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Les civils du Valenciennois dans la Grande Guerre 1914-1918
11 décembre 2012

Otages en Lithuanie (III)

 

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PREMIERS TEMOIGNAGES et RETOURS

 

Le 17 avril 1918, arrivait à Valenciennes une lettre de l'abbé J. Bodescot, otage au camp de Jewie en Russie, qu'il écrivait pour remercier les personnes chez qui il avait logé, elle était ainsi conçue ;

 «Je vous remercie de votre cordiale hospitalité, c'était alors le beau temps, le pain gris est venu après le pain blanc. Après six nuits et cinq jours de voyage, sans chauffage, ni éclairage, par un temps froid très rigoureux, nous sommes arrivés en gare de Zosle, le 12 janvier, que nous avons quitté, à pied pour Milejgany, à six ou sept kilomètres, ou se trouvaient quelques bâtiments de ferme, à usage de camp non organisé. Nous y avons passé cinq jours dans une sorte d'écurie ou grange non chauffée.
«Le camp est si insalubre, que douze des nôtres sont morts, dont un en cours de route.
«Le vendredi 18 janvier, cent soixante ont été détachés de ce camp, et dirigés sur celui de Jewie, où nous sommes encore aujourd'hui. Ce camp est installé dans une église bien petite. Nous sommes pêle-mêle cent soixante, dont dix-sept prêtres, trente-cinq restés à Milesjgany, entassés les uns sur les autres, sur des paillasses de copeaux de un mètre carré. Tout se fait dans le local intérieur. bien chauffé.
«Nourriture matin ; jus de malt; midi ; soupe claire ou de rutabaga, ou d'orge ou de semoule, avec quelques pommes de terre et quelques grammes de viande une fois par semaine.»

 

Enfin, le 21 avril 1918, nous apprîmes avec plaisir qu'un wagon entier de vivres venait de partir de Hautmont à destination de Jewie, la C.R.B. de Bruxelles prenant tout à sa charge.
Le 25 avril 1918, par un temps orageux, accompagné d'une pluie torrentielle, nous fûmes surpris de voir arriver à Valenciennes les otages âgés de plus de 70 ans, ou malades, venant de Russie, soit en tout quatre-vingt-dix personnes.
Ces malheureux avaient mis onze jours pour venir de Jewie, ou de Milejgany.

M. Maurice Harpignies que je rencontrai, me raconta la façon cruelle avec laquelle ils furent traités à l'aller, quatre d'entre eux étant morts, le voyage avait duré cinq nuits et six jours, par un froid terrible.

Ils furent d'abord parqués dans une espèce de grange, dans laquelle le trop plein d'un fumier débordait. Ils étaient les uns sur les autres, sans tables, sans chaises, sans bancs, et furent bientôt dévorés par la vermine. On les changea ensuite pour les mettre dans un petite église à Zoslé, où ils furent un peu moins mal. La nourriture était épouvantable. Bientôt tous avaient épuisé leurs ressources pour acheter en fraude quelques denrées. Ils accusaient naturellement le comité, ne se doutant pas de toutes les démarches que nous fîmes pour eux. Il n'y avait dans le camp qu'un médecin otage, qui était impuissant à soulager ses camarades, car il n'avait à sa disposition aucun remède. Il eut bientôt le même sort que ses compagnons et succomba. Vingt de ces malheureux étaient morts; et soixante étaient à l'infirmerie,  plusieurs avaient même du y rester, n'étant plus en état de supporter le voyage.
Ils avaient à peine de quoi s'étendre, tous étaient entassés les uns sur les autres. Quand l'un d'eux mourait, on le mettait sur la table au milieu de la salle. La chose la plus terrible au réveil, était de voir parfois ce cadavre sans nez, sans oreilles, les yeux mêmes ayant été rongés par les rats.
Enfin le consul espagnol vint visiter leur camp [visite du 22 Mars 1918], et c'est à la vue de ce terrible spectacle qu'il entama des pourparlers pour améliorer le sort de ces pauvres gens, qui furent transférés dans un sanatorium à Roon, près de Vilna.
Quand il fit observer à l'officier, qui avait la charge du camp, que les otages devaient beaucoup souffrir, étant si mal traités, celui-ci répondit : « C'est exprès, nous voulons qu'ils souffrent, ce sont des représailles ! »
M. Jules Lefebvre, qui faisait également partie de ces otages, revenait avec un phlegmon à la main, quand le médecin du sanatorium l'examinant lui dit qu'il était grand temps de le soigner, la grangrène commençant à s'y mettre ; mais il fallut amputer la main, quelques jours après.
Pour comble de malheur, toute correspondance avec les pays occupés était interdite, ce qui augmentait leur souffrance morale. Heureusement le premier wagon de biscuits et de chocolat venait d'arriver, quand les otages rapatriés quittèrent Vilna. En résumé, malgré les privations et les souffrances, le moral resta toujours excellent chez tous.
En rentrant chez lui, M. Harpignies constata que ses meubles et son lit avaient été pris pendant son absence, et que sa maison n'avait même pas été respectée.


 Juste une remarque sur le Camp de Roon, pourtant composé de baraques en bois, qui leur a paru un Sanatorium.


 

CORRESPONDANCE AVEC LES OTAGES

 

Enfin le 22 juin, la Commandanture, après six mois et demi de pourparlers, donna l'autorisation de correspondre avec les otages :

 1° Il est permis d'envoyer des cartes ou lettres ouvertes écrites au crayon.
 2° Comme adresse, on doit mettre simplement ; X... otage de Valenciennes en Allemagne.
 3° Les cartes ou lettres doivent être déposées à part à la Sous-Préfecture qui, elle-même, les remettra en paquets séparés par otages, hommes ou femmes, au bureau allemand des laissez-passer.

           
L'envoi des colis était également autorisé.
Le 5 juillet [1918], Mme Ewbank recevait seulement les trois premières lettres de son mari qui se plaignait particulièrement des tortures que leur infligeaient les mouches et les moustiques. De plus, un article paru dans un journal allemand le 13 juillet, nous apprenait que les huit cents Alsaciens-Lorrains qui devaient être échangés contre les otages étant arrivés à Singen ; ce qui nous faisait espérer que les nôtres allaient bientôt revenir.
Enfin, le 24 juillet, à cinq heures du matin, M. Tromont, conseiller municipal arrivant en gare avec les otages de la 11e armée vint sonner chez moi pour m'annoncer l'heureux retour des otages de Russie. On put alors servir du café et des biscuits, en attendant mieux, à ces pauvres gens, qui étaient exténués, après dix-sept jours de voyage.
Ils furent conduits dans un immeuble de la rue Flamme, dont ils ne purent sortir que vers dix heures. La plupart d'entre eux allèrent diner dans les maisons qui leur avaient donné l'hospitalité. Les Valenciennois rentrés chez eux en descendant du train, nous donnèrent des renseignements précieux sur leur voyage.

Les hommes avaient quitté le camp de Vilna, le 8 juillet 1918. Arrivés à la frontière allemande, ils restèrent complètement nus pendant deux heures, pour être désinfectés, ce dont ils avaient grand besoin. On les conduisit ensuite au camp d'Holzminden, où ils rencontrèrent les dames otages, qui reçurent l'autorisation de passer quelques instants auprès de leurs maris. Ceux-ci restèrent quatre jours au camp, puis tous partirent pour Montmédy, où ils demeurèrent encore quatre jours, au milieu d'une saleté répugnante. Ils furent ensuite conduits dans la forteresse qu'avaient occupée les Russes. Ils s'y trouvaient si mal, qu'ils allèrent loger dans une église, où on les coucha sur des paillasses infectes. Ils approchaient enfin de Valenciennes, quand avant d'arriver à Avesnes, la machine fut dételée, et ils restèrent toute la nuit au milieu des champs. Les otages de Cambrai et du Quesnoy purent quitter la ville, à six heures et demie du soir, mais ceux de Somain qui faisaient partie de la 6° armée, ne purent continuer leur voyage, que le lendemain. Les otages de Curgies et de Saint-Amand et autres communes de la 6° armée, qui étaient à peu de distance de chez eux, furent obligés de continuer sur Lille, afin de viser leur laissez-passer pour leur Commandanture. M. Ferré, du journal l'Echo du Nord, de Lille, nous raconta dans le détail, les mauvàis traitements qu'ils eurent à subir à Vilna, où vingt-cinq d'entre eux moururent, et d'où une centaine revinrent avec des santés chancelantes. Ils crurent tous au début être condamnés à mourir de faim; aussi, nous furent-ils reconnaissants des colis que nous leur donnâmes à leur départ. Dès que les secours de France arrivèrent, au bout de trois mois, de captivité, ils furent sauvés. A Montmédy, ils avaient rencontré des prisonniers français et américains, qui leur avaient donné des nouvelles très rassurantes de la guerre. En traversant l'Allemagne, ils eurent l'impression que le peuple allemand avait encore plus faim que nous. L'on n'y rencontrait pour ainsi dire pas d'hommes et la tristesse était peinte sur tous les visages.

