Il y a 30 ans (en 1986) j'avais obtenu que mes parents rédigent leur exode de mai 1940, la seconde guerre formant à mon sens un tout depuis 1870 jusque 1945. Mon père (Jean DUBOIS) était agent SNCF (alors chemin de fer du Nord) et à ce titre mobilisé à son poste, ma mère travaillait au central téléphonique de Valenciennes, élément essentiel des communications, et avait une obligation de service, qui a pris fin avec un ordre de repli lorsque les correspondants ne répondaient plus.

     J'ai repris le texte intégral, sans aucune modification. Les protagonistes sont appelés comme on le faisait en famille, aussi à chaque fois ai-je rajouté une note (chiffre rouge en exposant : y placer le pointeur de souris pour une brève description).

Pour aérer les récits sans les dénaturer, j'insère les itinéraires au fur et à mesure, hélas sur une carte contemporaine, donc différant quelque peu du trajet d'époque : cliquer pour une image de taille raisonnable. Un projet de report sur carte de 1940 est à l'étude.

   Un résumé des itinéraires de cette "drôle de fuite" figurera en fin de page, après un arbre généalogique montrant les liens de famille.


 

 

MÉMOIRES D'UN ÉVACUÉ AU MILIEU DE ... MILLIONS D'AUTRES

(Période du vendredi 10 Mai au mercredi 17 Juillet 1940)

 

     Évacuation ? Repli ? ou ...Fuite ?

    Valenciennes le 10 Mai 1940 : 5 heures du matin, les avions allemands survolent la ville à basse altitude. Nous apprenons que la Belgique est envahie.
Vers 17 heures les Stukas piquent : des bombes tombent sur le Pont Villars et Avenue de liège : 21 civils sont tués dans la cave du café qui faisait l'angle de la Place Poterne et de l'Avenue de Liège.
Du 10 au 16 mai, la pagaille s'installe : nous voyons passer de nombreux réfugiés belges ainsi que des soldats (français) sans armes ni officiers.

 

Le 17 Mai, Valenciennes doit évacuer ses civils. Lieu de repli pour la population : la Bretagne, Quimper pour les employés des PTT. Mémée1 , tante Marguerite2 et Thérèse3 quittent Valenciennes par le train vers 17h30 pour...???

 

Maman4 avec Tante Hélène5 ainsi que les employées des PTT quittent Valenciennes (sur ordre) dans des wagons à bestiaux : le train s'ébranle vers 22h30, direction Quimper. Après Orchies puis Calais, leur exode se termine à Merlimont-Village.

 

Moi (Jean DUBOIS6) je prends vers 24h00 le dernier train jusqu'à Douai, où j'arrive vers 5h le 18 Mai. J'y rencontre Mémée1, Tante2et Thérèse3, qui voulait absolument que je donne un "toup de poing" à un réfugié Belge qui l'avait accrochée avec son baluchon. J'arrive à les faire monter dans un train de marchandises, un des derniers, comble, et qui part sous les bombes. Elles iront à Amiens où elles prendront un autorail réservé aux cadres de la SNCF, et de là gagneront Paris puis Vire. En effet à Paris ceux qui avaient de la famille en province avaient le droit de prendre le train, et Vire était la ville où habitait Anne-Marie Bailleux7, sœur de Pierre-Marie8. L'ayant appris à Mézidon, j'y suis allé un dimanche (le 2/06, au plus tard le 9. NDR), mais trop "serrés" avec toute le famille Bailleux, elles étaient parties la veille pour Poullan.

 Quant à moi, je suis récupéré par l'ingénieur et nous rentrons à Valenciennes le 18 pour démonter les machines outils (que l'on devra remonter à notre retour).

exode Jean a 2


Le 20 mai nous recevons à 1h du matin l'ordre de repli ; nous partons par groupes, le mien à 9h, moi sur un vélo déglingué avec une valise de 30 kg. (J'avais donné mon vélo à un soldat puisque tout était prévu et je suis parti avec celui d'un ouvrier jusqu'à Dieppe où je l'ai expédié en gare et retrouvé à Mézidon, comment : ????).

