armée :

 

  • Sa tombe au cimetière de St. Amand-les-Eaux auprès de ses parents.

    TombeALecat

    plaque
    (Merci à MJL)

 

 

 

 

6 décembre 2012

Otages en Lithuanie (I)

 

IIe partie >>

 

DEPART DES OTAGES POUR LA LITHUANIE

 Extraits du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

       Dès le samedi 29 décembre 1917, la Municipalité [de Valenciennes] était avisée à dix heures du matin, que cinquante-six otages de la 11e armée, devaient être logés chez l'habitant, et l'on nous demandait de préparer à manger pour soixante-trois personnes, ce qui nous fit croire qu'il y aurait sept otages pour Valenciennes.

       La Municipalité décida de remettre à chacun un colis contenant 1 kg. de chocolat, 2 boîtes de lait, 0,500 gr. de cacao, 1 kg. de riz, 1 kg. de sucre, 1 kg. de café, et 28 biscuits.
De plus, la Municipalité fit remettre aux personnes qui recevaient des évacués, un pain, 0,250 gr. de beurre, une boîte de lait, 500 gr. de riz et dix biscuits.

       Mais au lieu de cinquante-six otages, il en arriva quatre-vingt, soixante logements seulement ayant été préparées, il fallut donc loger les vingt autres dans des auberges quelconques.
Dès que j'appris cette triste nouvelle, je courus chez mon ami, J. Ewbank pour l'avertir que les Allemands allaient prendre des otages. J'y rencontrai le Baron de la Grange de Sebourg venu pour déjeuner. Nous causions de la situation bien triste où nous nous trouvions, quand un gendarme en grande tenue, accompagné d'un soldat, se présenta, tenant en main la liste des otages, et dit à M. Ewbank ;

«Je suis chargé de vous aviser que vous devez être prêt à six heures du soir pour partir en Allemagne. Vous avez droit à 50 kg. de bagages» .
Le gendarme nous montra la liste des sept otages valenciennois qui étaient MM. :

Lest, de l'Administration des douanes;
Georges Ewbank, propriétaire;
Fernand de Saint-Ouen, propriétaire;
Lequenne, pharmacien;
Gaillard, juge au Tribunal civil;
Gravis, notaire.

M. de Saint-Ouen était au nombre des invités de M. Ewbank. c'est ainsi qu'il apprit qu'il était sur la liste des otages.
Je rencontrai chez moi M. Gravis, et je lui dit de rentrer directement chez lui, qu'une mauvaise nouvelle l'attendait, car il partait le soir même comme otage pour une destination inconnue. Quant à M. Gaillard, étant gravement malade, il fut remplacé par M. Tromont, conseiller municipal.

       Je recevais chaque samedi quelques amis. Ce jour-là, notre déjeuner fut naturellement très triste, car je désirais aller faire mes adieux aux voyageurs forcés. A dix heures du soir, je fus appelé au poste de police, pour recevoir de nouveaux otages venant de Bavai, Denain, Le Quesnoy, Bouchain, etc...

       Cependant, à une heure et demie du matin, tous étaient logés, les habitants leur ayant fait un fraternel accueil. C'est ainsi que Mgr Jansoone, doyen de Saint-Géry avait donné son lit et celui de sa bonne à deux ecclésiastiques. Les premiers otages que je vis, venaient du Quesnoy. L'un d'eux, un instituteur avait été prévenu en pleine classe et avait dû sur le champ quitter ses élèves. Il avait mis ses bagages dans une malle que le commandant trouva trop grande, et les lui fit mettre dans deux vieux sacs troués. Un autre, vieillard, avait dû quitter sa femme mourante, alors qu'une voisine lui apportait une boisson chaude avant son départ ; le commandant lui-même l'empêcha de la prendre, et le brutalisa.

       Il nous semblait que cette fois, les otages étaient menés très durement. Nous ne nous étions hélas pas trompés, car ces malheureux devaient subir d'autres tourments. La Commandature, toujours sans pitié, leur fit dire qu'ils partaient dans l'Est de l'Allemagne, où il faisait très froid, et de prendre des vivres pour cinq jours.