Dans le camp, les dames souffraient beaucoup de cette vie en commun, devant procéder presque en public à leur toilette. Toutefois leur moral était resté excellent, mais toutes avaient beaucoup vieilli et les mères souffraient plus que toutes autres d'être séparées de leurs enfants.
La première nuit, du 24 au 25 juillet, que passèrent les otages à Valenciennes, fut très mouvementée. Les avions pendant deux heures consécutives étaient venus inspecter les environs, et jeter des bombes sur Fresnes, Blanc-Misseron, et Raismes, tuant plusieurs personnes.
Les otages valenciennois se distinguèrent par leur andurance et leur bon moral.
Le frère du docteur Mariage put dessiner quelques vues de la région qui complétèrent le récit admirable que fit de cette captivité, M. Ferré, rédacteur, à l'Echo du Nord.
Pour passer leur temps dans la petite église où on les avait internés, ces Messieurs firent des conférences le soir. Comme il n'y avait que deux petites lampes pour tout éclairage, l'une était placée à côté du conférencier, l'autre éclairait faiblement l'auditoire. Des fils de fer barbelés entouraient l'église, ne leur laissant que très peu d'espace pour circuler.


En allant chercher à la gare M. Hélot, qui venait de Cambrai pour assister à notre réunion de la C. R. B, je vis encore les otages de Somain et des environs, qui, depuis le matin, attendaient, ayant vu partir devant eux leur train, parce que les policiers voulaient les fouiller. Après une dernière journée d'attente, ils purent péniblement regagner leur home si ardemment désiré.
Le samedi 27 juillet, j'eus le plaisir de déjeuner chez M. et Mme Ewbank, avec MM. La Grange, Thilloy et Théodore Hollande; il ne fut naturellement, pendant ce déjeuner, question que de leur séjour en Russie.

RECIT DE CAPTIVITÉ


Nous sommes heureux de donner l'ensemble des impressions recueillies par un de ces otages :


        «Arrivés à Jewie à huit heures du soir – écrit-il – l'officier qui nous accompagnait remit le convoi à son collègue, mais ce dernier, jugeant qu'il était trop tard pour nous conduire au camp, nous fit rester en gare sans manger, grelottant, jusqu'au lendemain matin, après sept jours de voyage.
«Pendant la nuit, la neige était tombée abondamment, et c'est dans cette tourmente, nous frayant un passage, que nous arrivâmes, exténués, à Miljegany.
«Ce nom passera à, la postérité, et restera une honte pour l'Allemagne. C'est après avoir parcouru les 4 kM. 500 qui séparaient la gare de cette ferme isolée, qu'un prêtre, en me voyant passer haletant, ne put s'empêcher de faire cette réflexion que j'entendis : « En voilà un qui n'en a plus pour longtemps!»
«Dans une grange infecte, que des prisonniers russes avaient occupée, comme un troupeau de moutons, cent cinquante otages se précipitèrent, pensant y trouver un peu de repos. M. Gravis, entré l'un des premiers, fit signe à ses compagnons d'infortune de ne pas y pénétrer, ayant reculé d'horreur. Pas une fenêtre; dans le centre, de l'eau croupissait, comme lits, trois étages de couchettes dans lesquelles grouillait la vermine. Aussi, n'est-il pas surprenant que vingt-quatre otages y trouvèrent la mort, sans compter ceux qui y perdirent leur santé.
«Il n'y avait ni médecin, ni remèdes, et l'officier de répondre aux demandes de secours qui lui étaient adressées : « Les malades ne m'intéressent pas, ils peuvent mourir» .

Aussi, les otages écrivirent-ils à l'Ambassade d'Espagne, qui finit par envoyer une Commission. C'est à la suite de cette visite [22 Mars] qu'ils furent changés de camp et allèrent à Roon, dans une église nouvellement construite, qui avait été bombardée.


        «A Milejgany, il n'y avait qu'une table, sur laquelle on mettait l'otage qui venait de mourir, et c'est devant son corps que l'on devait manger la soupe, ou mieux de l'eau claire. Puis, la nuit, les rats venaient à leur tour faire leur macabre festin. Il fallut suspendre avec des cordes ces malheureuses dépouilles, pour éviter qu'elles soient rongées. Comme cercueil, quelques planches prises dans le camp, et que l'on devait payer 13 marks.»


        Nos compatriotes avaient pu trouver dans la cour de cette ferme un petit abri où, tant bien que mal, ils s'étaient blottis. Ils eurent surtout à souffrir du froid et de la soif, car, dans le camp, il n'y avait pas une goutte d'eau.
Enfin, après deux mois de privations et de souffrances, le premier wagon de biscuits envoyé par la C.R.B. arriva, qui sauva la situation. Trois mois après leur départ, certains otages mangeaient encore du pain que nous leur avions donné à Valenciennes.
A la suite de ce déjeuner, en prenant le café, Georges Ewbank nous lut un passage de ses impressions qu'il avait écrites sur le vif, au camp de Milejgany.
D'une manière saisissante, il dépeignait la mort de ces malheureux otages. Plusieurs fois, il dut interrompre cette lecture, les sanglots l'empêchant de parler; et sa femme de lui dire ; « Arrête, arrête donc, c'est horrible...»  Nous mêmes étions émus, et malgré nous, les larmes baignaient nos yeux.
On voyait que M. Georges Ewbank revivait ces moments d'angoisse et de stupeur; ses yeux étaient étincelants, sa voix chevrotante, la haine au fond du cœur.
Pour ne donner qu'un détail de la mort de ces martyrs, je ne citerai que celle d'un Conseiller à la Cour de Douai qui, ayant une maladie de vessie, mourut peu de temps après son arrivée, dans d'horribles souffrances.

        Jusqu'au 8 mars, pour les quarante prêtres otages, il ne fut pas question de service religieux. Soir et matin, on récitait en commun les prières autour du feu; les indifférents écoutaient avec respect sur leur couchette. Le dimanche, dans ces mêmes conditions, ces Messieurs lisaient à haute voix la messe. Plus tard, ils obtinrent une petite chambre, dans laquelle trois prêtres pouvaient célébrer la Sainte Messe en même temps.
Mais l'esprit français reprit le dessus, et bientôt les otages organisèrent conférence sur conférence, chansons, musique et bridge qui ne perdit jamais ses droits, et grâce aux envois de France. Nous en eûmes un agréable échantillon au déjeuner que nous offraient M. et Mme Georges Ewbank, le temps se passa moins péniblement. Il me fut impossible de décrire les mille détails de cette dure captivité, dont le souvenir ne s'effacera jamais. J'ai voulu transcrire ces lignes, auxquelles je n'ai rien changé, M. Ferré, dans son récit, les ayant complétées, ainsi que M. Mariage qui les illustra. Qu'il me soit permis, en passant, de les féliciter, car jamais on ne fera connaître assez les abominations que nous firent subir les Allemands, faisant injustement la guerre aux civils.


Le 28 juillet 1918, j'eus le plaisir de retrouver mes amis M. et Mme Gravis, dont les deux fils avaient passé les lignes pour s'engager, et qui me racontèrent leur captivité et leur séparation qui fut terrible. Ce n'est qu'en avril que M. Gravis apprit l'internement de sa femme à Holzminden, et il me confirma des détails que nous avait donnés M. Georges Ewbank de leur séjour à Miljegany.