 

A Hérin un sous officier d'artillerie à qui j'avais demandé à combien tiraient les canons de 75 que l'on entendait m'a répondu :"15km, mais ne vous pressez pas, on vient de les refouler de 25km". Je n'ai pas compris. Après Douai puis Arras, où nous sommes séparés de 2 ou 3 gars dont l'un a retrouvé quelques minutes après sa femme tuée par une bombe, nous arrivons à St-Pol-sur- Ternoise où nous couchons dans une voiture de 2de classe (il y avait à l'époque 3 classes). 5 d'entre nous partent pour Berck.

 

Le mardi 21 mai, ayant perdu mes compagnons, j'arrive à Abbeville qui venait d'être bombardée : 3 à 4 000 morts dont certains encore dans les rues. J'y retrouve grand-père9 et grand-mère10 Dubois, Marguerite Dubois-Hainaux11 et Marc12 réfugiés chez Jeanne13 et Joseph Holin14 qui habitaient sur les bords de la Somme. La ville était aménagée pour recevoir les soldats permissionnaires en transit, Henri15 y était affecté en tant que sergent d'Intendance. On y a fait entrer tous les réfugiés, et le lendemain une division d'infanterie. Les allemands l'ont bombardée. Deux de l'atelier et leurs familles ont été enterrés là, je les retrouverai tous dans une tombe de 1mx1m en allant en septembre rechercher Mémée1, Tante2 et Thérèse3 revenues de Bretagne et arrêtées par la fameuse ligne de démarcation. Grand-père9 et grand-mère10 Dubois qui n'avaient pas voulu quitter Valenciennes étaient venus chez nous (5 rue Charles Quint NDR) du 5 au 17 mai mais quand je suis revenu le 18, pris de panique ils ont pris un train, sont arrivés à Abbeville puis sont partis pour Cabourg où étaient Auguste16, Marie-Louise17, Christiane18 et une sœur de Marie Louise. Ils sont passés en taxi à Mézidon, (tous sauf Auguste16 mobilisé) en direction de la Bretagne : Poullan. J'ai aussi rencontré à Abbeville Henri15 qui venait voir Marguerite11.

 

exode Jean b 2De Valenciennes à Dieppe en Vélo (près de 250km)

Le 22 mai au soir je couche à Dieppe (Seine-Inférieure) chez une vieille dame bombardée : celle-ci (70 ans) d'abord réticente devant mon allure (barbe de plusieurs jours, pas lavé, fatigué) me donne à manger et m'offre de coucher dans la serre. Je me suis réveillé le matin du samedi 23 glissé sous une table, plus un carreau à la serre, et la dame qui pensait que j'étais mort tué par le bombardement de nuit : je n'avais rien entendu ( Ah! jeunesse...!) J'ai abandonné le vélo et pris le train pour Paris par Rouen. J'arrive à Paris qui ignorait tout des événements et pars vers Droué (Loir & Cher) que j'ai quitté le 24 pour Mézidon où je suis arrivé le 25 mai au matin.

 

A Droué où Joseph Holin14 avait eu un poste aux Ponts et Chaussées jusqu'en 1937, comme on connaissait des amis de Jeanne13 je suis allé voir, mais ils n'étaient pas arrivés à ce point de chute éventuellement prévu.
Mézidon étant le chef-lieu de repli officiel pour les ateliers de Valenciennes, j'ai travaillé à l'entretien des machines outils. Les ouvriers de Valenciennes travaillaient à la modification des wagons trémies de transport de ballast datant de 1900 (et dire qu'on a perdu la guerre quand même) Je suis logé à l'auberge de Mme YON, 1m60, 100kg.

Le mardi 11 juin (je crois) les raffineries de pétrole brûlent à Rouen : on se serait cru sous un ciel d'orage violent. L'atelier de Sotteville-les-Rouen évacué est arrivé à Mézidon comme nous (?). Bruits de canon vers Lisieux.
Le 13 au matin on nous rassure : "Restez à vos postes tout va bien" mais le soir à 19h30 "Repliez-vous par vos propres moyens". L'armée se repliait depuis le matin : un conseiller municipal de Mézidon surpris à 6h du matin en train de charger sa voiture fut arrêté comme défaitiste. On fusillait pour moins que ça.

exode Jean c2bt
De Dieppe à Mézidon


Le 13 juin au soir je suis parti vers Rennes dans une Peugeot 202, la voiture de Gustave Carlier de Villers-Pol (à coté de Valenciennes) forgeron à l'atelier, époux de Lucie Carlier, chez qui nous allions. Philibert Matta, soudeur, nous accompagne ; c'est un très brave et honnête type qui parlait le patois du Nord aux gens de Saintes et râlait de ne pas être compris "en français", mais qui est capable de trouver du pain et de l'essence partout !