       La journée du 2 janvier 1918, fut une journée d'émotion pour les otages, qui avaient été appelés le matin à la commandature, puis renvoyés chez eux. Mais le commandant les avait avertis de s'assurer toutes les heures si une convocation ne les appelait pas pour un départ immédiat ; raffinement de cruauté bien allemand!
Le 5 janvier, ils attendaient toujours, se demandant ce qu'on allait faire d'eux. Certains d'entre eux se trouvaient dehors, les officiers allemands ayant pris leurs logements.
Je rencontrai enfin, le lieutenant Toreksdorff qui me dit que l'appel aurait lieu l'après-midi à quatre heures, et que le départ se ferait le lendemain à trois heures. Le rendez-vous fixé était la place de la Gare.
Toutefois, cette réunion eut lieu dans les magasins Billiet, rue Saint-Géry. Les otages étaient au nombre de cent trois. Il leur fut recommandé d'être exacts au rendez-vous, et de prendre du ravitaillement pour cinq jours, la soupe devant leur être servie en route.
M. Billiet leur fit des adieux touchants, leur souhaitant beaucoup de courage, et surtout un prompt retour.

Comme il regrettait de ne pouvoir obtenir leur renvoi dans leurs familles, le lieutenant Toreksdorff lui répondit :

«  Vous n'avez qu'à vous en prendre à la France!»


              J'interromps ici le récit, car même si en temps de guerre, il n'y a pas vraiment besoin de raison, l'occupant prétendait bel et bien en avoir une, qu'il avait exposé fin 1916 dans "La Gazette des Ardennes" et qui servit de prétexte aux déportations :

     A leur arrivée en Alsace en 1914, les troupes françaises ont emmené les fonctionnaires impériaux en poste dans les villes sous contrôle de l’armée française ainsi que leur famille. Ceux-ci ont été internés dans des camps en France et en Algérie. De longues tractations ont commencé entre la France et l’Allemagne pour régler leur sort. Afin de faire céder le gouvernement français, les Allemands décident en novembre 1916 de déporter 300 civils du Nord. Ces otages – hommes et femmes – sont choisis dans les mêmes catégories socioprofessionnelles que les Allemands emprisonnés. Parmi eux se trouvent de grands industriels (Prouvost, Pollet, Motte, Masurel, Tiberghien…), des élus, des juristes, des avocats, des médecins… Un début d’accord ayant été signé entre les gouvernements français et allemand, ces premiers otages sont rapatriés en avril 1917.
    Comme les négociations franco-allemandes piétinent, les Allemands procèdent à une deuxième déportation massive (600 personnes) en janvier 1918. Cette fois, seules les femmes sont internées à Holzminden. Les hommes sont déportés en Lituanie dans les camps de Jewie, Milejgany et Roon, dans des conditions bien plus dures : vingt-six d'entre eux y trouvent la mort.
(source : l'histoire par l'image

Je rassemblerai plus loin les articles de la Gazette, et je me contente d'exposer la situation, bien que l'on puisse déjà faire remarquer que le Dr Albert Schweiter lui-même, placé en résidence surveillée dès 1914 en tant que citoyen allemand sera interné (à Garaison dans les Hautes-Pyrénées) en 1917.

Bien évidemment, ce n'est pas la première prise d'otages à Valenciennes, les faits s(er)ont rapportés ici.


 

       Les otages remercièrent M. Billiet de l'accueil qu'ils avaient reçu à Valenciennes. Ils surent supporter avec courage et résignation cette terrible épreuve, cachant leur juste émotion à leurs ennemis.
Le lendemain, par un froid de dix degrés au-dessous de zéro, tous furent exacts au rendez-vous. Nous nous étions occupés du transport des bagages et des cent caisses de victuailles, ainsi que de trois cents pains qui les accompagnaient.
Parents et amis avaient suivi les otages, de sorte que la place de la Gare présentait un aspect pittoresque, mais bien triste. Le lieutenant Toreksdorff et son secrétaire, à l'heure indiquée, firent entrer les otages un par un et firent le pointage.
A quatre heures, le train entra en gare, venant de Lille, Roubaix, Tourcoing, Douai, dans lequel étaient deux cent cinquante autres otages. Ceux de Valenciennes montèrent dans le même compartiment de 3e classe. Ce train n'arrêtant que quelques minutes en gare, nous eûmes à peine le temps de distribuer les denrées aux cent trois otages.


        Nous ressentîmes une poignante émotion quand, à quatre heures trente, le train s'ébranla, emportant ces trois cent cinquante otages. Ceux de Roubaix étaient partis à six heures et demie et ceux de Lille à dix heures ; on leur avait dit que le trajet serait de cinq jours, mais il fallait compter sur les imprévus.