      Comme les messieurs, les dames arrivèrent au camp d'Holzminden exténués. On leur confisqua leurs bagages à main, et elles furent enfermées pendant quatre jours dans une petite baraque sans pouvoir sortir. Toutes furent fouillées et déshabillées.
Ces quatre jours leur parurent interminables, n'ayant à manger que de la mauvaise soupe qui leur était servie dans des écuelles. Les unes étaient accoudées, pensives, sur la table; les autres pleurant sur leur mauvaise paillasse de foin. Au bout de ces quatre jours, on leur rendit les sacs, mais sans les médicaments que toutes avaient eu la précaution d'emporter, et sans l'argent. Parmi ces otages, se trouvaient des évacuées du front. L'une d'elles avait sa fortune qu'elle n'avait pas voulu confier à une banque française. Les Allemands n'y mirent pas tant de formes, et ils lui confisquèrent les 30.000 francs or qu'elle portait si précieusement.
Pour leur toilette, ces dames qui, d'habitude, étaitent très coquettes, n'avaient pas le moindre peigne, ni la moindre brosse, ni même un essuie-mains pour se laver. Ce n'est que quelques jours après qu'elles eurent leurs bagages.
Mme Gravis fut assez grièvement malade pendant sa captivité, faisant une fièvre typhoïde et souffrant, de plus, de furoncles, restant couchée sur la dure. Mais, grâce à sa forte constitution, elle se rétablit et elle put reprendre ses fonctions de cuisinière de la baraque.


Quand les otages de Russie arrivèrent à Holzminden, ils passèrent devant la baraque des dames, qui reconnurent à peine leurs maris ou leurs amis, tant ils étaient courbés et vieillis. Mais, heureux de se trouver sur le retour, tous se ressaisirent; aussi, quand ils traversèrent les rues de Montmédy, les Allemands furent étonnés, après tant de souffrances, de constater cette gaieté et cette élégance.
Les dames, surtout, avaient voulu montrer aux Allemands leur résistance. Aussi, répondirent-elles à l'officier qui leur en faisait la remarque : « Les Françaises sont toujours ainsi» .

LA VIE MUNICIPALE REPREND

Le lundi 29 juillet 1918, en ouvrant la séance du Conseil municipal, M. Damien adjoint, souhaita la bienvenue à M. Tauchon [maire de Valenciennes] et le félicita de son heureux retour d'exil. Tous nous lui fîmes part de notre amitié et nous l'accueillîmes joyeusement.

M. Tauchon remercia très simplement, ajoutant ; « En effet, nous avons beaucoup souffert, mais c'était pour la France!» Puis il adressa un souvenir ému aux vingt-cinq otages qui étaient morts en Lithuanie. Il ajouta :«Le premier d'entre nous qui mourut fut le commandant Bodement [Beaudelot], de Sedan, qui ne put supporter le voyage. On le descendit en gare de Crovenow, et nous n'entendîmes plus jamais parler de lui. [il fut inhumé à Hohensalsa/Inowrocław] Vous ne sauriez vous imaginer ce qu'est la mort, rendue bien plus horrible encore dans ces tristes conditions.
«Nous trouvions parfois, gisant sur sa couchette, un compagnon d'infortune qui, épuisé par la souffrance et les privations, ne s'était pas réveillé
Après guerre, il se forma une Association qui devait publier ces atrocités.
Malgré tout, dans cet exil, l'esprit français prenait toujours le dessus, et grâce à M. Gallois, prix de Rome en musique, l'on exécuta quelques chœurs, et les poètes eurent le temps de caresser la Muse. En terminant, M. Tauchon se fit l'interprète des otages pour remercier la Municipalité de Valenciennes des soins qu'elle eut pour eux, les colis qu'ils reçurent leur ayant rendu les plus grands services.
M. Tauchon remercia également le maire de Montmédy, qui n'avait rien négligé pour les ravitailler.
En terminant, M. Tauchon constata «que les Allemands eux-mêmes avaient été honteux de la façon dont nous fûmes traités. C'est seulement à Holzminden que nous pûmes lire la Convention de Berne, qui ne fut jamais affichée dans notre camp. En tout cas, je suis heureux de me retrouver au milieu de mes collègues que je n'ai jamais oubliés dans mon exil.»


*
**


Puis, lecture fut donnée au Conseil municipal de la Convention de Berne, du 26 avril 1918, extraite de la Nordeutsche Allegehrine Zeitung, dont nous n'avions jamais eu connaissance.
Le 31 juillet, je rendis visite également à M. Lequesne, qui avait été aussi en Russie comme otage, et qui mourut des suites de sa captivité. Il me fit le même récit que M. Georges Ewbank, me disant que les six premiers mois avaient été terribles.

Quand ils arrivèrent en gare de Jewie, il partit avec M. Girault, en tête du convoi, pour préparer le logement. Après avoir parcouru 4km. 500 dans la neige, ils se trouvèrent en face d'une grange entourée de fils de fer barbelés, que des ouvriers russes venaient de quitter. J'en ai déjà dit d'ailleurs la saleté repoussante. Ce qu'il leur fut le plus pénible, fut le manque de linge, étant restés six semaines sans bagages. Il avait comme compagnon de lit, dans une couchette de 0 M. 60 de large, M. Fernand de Saint-Ouen, mort également des suites de sa captivité.
Comme cette couchette était trop courte de 0m30, ses pieds dépassaient. Ils se trouvaient dans l'obscurité, un mauvais quinquet fumant éclairant à peine cette pièce dans laquelle ils restaient de quatre heures du soir à cinq heures du matin, ce qui rendait les nuits très longues et plus lugubres encore.


*
**

Plusieurs otages ayant demandé à être évacués, la Commandature envoya à la Mairie la note suivante, datée du 23 août :

«Il est porté à la connaissance de la Mairie que la demande des otages suivants ; Mme Dremaux (Vve Zoude), MM. Lévy-Stein, Dupont Paul, Dupas Maurice, Dupont Abel, Dupont Maurice, Delaralle Emile, Blocaille Eugène, pour renvoi en France non occupée, a été refusée parce que, suivant décision des autorités militaires compétentes, la Convention de Berne ne leur est pas applicable.»

Nous ne pouvons nous empêcher de rendre une fois de plus hommage à ces victimes du devoir qui, par amour de leur Patrie, supportèrent les plus cruelles souffrances

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     Un témoignage d'otage revenu de Russie pour cause de maladie (Monsieur A. DANIEL, industriel à Louvroil) est retranscrit à la date du 28/04/1918 dans le livre de Georges DUBUT-MASION "Journal d'un bourgeois de Maubeuge", édité en 1923 et disponible sur le site nordnum.univ-lille pp236 à 238. On y retrouve (avec une orthographe parfois approximative) les lieux d'internement des otages.

 

 

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6 décembre 2012

Otages en Lithuanie (I)

 

IIe partie >>

 

DEPART DES OTAGES POUR LA LITHUANIE

 Extraits du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

       Dès le samedi 29 décembre 1917, la Municipalité [de Valenciennes] était avisée à dix heures du matin, que cinquante-six otages de la 11e armée, devaient être logés chez l'habitant, et l'on nous demandait de préparer à manger pour soixante-trois personnes, ce qui nous fit croire qu'il y aurait sept otages pour Valenciennes.

       La Municipalité décida de remettre à chacun un colis contenant 1 kg. de chocolat, 2 boîtes de lait, 0,500 gr. de cacao, 1 kg. de riz, 1 kg. de sucre, 1 kg. de café, et 28 biscuits.
De plus, la Municipalité fit remettre aux personnes qui recevaient des évacués, un pain, 0,250 gr. de beurre, une boîte de lait, 500 gr. de riz et dix biscuits.