 

En passant à Fougères, nous sommes bloqués par les gendarmes qui laissent passer camions, vélos et piétons, mais pas les voitures légères sans un nouvel ordre de mission.
Nous y avons vu le chef de gare saoul au possible qui expédie un train de la croix-rouge plein de soldats, mitrailleuses aux fenêtres. Il nous envoie au sous-préfet qui nous dit : "vous êtes des soldats en civil". Nous allons voir de ce fait le commandant de la place qui ne peut rien faire, nous mangeons et en sortant rencontrons des soldats anglais installés au coin d'une rue, dans une tranchée, fusil-mitrailleur pointé qui nous disent :"Allemands venir vite !". Les gendarmes sont toujours là, et nous laissent passer sans rien dire... c'est presque drôle.
Nous arrivons à St Armel près de Rennes, point de chute pour la nuit car là avaient été réfugiés en 1915 les grands parents d'un ouvrier, Eugène Luez, également de Villers-Pol. A Rennes courent des bruits d'armistice les 14 et 15 juin ; nous nous présentons, ou plutôt nous tentons de nous présenter à l'ingénieur de Rennes, mais les Stukas repèrent un train de munitions diverses poursuivi par les avions allemands depuis 2 jours et qui a été placé sur une voie de garage au milieu de 3 ou 4 trains de réfugiés. Ceci expliquera le nombre de victimes : 4500 morts, dont on ne parle plus jamais.

 

Nous remontons en voiture et couchons à Cadillac près de Bordeaux où nous rencontrons les "locataires" de la centrale de Melun qui donnent à Matta des boites de pâté trouvées dans un camion. L'ingénieur de Saintes m'avait dit :"Si vous pouvez, partez, car il y a à Saintes 15 000 habitants et 40 000 cheminots, nous allons crever de faim ". En route le verre d'eau (du puits) se vend aux réfugiés moins pour le profit que pour éviter le gaspillage.

 

Lundi 17 juin nous arrivons à St-Palais (Basses-Pyrénées). Il y a là des wagons pleins de matériel garés et pillés jusqu'à la frontière d'Espagne, et nous n'avons pas assez d'argent pour aller plus loin. A Arbouët, près de St-Palais où Gustave Carlier comptait trouver ses parents qui étaient remontés à Limoges (c'est le village natal de la femme du frère de G. Carlier) nous rencontrons la Princesse Douairière de Broglie et ses enfants : il ne leur restait qu'un château, les pauvres.

exode Jean d2 abtTrajet Rennes-Puyoo

Nous restons là quelques jours puis partons à pied vers Puyoo sur la route de Lourdes : 40km à pieds en 9h. Nous dormons sur la pelouse en face de la gare, puis prenons un train pour Bordeaux où nous voyons entrer les allemands musique en tête entre deux haies de "curieux" parmi lesquels beaucoup de soldats et officiers français en tenue (les résistants de 1945 NDA).

 

Le 18 ou 19 juin nous arrivons à Limoges par le train, d'où nous partons pour Neuvic-Entier, village natal de la mère de Lucie Carlier qui nous accueille à bras ouverts. On y retrouve les parents et la femme de G. Carlier. Nous couchons dans une ferme à coté, sur la paille et faisons la fenaison. Le patron, démobilisé, s'appelait JOFFRE...
Nous nous présentons à l'ingénieur du matériel roulant de Limoges qui nous fait donner une paire de godillots pris dans un wagon. Je casse d'un coup de pied la vitre du guichet parce que l'employé avait dit : " Encore des boches du nord" ; scandale et excuses du type, ah mais !

 exode Jean e2btDe Puyoo à Paris via Bordeaux

Le 12 Juillet, sur ordre, nous repartons pour notre lieu de travail habituel ?? Après bien des arrêts nous arrivons à Paris le 13, et y passons le 14 Juillet.
Le 15 à 7h nous quittons Paris... par un train de permissionnaires allemands. Je suis passé au contrôle de la police française en confiant mon bagage à Matta et en disant au brigadier :" Dubois, Inspecteur, Valenciennes "... Matta a eu plus de difficulté avec eux, je me suis retourné et j'ai dit :" Alors Matta, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?" et lui au flic :" T'as entendu l'ingénieur, tu vas m'faire révoquer" et il passe.