       Un entrefilet de la Gazette de l'Allemagne du Nord nous révéla quelques jours après leur départ, qu'ils avaient été dirigés vers une localité située entre Vilna et Kowno, et que le lieu de leur internement était actuellement la forteresse de Milejgany et Zosle.
Le Conseil décida d'envoyer aux otages de Valenciennes, un colis par quinzaine, mais cette résolution ne fut jamais exécutée.
Enfin, le 18 janvier 1918, nous reçûmes des nouvelles de ces malheureux qui nous apprirent que le voyage de Valenciennes à la gare de Zosle, près Kowali, avait duré six jours, et que pour les remettre de cette grande fatigue, les Allemands les obligèrent à se rendre à pied, dans la neige, au château de Milejgany, qui se trouvait à 10 kilomètres de la gare ; aussi un otage de Sedan, âgé de 70 ans, mourut-il en arrivant.
Connaissant le lieu de leur internement, Mme G. Ewbank vint me prier de faire parvenir un peu de ravitaillement à son mari, mais la Commandature fut sans pitié, ayant reçu des ordres très sévères pour que rien ne fut envoyé aux otages. Je me retournai alors vers le capitaine Neuerbourg qui me promit d'en parler au Grand Quartier Général pour que la C.R.B. [Commission for Relief in Belgium] obtint la permission d'envoyer régulièrement des colis.


De Valenciennes au terminus, il leur aura fallu parcourir quelques 2100km pour atteindre Milejgany, actuellement Mijaugonis, toujours en Lituanie, qui se situait alors au-delà de la frontière de la Prusse Orientale, en territoire conquis sur le front de l'Est.

L'itinéraire depuis Roubaix et Lille passe par Douai, Valenciennes, (Charleville-)Mézières, Sedan, Luxembourg, Trèves, Mayence, Erfurt, Leipzig, Berlin, Posen (Poznan), Hohensalsa (Inowrocław), Thorn (Torun), Kovno (Kaunas).

 


En bleu le trajet est représenté sur route, peu différent de celui par rail qui n'existe pas avec MyMaps.
En rouge le trajet par rail depuis la frontière germano-russe, tracé à la main en suivant les voies.

 

 Croquis de Charles MARIAGE illustrant le livre d'Emile FERRÉ
"Nos étapes de représailles en Lithuanie."

otages1
L'arrivée des otages à Zosle le 12 janvier 1918

otages2
Étable servant d'annexe à la grange de Milejgany

otages3
Vue intérieure de la grange de Milejgany où furent parqués plus de 450 otages

 

Situation des localités à l'ouest de Vilnius (Wilno) en actuelle Lituanie :

campsKoschedary, Zosle, Milejgany, Jewjie, puis Ponary et Biała-Waka
qui apparaissent dans la suite du récit.

Avant de reprendre le sujet de la déportation des hommes, l'auteur raconte celle des femmes vers le camp de Holminden.


               Nous pensions la série des otages terminée, quand le 11 janvier 1918, la Commandature informait la Municipalité de préparer le logement pour quarante-sept otages dames qui devaient passer une nuit à Valenciennes; trois Valenciennoises, Mesdames Gravis, Regard, Meurisse, désignées pour partir à Holzminden devaient les rejoindre.
Une amie, Mlle Dubois, en apprenant cette triste nouvelle vint me demander de l'accompagner à la Commandature, afin d'obtenir la permission de remplacer Mme Gravis, dont le mari était parti le dimanche précédent comme otage en Russie.
Le capitaine Krauss, qui logeait chez moi, nous reçut très aimablement, mais nous renvoya au capitaine Toreksdorff. Celui-ci nous dit qu'il référerait à l'inspection, mais il nous laissa peu d'espoir, car il ajouta ; « Moins pour elle que pour toute autre, ses deux fils ayant regagné la France par la Hollande» .
Le vendredi 11 janvier, arrivaient, vers cinq heures les premiers otages venant des Commandatures d'Artres et de Bavay. Une pauvre dame de Bavay me pria en pleurant, de bien vouloir l'accompagner à la Commandature, ne pouvant se résigner à abandonner ses quatre petits enfants ; une autre de Cambrai, dont le mari était très souffrant, en laissait sept dont l'aînée avait onze ans.
M. Billiet m'ayant demandé d'assurer le logement en ville de ces otages, je passai une partie de la nuit au bureau de police. Ces dames arrivèrent par petits groupes, encadrées de soldats armés. Ceux-ci remettaient les otages entre les mains de la Commandature, puis elles se rendaient au bureau de police pour recevoir leur billet de logement.
Le dernier groupe arriva à minuit et demi, venant de Cambrai.
Parmi elles se trouvait Mme Risbourg, dont le père était déjà parti le dimanche pour la Russie. Voici d'ailleurs la liste de ces otages ;