       Mais au lieu de cinquante-six otages, il en arriva quatre-vingt, soixante logements seulement ayant été préparées, il fallut donc loger les vingt autres dans des auberges quelconques.
Dès que j'appris cette triste nouvelle, je courus chez mon ami, J. Ewbank pour l'avertir que les Allemands allaient prendre des otages. J'y rencontrai le Baron de la Grange de Sebourg venu pour déjeuner. Nous causions de la situation bien triste où nous nous trouvions, quand un gendarme en grande tenue, accompagné d'un soldat, se présenta, tenant en main la liste des otages, et dit à M. Ewbank ;

«Je suis chargé de vous aviser que vous devez être prêt à six heures du soir pour partir en Allemagne. Vous avez droit à 50 kg. de bagages» .
Le gendarme nous montra la liste des sept otages valenciennois qui étaient MM. :

Lest, de l'Administration des douanes;
Georges Ewbank, propriétaire;
Fernand de Saint-Ouen, propriétaire;
Lequenne, pharmacien;
Gaillard, juge au Tribunal civil;
Gravis, notaire.

M. de Saint-Ouen était au nombre des invités de M. Ewbank. c'est ainsi qu'il apprit qu'il était sur la liste des otages.
Je rencontrai chez moi M. Gravis, et je lui dit de rentrer directement chez lui, qu'une mauvaise nouvelle l'attendait, car il partait le soir même comme otage pour une destination inconnue. Quant à M. Gaillard, étant gravement malade, il fut remplacé par M. Tromont, conseiller municipal.

       Je recevais chaque samedi quelques amis. Ce jour-là, notre déjeuner fut naturellement très triste, car je désirais aller faire mes adieux aux voyageurs forcés. A dix heures du soir, je fus appelé au poste de police, pour recevoir de nouveaux otages venant de Bavai, Denain, Le Quesnoy, Bouchain, etc...

       Cependant, à une heure et demie du matin, tous étaient logés, les habitants leur ayant fait un fraternel accueil. C'est ainsi que Mgr Jansoone, doyen de Saint-Géry avait donné son lit et celui de sa bonne à deux ecclésiastiques. Les premiers otages que je vis, venaient du Quesnoy. L'un d'eux, un instituteur avait été prévenu en pleine classe et avait dû sur le champ quitter ses élèves. Il avait mis ses bagages dans une malle que le commandant trouva trop grande, et les lui fit mettre dans deux vieux sacs troués. Un autre, vieillard, avait dû quitter sa femme mourante, alors qu'une voisine lui apportait une boisson chaude avant son départ ; le commandant lui-même l'empêcha de la prendre, et le brutalisa.

       Il nous semblait que cette fois, les otages étaient menés très durement. Nous ne nous étions hélas pas trompés, car ces malheureux devaient subir d'autres tourments. La Commandature, toujours sans pitié, leur fit dire qu'ils partaient dans l'Est de l'Allemagne, où il faisait très froid, et de prendre des vivres pour cinq jours.

       La journée du 2 janvier 1918, fut une journée d'émotion pour les otages, qui avaient été appelés le matin à la commandature, puis renvoyés chez eux. Mais le commandant les avait avertis de s'assurer toutes les heures si une convocation ne les appelait pas pour un départ immédiat ; raffinement de cruauté bien allemand!
Le 5 janvier, ils attendaient toujours, se demandant ce qu'on allait faire d'eux. Certains d'entre eux se trouvaient dehors, les officiers allemands ayant pris leurs logements.
Je rencontrai enfin, le lieutenant Toreksdorff qui me dit que l'appel aurait lieu l'après-midi à quatre heures, et que le départ se ferait le lendemain à trois heures. Le rendez-vous fixé était la place de la Gare.
Toutefois, cette réunion eut lieu dans les magasins Billiet, rue Saint-Géry. Les otages étaient au nombre de cent trois. Il leur fut recommandé d'être exacts au rendez-vous, et de prendre du ravitaillement pour cinq jours, la soupe devant leur être servie en route.
M. Billiet leur fit des adieux touchants, leur souhaitant beaucoup de courage, et surtout un prompt retour.

Comme il regrettait de ne pouvoir obtenir leur renvoi dans leurs familles, le lieutenant Toreksdorff lui répondit :

«  Vous n'avez qu'à vous en prendre à la France!»


              J'interromps ici le récit, car même si en temps de guerre, il n'y a pas vraiment besoin de raison, l'occupant prétendait bel et bien en avoir une, qu'il avait exposé fin 1916 dans "La Gazette des Ardennes" et qui servit de prétexte aux déportations :

     A leur arrivée en Alsace en 1914, les troupes françaises ont emmené les fonctionnaires impériaux en poste dans les villes sous contrôle de l’armée française ainsi que leur famille. Ceux-ci ont été internés dans des camps en France et en Algérie. De longues tractations ont commencé entre la France et l’Allemagne pour régler leur sort. Afin de faire céder le gouvernement français, les Allemands décident en novembre 1916 de déporter 300 civils du Nord. Ces otages – hommes et femmes – sont choisis dans les mêmes catégories socioprofessionnelles que les Allemands emprisonnés. Parmi eux se trouvent de grands industriels (Prouvost, Pollet, Motte, Masurel, Tiberghien…), des élus, des juristes, des avocats, des médecins… Un début d’accord ayant été signé entre les gouvernements français et allemand, ces premiers otages sont rapatriés en avril 1917.
    Comme les négociations franco-allemandes piétinent, les Allemands procèdent à une deuxième déportation massive (600 personnes) en janvier 1918. Cette fois, seules les femmes sont internées à Holzminden. Les hommes sont déportés en Lituanie dans les camps de Jewie, Milejgany et Roon, dans des conditions bien plus dures : vingt-six d'entre eux y trouvent la mort.
(source : l'histoire par l'image

Je rassemblerai plus loin les articles de la Gazette, et je me contente d'exposer la situation, bien que l'on puisse déjà faire remarquer que le Dr Albert Schweiter lui-même, placé en résidence surveillée dès 1914 en tant que citoyen allemand sera interné (à Garaison dans les Hautes-Pyrénées) en 1917.

Bien évidemment, ce n'est pas la première prise d'otages à Valenciennes, les faits s(er)ont rapportés ici.


 

       Les otages remercièrent M. Billiet de l'accueil qu'ils avaient reçu à Valenciennes. Ils surent supporter avec courage et résignation cette terrible épreuve, cachant leur juste émotion à leurs ennemis.
Le lendemain, par un froid de dix degrés au-dessous de zéro, tous furent exacts au rendez-vous. Nous nous étions occupés du transport des bagages et des cent caisses de victuailles, ainsi que de trois cents pains qui les accompagnaient.
Parents et amis avaient suivi les otages, de sorte que la place de la Gare présentait un aspect pittoresque, mais bien triste. Le lieutenant Toreksdorff et son secrétaire, à l'heure indiquée, firent entrer les otages un par un et firent le pointage.
A quatre heures, le train entra en gare, venant de Lille, Roubaix, Tourcoing, Douai, dans lequel étaient deux cent cinquante autres otages. Ceux de Valenciennes montèrent dans le même compartiment de 3e classe. Ce train n'arrêtant que quelques minutes en gare, nous eûmes à peine le temps de distribuer les denrées aux cent trois otages.


        Nous ressentîmes une poignante émotion quand, à quatre heures trente, le train s'ébranla, emportant ces trois cent cinquante otages. Ceux de Roubaix étaient partis à six heures et demie et ceux de Lille à dix heures ; on leur avait dit que le trajet serait de cinq jours, mais il fallait compter sur les imprévus.


       Un entrefilet de la Gazette de l'Allemagne du Nord nous révéla quelques jours après leur départ, qu'ils avaient été dirigés vers une localité située entre Vilna et Kowno, et que le lieu de leur internement était actuellement la forteresse de Milejgany et Zosle.
Le Conseil décida d'envoyer aux otages de Valenciennes, un colis par quinzaine, mais cette résolution ne fut jamais exécutée.
Enfin, le 18 janvier 1918, nous reçûmes des nouvelles de ces malheureux qui nous apprirent que le voyage de Valenciennes à la gare de Zosle, près Kowali, avait duré six jours, et que pour les remettre de cette grande fatigue, les Allemands les obligèrent à se rendre à pied, dans la neige, au château de Milejgany, qui se trouvait à 10 kilomètres de la gare ; aussi un otage de Sedan, âgé de 70 ans, mourut-il en arrivant.
Connaissant le lieu de leur internement, Mme G. Ewbank vint me prier de faire parvenir un peu de ravitaillement à son mari, mais la Commandature fut sans pitié, ayant reçu des ordres très sévères pour que rien ne fut envoyé aux otages. Je me retournai alors vers le capitaine Neuerbourg qui me promit d'en parler au Grand Quartier Général pour que la C.R.B. [Commission for Relief in Belgium] obtint la permission d'envoyer régulièrement des colis.