 

Dans le train une voiture était réservée aux cheminots ; elle était déjà comble, il a fallu pousser des français pour monter. Un officier allemand est monté en route, ils se sont levés pour lui faire une place.

 exode Jean f2bt
De Paris à Valenciennes

Arrivés à Douai vers 18h nous partons à pied pour Valenciennes. Nous avons couché à Abscon chez un cheminot et le 16 juillet pris le 1er train rétabli de la compagnie (des mines) d'Anzin. Nous arrivons à St-Waast vers 5h du matin : personne dans les rues, le couvre-feu n'est levé qu'à 6h30. On rencontre Clovis Bailleux19 ancien militaire de carrière, revenu de Vire pour la 2ème fois en vélo à 72 ans, qui me dit tout naturellement : "Ta femme est chez sa mère". J'arrive au 63 avenue de Verdun à 5h54 où Angèle20 et Hélène5 m'ouvrent la porte : je dis "Marie ?" Angèle me répond :"Al est cor couquée". Je grimpe 4 à 4 l'escalier et la trouve "muchée" sous les couvertures : elle croyait vu l'heure matinale et au bruit des godillots que c'était un soldat. Elle a pleuré, je lui ai dit que Thérèse était sauve à Poullan, elle a repleuré. Elle vivait là avec Angèle20 et Hélène5 qui avaient repris du service à la Poste de Valenciennes où avaient vécu d'autres employées du téléphone. Mémée1, Tante2 et Thérèse3 sont rentrées de Poullan par Abbeville le 18 septembre 1940.

 

Nous retrouverons la maison du 5 rue Charles-Quint pillée, fort probablement par des militaires français en déroute : il ne reste que l'étui du violon de maman, ma carabine Francotte a disparu, les porte couteaux en forme d'animaux ont des pattes et des oreilles brisées...

 

Moralité : En cas d'invasion, restez chez vous ...

 Jean DUBOIS Mars 1986

 

 


 

 

Evacuation..

Après avoir tenté vainement de joindre le bureau de Solesmes évacué pour la caserne Vincent qui demandait le 6 à Romeries à 13h20, je (Marie DUBOIS4) suis partie le vendredi 17 Mai 1940 à 21h30 dans un wagon à bestiaux direction Quimper et arrivée à Pont d'Ardres le samedi 18 à 12h35. Nous prenons là un autobus pour Calais, faute de train, et couchons chez un particulier face à la mairie. Bombardés, nous nous réfugions en vitesse à l'Hôtel de ville de Calais.

Le lendemain, nous abandonnons nos valises au bureau des Postes de Calais (celui-ci sera bombardé et tout disparaîtra).

 

Dimanche 19 pas de train. A 14h nous trouvons un autobus pour Boulogne. Les terrasses des cafés sont pleines, les gens nous regardent d'un air ironique, ils ne veulent pas croire que les allemands arrivent. Nous gagnons Etaples puis Paris-Plage à pied, où nous couchons par terre sur de la paille au centre d'accueil : je priais tout haut toute la nuit, toujours bombardés, et j'avais perdu mes chaussures.

exode Marie Nord t


Lundi 20 depuis Etaples, autobus pour Berck. Nous y couchons chez un particulier (une grand-mère) où Angèle20 restera n'ayant pas voulu nous suivre. Mardi nous partons à pied pour traverser l'Authie, mais le pont a sauté et nous rebroussons chemin, c'est la débandade. Nous arrêtons en chemin une voiture des PTT de Douai, et arrivons à Trépied ; nous couchons dans la forêt dans le camion. Nous devons nous réfugier plusieurs fois sous celui-ci, car les avions passent et bombardent.
Nouvelle nuit chez un particulier, une ferme, sur la place de Merlimont-Village, où l'on étend de la paille dans la maison.. Mercredi et jeudi nous occupons le bureau de poste, le receveur partait en abandonnant tout. La villa "La Closerie" en face du bureau de poste est également occupée, j'y enferme Hélène5, les Allemands sont arrivés.
Nous restons là de vendredi à mardi 28 mai où nous assistons à l'enterrement d'un douanier de Cambrai qui s'est pendu pour ne pas répondre à l'appel.