Mmes
Devred
, Aniche;

d’Haussay, Artres;
Lecompte, Vendegies;
Merlem, Aniche;
Picques, Somain-sur-Ecaillon;
d'Haussay, Monchaux;
Malet, Thiant;
Terifocq, Le Quesnoy;
Henion, Le Quesnoy;
Willot, Bavay;
Darche, Bavay;
Brasseur, Taisnières;
Vilain, Louvignies;
Cabaret, Le Quesnoy;
Moisy, Escarmain;
Hautecœur, Haussy;
Caudron, Haussy;
Filippi, Le Cateau;
Richard, Le Cateau;
Pegin, Le Cateau;
Delporte, Lewarde;
Duflos, Ecourt-Saint-Quentin;
Brogna, Remancourt;
Moriaux, Ecourt-Saint-Quentin;
Osaneaux, Caudry;
Richez, Caudry;
Qivy, Caudry;
Clouet, Denain;
Langaine (Wurth), Denain;
Sacclier, Denain;
Bricourt, Clary;
Boutin, Bertry;
Monsecourd, Oisy-le-Verger;
Conseile, Mastaing;
Boulet, Etrain;
Navet, Preux-au-Bois;
Didier, Pont-sur-Sambre;
Vinoy, Fontaine-au-Preux;
Risbourg-Chassart, Bouchain;
Wiart, Cambrai;
Tribout, Cambrai;
Parent, Cambrai;
Bricourt, Cambrai;
Charlet, Cambrai.
Mlle Noblecourt, Bousy;


Le samedi 12 janvier le départ des otages nous causa une grande impression.
Malgré toutes ces tristesses, aucune d'elles ne versa une larme, et comme le faisait remarquer l'Officier allemand de service, sur le quai de la gare ;
«Ce sont de vraies Françaises, toutes ont le sourire sur les lèvres» . Mais s'il avait pu voir le fond de leur cœur, rempli de tristesse!
Le rassemblement avait lieu à midi, sur la place de la gare. Comme les messieurs, les dames entrèrent une à une, pour le pointage par la grille de la Grande Vitesse. Il faisait un vent du nord glacial ; elles durent cependant attendre le train en plein air. Il ne se fit heureusement pas attendre.
MM. J. Billiet, Gabet, Debeukelaere et moi avions seuls l'autorisation de pénétrer dans la gare pour distribuer le ravitaillement. Les otages de Valenciennes montèrent dans la première voiture du train, qui cette fois était chauffé, et nous pûmes en passant adresser quelques paroles aux dames venant de Lille, et de Douai.
Ces pauvres femmes avaient été enfermées la veille au soir dans une caserne, n'ayant qu'une paillasse pour se coucher et rien pour se laver. La femme de M. Davaine, sénateur, Maire de Saint-Amand, faisait peine à voir.
Celles de Lille, élégamment habillées faisaient contraste ; je reconnus
Mmes Wallaert et Le Blanc, de Douai.
Il y avait également sept jeunes filles :
Mlles Maroniez, Moreau, M. Dupont, Toison, A. Lavoix, de Baillencourt, Sirot,
Mmes Legrand, Jossez, Defontaine, Baude.