De Valenciennes au terminus, il leur aura fallu parcourir quelques 2100km pour atteindre Milejgany, actuellement Mijaugonis, toujours en Lituanie, qui se situait alors au-delà de la frontière de la Prusse Orientale, en territoire conquis sur le front de l'Est.

L'itinéraire depuis Roubaix et Lille passe par Douai, Valenciennes, (Charleville-)Mézières, Sedan, Luxembourg, Trèves, Mayence, Erfurt, Leipzig, Berlin, Posen (Poznan), Hohensalsa (Inowrocław), Thorn (Torun), Kovno (Kaunas).

 


En bleu le trajet est représenté sur route, peu différent de celui par rail qui n'existe pas avec MyMaps.
En rouge le trajet par rail depuis la frontière germano-russe, tracé à la main en suivant les voies.

 

 Croquis de Charles MARIAGE illustrant le livre d'Emile FERRÉ
"Nos étapes de représailles en Lithuanie."

otages1
L'arrivée des otages à Zosle le 12 janvier 1918

otages2
Étable servant d'annexe à la grange de Milejgany

otages3
Vue intérieure de la grange de Milejgany où furent parqués plus de 450 otages

 

Situation des localités à l'ouest de Vilnius (Wilno) en actuelle Lituanie :

campsKoschedary, Zosle, Milejgany, Jewjie, puis Ponary et Biała-Waka
qui apparaissent dans la suite du récit.

Avant de reprendre le sujet de la déportation des hommes, l'auteur raconte celle des femmes vers le camp de Holminden.


               Nous pensions la série des otages terminée, quand le 11 janvier 1918, la Commandature informait la Municipalité de préparer le logement pour quarante-sept otages dames qui devaient passer une nuit à Valenciennes; trois Valenciennoises, Mesdames Gravis, Regard, Meurisse, désignées pour partir à Holzminden devaient les rejoindre.
Une amie, Mlle Dubois, en apprenant cette triste nouvelle vint me demander de l'accompagner à la Commandature, afin d'obtenir la permission de remplacer Mme Gravis, dont le mari était parti le dimanche précédent comme otage en Russie.
Le capitaine Krauss, qui logeait chez moi, nous reçut très aimablement, mais nous renvoya au capitaine Toreksdorff. Celui-ci nous dit qu'il référerait à l'inspection, mais il nous laissa peu d'espoir, car il ajouta ; « Moins pour elle que pour toute autre, ses deux fils ayant regagné la France par la Hollande» .
Le vendredi 11 janvier, arrivaient, vers cinq heures les premiers otages venant des Commandatures d'Artres et de Bavay. Une pauvre dame de Bavay me pria en pleurant, de bien vouloir l'accompagner à la Commandature, ne pouvant se résigner à abandonner ses quatre petits enfants ; une autre de Cambrai, dont le mari était très souffrant, en laissait sept dont l'aînée avait onze ans.
M. Billiet m'ayant demandé d'assurer le logement en ville de ces otages, je passai une partie de la nuit au bureau de police. Ces dames arrivèrent par petits groupes, encadrées de soldats armés. Ceux-ci remettaient les otages entre les mains de la Commandature, puis elles se rendaient au bureau de police pour recevoir leur billet de logement.
Le dernier groupe arriva à minuit et demi, venant de Cambrai.
Parmi elles se trouvait Mme Risbourg, dont le père était déjà parti le dimanche pour la Russie. Voici d'ailleurs la liste de ces otages ;

Mmes
Devred
, Aniche;

d’Haussay, Artres;
Lecompte, Vendegies;
Merlem, Aniche;
Picques, Somain-sur-Ecaillon;
d'Haussay, Monchaux;
Malet, Thiant;
Terifocq, Le Quesnoy;
Henion, Le Quesnoy;
Willot, Bavay;
Darche, Bavay;
Brasseur, Taisnières;
Vilain, Louvignies;
Cabaret, Le Quesnoy;
Moisy, Escarmain;
Hautecœur, Haussy;
Caudron, Haussy;
Filippi, Le Cateau;
Richard, Le Cateau;
Pegin, Le Cateau;
Delporte, Lewarde;
Duflos, Ecourt-Saint-Quentin;
Brogna, Remancourt;
Moriaux, Ecourt-Saint-Quentin;
Osaneaux, Caudry;
Richez, Caudry;
Qivy, Caudry;
Clouet, Denain;
Langaine (Wurth), Denain;
Sacclier, Denain;
Bricourt, Clary;
Boutin, Bertry;
Monsecourd, Oisy-le-Verger;
Conseile, Mastaing;
Boulet, Etrain;
Navet, Preux-au-Bois;
Didier, Pont-sur-Sambre;
Vinoy, Fontaine-au-Preux;
Risbourg-Chassart, Bouchain;
Wiart, Cambrai;
Tribout, Cambrai;
Parent, Cambrai;
Bricourt, Cambrai;
Charlet, Cambrai.
Mlle Noblecourt, Bousy;


Le samedi 12 janvier le départ des otages nous causa une grande impression.
Malgré toutes ces tristesses, aucune d'elles ne versa une larme, et comme le faisait remarquer l'Officier allemand de service, sur le quai de la gare ;
«Ce sont de vraies Françaises, toutes ont le sourire sur les lèvres» . Mais s'il avait pu voir le fond de leur cœur, rempli de tristesse!
Le rassemblement avait lieu à midi, sur la place de la gare. Comme les messieurs, les dames entrèrent une à une, pour le pointage par la grille de la Grande Vitesse. Il faisait un vent du nord glacial ; elles durent cependant attendre le train en plein air. Il ne se fit heureusement pas attendre.
MM. J. Billiet, Gabet, Debeukelaere et moi avions seuls l'autorisation de pénétrer dans la gare pour distribuer le ravitaillement. Les otages de Valenciennes montèrent dans la première voiture du train, qui cette fois était chauffé, et nous pûmes en passant adresser quelques paroles aux dames venant de Lille, et de Douai.
Ces pauvres femmes avaient été enfermées la veille au soir dans une caserne, n'ayant qu'une paillasse pour se coucher et rien pour se laver. La femme de M. Davaine, sénateur, Maire de Saint-Amand, faisait peine à voir.
Celles de Lille, élégamment habillées faisaient contraste ; je reconnus
Mmes Wallaert et Le Blanc, de Douai.
Il y avait également sept jeunes filles :
Mlles Maroniez, Moreau, M. Dupont, Toison, A. Lavoix, de Baillencourt, Sirot,
Mmes Legrand, Jossez, Defontaine, Baude.

Je ne pourrai dire l'impression que je ressentis en apercevant Mme Legrand de Lecelles, dont le mari, qu'elle n'avait pas vu depuis un an, se trouvait par hasard à Valenciennes, car en qualité de Maire de Lecelles, M. Legrand n'avait pas voulu quitter son poste. Je sortais justement de la gare, quand je le rencontrai, il me demanda si je connaissais le nom des otages de Douai, qui se trouvaient dans le train, je ne pus lui cacher celui de sa femme.
Inutile de dépeindre son émotion. L'officier de service à qui je signalai le fait, me donna la permission de le laisser pénétrer dans la gare, mais déjà le train s'ébranlait. Il se précipita au passage à niveau, mais le dernier wagon venait de passer.
Une dame du Cateau ayant été reconnue malade par le médecin allemand, eut l'autorisation de ne pas partir, mais le commandant téléphona pour la remplacer. Or, sa remplaçante, Mme Chambel, arriva à Valenciennes au moment où le train des otages allait se mettre en route. Elle se disposait à rejoindre ses compagnes d'infortune, quand le soldat qui l'accompagnait lui fit remarquer qu'il devait la remettre entre les mains de la Commandature. Ils s'y rendirent donc mais quand ils revinrent, le train était parti. Elle coucha le soir chez M. E. Baron, toujours très hospitalier, et le lendemain, l'autorité allemande la renvoya dans ses foyers, ne pouvant la conduire seule à Holzminden.