 

Dimanche 2 juin, messe pour l'anniversaire de ma fille3.Jeudi 6 juin pas de changement. Un lieutenant allemand qui s'étonnait de me voir toujours pleurer s'étant fait traduire par un postier qui avait été prisonnier pendant l'autre guerre et parlait allemand, que je n'avais pas de nouvelles de ma petite fille et de ma mère se rend à Valenciennes et rapporte des cerises de la maison, signe de son passage au 63 Ave de Verdun, personne, maison pillée .
Parties pour Abbeville en vélo voir après la famille. Nous avons vu Tante Marie21 et Sidonie22 à St-Pol sur Ternoise, Mais Abbeville est bombardée, impossible d'y rentrer.

Nous rentrons à Valenciennes le mercredi 12 juin avec les postiers de Douai (les allemands nous ont donné de l'essence) avec Mme Masfayon, Melle Canaguier, Mme Delmouly et Hélène5 nous ne nous sommes pas quittées.

exode Marie sud t


Rentrées au bureau le 27 juin. J'ai des nouvelles de Jean6 par M. Moreau. J'y ai rouvert les recouvrements, puis j'ai été déplacée au bureau d'Ordre avant de remonter au téléphone.
Samedi 29 juin j'ai des nouvelles de Maman1, Marguerite2 et Thérèse3 par Clovis Bailleux19 qui rentre en vélo de Vire.
Samedi 6 juillet étant dehors je vois une voiture allemande s'arrêter et klaxonner ; je pense "tu peux toujours courir". L'officier qui en descend en riant était le lieutenant allemand Martin qui prenait de nos nouvelles.
Lundi 8 juillet nouvelles par Mme Fleury, mardi 9 juillet nouvelles par M Legros.
Mardi 16 Juillet tôt le matin retour de Jean6 qui me trouve au lit Avenue de Verdun où nous vivons à trois Hélène5, Angèle20 et moi. Il était temps, car nous vivions sans eau, sans pain ni électricité depuis notre retour jusqu'au 15-20 juillet

Mercredi 18 septembre à 18h, retour de Maman1, Marguerite2, et Thérèse3 ainsi que la famille de tante Jeanne13 que Jean 6 a été chercher à Abbeville.

 Marie DUBOIS-DUVERGER Mars 1986

 

exode Marie t
Parcours des postières : au bas mot 550km.

 


 POULLAN, fin du voyage

     Le récit de Marie se termine avec le retour des réfugiés depuis Poullan ; par "famille de Jeanne" il faut comprendre ses 3 enfants : Freddy (10 ans), Janet (9 ans) et Josée (8 ans). Ceux-ci resteront juqu'après la libération chez les "valenciennois". Ce n'est pas mentionné dans les récits, leurs parents les ayant très certainement confiés lors d'une rencontre à leur grand-mère qui se dirigeait vers la Bretagne.

     On ne possède peu de photos de cette courte période à Poullan : 2 "reçues le 12 août 1940" à Valenciennes et montrant les enfants en bonne santé, et celle ci-dessous prise "en mai 1940" sans date précise, probablement par Auguste Dubois 16, à l'occasion de la (première) communion des enfants Holin : qu'ils en aient eu l'age ou pas, il faut y voir une volonté d'intégration à la communauté. Figurent sur cette photo devant l'entrée de l'égise de Poullan les 6 qui reviendront dans le Nord le 18 septembre 1940 : [Mémée1, Tante2 , Thérèse3, Freddy (10 ans), Janet (9 ans) et Josée (8 ans) HOLIN]

Poullan
Poullan Mai 1940

    5 autres membres : les grand-parents DUBOIS [grand-père9 et grand-mère10] leur fils et sa famille [Auguste16, Marie-Louise17, Christiane18] resteront à Poullan jusqu'à la libération. Le grand-père y mourra le 16 novembre 1940, enterré au cimetière communal jusqu'après la libération, Auguste et Marie-Louise y auront un fils, Jacques, né le 21 août 1942, et qui dispose d'autre photos de la période 1942-45.