Je ne pourrai dire l'impression que je ressentis en apercevant Mme Legrand de Lecelles, dont le mari, qu'elle n'avait pas vu depuis un an, se trouvait par hasard à Valenciennes, car en qualité de Maire de Lecelles, M. Legrand n'avait pas voulu quitter son poste. Je sortais justement de la gare, quand je le rencontrai, il me demanda si je connaissais le nom des otages de Douai, qui se trouvaient dans le train, je ne pus lui cacher celui de sa femme.
Inutile de dépeindre son émotion. L'officier de service à qui je signalai le fait, me donna la permission de le laisser pénétrer dans la gare, mais déjà le train s'ébranlait. Il se précipita au passage à niveau, mais le dernier wagon venait de passer.
Une dame du Cateau ayant été reconnue malade par le médecin allemand, eut l'autorisation de ne pas partir, mais le commandant téléphona pour la remplacer. Or, sa remplaçante, Mme Chambel, arriva à Valenciennes au moment où le train des otages allait se mettre en route. Elle se disposait à rejoindre ses compagnes d'infortune, quand le soldat qui l'accompagnait lui fit remarquer qu'il devait la remettre entre les mains de la Commandature. Ils s'y rendirent donc mais quand ils revinrent, le train était parti. Elle coucha le soir chez M. E. Baron, toujours très hospitalier, et le lendemain, l'autorité allemande la renvoya dans ses foyers, ne pouvant la conduire seule à Holzminden.


 Le rédacteur continue avec les tentatives pour venir en aide aux otages partis en Lithuanie. Totalement dépendants du vouloir de l'occupant, comme les otages eux-mêmes, ils ne peuvent espérer d'aide que d'organisations internationales issues de pays neutres ( Hollande, Espagne) reconnues par l'occupant.


            Le Comité Hispano-Hollandais avait fait une demande pour envoyer des colis aux otages, mais à la réunion du 19 février, le délégué hollandais, M. Gorter nous avisa que l'autorité allemande refusait d'envoyer des colis aux mille otages qui étaient dans le fort de Milejgany.
Le Comité tenta cependant une nouvelle démarche pour faire partir à Hautmont, un wagon de biscuits. Pendant ce temps, les parents des otages étaient attristés de ne pouvoir leur venir en aide. Aussi, fit-on prévenir le gouvernement français, par des évacués de cette triste situation, avec l'espoir qu'il leur viendrait en aide.
M. Giraud, otage en Russie, avait pu faire parvenir une lettre disant qu'ils avaient très faim, mais que le moral de tous les Valenciennois était excellent, malgré cette rude épreuve.
Ils étaient logés dans une église orthodoxe, mais avec une installation très rudimentaire, n'ayant qu'une seule cuvette pour se laver tous.
Nous eûmes enfin la satisfaction d'apprendre que nos démarches pour venir en aide aux otages n'avaient pas été vaines, car le Comité d'alimentation du Nord de la France nous faisait bientôt parvenir la lettre suivante ;

«Valenciennes, le 28 mars 1918.
«Comité de District de et à Valenciennes
«Ravitaillement des otages français.

Nous avons l'honneur de vous informer qu'à la suite de démarches qui ont été faites par le Comité Hispano-Néerlandais, avec le bienveillant intermédiaire de M. le Hauptman, comte Wentgersky et de MM. les Verpflegungs-Offiziers [officiers de ravitaillement] attachés aux districts, le Ministère de la Guerre à Berlin, a bien voulu autoriser l'envoi d'approvisionnements pour les otages français déportés il y a environ deux mois.»

«Nous conformant aux instructions qui nous ont été données à cet effet par les autorités allemandes, et dans le but de donner le plus de sécurité possible aux expéditions, nous avons décidé de faire l'envoi de ces approvisionnements en wagons complets.
«Un premier wagon est parti le 1er mars de Bruxelles pour le camp de Holzminden, où sont internés quatre-cents otages.
«Un second wagon, emportant le nécessaire pour cinq cents otages a été expédié également de Bruxelles le 20 courant à destination de Hautmont, d'où il sera réexpédié vers le camp de l'Est, où ces otages ont été placés en résidence. (Cet envoi a été fait dès que nous avons été renseignés sur le lieu de l'expédition.)
«Les expéditions comportent de 12 à 15 kg. de biscuits et de 1,200 à 1,500 de chocolat par otage, soit une quantité pour les besoins d'environ un mois. Nous espérons renouveler cet envoi tous les mois.
«Les dépenses résultant des fournitures et du transport seront mises à charge de la réserve de notre comité.
«Nous pensons que ces renseignements intéresseront votre Comité qui pourra ainsi, si la chose est possible, rassurer les familles des déportés sur ce point.
«Agréez, Messieurs, l'assurance de notre considération distinguée.
«Signé ; VAN BREE -LE BLANC