 Le rédacteur continue avec les tentatives pour venir en aide aux otages partis en Lithuanie. Totalement dépendants du vouloir de l'occupant, comme les otages eux-mêmes, ils ne peuvent espérer d'aide que d'organisations internationales issues de pays neutres ( Hollande, Espagne) reconnues par l'occupant.


            Le Comité Hispano-Hollandais avait fait une demande pour envoyer des colis aux otages, mais à la réunion du 19 février, le délégué hollandais, M. Gorter nous avisa que l'autorité allemande refusait d'envoyer des colis aux mille otages qui étaient dans le fort de Milejgany.
Le Comité tenta cependant une nouvelle démarche pour faire partir à Hautmont, un wagon de biscuits. Pendant ce temps, les parents des otages étaient attristés de ne pouvoir leur venir en aide. Aussi, fit-on prévenir le gouvernement français, par des évacués de cette triste situation, avec l'espoir qu'il leur viendrait en aide.
M. Giraud, otage en Russie, avait pu faire parvenir une lettre disant qu'ils avaient très faim, mais que le moral de tous les Valenciennois était excellent, malgré cette rude épreuve.
Ils étaient logés dans une église orthodoxe, mais avec une installation très rudimentaire, n'ayant qu'une seule cuvette pour se laver tous.
Nous eûmes enfin la satisfaction d'apprendre que nos démarches pour venir en aide aux otages n'avaient pas été vaines, car le Comité d'alimentation du Nord de la France nous faisait bientôt parvenir la lettre suivante ;

«Valenciennes, le 28 mars 1918.
«Comité de District de et à Valenciennes
«Ravitaillement des otages français.

Nous avons l'honneur de vous informer qu'à la suite de démarches qui ont été faites par le Comité Hispano-Néerlandais, avec le bienveillant intermédiaire de M. le Hauptman, comte Wentgersky et de MM. les Verpflegungs-Offiziers [officiers de ravitaillement] attachés aux districts, le Ministère de la Guerre à Berlin, a bien voulu autoriser l'envoi d'approvisionnements pour les otages français déportés il y a environ deux mois.»

«Nous conformant aux instructions qui nous ont été données à cet effet par les autorités allemandes, et dans le but de donner le plus de sécurité possible aux expéditions, nous avons décidé de faire l'envoi de ces approvisionnements en wagons complets.
«Un premier wagon est parti le 1er mars de Bruxelles pour le camp de Holzminden, où sont internés quatre-cents otages.
«Un second wagon, emportant le nécessaire pour cinq cents otages a été expédié également de Bruxelles le 20 courant à destination de Hautmont, d'où il sera réexpédié vers le camp de l'Est, où ces otages ont été placés en résidence. (Cet envoi a été fait dès que nous avons été renseignés sur le lieu de l'expédition.)
«Les expéditions comportent de 12 à 15 kg. de biscuits et de 1,200 à 1,500 de chocolat par otage, soit une quantité pour les besoins d'environ un mois. Nous espérons renouveler cet envoi tous les mois.
«Les dépenses résultant des fournitures et du transport seront mises à charge de la réserve de notre comité.
«Nous pensons que ces renseignements intéresseront votre Comité qui pourra ainsi, si la chose est possible, rassurer les familles des déportés sur ce point.
«Agréez, Messieurs, l'assurance de notre considération distinguée.
«Signé ; VAN BREE -LE BLANC



     Réponse du comité de district de Valenciennes au comité d'alimentation du Nord de la France, Bruxelles :

 «Valenciennes, le 29 mars 1918.
«Messieurs,
«Nous avons le plaisir de recevoir la lettre du 22 mars courant, par laquelle, vous avez bien voulu nous instruire de l'heureux résultat de vos efforts, tendant à l'envoi d'approvisionnements alimentaires aux otages français à Holzminden et en Livonie.
«Nous vous sommes tout particulièrement reconnaissants, laissez-nous vous le dire, de l'empressement avec lequel vous avez étendu les soins du C. F. à soulager l'épreuve de ces otages et du zèle appliqué à provoquer et à poursuivre les démarches nécessaires pour y arriver. Tous les auxiliaires qui vous ont, en cette circonstance, prêté leur bon concours, ont part naturellement à nos remerciements. Et nous sommes assurés de parler ici, non seulement en notre nom personnel, mais au nom des familles, et de tous les concitoyens des absents, auxquels s'attache d'une façon bien compréhensible le plus sympathique intérêt.
«En prenant en outre à sa charge et la peine matérielle et les frais des envois annoncés, la C. F. a encore accru ses titres à l'affectueuse gratitude des populations des territoires occupés; nous avons à cœur d'en rendre témoignage.
«Veuillez agréer, Messieurs, l'expression de nos sentiments dévoués, et les plus distingués.
«Le directeur commercial, Le délégué central,
«Signé ; E. BRANQUART. Signé ; J TURBOT.



6 avril 1918  Comme raffinement de cruauté, la Commandanture retourna aux familles les cartes qu'elles avaient écrites aux otages de Russie. Par contre, il était arrivé quelques lettres réclamant à cor et à cri de la nourriture, tous se plaignant d'être traités très durement, et de manquer du strict nécessaire. Aussi, cette lettre du comité d'alimentation vint-elle juste à temps pour calmer l'inquiétude des parents.

 

 

IIe partie >>

 

1 décembre 2012

Le Lieutenant-Colonel BERNARD, Iwuy

Lieutenant-Colonel  Eugène BERNARD

Extrait du livre de René Delame : "Valenciennes Occupation allemande 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs" Hollande & Fils ed. 1933

Le colonel Bernard, [du 27° RIT] continuant sa retraite, n'eut pas le temps de monter dans son auto, alors qu'il se trouvait à Iwuy :  un hussard allemand le rejoignit et lui transperça la gorge.
Tel fut le triste bilan de cette tragique journée du 25 août 1914.

  • Le 22 Août 1914, dans sa 61° année, le Lt-Cel BERNARD avait été nommé commandant d'Armes de Valenciennes.
  • Extrait du JMO du 27°RI en date du 25 Août :

027RIT_19140825_Iwuy

 

  •  L'historique (sommaire) du 27e régiment d'infanterie territoriale, disponible sur Gallica décrit la situation des unités engagées :

.....
       Le 2e bataillon, qui se trouve le plus avancé, puisqu'il occupe la région Château-l'Abbaye - Condé-sur-l'Escaut, reçoit cet ordre le 24 au soir ; les 1er et 3e bataillons le reçoivent le 25 au matin. Le mouvement commence aussitôt. Le lieutenant-colonel Bernard a dû, pendant  la nuit, évacuer Valenciennes, que les troupes allemandes commencent à encercler. Il arrive à Avesnes-le-Sec à 6 h. 30, au moment précis où le chef de bataillon Bourdel, qui occupe ce bourg, reçoit de la Division l'ordre d'aller défendre Iwuy afin de permettre aux troupes voisines de traverser l'Escaut sans être inquiétées.


Déjà, la 2e compagnie, capitaine Maury, est, depuis 6 heures, engagée fortement au Pavé-d'Hordain et s'efforce de barrer à l'ennemi la grande route de Cambrai. La colonne, composée des 1re et 4e compagnies et du convoi du bataillon, se met en marche. A 150 mètres du passage à niveau d'Iwuy, à l'entrée même de ce village, elle se voit brusquement attaquée sur son flanc droit.

Le combat s'engage, mais est de courte durée. En quelques minutes, l'artillerie et les auto-mitrailleuses ennemies détruisent le convoi, avec tous ses chevaux, et la section de mitrailleuses française, qui n'a pas même le temps de mettre ses pièces en batterie.

Les deux pelotons de la 1re compagnie, capitaine Hartuis, toute la 4e compagnie, capitaine Martin-Morel, sont décimés, tandis qu'à 8 h. 15, au passage à niveau, le lieutenant-colonel Bernard, commandant le Régiment, est tué d'une balle à la gorge.