     Le témoignage de ce dernier confirme (via des photos de juillet-août 1940) la présence de Marc12 à Poullan en même temps que Thérèse3. Il est probablement arrivé en même temps que ses grand-parents paternels auquel il a pu être confié à Mézidon, sans qu'il soit possible de connaitre sa date de retour, ainsi que de la sœur de Marie Louise citée plus haut (Claudia LALOUX, épouse PERRIER) qui acccompagnait Auguste16, Marie-Louise17, Christiane18 .

     Ce seront donc 13 personnes de ma famille ou apparentés accueillies à Poullan (maintenant Poullan-sur-Mer) et -d'après les témoignages recueillis- parfaitement admis et intégrés. Le témoignage de Jacques DUBOIS né en 1942, cite les familles GOURLAOUEN du bourg et KERIVEL de Kerguerrien. Le père, Auguste16, y faisait alors commerce de tissus ramené du Nord, en échange de produits du terroir breton.

Jean et Auguste avaient deux autres frères : Henri15 et Léon, mobilisés l'un dans l'intendance et l'autre dans la DCA. Faits prisonniers en juin 1940, ils reviendront de leurs stalags respectifs en mai 1945.

    Dans son récit Jean indique "tous sauf Auguste16 mobilisé" ce qui n'est pas exact : il était repassé le 31 janvier 1940 devant la commission de réforme de Valenciennes qui l'avait exempté ( il avait alors 37 ans, était l'aîné de 4 enfants dont deux mobilisés et un affecté spécial ). Cette décision est reportée dans son livret militaire en possession de son fils, son Etat Signalétique et des Services ayant brûlé dans l'incendie du centre de Valenciennes en mai 1940. A noter qu'il y figure aussi qu'il avait passé son permis de conduire le 4 mai 1940, ce qui lui permettra de partir en voiture, probablement de la Maison Billiet où il travaillait.

 


 

     Parcours Valenciennes-Poullan des DUBOIS-DUVERGER [Mémée1, Tante2 et Thérèse3] : quelques 900km, presque autant pour en revenir via Abbeville le 18/09/1940 (à peine 4 mois plus tard).

Thérèse 2b
Valenciennes-Poullan, mai 1940


     L'étape de retour par Abbeville pour le retour s'avère indispensable car les réfugiés devaient justifier d'un parent qui vienne les chercher sur une ligne (ici sur la Somme) qui n'était pas celle de démarcation entre les zones occupée et libre qui deviendront Zones Nord et Sud en novembre 1942, mais une amorce de découpage du territoire français : l'occupant ayant fait de la Belgique et des départements du Nord & du Pas-de-Calais une zone administrée militairement (Militärverwaltung in Belgien und Nordfrankreich), le passage interzones était contrôlé. A noter une "zone de peuplement allemand", interdite au retour des réfugiés.

retour
D'après une carte d'Eric Gaba, voir.

 

Le parcours (aller) des grands-parents DUBOIS-DEBEVE [grand-père9 et grand-mère10] est sensiblement le même :

DD 2b

 

       Que ces 13 personnes se soient finalement retrouvées tient essentiellement au fait qu'en cours de route, les réfugiés étaient orientés selon leur origine géographique. Bien entendu la destination n'était pas "Poullan", mais la Bretagne -le Finistère entre autres-, ce qui n'assurait pas pour autant le regroupement des familles.

circulaire
Extrait d'une circulaire préfectorale d'Indre-et-Loire du 18 mai 1940

 


 

 

arbre 2

    On retrouve dans cet arbre qui établit les liens familiaux l'ensemble des protagonistes (reconnaissables à leur n°). Sont ombrés ceux qui ont atteint Poullan.

 

     Le dernier ticket établi Marie4 alors que le repli était déjà effectif, l'étui à violon, veuf de son instrument, les porte-couteaux orphelins de leurs pattes sont toujours en ma possession, ainsi que le saladier emprunté à Valenciennes par le lieutenant Martin pour ramener des cerises à Marie4 en exil à Merlimont et la boucle de ceinture portée par Marguerite2, représentant un lévrier, visible sur la photo devant l'église de Poullan.

 


Pour aller plus loin :