     Réponse du comité de district de Valenciennes au comité d'alimentation du Nord de la France, Bruxelles :

 «Valenciennes, le 29 mars 1918.
«Messieurs,
«Nous avons le plaisir de recevoir la lettre du 22 mars courant, par laquelle, vous avez bien voulu nous instruire de l'heureux résultat de vos efforts, tendant à l'envoi d'approvisionnements alimentaires aux otages français à Holzminden et en Livonie.
«Nous vous sommes tout particulièrement reconnaissants, laissez-nous vous le dire, de l'empressement avec lequel vous avez étendu les soins du C. F. à soulager l'épreuve de ces otages et du zèle appliqué à provoquer et à poursuivre les démarches nécessaires pour y arriver. Tous les auxiliaires qui vous ont, en cette circonstance, prêté leur bon concours, ont part naturellement à nos remerciements. Et nous sommes assurés de parler ici, non seulement en notre nom personnel, mais au nom des familles, et de tous les concitoyens des absents, auxquels s'attache d'une façon bien compréhensible le plus sympathique intérêt.
«En prenant en outre à sa charge et la peine matérielle et les frais des envois annoncés, la C. F. a encore accru ses titres à l'affectueuse gratitude des populations des territoires occupés; nous avons à cœur d'en rendre témoignage.
«Veuillez agréer, Messieurs, l'expression de nos sentiments dévoués, et les plus distingués.
«Le directeur commercial, Le délégué central,
«Signé ; E. BRANQUART. Signé ; J TURBOT.



6 avril 1918  Comme raffinement de cruauté, la Commandanture retourna aux familles les cartes qu'elles avaient écrites aux otages de Russie. Par contre, il était arrivé quelques lettres réclamant à cor et à cri de la nourriture, tous se plaignant d'être traités très durement, et de manquer du strict nécessaire. Aussi, cette lettre du comité d'alimentation vint-elle juste à temps pour calmer l'inquiétude des parents.

 

 

IIe partie >>

 

18 novembre 2024

193 Le 230e Régiment d’Infanterie de Réserve passe Noël 1916 à Valenciennes, Anzin et Beuvrages.

 

 

Le 230e Régiment d’Infanterie de Réserve allemand se prépare à quitter les quartiers qu’il occupe, le long de la rivière Ancre.  Il aura la chance de passer les fêtes de Noël 1916 à l’arrière, avant de retourner dans le même secteur. Je traduis ( ci-dessous en bleu) la partie de l’historique régimentaire qui le concerne.

 

 

La 1ère campagne sur l'Ancre : 18/11-18/12/1916

(…………….)

Le 22 novembre 1916, à 4h30 du matin, des tirs de barrage ont soudainement commencé sur tout le front, on s'attendait à une attaque ennemie. Mais cette attaque n'a pas eu lieu, aucun Anglais n'est sorti de la tranchée. La bataille de la Somme était terminée.

La partie de tranchée en marron désigne ce que l’on retrouve sous le nom de Braune Stellung ( position brune de 2e ligne) sur la carte allemande ci dessous.

 

Les semaines qui suivirent se passèrent en travaux de retranchement épuisants et en patrouilles vers l'aulnaie [Erlenbusch], petit bois que l'Anglais avait certes aménagée, mais qu'il n'occupait que faiblement. Différentes patrouilles s'enfonçaient dans la forêt et ramenaient parfois des pièces d'habillement et d'équipement qui donnaient les renseignements souhaités sur l'ennemi d'en face. Les tirs d'artillerie sont restés intenses, notamment sur le secteur Nord III, la tranchée du Pêcheur [Fischer graben] et le Chemin du Moulin [en ruines] et, la nuit, ils ont balayé le village de Miraumont et les chemins d'approche. Ce n'est que lorsqu'un épais brouillard recouvrait la vallée d'Ancre au matin que le calme revenait, jusqu'à ce que le soleil d'hiver le chasse et que les mouches apparaissent. Cette période était alors particulièrement mise à profit pour effacer les traces des travaux de retranchement nocturnes, ce qui n'était pas toujours facile car le sol était calcaire. Grâce à l'activité de toutes les parties du régiment, les travaux avançaient avec vigueur, mais plus la fête de Noël approchait, plus le désir d'être relevé se faisait sentir, sans que rien ne soit connu à ce sujet.