Les débris de la colonne, rassemblés grâce à l'énergie et à la présence d'esprit du chef de bataillon, réussissent cependant à se dégager et gagnent Cambrai. Aux portes de cette ville, ils sont rejoints par la 3e compagnie, capitaine Le Motheux du Plessis, laquelle, ayant reçu l'ordre de rallier directement Iwuy, a été engagée de son côté et a réussi, elle aussi, à échapper aux étreintes de l'ennemi.

.....
  • On trouve dans le livre de Cyriaque Dreumont cette relation du décès du lieutenant-colonel Bernard (p. 26 et s.):

    Le combat d'Iwuy (25 août 1914):

    "Le lieutenant Hervé, de la 1ère compagnie, formant pointe d'avant-garde, a disposé ses hommes tout le long de la rue de la Sautière, dans Iwuy même; il les a postés à l'angle de chaque maison permettant une visibilité de tir propice et lui-même, avec le reste de sa section, s'est placé dans la maison du garde-barrière, sur la droite. 

    "Imperturbable, avec un magnifique sang-froid, il fait le coup de feu sur les tirailleurs dissimulés derrière les diziaux de récoltes sur la crête, et tous ses coups portent car il est excellent tireur; mais, il est impossible de s'éloigner de l'angle de la maison sans être aussitôt fauché par les mitrailleuses du cimetière. 

    "Le lieutenant-colonel Bernard, qui était avec le lieutenant Hervé, s'avance un instant pour voir et tombe frappé d'une balle à la gorge, il est 8h15; on le transporte aussitôt dans la maison, mais la position devient intenable, il faut chercher un abri à l'arrière de la Goudronnerie, à gauche, puis du côté de la gare, à droite, mais les obus ne tardent à tomber sur ces bâtiments. Le commandant Bourdel revenant d'une rapide reconnaissance, trouve alors le cadavre du colonel qui avait eu l'artère carotide coupée et était mort dans un flot de sang; le commandant Bourdel détacha rapidement la Légion d'honneur, prit la montre, le portefeuille et les papiers de son supérieur, il serra le tout dans son mouchoir teint de sang et il remit pieusement ces objets à la Mairie de Cambrai le soir même."

 

HS

 

 

  • Le carré communal d'Iwuy ( Nord).

IWUYMaMLe Monument dans le Cimetière d'Iwuy
(à gauche au fond la Great Cross du Cimetière britannique)

 

Cel_BERNARDAu verso du monument, l'inscription :

"1914-1918

27e TERRITORIAL
Cel EUGENE BERNARD
ALPHONSE FREDET
FERNAND GANET

REPOSENT ICI"

   

    Les états de service de cet officier supérieur étaient remarquables : BERNARD Eugène Gabriel était né à Metz le 19 Avril 1854 ; en 1871 il avait 18 ans quand son pays, la Lorraine, fut arraché à la France ; ne voulant pas servir dans l'armée allemande il s'engagea volontairement au 2me Régiment d'Infanterie de Marine le 26 Août 1872, et c'est dans nos colonies qu'il accomplit toute sa carrière militaire :

  • De 1874 à 1875, il est à La Guadeloupe;
  • Le 12 Juin 1877, il passe sous-lieutenant au 1er Régiment d'Infanterie de Marine ;
  • De 1878 à 1879, il est au Sénégal ;
  • Le 1er Juin 1880, il passe lieutenant au 3ème Régiment d'Infanterie de Marine ;
  • De 1881 à 1883, il est en Nouvelle-Calédonie ;
  • De 1883 à 1884, il fait la guerre du Tonkin ;
  • Le 31 Mai 1884, il est promu capitaine au même Régiment ;
  • De 1890 à 1891, il est à La Réunion ; en 1891, il est aux Comores et Mayotte ;
  • Le 21 Avril 1895, il est nommé chef de bataillon au 7ème Régiment d'Infanterie de Marine ;
  • De 1895 à 1897, il retourne à La Réunion; de 1895 à 1897, il est en Cochinchine et le 30 Novembre 1898, il est admis à la retraite et le 2 Août 1914, il est nommé lieutenant-colonel au 27ème R. I. T. ; il était décoré de la médaille du Tonkin, de Chine, d'Annam ; Chevalier de l'Ordre royal du Cambodge en 1888.

     Le Lieutenant-Colonel a été fait Chevalier (1893) puis Officier (1912) de la Légion d'Honneur : son dossier détaillé dans la base Léonore  permet de suivre son parcours au plus près.

    Le site "Sépultures de Guerre" confirme que les 3 hommes sont enterrés au cimetière d'Iwuy, dans une tombe collective, probablement sous le monument. Seul le lieutenant-colonel possède un acte de décès dressé en 1914 (acte n°42 d'un registre détruit par fait de guerre, reconstitué en 1924), situant sa mort au lieu-dit "la Montagne"

  

LaMontagne

 

 

  •  FREDET Francisque Marie Aimable : Alphonse n'étant pas son prénom, né à Pontcharra (Isère) le 21/11/1877. Il s'était marié à Calais en 1911. Caporal au 27e RIT, 2eme section de mitrailleuses, il est tué au combat d'Iwuy le 25/08/1914. Il n'y aura pas d'acte de décès établi à Iwuy, il faudra un jugement du tribunal de Boulogne-sur-mer en 1920, transcrit à Calais le 28/07/1921 - soit quasiment 7 ans plus tard-  pour que son décès soit officiel.  Entre-temps la famille aura tenté d'avoir des nouvelles par l'intermédiaire de la croix-rouge, l'espérant prisonnier comme l'attestent les (fiches de) recherche dans l'intéret des familles en 1915, mais qui n'ont pas abouti, n'ayant pas été inhumé dans une tombe collective que l'occupant avait répertorié.


  • GONET Fernand Jules Auguste et non pas GANET, ce que confirment les actes d'état-civil. Né le 28/12/1877 à Mamers, dans la Sarthe, ville d'origine du 27eRIT où il était sergent-major, il s'était marié en 1902 au Mans. Il est tué au combat d'Iwuy le 25/08/1914. Il n'y aura pas d'acte de décès établi à Iwuy, il faudra un jugement du tribunal de Mamers et sa transcription le 24 mai 1919 pour que le décès soit officialisé. Entre-temps la famille aura tenté d'avoir des nouvelles par l'intermédiaire de la croix-rouge, l'espérant prisonnier comme l'attestent les fiches de recherche dans l'intéret des familles : c'est en Juin 1917 que le CICR aura connaissance de son décès (et de son inhumation) à Iwuy. Une "liste officielle" sera transmise par les Allemands aux ministère français des Affaires Étrangères, puis au Bureau de Renseignements aux Familles le 27 Août 1917, à une date quasiment anniversaire.

 

 

     Ils ne sont pas les seuls à être tombés lors du combat d'Iwuy le 25 Août 1914, 20 autres noms figurent dans le registre d'état-civil de la commune, enregistrés le 27 Août. Ces soldats ne sont plus enterrés à Iwuy, mais ont été exhumés après la fin des hostilités et déplacés à la Nécropole Nationale d'Assevent près de Maubeuge, sauf GIRARD qui repose à Vendegies-sur-Ecaillon, bien que son nom soit gravé à Assevent.

 

     Cependant, très probablement parce qu'ils ont été associés dans une tombe collective (comme le précise souvent leur état signalétique et des services), ils n'ont pas reçu de sépulture personnelle mais sont dans l'ossuaire de la Nécropole.

488Assevent

Les mêmes renseignements sont repris sur le site  Sépultures de Guerre

    Le peu que l'on savait alors sur eux a parfois été altéré lors de ce déplacement, et les noms qui figurent à Assevent sont parfois différents, mais surtout certains ne sont pas morts à Iwuy -ni même durant la guerre- (CHARTIER, GOHON, MAINE), comme l'atteste leur état-civil et parfois même leur fiche matricule.