Carte allemande du secteur

 

Carte britannique du secteur, Erlenbusch est (re)devenu "Bois d'Hollande", la tranchée brune est "Puisieux trench". A noter le nombre de routes "Damaged by shell fire" que les tirs d'obus ont endommagées.

 

Une vue du secteur, dont "Puisieux trench"

 

Photo tirée du livre : " Poste de commandement régimentaire près de Miraumont"

 

Les bataillons en réserve se trouvaient à Achiet‑le‑Petit et Miraumont, respectivement à Bihucourt, selon qu'ils étaient réserve de la brigade ou de la division. Le séjour à Miraumont souffrait des fréquents bombardements du village, à Achiet et Bihucourt, on pouvait tenir. On commençait déjà à faire des préparatifs pour fêter Noël dans la position, lorsque l'ordre de relève arriva le 18 décembre et provoqua une grande joie. Même si aucun combat important n'avait eu lieu au cours des quatre dernières semaines, chaque jour avait apporté son lot de pertes.

Au total, 89 sous-officiers et hommes de troupe sont morts, 1 officier (le lieutenant Lühr), 252 sous-officiers et hommes de troupe ont été blessés, 5 ont été portés disparus. Le temps humide, la boue et le travail pénible ont entraîné de nombreuses maladies. Mais toutes ces fatigues étaient maintenant oubliées ; on allait dans de vrais quartiers de repos. La relève a été assurée par les 31e et 86e régiments et s'est terminée le 22 décembre.

De la gare de Trith‑Saint‑Léger, les bataillons se rendirent à Valenciennes et, de là, ont marché vers les quartiers de repos : l'État-major, Les 1er et 2e bataillons se sont rendus à Anzin, le 3e bataillon à Beuvrages.

Repos à Valenciennes

du 23 décembre 1916 au 28 janvier 1917.

 

Les semaines que le régiment a passées dans ses nouveaux quartiers comptent parmi les plus belles de toute la campagne. Les logements à Anzin et Beuvrages étaient tous de bonne qualité et à peine installés, les préparatifs pour la fête de Noël étaient déjà en cours. Les commandants de compagnie, soutenus par leurs valeureux sergents-majors, ont fait tout leur possible pour offrir à leurs hommes une fête qui se rapproche de la paix. Mais comme les dons de bienfaisance attendus n'étaient pas encore arrivés, les fêtes de Noël des compagnies n'ont eu lieu en partie que le deuxième jour de Noël. A Beuvrages, plusieurs villas vides ressemblant à des châteaux offraient des locaux à cet effet. Dans l'église principale d'Anzin, le curé Kockelke a tenu des vêpres de Noël le soir de Noël, et les beaux vieux chants de Noël allemands ont retenti dans l'église française. Les pensées de la plupart d'entre nous se sont probablement tournées vers nos proches restés au pays ; comme ils ont pu se réjouir que leurs «Feldgrauen» aient pu célébrer la fête dans des quartiers de repos plutôt que dans les tranchées.

Immédiatement après les fêtes, on s'est attelé à l'aménagement des lieux. Un mess des officiers et des foyers de soldats ont vu le jour et ont connu un vif succès. Le 1er janvier, le corps des officiers s'est réuni au mess des officiers à Anzin.

Après les fêtes, le service a repris. Malgré le froid et la neige, les exercices et le service de combat ont été menés tambour battant. Souvent, les supérieurs hiérarchiques étaient présents. Son Excellence Von Ende a également pu procéder personnellement à la remise de Croix de fer à Anzin. A cette occasion, le lieutenant Fleischer, qui a fait ses preuves, a reçu celle de première classe. La coopération avec les pilotes d'infanterie (survoler pour explication) a également été étudiée et des exercices de marche ont eu lieu.

Malheureusement, le 5 janvier, le major Baader, qui avait été nommé commandant du 464e régiment d'infanterie, a quitté le régiment. Son successeur fut le capitaine de réserve Krug du 73e régiment de fusiliers.

La division fut rapidement informée de la région dans laquelle elle serait envoyée à la fin de sa période de repos. Elle était destinée à remplacer la 33e Division d’Infanterie, qui se trouvait au nord du dernier secteur occupé près de Miraumont. Cette région était toujours le théâtre de combats acharnés. L'Anglais tentait toujours de s'emparer des hauteurs dominant Serre et Puisieux d'où il aurait eu un excellent effet de flanquement sur la vallée de l'Ancre. Des jours difficiles s'annonçaient donc à nouveau. Un ordre de départ des détachements avancés reçu le 12 janvier fut certes annulé, mais le 25 janvier, il fallut définitivement se séparer. Les avant-commandos du IIe bataillon partirent ce jour-là pour Ecoust‑St‑Mein, son matériel suivit le 26 à pied, le bataillon lui-même le 27 en train.