AsseventIwuy

Comme les autres, ils ont fait l'objet de recherches auprès de la croix-rouge, en attestent les fiches remplies dans l'intéret des familles ; (seuls MULLER et CHARTIER ne sont pas répertoriés, un certain nombre de fiches étant encore manquantes)

Pour tous sauf un (LHUISSIER ) l'acte de décès indique :

décédé le 25/08/1914 au territoire d'Iwuy lieu-dit la montagne lors d'un combat soutenu contre la troupe allemande.

Enfin, l'acte de décès GOHON est annulé à Iwuy le 24/08/1922.

    Les renseignements dont la Croix-Rouge a disposé pour avertir de leur décès sont des listes mises à disposition par l'occupant et collationnées par les soins du CICR, notamment la "Liste N°9 de soldats Français inhumés derrière le front allemand" parue dans la Gazette des Ardennes du 16 juillet 1916. Malgré ce que l'on peut dire de la "gazette" ses renseignements étaient aussi fiables que possible.

GDAIwuy

Là encore, on remarque des variations dans l'écriture de l'Etat-Civil, mais il s'agit bien des mêmes soldats.

 

  • BARDET Clément Théophile né le 24/05/1876 à Villaines s/ Lucé (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1898, Matricule 1255, centre : Mamers.
    Acte de décès n°47 à Iwuy le 25/08/1914. Ecrit "BARDOT" à Assevent.

 

 

  • BELLANGER Julien Constant né le 06/04/1875 à St Longis (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1895, Matricule 802, centre : Mamers.
    Acte de décès n°58 à Iwuy le 25/08/1914

 

 

  • BELLANGER Julien Louis né le 30/07/1879 à St Célerins (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1899, Matricule 1354, centre : Mamers.
    Acte de décès n°60 à Iwuy le 25/08/1914. Prénom Jules à Assevent.

 

 

  • CHARTIER Eugene Marie Ismael né le 14/08/1875 à St Christophe du Luat (Mayenne), soldat au 28e RIT.
    Classe 1895, Matricule 775, centre : Laval.
    Acte de décès n°56 à Iwuy le 25/08/1914.Selon son ESS, il est affecté au 28e RIT et fait prisonnier à Estrun le 26 Aout 1914. Interné à Metz, rapatrié le 05/01/1919, il est libéré du service militaire le 10/11/1924.
    Pas de fiche MDH.
    Une mention marginale de l'acte de naissance établit son décès au 28/08/1952 à Sillé le Guillaume.

 

 

  • DAILLIEZ Polycarpe Jean Baptiste né le 22/04/1873 à Hermies (Pas-de-Calais), soldat au 28e RIT.
    Classe 1893, Matricule 11, centre : Cambrai. (à noter que la fiche MDH donne à la suite d'un déménagement) un second centre  : Mamers, Matricule 245)
    Acte de décès n°61 à Iwuy le 25/08/1914. (Son ESS le signale "décédé en captivité antérieurement au 16/07/1916")

 

 

  • DUBARBIER Ferdinand né le 30/04/1879 à Paris 11e (Seine), soldat au 27e RIT.
    Classe 1899, Matricule 2410, centre : Seine 3e Bureau.
    Acte de décès n°57 à Iwuy le 25/08/1914.

 

 

  • GIRARD Louis Almire né le 28/08/1879 à Mézières sous Ballon (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1899, Matricule 1359, centre : Mamers.
    Acte de décès n°54 à Iwuy le 25/08/1914. Sa fiche MDH indique Famars comme lieu de décès. Il est inhumé à Vendegies sur Ecaillon, où 26 soldats Français partagent "Crucifix Corner Cemetery" avec 50 soldats du Commonwealth qui sont tombés dans les combats de la libération du 23/10 au 3/11/1918.

Girard

 

 

  • GOHON Jules Bazile né le 15/09/1875 à La Ferté Bernard (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1895, Matricule 1175, centre : Mamers.
    Acte de décès n°51 à Iwuy le 25/08/1914. Cet acte est annulé le 24/08/1922 par le tribunal civil de 1ère instance de Cambrai.
    Cambrai où il a été soigné pour une blessure à la clavicule gauche à l'ambulance du collège Notre-Dame, comme en témoigne la liste publiée dans l'ouest éclair du 14/11/1914. (voir)
    Il est en réalité interné à Minden,  il figure sur la liste de prisonniers N° 57 publiée par la Gazette des Ardennes du 17/06/1915, puis hospitalisé en Suisse à Interlaken enfin rapatrié le 13/07/1917. Il est libéré du service militaire le 10/11/1924.
    Pas de fiche MDH.
    Sa date de décès ne nous est pas connue.

 

 

  • HUGER Eugene Louis Jules né le 20/05/1878 à Lhomme (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1898, Matricule 246, centre : Mamers.
    Acte de décès n°59 à Iwuy le 25/08/1914 (décès situé à Famars sur la fiche MDH).

 

 

  • JOUENNE Charles Célestin né le 08/10/1877 à Paris 5e (Seine), soldat au 27e RIT.
    Classe 1897, Matricule 4210, centre : Seine 3e Bureau.
    Acte de décès n°46 à Iwuy le 25/08/1914.

 

 

  • LAVAUD Paul Eugène né le 08/09/1879 à Paris 7e (Seine), soldat au 27e RIT.
    Classe 1899, Matricule 3384, centre : Seine 3e Bureau.
    Acte de décès n°52 à Iwuy le 25/08/1914.

 

 

  • LECOMTE Emile Eugène né le 01/09/1879 à St Michel de Chavaigne (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1899, Matricule 863, centre : Mamers.
    Acte de décès n°53 à Iwuy le 25/08/1914.

 

 

  • LHUISSIER François Auguste né le 29/07/1874 à St Aubin de Locquenay (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1894, Matricule 737, centre : Mamers.
    Acte de décès n°32 à Iwuy le 25/08/1914 : "décédé au "Chemin d'Avesnes le Sec". Cependant l'acte est dressé le 11 juin 1917 à la suite d'une exhumation autorisée par l'administration allemande. Le soldat a été identifié par sa plaque.

 

 

  • MAICHE Louis Henri né le 30/07/1896 à St Corneille (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1896, Matricule 699, centre : Mamers.
    Acte de décès n°50 à Iwuy le 25/08/1914

 

 

  • MAINE Hippolyte Albert Joseph né le 29/05/1876 à Chérancé (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1896, Matricule 80, centre : Mamers.
    Acte de décès n°55 à Iwuy le 25/08/1914. Sur le mur de l'ossuaire d'Assevent il est affecté au 19e Escadron du Train des Equipages Militaires : il y est en effet transféré le 8 Août 1918, puis libéré du service en 1925.
    Il est déclaré "Mort pour la France" : voir sa fiche MDH
    Son décès est établi (mention marginale de l'acte de naissance) au 11/12/1968

 

 

  • MULLER Robert Alphonse né le 10/07/1879 à Issy-les-Moulineaux (Hauts de Seine), Sergent major au 27e RIT.
    Classe 1899, Matricule 3340, centre : Seine 3e Bureau.
    Acte de décès n°48 à Iwuy le 25/08/1914.

 

 

  • PAPILLON Ernest Auguste né le 08/10/1876 à Dollon (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1896, Matricule 1376, centre : Mamers.
    Acte de décès n°49 à Iwuy le 25/08/1914.

 

 

  • PAPILLON Jules Louis né le 31/12/1879 à Tresson (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1899, Matricule 829, centre : Mamers.
    Acte de décès n°43 à Iwuy le 25/08/1914.

 

 

  • PLOUSEAU Jules Armand Théodore né le 03/11/1875 à Montaillé (Sarthe), soldat au 27e RIT.
    Classe 1896, Matricule 1281, centre : Mamers.
    Acte de décès n°44 à Iwuy le 25/08/1914.

 

 

  • SAUVAGE Gustave né le 22/06/1881 à Iwuy (Nord), soldat au 27e RIT.
    Classe 1901, Matricule 1978, centre : Cambrai.
    Acte de décès n°45 à Iwuy le 25/08/1914.

 

    Une question se pose alors : si certains ne sont pas regoupés à Assevent, et si le nombre de corps dans l'ossuaire est correct, quels sont ceux qui y reposent en leurs lieu et place ??????

 

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