Les autres bataillons ont célébré l'anniversaire de l'empereur par un grand coup de canon le 26 au soir et un réveil le 27 au matin. Les musiciens et la musique du régiment, dirigés par les adjudants du 1er ou du 3e bataillon, ont fait retentir les airs allemands connus depuis le beau temps de la paix. Après le service religieux dans l'église d'Anzin, les 1er et 3e bataillons se sont mis en ordre de marche et ont défilé devant le commandant du régiment. Un repas commun a ensuite réuni le corps des officiers au mess d'Anzin. Le 2e bataillon n'a malheureusement pas pu participer, car il avait déjà embarqué à 10h00 du matin à Valenciennes. Il est arrivé à Croisilles à 4h30 du matin et s'est dirigé vers Achiet‑le‑Grand où il est passé en réserve de la brigade.

Le 28 janvier, le 3e bataillon suivait, le 29 janvier l'Etat-major du régiment et le 1er bataillon ainsi que le matériel, marchaient sur Noreuil.

Le médecin auxiliaire Thum, qui avait participé dès le début à la campagne avec le 3e bataillon, a été transféré à la compagnie d’ambulanciers. Le médecin adjoint Wodtke a pris sa place.

Ainsi commença notre 2e campagne sur l'Ancre du 29/01 au 23/02/1917

 

Carte des lieux cités ( cliquer pour accéder)

En zoomant un peu sur la carte, on voit apparaitre les nombreux cimetières britanniques témoignage des combats  de la bataille de la somme, reconnaissables au marqueur vert  :

Petit exemple

 

 

Tirée du même historique une photo prise lors de Noël 1917, qu’ils ont passé moins confortablement dans le secteur de Cambrai.

Noël 1917

Le 22 décembre, S.M. l'Empereur passa en revue à Solesmes [à l'est de Cambrai] des délégations de troupes qui avaient participé à la bataille des Flandres - comme le RIR 230 - ou à l'attaque du 30 novembre près de Cambrai. Quatre officiers et seize sous-officiers du régiment, sous la direction du capitaine Krug, y ont participé.

Le quatrième Noël de guerre s'est passé dans le calme pour le 2d bataillon, qui avait entre-temps été désigné pour l'attaque à Séranvillers  [au sud de Cambrai].

L'après-midi, le bataillon a organisé une veillée de Noël et le soir, les compagnies se sont réunies autour de leur sapin. Pour le bataillon de première ligne (le 3e) et le bataillon de réserve (le 1er), la modeste joie festive qu'ils pouvaient se créer était écourtée par l'habituel et abondant travail de retranchement sur les tranchées ; il ne fallait malheureusement pas y renoncer non plus pendant ces nuits. Le jour de Noël, le lieutenant Hansel et le lieutenant Lankenau, grièvement blessé, ont reçu la Croix de fer de 1ère classe, 88 sous-officiers et hommes de troupe celle de 2e classe ; les vice-sergents du régiment, Vonges, Streiff et Vocke ont été promus lieutenants de réserve. Les dons de bienfaisance et les colis de Noël ont afflué en 1917, dans des conditions de vie encore plus difficiles que l'année précédente. Même avec la meilleure volonté de l'intendance et des officiers de ravitaillement, les repas de fête n'ont pas pu offrir grand-chose de plus que d'habitude, à part un peu de rhum et quelques cigares en plus.

Malgré tous les obstacles extérieurs, l'ambiance de Noël, les chants de Noël et les bougies ne manquèrent pas non plus dans la position. Noël s'invitait dans chaque abri, porté par la pensée des proches restés au pays et rendu familier par la camaraderie qui unissait chaque compagnie et chaque groupe. L'Anglais s'est tenu tranquille pendant les jours de fête et le ciel, au lieu du temps humide et brumeux des derniers jours, a envoyé un temps clair et ensoleillé, bien que froid.

Entre-temps, le 30 décembre avait été fixé comme jour d'attaque...

 

 

 

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